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dormir dans une ilangçrotiqe sécurité. Il lui ( i de ne faire aucune question à sa femme, et d'tHro avec elle comme à l'ordinaire, plus aimable, plus complaisant même : celait Tunique moyen d atteindre le but qu'on se proposait.
Après un assez long colloque, Horner avait fini par se laisser persuader : l'espoir de tout découvrir bientôt, et de punir ce Rodolphe qu'il haïssait, l'engagea facilement à dissimuler sa colère.
M. Horner avait été quelques jours encore assez malade ; mais il n'avait parlé de rien à personne, absolument comme s'il ne se fût plus même rappelé son évanouissement dans la chambre de Franciska. Celle-ci était donc bien tranquille; elle était sure que son mari ne soupçonnait pas la moindre chose, et comme, au contraire, Ai. Horner se montrait
fort bon pour clic, et n'entrait plus à chaque instant clans sa chambre pour la questionner , elle se reprochait presque d'être coupable et de l'avoir trompé. En effet, c'est tandis qu'il était sur un lit de souffrance qu'elle avait quitté furtivement la maison conjugale. Mais peut-être n'y avait-il pas alors à balancer : il s'agissait de sauver la vie à un pauvre jeune homme, à un ami bien cher, et cette idée suffisait pour réconcilier la malheureuse femme avec elle-même.
Franciska, voyant que son mari était si bon, voulut faire aussi quelque chose pour lui être agréable. Elle lui témoigna dès-lors une plus vive affection, et ne lui parla plus du bal de Mulhouse : elle en avait fait le sacrifice.
Enfin, les manières deFranciska semblaient si changées à l'égard deM.Horner, quecelui-ci
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était, par moment presque tenté de se croire aimé à l'adoration. Il ne considérait plus, do temps à autre, Rodolphe comme un rival sérieux. Celte passion de Franciska n'était sans doute qu'un enfantillage, qu'un souvenir, et, Rodolphe, une fois loin de Baie, elle ne songerait plus à lui et deviendrait une excellente femme de ménage. Néanmoins, Gaspard, qui ne voulait pas que iM. Horner eût trop de sécurité, n'avait pas tardé à réveiller le soupçon dans l'esprit ombrageux du Bàlois. Il lui disait que, très souvent encore, Rodolphe passait devant sa maison et rôdait aux alentours. Gaspard était presque sur que Rodolphe avait fait parvenir en secre/ quelque lettre à Franciska.
Eofln, M. Horner voulut frapper un grand coup, et c'est Gaspard qu'il choisit pour unique confident. 11 faut dire que le bossu était
un homme fort habile, fort rusé, qui, dans mainte circonstance difficile, avait donné à son mastic des preuves irrécusables de son adresse. Gaspard, dès qu'il voulait découvrir quelque chose, réussissait presque toujours dans ses recherches. On aurait pu croire quelquelois que cet homme avait des connivences mystérieuses avec le diable, ou qu'il possédait au moins l'anneau de Gygès.
Gaspard savait parfaitement que Franciska n'aimait point Rodolphe, mais Albéric. Il avait bien vite appris ce qui s'était passé à l'auberge, dons la chambre du jeune malade ; mais son intérêt ne l'engageait pas à faire cette confidence à M. Horner dont il voulait prolonger l'erreur autant que possible. H croyait utile à ses projets que M. Horner s'imaginât, quelque temps encore, que Rodolphe était le seul à craindre.
Depuis cinq ou six jours, M. Horner avait
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dit plusieurs fois à sa femme, comme au hasard, et sans avoir l'air d'y attacher grande importance, qu'il serait peut-être obligé bientôt de partir pour Genève, où l'appelaient des affaires d'intérêt. Il s'agissait d'une opération financière très avantageuse; mais rien n'était encore signé, et les choses pouvaient en rester là.
Franciska n'avait point laissé tomber cette confidence comme un vain propos; elle y pensait continuellement, et sans trop se rendre compte de ce qui se passait dans son cœur, elle désirait très vivement que ce voyage eût lieu. Certes, elle était bien loin encore de vouloir profiter de ce voyage pour faire quelque chose de repréhcnsible ; mais un vague pressentiment lui disait que pendant ces quelques jours de liberté , un heureux changement se ferait dans son existence : elle
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pourrait au moins voir Laure sans être épiée; on ne compterait plus leurs visites , ni le nombre d'heures qu'elles restaient ensemble; et puis elle aurait chaque jour des nouvelles d'Albéric, elle le verrait peut-être encore une fois avant de lui dire adieu pour jamais.
Dans une causerie amicale, au coin du feu, M. Horner, plus expansif que de coutume , avait dit à Franciska qu'il voulait rendre sa maison plus commode, plus élégante; qu'en effet, pour une jeune fçmme élevée dans des habitudes de luxe, elle n'habitait pas un séjour enchanteur. Mais, ajouta-t-il, avec de l'argent on peut trouver le confortable, à Baie tout comme ailleurs. La maison était fort vieille, sans doute, et fort noire, les pièces grandes , froides , meublées à l'antique. Néanmoins rien n'était plus facile que de remédier
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à tous ces inconvénients. Il destinait à Franciska une autre chambre à coucher un peu moins vaste , mais beaucoup mieux disposée , beaucoup plus commode : c'était un petit salon qui avait servi longtemps de bibliothèque à IL Horner; les murailles étaient revêtues d'une boiserie fort ancienne et très délicatement travaillée ; au-dessus des portes serpentaient une foule de guirlandes sculptées avec un art exquis. Plusieurs fois Franciska avait exprimé toute son admiration pour ces magnifiques boiseries; elle semblait désirer vivement que son mari lui cédât ce joli salon dont elle aurait fait une espèce de sanctuaire pour la lecture et les méditations romantiques ; mais Horner avait toujours fait semblant de ne pas comprendre : l'abandon de cette pièce n'était pas encore dans ses arrangements.
Depuis quelques jours il faisait venir chez
lui, avec un certain mystère, un homme d'une tournure assez commune, et qui avait l'air d'un ouvrier. Ilorner et ce personnage restaient fort longtemps enfermés ensemble ; et l'on aurait pu entendre par moment dans la maison y comme un bruit sourd de marteaux , et le grincement d'une scie. Franciska avait plusieurs fois remarqué ce bruit , mais sans le trouver extraordinaire.
Le soir même que Franciska avait reçu cette lettre de Laure qui la désespérait, quelques heures auparavant, M. Horner avait été charmant pour elle; il lui avait fait les plus gracieux compliments; il lui disait que chaque jour il l'aimait davantage, qu'elle était un ange de douceur et de résignation , que maintenant il comprenait ses propres torts, qu'il n'avait pas toujours été juste pour elle.
— N'est-il pas bien naturel , disait-il, qu'une
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femme de" ton âge aime un peu le plaisir et le bal? Certes , je te le promets bien , ma pauvre Franciska , ta vie ne sera pas toujours aussi triste, je ne veux pas le priver de ces honnêtes distractions.
Et puis M. Horner faisait mille projets d'avenir , tous plus délicieux les uns que les autres : ils quitteraient Baie , ils iraient habiter une autre ville plus riante, Paris, peutêtre; mais il fallait encore amasser de l'argent.
— Par bonheur, disait Horner, je vais peutêtre faire quelque magnifique opération qui avancera bien nos affaires. J'attends d'un moment à l'autre, chère amie , une lettre décisive; alors je partirai à l'instant même.
Et changeant tout à coup de conversation , il regardait de coté et d'autre dans la chambre de Franciska av-:<.; une expression de curiosité
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inquiète. Il trouvait que cette pièce était incommode, sombre, sans élégance; en outre, que la vue qu'on découvrait des fenêtres était maladroitement bornée par de grands arbres, qu'il ferait sans doute abattre, si Franeiska devait rester encore long-temps dans cette chambre; mais il lui ménageait une surprise agréable. Il ne s'expliquait pas davantage, bien sûr qu'avant peu de temps sa chère Franeiska serait enchantée.
Franeiska l'écoutail à peine , et suivait silencieusement le cours de ses propres pensées; seulement, pour que sa préoccupation ne fût pas trop remarquée , elle souriait de temps à autre et répondait quelques monosyllabes assez insignifiants, mais qui faisaient croire à M. Horner qu'on V écoutait; puis elle le remerciait avec gentillesse quand il lui semblait que son mari venait de lui faire quelque aimable compliment.
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Enfin , ce soir-là, M. Homcr n'avait rien île plus étrange qu'à l'ordinaire, ni clans sa physionomie, ni dans son langage. Il se relira dans son cabinet d'assez bonne heure, alléguant un travail de quelque importance , et plusieurs lettres d'affaires qu'il n'avait pas môme eu le temps d'ouvrir.
Franciska , depuis quelques heures, dormait dans son fauteuil d'un sommeil inquiet, agité. Elle faisait des rêves bien tristes , bien lugubres. C'était Albéric qu'elle croyait toujours voir sur son lit de mort, et qui l'appelait. La douloureuse scène de l'auberge se retraçait tout entière à son imagination , mais plus étrange encore, plus funèbre, avec ces proportions exagérées , ces couleurs fantastiques du délire etdes songes. Elle voyait toujours ce pauvre jeu ne homme pale, les yeux hagards, tendant les bras vers elle : alors elle mettait
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sa main dans la main froide du mourant. Tout-à-coup celui-ci tressaillait comme au contact de l'électricité; une lueur de raison apparaissait soudain dans ses yeux ternes et fixes. Elle l'appelait, elle se penchait vers lui, toute frissonnante , et il poussait un cri déchirant : 'il l'avait reconnue. Alors c'était un mélange de sanglots et de larmes; Albéric ne parlait plus, mais il regardait Franciska , il joignait les mains comme en extase, comme devant une sainte apparition. Elle aussi , pleine d'émotion et de reconnaissance, elle priait au fond de son cœur, et le miracle était accompli. Le médecin déclarait qu'une crise violente et salutaire venait de s opérer dans le malade, et que, suivant toute apparence, il était sauvé!
Alors , par une métamorphose bizarre , par une de ces transitions mystérieuses et incom-