Scène IV
Les mêmes, LOTHAIRE BRANDT, HUGO STENGEL
LoTHAmE. — ... B'jour, vieux!
Conrad, allant & leur rencontre. — Vous venez voir mon cheval, ça c'est gentil à vous.
Hugo, s'inclinant devant Lénore. — NoUS aVOnS prîs la
liberté... .
Lothaire, de même. — A moins que nous ne dérangions Mademoiselle.
LÉNORE, aimable. — En aucunc façon, je ne vais que rarement du côté des écuries.
Tous les deux toussotent.
Conrad. — Vous ne voulez pas vous asseoir?
Lothaire. — Nous attendons que Mademoiselle nous en donne l'autorisation.
LÉNORE, froidement. — Je VOUS en prie. Elle prend un livre et le feuillette. Conrad lui Jette un regard mécontent. Ils s'asseyent. >
Conrad. — Eh ! bien, où étiez-vous donc hier ?
Lothaire, poseur. — Hier? Quels efforts vas-lu demander là à ma mémoire ? Oui, qu'est-ce que j'ai donc fait hier ? Ah ! d'abord j'ai été au Tattersall, puis j'ai eu une conférence avec mon père. Il y a encore de la t^aisse sur les cafés.
Hugo. — Inquiélant. Cinquante-trois et demi.
Lothaire. — Inquiétant n'est pas tout à fait le mol, mon cher Hugo. Il baisse, mais nous lutterons. Puis jai fait quelques visites et dîné au cercle militaire.
LÉNORE, levant les yeux. — Ah ! VOUS élCS offlcier î
Lothaire, vexé. — Je pensais que vous le saviez. Mademoiselle; je suis lieutenant de réserve aux cuirassiers, régiment du Prince héritier.
LÉNORE, avec un sourire et un regard vers la table. — Ah! OUi !
Voir la carte de visite.
Conrad lui frappant sur l'épaule. — Et CR même temps, à cheval sur ton tabouret devant le comptoir de papa.
Lothaire, sèchement. — S'il te plaît, mon cher.
LÉNORE. — Monsieur le lieutenant, cette monture-là n'est pas la plus mauvaise pour la chasse au bonheur.
Hlco. — .\hî délicieux, délicieux!
Conrad. — Mais je vous ai cherchés, hier au soir.
Lothaire.— Le soir? Ahl c'est qu'on était invité. Où? Je ne me souviens plus exactement. N'insistons pas. Vous souriez, Mademoiselle?
LÉNORE. — Je ne me perjnettrais pas.
Lothaire. — C'est que vous, Mademoiselle, qui vivez si fièrement à l'écart, vous ne soupçonnez pas ce que signifie pour nous ce mot : « La saison ».
Hugo. — Voilà deux mois. Mademoiselle, que j'ai dormi pour la dernière fois, ce qui s'appelle dormi.
Conrad. — Et c'était sur une table de billard.
Lothaire. — Notre excellent Conrad dit cela en plaisantant. Mais si vous saviez. Mademoiselle, ce que c'est «lu'élre le martyr du plaisir, vi>us nous comprendriez.
LÉNORE. — le vous comprends si bien que j'ai déjà commencé à vous plaindre.
Hugo, bas à Lothaire. — Il me semble que la demoiselle se moque de nous.
Lothaire, bas avec fatuité. — Chacun a le genre de coquetterie qu'il peut.
Conrad, qui s'est approché de Lénore, bas. — Tu pourrais te
dispenser d'être si désagréable.
LÉNORE, sa balançant. — Hein ? (Elle continue i lire.}
Lothaire. — Est-il permis de vous demander, Mademoiselle, ce qui captive si fort votre attention?
Conrad, i part. — Il ne peut donc pas la laisser tranquille ?
LÉNORE. — Quelque chose qui ne peut guère intéresser les martyrs du plaisir, car il y est question des victimes... du travail.
Lothaire. — Vraiment, vraiment?
Hugo, se levant brusquement. — Nous n'allous pas voir le cheval ?
Lothaire. — Certainement si. Allez devant. Les victimes du travail m'intéressent plus que Mademoiselle ne semble le croire.
Conrad, à part, — Ah ! le malheureux!
Hugo. — Mademoiselle...
Conrad, le poussant dehors. — Vîens, mon petit Stengel,
viens. Ils sortent.;