‹ L'honneur: comédie en quatre actesChapitre 3 sur 46 · Scène VII · texte numérisé non relu

Scène VII

Les Mêmes, WILHELM Tous, excepta Robert. — Ticns, Wilhelm ! Bonjour,

Wilhelm. (Les deux hommes lui serrent la main.)

M"« Heinecke. — Pour qui ce beau bouquet? Vous r portez en ville, sûrement.

Wilhelm. — Non, c'est pour vous. Vous êtes le fils

Heinecke? 'Robert fait signe que oui. — Avec familiarité.) Enchanté de faire votre connaissance. (lUeut lui serrer la main.)

Robert, avec un sourire. — Trop aimable.

Wilhelm. — Mes maîtres vous souhaitent la bienvenue et vous envoient ces fleurs. Ce sont les plus rares qu'il y ait dans nos serres. Mais, entre nous, c'est Mademoiselle qui m'a donné les fleurs, et Mademoiselle s'est tout particulièrement informée...

Robert, dominant son émotion. — Vous a-t-cllc chargé de me le faire savoir?

Wilhelm. — Ah! ça, non.

Robert. — Alors, gardez-le pour vous, (ii donne une

pièce d'argent au domestique qui se dirige vers la porte )

M"" Heinecke. — Vous ne voulez pas manger un peu de gâteau avec nous, Wilhelm? V en a encore.

Robert. — Pardon, mère. Cet homme a son pourboire. Vous direz à votre maître que j'aurai l'honneur de me présenter chez lui, à deux heures, avec le baron de Trast-Saarberg. Vous pouvez partir, (wiiheim sort.)

M"* Heinecke. — Un baron? Quel baron?

Robert. — Un de mes amis, mère, auquel je dois beaucoup de reconnaissance.

Augusta, bas, k Michalski. — T'entends. V prétend qu'il a un baron pour ami.

Michalski, bas. — Est-ce qu'i' se figure nous épater?

M"" Heinecke. — Attends que j'melte le bouquet dans l'eau. Mais tu n'aurais pas dû traiter Wilhelm si mal, mon Robert. C'est un de nos amis.

Augusta. — Nous autres, pauvres diables, nous ne pouvons pas avoir des barons pour amis.

Michalski. — Faut bien nous contenter des domestiques.

M"* Heinecke. — Oui, i' faut que loi aussi, tu l'mettes bien avec Wilhelm.;. Pour nous faire plaisir, mon p'tit Robert... Car il est très gentil pour nous. Tantôt c'est un morceau de nMi, tantôt une bouteille de vin qu'i' nous apporte.

Robert. — Et tu acceptes cela, mère?

M"» Heinecke. — Et pourquoi pas? Nous sommes de pauv' gens, mon enfant. Nous sommes trop heureux quand nous attrapons quelque chose.

Robert. — Mère, je redoublerai d'efforls. Je vous remettrai tout ce que je pourrai épargner, mais n'est-ce pas, tu n'accepteras plus rien de ce domestique? Promets-le-moi.

M"* Heinecke. — Ce serait de ma part orgueil et gaspillage. Un bon présent, ça ne se refuse jamais. I' n'avait que de bonnes intentions pour toi quand il a raconté l'histoire de Mademoiselle. Du reste, y a quelque chose de singulier là-dessous. Je ne la rencontre pas une fois dans la cour sans qu'elle me demande si j'ai reçu de tes nouvelles, si lu supportes bien ce climat brûlant, et ainsi de -suite. Et en disant cela elle fait toujours des yeux si doux... Si l'étais malin, mon

p'tit Robert... ^Tous rient.)

Robert. — .\u nom du ciel, mère, pas un mot de plus.

Heineckk. — Ça serait assez de mon goût... deux petits millions!

Michalski. — Est-ce qu'on pourra venir le taper, beau-frère ?

Robert, à part. — Combien de temps va-t-on me torturer encore ?

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