Scène IX
Lks MtiMKs, M. MUHLINGK
Ils lont tout un mouvement d'efTroi.
MuHLiNGK. — Bonjour, bravesgens. Votre fils csl-il ici?
HeINECKE, tris respectueux. — MaiS OUi.
M"*HeINECKE, ouvrent la porte. — Robert! Avec tendresse.)
Doux Jésus! r, s'est endormi sur sa chaise... C'est qu'il n'a pas fermé l'œil de la nuit... Mon petit Hobert, c'est Monsieur le conseiller de commerce... I' dort à poings fermés.
MuHLiNr.K, cordial. — Vraiment?... Tant mieux. Ne le réveillez pas.
Heint-cke. — Terme la porte.
M** Heinecke, bas. — C'est qu'il avait dit...
Heinecke. — t)ue si M. Mùhlingk /?/« venait... Voilà
ce qu'il a dit. n ferme doucement la porte.)
ArnrSTA, k Michalski, faisant le geste de compter de l'argent. —
Attention !
MuilLINGK, qui a jeté un regard tout autour de lui. — C'eSt
d'apparence tout à fait confortable, chez vous, braves gens.
IIeineckk. — Si Monsieur le conseiller daignait prendre place sur ce fauteuil ?
MriiLiNGK. — Hé, hé I de la vraie soie ?
M"* Heinecke. — Mais oui, tout soie.
MiTHLiNGK. — Un cadeau, sans doute?
M"' Heinecke, avec hésitation. — En efl'et.
MUHLINGK, bon enfant. — De mOU fils ?
Heinecke. — Mais oui !
M~* Heinecke, en même temps. — Chut !
I MuHLiNr.K, i part. — Lc sacripao. (Haut) A propos,
j votre fils ne s'est pas conduit de façon très convenable
; envers le mien. A parler franc, j'attendais de lui plus
de reronnais.sance ! Vous pouvez lui dire de ma part
que je le congédie et que je l'attends aujourd'hui, à
quatre heures, pour régler son compte.
M"* Heinecke. — Ça va lui faire bien d'ia peine.
Heinecke. — Il aimait Monsieur le Conseiller comme son propre père.
MuiiLiNGK. — Vraiment I J'en suis charmé. Mais ce n'est pas pour cela que je suis venu. Vous avez une fille.
Aur.L'STA, s'avançant. — A vot'service.
MuHLiNCiK. — Ou'est-ce que vous voulez ?
Al'cl'sta, modestement. — C'est moi leur fille.
MuiiLiNCK. — Ah! Parfait... parfait... Seulement ce n'est pas vous que je veux dire. La jeune personne s'appelle Aima.
M— Heinecke. — - Tout juste. Et, sans m' vanter, j'ose dire que c'est une jolie fille.
Heinecke. — Et pleine de talent. Nous lui faisons étudier le chant.
Muiilin(;k. — Ah! cela réjouit toujours le cœur de voir des enfants qui donnent de la satisfaction à leurs parents. Mais il y a une chose qui ne me plait paë. Votre fille a profité de l'hospitalité que je vous donne depuis dix-sept ans dans ma maison pour nouer des relations intinies avec mon fils. A parler franc, j'attendais plus de reconnaissance.
M-* Heinecke. — Mais... .Monsieur le Conseiller...
MuHLiNGK. — Pour couper court à tout rapport entre ma famille et la vôtre, je viens vous offrir une somme que vous aurez à partager, mon brave Monsieur Heinecke, avec votre fille Aima; c'est-à-dire que la moitié lui reviendra comme dot aussitôt qu'elle aura trouvé quelqu'un... (ii sourit diseritement.) Vous me Comprenez, îusque-là, vous aurez la jouissance de tout. Sommesnous d'accord?
Aile HI, scène IX. Auj^Mislii, M. Ueinccke, M. Mùliliii;,'k, MiohoUki, M-" Heiuerke.
L'ILLUSTRATION
AUPUSTA, bat, derrièr» lui. — DiS OUi, clis OUi.
Heïnecke. — Je... Je...
MuHLîNGK. — Si je vous offre une somme extraordinairemenl élevée, c'est pour nous délier d'une promesse inconsidérée que votre fils a su arracher hier au mien... elle s'élève à... (ii toustaiu««théiita.)^ soixante raille marks.
Heïnecke, «vec un cri. — Jésus! Parlez-vous sérieusement, Monsieur le Conseiller de commerce?
M"* Heïnecke. — J'ai une faiblesse. (Eiie s'affaisse sur un
sièg*. Augusta la soutiant.)
MuHLiNGK, k part. — J'ai été trop large. (Haut.) Je vous le demande encore une fois : êtes-vous satisfaits avec cinquante mille marks?
MiCHALSKi. — Je croyais que c'était...
Augusta, poussant son pir», bas. — Dis oui — bien vite — ou bien il va encore rabattre.
Heïnecke. — J'ai peine à l'croire, Monsieur le Conseiller. Môme ces cinquante mille marks ! Tant d'argent à la fois... ça ne se voit pas... c'est fou... Montrezmoi l'argent.
Muhlingk. -^ On vous le paiera à la caisse.
Heïnecke. — Et le caissier ne dira pas : « Qu'on me . fiche ce vieux-là à la porte, il bat la campagne ». Oh! cest qu'il sait bien être dur avec l'pauv' monde, M. le caissier.
Miihlingk a tiré ds sa pocha un carnet d« chiqnes; il y inscrit un chiffre, déchire le feuillet et le tend i Heinecke. Tous examinent le papier.
Heïnecke. — Cinquante mille marks! C'est diablement généreux... Monsieur TConseiller, donnez-moi votre main.
Muhlingk, mettant sa main dans sa poche. — Encore uu mot. Demain soir, une voiture de déménagement s'arrêtera devant votre porte et deux heures plus tard, vous me ferez le plaisir de quitter cette maison. Après quoi je n'entendrai, je l'espère, plus parler de vous.
Heïnecke. — Ne dites pas cela, Monsieur le Conseiller! Si la visite d'un vieux brave homme n'vous déplaît pas, j'aurai souvent l'plaisir d'aller vous voir. Car je suis un vieux brave homme, moi.
Muhlingk. — Sans doute, sans doute. Adieu, braves
gens. ^A part.) Pouah ! (ll sort.)