IX
La lettre de Rodolphe, qu'attendait Laurë, était venue justement pendant qu'elle était chez Franciska. Cette lettre secondait merveilleusement les intentions de madame de Courteuil, et dépassait même toutes ses es-5 pérances»
Rodolphe écrivait de Strasbourg à M. de Lonsdorf, qu'il commençait à voir clair dans les ténébreuses intrigues dont le baron était victime. Il avait déjà, lui Rodolphe, presque saisi, les fils mystérieux, invisibles, qui faisaient agir les ennemis et les créanciers de M. de Lonsdorf. Mais il ajoutait que l'arrivée du baron à Strasbourg était indispensable, qu'il fallait partir immédiatement, sans hésiter.
En même temps il envoyait au baron des lettres de crédit sur les principaux banquiers de Bâle, afin qu'avant de se mettre en route, il pût acquitter ses dettes les plus pressantes : autrement un pareil départ, si brusque, si imprévu , aurait l'air d'une fuite, et pourrait servir de prétexte aux interprétations malveillantes.
Dans la lettre qu'il écrivait au baron, Ro-
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dolphc avait enferme une autre lettre pour madame de Gourteuil. Après mille protestations d'amour et de dévoùment, il la suppliait d'employer tous ses efforts pour décider son père à quitter Baie le lendemain môme. Ce voyage à Strasbourg, qui ne pouvait être bien fatigant pour le baron, devait avoir les meilleurs résultats, et faire pénétrer toutà-coup la lumière dans les plus sombres machinations. Avant une quinzaine de jours, M. de Lonsdorf retournerait à Bâle s'il le jugeait à propos : alors on pourrait continuer d'agir en son absence ; mais ne pas venir ou tarder seulement, c'était tout compromettre. Dans les dernières lignes de sa lettre, Rodolphe demandait à Laure si elle n'avait pas appris quelque chose sur le sort d'Albéric : un semblable silence, après une si étrange disparition, devenait très alarmant. Et puis d'ailleurs, la présence d'Albéric à Francfort
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était absolument nécessaire. Son vieil oncle, qui avait toujours été si dur pour lui, était au plus mal et voulait le voir avant de mourir. Le fils naturel de cet oncle s'était noyé quelque temps auparavant, et le pauvre malade avait peur de s'en aller dans l'autre monde sans s'être reconcilié avec un excellent jeune homme qui, après tout, n'avait jamais eu le moindre tort envers lui. — « Mon neveu ! mon cher neveu ! criait sans cesse le mourant, viens, que je t'embrasse encore! Toute ma fortune est à loi ! »
Cette fortune pouvait se monter à deux cent cinquante mille francs; mais les affaires du vieil oncle n'étaient pas dans le meilleur ordre, et il fallait promptement les débrouil* 1er. L'oncle, une fois mort, on ne pourrait agir sans Albéric; et Rodolphe prévoyait pour l'avenir de longues et fâcheuses difficultés.
d'une femme. 229
Laure n'eut pas la moindre peine à décider son père : le baron fit immédiatement tous les préparatifs pour se mettre en roule avec sa fille le lendemain. Robert devait les accompagner.
Laure écrivit bien vile à Franciska pour lui annoncer son départ ; en môme temps elle la priait de venir dans la soirée, car, suivant toute apparence, elle n'aurait pas le temps de retourner chez Franciska pour lui faire ses adieux.
Franciska était enchantée de ce prompt départ; elle s'habilla sur-le-champ pour se rendre chez M. de Lonsdorf. Mais elle n'avait pas encore mis son chale, quand le domestique entra pour lui remettre un billet fort important, disait-il.
Franciska ne connaissait point l'écriture de
ce biilet. Elle l'ouvrit : il n'était pas signé. t. il. i5
Voici ce qu'il contenait :
« Madame, vous savez que M. Horner vous « a défendu expressément de sortir pendant « son absence. Je vous engage très fort à ne « pas lui désobéir, surtout en pareille circons- « tance. Si vous mettez le pied dehors, notre « marché est rompu. »
Franciska faillit tomber à la renverse de surprise et de saisissement. Elle n'en pouvait douter : ce billet mystérieux et menaçant était de Gaspard. Il lui défendait de sortir. 11 avait peur sans doute qu'elle n'allât voir Albéric, pour lui dire tout ce qui s'était passé ; ou bien peut-être craignait-il qu'elle n'implorât l'assistance de madame de Courteuil, qui passait pour une femme d'énergie et de résolution . Mais pourquoi lui défendre de sortir? Si Franciska voulait faire quelque confidence à sa cousine, ne pouvait-elle profiter des visites fréquentes de
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celle-ci qui ne restait pas deux jours sans venir. Il fallait donc que cette homme, qui planait sur Franciska comme son mauvais génie, eût la possibilité de l'entendre et d'épier toutes ses actions!... Alors, elle pensait de nouveau avec effroi à cette apparition de la nuit dernière!... Peut-être Gaspard avait-il un moyen secret de pénétrer furtivement dans sa chambre à coucher? Mais ce ne pouvait être à l'aide d'une fausse clé, puisque Franciska ne manquait jamais de fermer sa porte au verrou. La pauvre femme ne savait qu'imaginer ; une crainte vague et profonde agitait son coeur. Quel parti prendre? Dans cette occasion elle ne pouvait pas même hésiter : il fallait bien se . soumettre.
Elle écrivit à Laure qu'une indisposition subite l'empêchait de quitter la maison, et qu'elle allait probablement se mettre au lit. Néanmoins, elle suppliait sou amie de faire
encore un dernier sacrifice, et de venir l'embrasser ayant de partir. Elle l'attendait.
Franciska ne s'était point trompée en comptant sur la vive et généreuse tendresse de Laure. Une heure venait à peine de s'écouler que déjà madame de Côurteuil était dans la chambre de Franciska.
— Eh bien ! qu'as-tu donc, chère amie?
— Je souffre! dit Franciska.
Et son visage était si pâle, si défait, ses yeux brillaient d'une ardeur si fébrile, que Laure n'eut pas de peine à la croire, Elle pensa tout naturellement que la résolution douloureuse que madame Horner avait prise de vendre ses bijoux devait avoir causé un ébranlement soudain dans toutes ses facultés.
— Ma pauvre Franciska, dit-elle çn l'em-
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brassant avec effusion, il en est temps encore : dis, es-lu toujours dans la môme intention?., ou bien veux-tu que je te renvoie tes parures?
— Non, non, Laurc, fais ce que je t'ai dit. Et je fen conjure, ne perds pas de vue un instant qu'il y va de ma vie, de plus, peutêtre!...
— Tu m'épouvantes, Franciska; et ce langage mystérieux est bien extraordinaire dans ta bouche. N'importe! je n'essaierai pas de l'approfondir. Mais, à propos, j'oubliais de te parler d'Albéric...
— Albéric? interrompit Franciska en palissant.
— Pourquoi ce trouble ? Rodolphe m'écrit pour savoir si l'on n'a pas encore de nouvelles d' Albéric Mais tiens, je vais te
lire le paragraphe qui concerne M. Ermann.
Puis, tirant de son sac la lettre qu'elle venait de recevoir, elle lut à Franciska quelques lignes où Rodolphe annonçait la mort prochaine du vieil oncle.
— Enfin, dit Laure, ce pauvre garçon ne sera plus obligé d'écrire pour vivre, et son talent y gagnera, j'en suis bien sûre. Mais, hélas! comment lui faire parvenir promptement cette nouvelle?
—Je m'en charge, répondit vivement Franciska, sans penser qu'une pareille exclamation était de la dernière imprudence et pouvait la trahir.
En effet, Laure regarda son amie avec un mélange de surprise et de curiosité inquiète.
— Tu sais donc où il est, Franciska?
Celle-ci baissa la tête et rougit un peu. Je
suis folle! murmura-t-elle.
Laure ne crut pas devoir insister davantage sur l'exclamation singulière échappée à Franciska. Il était déjà tard; la nuit commençait à venir. Laure, que son père attendait sans doute impatiemment, fit les plus tendres adieux à Franciska, en lui promettant que leur séparation ne serait pas longue.
Madame Horner demeura seule, triste et abattue; mais elle avait un devoir à remplir. Maintenant qu'elle savait le contenu de la lettre de Rodolphe, elle n'aurait pu, sans la plus coupable négligence, tarder à prévenir Albéric que son oncle était dangereusement malade et le demandait. D'ailleurs celte nouvelle déciderait probablement Albéric à quitter Baie sur V heure. Il fallait un aussi puissant motif pour l'obliger à partir; à moins toutefois qu'elle ne lui fit la confidence de ce qui s'était passé entreelle et Gaspard. Mais ce dernier parti était
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dangereux. Elle serait perdue sans ressources, si le méchant bossu venait seulement à la soupçonner d'avoir enfreint sa défense.
Après avoir quelque temps réfléchi, elle prit la plume et se mit à écrire; mais elle avait à peine tracé la première ligne qu'elle entendit derrière elle comme un bruit de respiration.
Elle se retourne, et voit Gaspard, les bras croisés, qui la regarde avec un indéfinissable sourire.
— Encore vous! dit-elle d'une voix qui tremble de frayeur et ^indignation.
— Oui. Vous ne m'attendiez guère, ma belle dame? Auriez -vous la bonté de me dire à qui vous destinez cette lettre?
— Monsieur, répondit-elle avec une certaine énergie que lui donna la colère, ne
d'une fkmmb. 237
bien suis-jedonc plus libre chez moi? Scrai-je donc toujours en butte à l'espionnage?
— Toujours, dit flegmatiquement Gaspard , sans changer d'attitude; c'est-à-dire jusqu'au moment où j'aurai palpé ma somme. Alors nous serons quittes, et vous pourrez faire crever de rage et de jalousie ce brave M. Ilorner, si bon vous semble. Mais, je vous en prie, Madame, ne prenez pas cet air majestueux et terrible; songez que vous êtes dans ma main comme une pauvre fauvette dans la main de l'oiseleur. Je vous demande à qui vous écrivez?
Et comme Franciska ne faisait aucune réponse et demeurait interdite, il se penche vers elle, et jette un coup-d'œil sur la lettre commencée.
— Bon 1 c'est à lui! dit-il, avec un éclair sombre dans les yeux. Décidément vous vou-
lez me pousser à bout. Je vous avais défendu de lui écrire.
— C'est vrai! répond Franciska subjuguée par le regard effrayant de cet homme. Mais je vous jure par tout ce qu'il y a de plus sacré que je ne lui aurais pas dit un mot de ce qui s'est passé entre nous deux. Je viens d'apprendre par madame de Courteuil que l'oncle d'Albéric est peut-être mort maintenant, et que la présence de ce jeune homme à Francfort est indispensable pour recueillir un héritage que des intrigants vont lui disputer.
— Ah î ah ! c^est différent, répliqua le bossu dont les yeux flamboyèrent. Et cet héritage est-il considérable?
— Deux cent mille francs au moins j et c'est une fortune pour un pauvre jeune homme qui vit de son travail. Vous conviendrez, Mon-
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sieur, qu'il y aurait de la barbarie à ne pas l'avertir d'une chose aussi importante.
Oh ! oui, de la barbarie, c'est le mot, répondit Gaspard avec une étrange expression. Aussi, non seulement je vous autorise à lui écrire dans une pareille circonstance, mais encore je vais, moi, vous dicter la lettre. Veuillez donc m'écouter.
— Quoi i Monsieur, dit amèrement Franciska, suis-je donc à ce point votre esclave qu'il me faille même écrire sous votre dictée ?
— Je n'y tiens pas autrement, Madame.
Faites donc cette lettre comme bon vous semblera ; seulement je vous engage à ne pas y mêler un mot qui ne concerne l'héritage du vieil oncle. Je vous dirai pourquoi ensuite. Je vous attends.
Franciska tremblait tellement que sa main
pouvait à peine écrire. A chaque mot, elle s'arrêtait pour jeter un coup-d'œii effrayé sur Gaspard qui se tenait immobile à coté d'elle comme un spectre.
Enfin, cette lettre fut achevée. Caspard en fit tout bas la lecture et parut satisfait.
— Maintenant, Madame, vous allez me
permettre de vous donner un conseil. Je connais un peu le cœur humain, et je crois pouvoir vous dire que si vous i^avez pas de meilleure raison à faire valoir auprès d'un amant et d'un poète que celle d'un héritage, vous êtes bien sûre qu'il ne bougera pas d'ici. Il faut, je vous jure, d'autres motifs plus puissants et moins prosaïques. Dites-lui que vous lui ordonnez de partir sur-le-champ, au nom de votre honneur, de votre repos; dites-lui, vous le pouvez, qu'on a découvert votre liaison; qu'une de vos lettres môme est entre les
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mains d'un homme qui peut vous perdre.
Enfin, dites-lui que vous exigez qu'il s'éloigne de Baie ; qu'il parte tout de suite, s'il vous a jamais aimée. Mais comme il ne faut pas mêler dans une môme lettre les affaires d'argent et de cœur, écrivez à part ce que je vais vous dicter; ou plutôt je vais écrire, moi : vous n'aurez qu^à copier textuellement.
En parlant ainsi, il prit une plume, et, sans même s'asseoir, il se mit à tracer rapidement quelques lignes sur une enveloppe de lettre qu'il avnit dans sa poche.
-— Ecrivez ceci, Madame, je vous en conjure.
— Jamais, Monsieur, dit résolument Franciska, lorsqu'elle eut parcouru des yeux ce modèle de lettre.
— Madame, reprit Gaspard en secouant la tète, avec toutes vos tergiversations, vous me
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forcerez à prendre un parti rigoureux, mais nécessaire. Faut-il donc que je vous fasse comprendre jusqu'à quel point vous êtes en mon pouvoir? Vous croyez, n'est-ce pas, que M. Horner est bien loin d'ici?... Eh bien! Madame, il est dans cette maison, à quelques pas de cette chambre.
— Franciska jette un cri.
—Est-il possible ? non ! c'est pour m'effrayer .
— Madame, je vous répète que votre mari n'a pas quitté Bâle, n'a pas quitté cette maison. Voilà plus de huit jours qu'il est caché dans une pièce assez voisine de celle-ci, et dont vous n'avez pas connaissance. 11 vous épie; il attend, plein de fureur et d'impatience, que je l'avertisse enfin, que je vous livre à sa vengeance avec votre amant. Oh! quel bonheur ineffable pour lui si je l'avais appelé la nuit dernière quand ce beau jeune
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homme mélancolique se roulait à vos pieds!... Maintenant votre Albéric ne serait plus qu'un cadavre, et vous aussi, peut-être! car votre mari ne descendrait ici qu'armé, un pistolet dans chaque main.
Franciska n'avait pas la force de pronencer une parole. Elle écoutait pâle, écrasée de terreur.
— M. Horner m'a toujours cru jusqu'à présent; il continuera de me croire. C'est une expérience qu^il a voulu faire en simulant ce voyage... Si vous ne contrariez pas mes volontés, il ne tient qu'à moi de lui faire croire que vous êtes pure, incorruptible, que vous êtes un ange!... Vous voyez donc bien qu'il est prudent et sage de me céder? Allons, ayez l'obligeance d'écrire bien vite cette petite lettre indispensable. Je les enverrai fidèlement toutes les deux. Mais il est temps que
je vous quitte; M. Horner m'attend là-haut dans sa prison. Je vais l'y retenir encore huit jours : vous savez pourquoi.
Franciska, toujours muette et tremblante, copia la lettre écrite par Gaspard, qui exigea ensuite qu'elle mît elle-même la suscription.
— Merci, Madame, dit Gaspard en serrant les deux lettres dans sa poche. Maintenant je n'ai plus qu'à vous recommander deux choses : activez le paiement de nos douze cents louis, et ne risquez pas de correspondance furtivement. Je le découvrirais toujours, et vous pourriez vous en repentir. Adieu.
Cette fois-là, Gaspard sortit par la porte.
Quand elle fut seule, Franciska mit brusquement le verrou , et faillit tomber à la renverse , tant ses genoux ployaient. Elle n'eut que le temps de se jeter dans un fauteuil.
Madame Horner passa toute la nuit dans Une agitation fébrile el douloureuse. Vers le matin, quand elle commençait à s'assoupir, une voix d'homme frappe son oreille. Elle se dresse avec effroi sur son séant.
Gaspard était devant elle.
— Madame, dit-il d'une voix sombre, je
vous préviens que votre mari sera demain à
Bâle... Je veux dire dans cette chambre. Je t. ir. 10
ne puis attendre huit jours encore l'argent qui m'est dû. il me le faut demain à dix heures du matin.
— Mais c'est impossible!... Oh! mon Dieu comment faire?
— Je ne veux pas vous tyranniser, ma pauvre dame. Allons, donnez-moi ces diamants que vous m'avez offerts. Nous serons quittes. Il faut que demain soir j'aie quitté Bâle.
— Oh ! malheureuse que je suis! dit Franciska. Ces diamants ne sont plus entre mes mains... Ma cousine Laure est partie pour Strasbourg.
— Eh bien! écrivez lui tout de suite..,, qu'elle vous les renvoie, ou bien la somme; je patienterai quelques jours encore. Je vous jure qu'une fois payé, vous n'entendrez plus parler de moi.
— Monsieur Gaspard, je yous promets de
D'UNE FEMHfc. 247
faire tout mon possible pour vous contenter , répond Franciska tremblante. Mais, au nom du ciel ! comment pénétrez-vous dans cette chambre? la porte est pourtant fermée au verrou.,..
— J'ai mon secret, dit Gaspard avec un sourire diabolique. Mais, tenez , je vais en faire l'expérience devant vous.
Puis, saluant Franciska qui frissonnait dans
son lit, il fit quelques pas en arrière, et se
dirigea vers une encognure où il disparut derrière un rideau.
Franciska , tout épouvantée, demeure un instant sans parole, sans mouvement. Enfin elle s'enveloppe à la hâte d'une robe de chambre , et s'élance convulsivement vers l'endroit où elle a vu disparaître ce fantastique personnage. Elle écarle le rideau, et ne voit rien. Elle cherche de toutes parts avec une attention excessive, et finit par découvrir une
petite porte cachée dans la muraille et presque imperceptible. Elle pousse longtemps et secoue cette porte, dont elle ne peut apercevoir ni les gonds, ni la serrure; mais ses efforts demeurent inutiles.
Sa terreur est au comble.
Vers huit heures du matin , sa femme de chambre frappe à la porte. Franciska ouvre, et Sophie lui remet une lettre timbrée de Zurich. Cette lettre est de M. Horner qui annonce son prochain retour. D'un jour à l'autre il doit revenir à Baie: peut-être même cette lettre ne le précédera -t-elie que de vingt-quatre heures.
Franciska sent tourbillonner dans sa tète un orage d'idées confuses; elle doute de la réalité; par moments elle est tentée de croire qu'elle est folle. M. Horner a-t-il véritablement quitté Baie , ou bien est-il encore dans la maison, caché, invisible , comme le prétend Gaspard?
d'une femme. "249
Franciska songe au péril qui la menace. Elle se hâte d'écrire à Laurc : celle-ci ne perdra pas une minute et lui renverra les bijoux ou la somme provenant de la vente. En même temps Franciska prie Laure de lui écrire une lettre qu'elle puisse montrer à son mari dans le cas où il voudrait savoir ce qu'elle a lait de ses diamants. Laure, avant de partir pour Strasbourg, serait censée avoir emprunté ces parures à Franciska pour aller à différents bals.
Quelques jours se passent. M. Horner n'est pas de retour encore. Franciska, livrée à mille angoisses, attend avec la plus vive impatience une réponse de Laure. Un matin, quel est son étonnement ?.. Laure entre chez elle en costume de voyage; Laure a laissé à Strasbourg son père, dont la présence est encore indispensable à Rodolphe. Les bijoux sont vendus. Mais Laure, pleine d'inquiétude, n'a pu rester plus
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longtemps loin d'une amie, qui sans doute a besoin de conseils et d'assistance.
— Oui, j'en suis trop sure maintenant, Franciska, dit-elle avec tendresse, tu es la dupe de quelque fripon. Il faut absolument que tu m'apprennes tout ï
Franciska hésite bien long-temps; elle refuse de parler. Mais enfin , vaincue par les prières et les affectueuses sollicitations de Laure, elle lui avoue toute la vérité.
— Et tu crains ce misérable Gaspard ! s'écrie Laure avec indignation. Oh ! laisse-moi le confondre! Je veux le forcer, l'infâme, à te demander pardon ! Je garde cette somme.... qu'il vienne la chercher s'il, ose!
— Non! Laure, pas d'éclat, pas d'esclandre. Mieux vaut acheter le silence d'un pareil homme. Songe que mon honneur est entre ses mains !
d\jne femme. 251
Laurc regarde Franciska douloureusement ; elle laisse échapper un profond soupir; puis voyant que ses avis, (juc ses prières sont inutiles, elle lui remet la somme designée.
( ne heure après , Gaspard, les ye«* pleins d'une joie cupi<I() et féroce , emportait dans sa mansarde un sae gonflé de pièeos d'or.
Le lendemain de très bonne heure, on frappa fortement à la porte de Franciska. Son mari venait d'arriver; il voulait la voir.
Bientôt M. Horner parut en habit de voyage. Il se précipita tout en larmes dans les bras de sa femme, qu'il étreignit longtemps contre son cœur. Gaspard avait très habilement arrangé les choses: il avait dit à Horner que décidément Franciska était la vertu même , et que Rodolphe venait de quitter Baie, désespéré. Maintenant le mari d'une pareille femme pouvait bannir toute inquiétude ; la séduc-
lion échoûrait toujours devant la haute et ferme raison de Franciska.
M. Horner était joyeux , enchanté. Son cœur débordait, plein d'ivresse et d'orgueil.
Cependant de nouveaux malheurs s'amassaient déjà sur la tête de Franciska. Elle n'avait plus entendu parler d'Albéric. Suivant toute apparence, il avait quitté Baie pour se rendre à Francfort, auprès dejson oncle mourant.
Un jour que Franciska était seule dans sa chambre, en proie à mille réflexions désolantes, elle entendit beaucoup de bruit dans une pièce voisine, comme des voix d'hommes en querelle. En effet , bientôt M. Horner entra ; il était sombre et soucieux. Néanmoins son visage parut tout à coup s'éclaircir quand ses yeux rencontrèrent ceux de Franciska. Il s'approcha d'elle avec un tendre empressement, et la pressa contre son cœur.
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— N'est-ce pas vous, mon ami , qui parliez si haut tout à l'heure avec une autre personne? demanda-t-elle non sans quelque hésitation ; car une crainte vague et indéfinissable l'agitait sourdement. Elle croyait avoir reconnu la voix de Gaspard , qui se disputait avec M. Horner.
— Oui, c'était moi, répondit Horner dont le visage redevint sombre un instant. J'étais en discussion avec ce maudit Gaspard qui s'est montré d'une insolence, d'une audace incroyable!.... Le drôle m'a menacé... oui, Dieu me pardonne, il a presque levé la main sur moi I mais c'est un bonheur, peut-être ! Nous voilà débarrassés pour jamais de cet horrible épou vantail. Je l'ai mis dehors par les épaules ! Ce hideux bossu n'affligera plus les beaux yeux de ma douce et charmante Francisca.
L'expulsion de Gaspard aurait dû enchan-
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ter Franciska; maïs la pauvre femme tremblait, au contraire, que le méchant secrétaire, pour se venger, ne dît à M. Horner ce qui s'était passé durant son voyage. Elle était bien loin de soupçonner les plans secrets de Gaspard, qui ne voulant pas disparaître furtivement de la maison, avait saisi la première occasion venue pour se brouiller avec son mai- Ire et se faire congédier. Un semblable départ écartait les soupçons qu'une fuite brusque et mystérieuse n'eût pas manqué d'attirer sur le bossu.
— Mais, je t'en conjure, mon amour, reprit Horner avec exaltation., ne parlons plus de ce mauvais drôle , et fais pour moi ce que tu me refuses obstinément depuis mon retour : essaie en ma présence toutes tes parures les unes après les "autres. Maintenant que cette madame de Courteuil s'est décidée enfin à te rendre tes bijoux, tu n'as plus d'excuses. Al-
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Ions , his-toi belle et resplendissante, je le le demande à genoux. Mais de grâce, chère petite amie, ne prête plus une autre fois tes parures à cette noble dame, qui devrait un peu mieux se rappeler la fable du geai couvert des plumes du paon. Il y a mille excellentes raisons qui doivent te défendre de prêter les bijoux; je ne t'en dirai qu'une : M. de Lonsdorf pourrait mourir d'un moment à l'autre, et tout ce qui se trouverait chez lui et chez sa fille serait saisi sur le champ. Nous aurions toutes les peines du monde à ravoir ce qui t'appartient.
Franciska surprise et choquée de celte frayeur sordide, ne put retenir un geste de dégoût. Mais son mari ne s'aperçut de rien.
— 11 est vrai, continua-t-il d'un air triomphant, que tu n'es pas aussi imprudente qu'on pourrait le croire, et que tu avais pris certaines précautions indispensables dans
cette circonstance. J'approuve fort la lettre que tu as trouvé le moyen de te faire écrire par ta cousine. Au besoin, une pareille lettre eût très bien pu servir de preuve, et les huissiers auraient sans doute été contraints de lâcher prise. Parbleu! ma bonne amie, je le garde toujours ce précieux autographe, et tu avais grand tort de vouloir me le faire brûler. On ne sait pas ce qui peut arriver, ma petite; et, dans l'occasion , -j'aurais quelque plaisir à prouver aux amis et connaissances que l'orgueilleuse et belle madame de Courteuil se pare à peu de frais, lorsqu'elle veut aller au bal.
— Mon ami , en vérité vous êtes bien injuste, bien cruel pour cette pauvre cousine que j'aime de toute mon âme, et qui ne reculerait devant aucun sacrifice pour m'être utile.
— C'est bien , c'est bien , ma Franciska , dit Horncr en se penchant sur elle pour l'cm-
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brasser. Ne parlons pas de madame de Courteuil, ni de son noble père, pas plus que de ce coquin de Gaspard. Mais je t'en prie, fais ce que je désire ; ne me laisse pas languir davantage !
Et l'accent d'Horncr était passionné, suppliant. Franciska, qui n'était guère en humeur de complaire au caprice opiniâtre et bizarre de son mari, a beau s'efforcer, par tous les moyens., de le faire changer d'idée, elle se voit dans l'obligation d'obéir.
Alors, triste et cachant sa douleur sous un sourire, elle se couvre de diamants et de pierres étincelantes, qui s'éparpillent dans sa chevelure et sur ses épaules comme des rayons de soleil, comme des flammes.
Le Bàiois en extase jette des cris d'admiration; ainsi qu'un homme en délire, il chante, rit et pleure à la fois; il se prosterne et joint les mains; il se relève et s'agenouille encore;
puis tout-à-coup il s'élance convulsivement vers Franciska qu'il tourmente de baisers et de caresses. La malheureuse femme avait le coeur gros de soupirs, les yeux gros de larmes qui n'osaient couler. Elle s'efforçait de rire : c'était à fendre l'âme.
Cette douloureuse comédie dura plus d'une heure. Franciska venait de resserrer une partie de ses bijoux dans un tiroir de son secrétaire; elle n'avait gardé que les boucles d'oreille, dont les diamants magnifiques donnaient plus d'éclat à ses beaux yeux bleus.
M. Horner, assis à côté d'elle, la contemplait immobile et muet d'admiration; de temps à autre il joignait les mains avec amour comme un napolitain devant sa madone ; il la regardait avec adoration, et des paroles vagues, entrecoupées, s'échappaient de ses lèvres.
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— Oh! qu'elle est belle! murmura-t-il.
Non, rien n'est aussi parfait sur la terre ! C'est un ange !
Franciska, malgré sa préoccupation profonde, entendait confusément quelques-unes de ces exclamations hyperboliques ; et bien qu'elle eût la mort au fond du cœur , elle se croyait obligée de sourire par reconnaissance.
Jamais elle n'avait vu son mari plus galant, plus aimable. Ce n'était plus le même homme depuis qu'il avait fait ce voyage mystérieux, dont Franciska ne pouvait plus guère soupçonner la réalité, malgré les assertions de Gaspard.
— Et moi qui me défiais d'elle ! continuait Ilorner au fond de sa pensée. Quelle folie! Celte femme est la pureté, l'innocence même! Une idée mauvaise n'a jamais pénétré dans son esprit 1... Non, je commence à croire que
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ce maudit Gaspard exagérait singulièrement les choses... Ce drôle voulait se rendre utile, et me persuader quHl était le seul gardien de mon honneur !... Je suis heureux d'en être débarrassé 5 le misérable aurait fini par me pousser au crime.
Tandis que M. Horner tf entretenait de la sorte avec lui-même, on frappa légèrement à la porte. 11 ne répondit pas d'abord, seulement sa figure prit une expression de mauvaise humeur, car il ne pouvait souffrir qu'on vint le déranger dans ses tête-à-tête conjugaux.
— On frappe, je crois, dit Pranciska qui ïiv demandait pas mieux que d'admettre un tiers à ce duo monotone.
— J'entends bien, répondit Horner, mais je ne veux pas qu'on nous trouble.
On continuait de frapper; les coups même devenaient plus bruyants et plus précipités.
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Enfin une voix se fit entendre : If. JIorner crut la reconnaître.
Il se lève et court à la porte.
— Qui est là? demandc-t-il avec vivacité.
— Monsieur, répondit le domestique, c'est M. Moïse, qui fait souvent des affaires avec Monsieur.
— Oui, c'est moi-même en personne, ajoute une petite voix flûtée et chantante. Ne puis-je donc entrer?
— Ah! vous, c'est différent, dit Horner en ouvrant la porte. Quand je n'y suis pour personne au monde, j'y suis toujours pour vous, l'ami Moïse.
— Vous êtes bien honnête ; vous êtes bien aimable; vous êtes bien poli, répond le visiteur, qui entre en faisant les salutions les plus humbles, les plus respectueusement grotesques. %
C'était un petit homme d'une soixanlained'années, gros, court , et rond comme une boule. 11 portait d'énormes lunettes vertes , qui par leur miroitement fantastique le faisaient un peu ressembler à ces gros chats angoras, dont les prunelles glauques étincelicnt dans l'ombre. Ses tempes étaient chauves, mais sur le derrière de sa icte se dressait une houppe fort
c2r>i l'honneur
épaisse en forme de brosse; il avait des joues flasques et rouges, pendantes comme des fanons; son nez, aplati et pourpre, avait l'air d'avoir senti le poids d'une main d'hercule, tant les deux narines étaient singulièrement écrasées. Quant à sa bouche , elle s'ouvrait large et baveuse, et découvrait à chaque instant une double rangée de dents blanches et aiguës qui n'auraient point fait disparate dans une gueule d'hyène.
Mais le costume de ce burlesque bipède mérite bien aussi quelques eoups de pinceau. D'abord une vaste cravate lui engloutissait le menton, et de cette cravate, rouge comme du sang , s'échappaient deux pointes de col de chemise qui cachaient les oreilles tout entières; un gilet prodigieusement long, tout couvert de vieilles broderies déchiquetées, lui descendait jusqu'au bas-ventre; une antique culotte de salin noir, indécemment collante,
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accusait de grosses petites cuisses courtes et rebondies, sur lesquelles venait se reployer peu gracieusement un abdomen pantagruélique; mais chose bizarre et presque incroyable, au-dessous du genoux , les jambes étaient d'une maigreur excessive; pas de mollets ; rien que deux frêles tibias qui semblaient à chaque pas devoir se rompre sous le fardeau de ce corps énorme et disproportionné.
Le juif Moïse, pour se donner un relief guerrier , prétendait qu^autrefois dans une horrible bataille il avait eu les deux mollets emportés par un boulet de canon ; mais cette catastrophe, quoique dans les choses possibles, trouvait un grand nombre d'incrédules. Cependant Moïse ne cessait de répéter bravement la même histoire, et presque toujours il commençait la conversation en s'apiloyantsur le sort de ses mollets.
Ce personnage à figure triviale, qui n'avait rien d'israëlite que le nom de Moïse et la soif du gain, exerçait une foule de métiers qui tous l'avaient enrichi prodigieusement. Il spéculait comme M. Horner, sur le cours des changes, il prêtait à usure, achetait les vieux meubles, les tableaux, les bijoux, et gagnait toujours cent pour cent dans les moindres affaires. S'il n'avait gagné que cinquante, il aurait crié partout qu'il était victime d'un vol infâme. Moïse habitait généralement Strasbourg; mais il n'avait pas de résidence bien fixe. De temps à autre il s'en allait passer quelques mois à Lubeck, à Hambourg ou à Baie, et ne revenait dans la capitale de l'Alsace, qu'après avoir fait une ample moisson de marcs et de florins. Depuis déjà bien des années, M. Horner entretenait des relations de commerce et d'affaires avec Moïse, et le Bâlois avait pour ce tripotier d'or et d'argent une condescen-
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(lance toute particulière. Maintes fois Moïse avait rendu des services inlerressés, mais fort utiles à M. Ilcrner, qui lui devait plusieurs bonnes spéculations.
Tous les tableaux des anciens maîtres, et quelques-uns des bijoux qu'il orner avait achetés pour sa femme, c'est Meïse qui les lui avait vendus; et certes, le juif l'avait traité en ami; car il n'avait gagné qu'un tiers sur le marché, ce qui était fort modeste et fort délicat.
— Eh l bonjour, mon brave Moïse, dit M. Horner dont la mauvaise humeur parut se dissiper tout-à-coup. Vraiment ! je suis bien aise de vous voir.
— Et moi aussi, répondit le juif en redoublant de salutations.
Horner lui tendit une main que celui-ci pressa vivement dans les siennes.
— Voyez-vous, compère, je n'y étais pour
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personne..; C'sst pour cela que je vous ai fait un peu attendre.
— 11 n'y a pas de mal, repartit Moïse d'une voix molle et câline. Mais , aussi vrai que Dieu est Dieu, j'aurais été au désespoir de ne pas vous rencontrer, car je vous apporte quelque chose de beau.
— Ah! vraiment, dit Horner dont la curiosité s'éveillait, et qu'est-ce donc?
— Nous allons parler de tout cela. Mais d'abord permettez-moi de saluer madame Horner. Mon Dieu ! comme elle encore embellie! comme de beaux diamants feraient bien sur ce cou d'albâtre, dans ces magnifiques cheveux blonds! Mais entendons-nous, poursuivit-il avec un sourire légèrement ironique: il faut de beaux diamants; de vrais diamants-, ou bien comme dit la chanson : c'est la nature qui embellit la beauté.
— Je suis parfaitement de votre avis, mon
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digne Moïse. Mais pourquoi cette observation? Quand je donne des bijoux, je les donne beaux.
— Oui, oui, je ne dis pas le contraire, poursuivit Moïse en se frottant les mains d'un air de triomphe. Alors vous serez content. Mais pardon, il faut que je m'asseye un peu; car je souffre beaucoup!... Mes diables de mollets me font un mal!... Je 'crois toujours sentir cet affreux boulet de canon !
Et le petit homme prononça cette dernière phrase d'une façon si tragique, que Franciska, toute triste quelle était , ne put s'empêcher de sourire ; clic fut obligée de se couvrir la figure de son mouchoir, pour dissimuler cet accès d'hilarité peu charitable.
— Comment , reprit Horner avec une inflexion un peu caustique , vous n'avez pas encore oublié ce malheur, depuis le temps?...
— Ah! quand je vivrais deux siècles, s'é-