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mensité ? Quel mal causerait eur humble joie dans l'ordre immanent des choses? Est-ce qu'une parcelle de ces monts gigantesques se déplacerait parce que leurs lèvres se seraient rencontrées ?
S'il eût ouvert les bras, elle tombait, sanglotante, contre sa poitrine,
Pourtant, par la machinale tactique de défense où elle avait discipliné sa fragilité d'amoureuse, la jeune femme feignit de n'avoir distingué nul égarement dans les prunelles quai la bouleversaient. Et, comme toute la tempête de leurs âmes avait tenu en quelques secondes, elle répéta, presque sans intervalle appréciable :
“ Notre ombre... voyez. l'ombre de notre montagne.”
En ettet, sur la vallée encore claire, le cône sombre du Rothstock se dessinait avec une netteté absolue. Il se trouvait situé directement entre le soleil et cette verte tranchée qui séparait la grande chaîne d’un de ses contreforts. EL son ombre aiguë entrait comme un coin dans tout cet espace baigné des vaporeuses clartés du soir. Sa cime se précisait, d’un contour si arrêté que les deux silhouettes humaines, immobiles à son faite, devaient y projeter leur minuscule relief.
Daria ne put s'empêcher de chercher leur forme là-bas, dans ce lointain où finissait l'image formidable. Naturellement, elle ne discerna pas la double tache imperceptible, les deux petits points obseurs et confondus, que mettait à des lieues de là, sur la douceur de quelque prairie, le simulacre d'eux-mêmes. Cet indiscernable rien, n'était-ce pas ce que pesaient, en réalité, dans l'étendue où ils se perdaient, leurs deux êtres dévorés de regret et d'amour ?.…
Cependant, le soleil aftieurait l'horizon, auras de l'immense plaine d’Argovie. Les yeux purent désormais se fixer sur sa face de sang, qui, peu à peu, s'engloutit jusqu'à n'être plus qu'une prunelle sinistre, brusquement voilée par la mort, Une pluie de cendres s’abattit sur le lac, sur les vallées, sur les montagnes, éteignant la fantasmagorie des couleurs. A l'instant même, audessus de l’écharpe des nuages, les cimes émergentes des glaciers s'enflammèrent. La nappe de neige du Titlis, l'aiguille du Wetterhorn, les fronts jumeaux du Münch et de l'Eiger se teignirent en rose — un rose ardent et suave de braise et de chair. La nuance exquise défaillit à son tour. Les effrayants sommets devinrent d’une lividité de cadavre, semblèrent crier l'horreur
éternelle du froid et de la solitude,
C'était fini. L'’enfantement des mondes, les éclatantes créations du feu, les éruptions de lave, les ineandescences de pierreries en fusion. C'était fini. Un deuil sans nom enveloppait les choses. Elles s'affaissaient sous leur suaire pour un sommeil sans espérance, L'énorme paysage, d'un gris terne et glacé, se co a de dé ion. Mais danse le crépuscule tintait tou-
jours une plainte cristalline. C’étaient les sonnailles remuées par la gourmandise paresseuse des vaches,
Daria et Olivier quittèrent en silence le sommet du Rothstock, Quand ils arrivèrent à la petite station de Staffel, ils apprirent
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qu'il n'y avait plus de train pour regagner le bord du lac. Etils étaient à une hauteur de seize cents mètres,
— ‘Si nous fuisions la route à pied ? ”’ proposa la jeune femme,
Mais il faudrait descendre pendant trois heures. et. quand la nuit serait tout à fait close, ne risquaient-ils pas un accident ?
Daria riait des craintes de son ami.
—“ Ne savez-vous pas” Jui dit-elle, “que pendant la belle saison, des femmes font tons les jours à pied l’ascension de la montagne et redescendent de même. pour vendre des roses au Rigi- Kaltbad où au Kulm ? ”
D’Arthail la supplia de ne pas insister, Ils ne connaissaient pas les sentiers et pourraient se perdre, Elle allait prendre une chambre à l'hôtel de Statfel, où elle passerait la nuit.
— “ Et vous ? ” demanda-t-elle, non sans un peu d'embarras,
— “ Moi aussi,” dit l'officier.
Mais, quand ils eurent partagé un souper sommaire et qu'il l’eut remise aux soins d’une femme de chambre, elle le vit qui se disposait à sortir,
Ce fut elle qui, :. son tour, s'inquiéta.
— “ N'allez pas loin, Vous ne connaissez pas la montagne,
— Soyez sans crainte. Je vais un peu rêver de vous, sous les étoiles, Nous nous retrouverons demain matin, n'est-ce pas ? à la station, pour le premier train qui descendra ”
Quand elle l'aperçut, le lendemain matin, dans le grand air vif et le grand jour, qui semblaient aviver la fatigue ardente de son maigre visage, quand elle sonda ses prunelles, où s’attardaient des visions, Daria devina qu'il n'avait pas pu dormir sous le même toit qu'elle-même, et que, pour fuir une tentation ou une torture, il avait erré toute la nuit dans la solitude sauvage,
Alors elle se sentit submergée d'amour comme par un flot qui vous roule et qui fait de vous ce qu'il veut,
Tandis que le train passait, avec sa lenteur saccadée, son cramponnement de bête prudente, à travers un bouquet de sapins, Daria observa que son ami régiuuait avec attention parmi les branches, comme s'il cherchait à y reconnaître une place déjà visitée.
— “Ces arbres vous intéressent ? ” demanda-t-elle avec une intention de malice,
Il eut un indéfinissable sourire et ne répondit pas.
Plus tard, elle devait retrouver sur l'écorce de l’un d'eux son nom gravé, À l'aube, il avait commencé d’entailler avec son canif la dure chair végétale, et il avait mis deux heures à imprimer ineffaçablement, sur le plus beau sapin, les cinq lettres du mot: * Daria”. Puis il s'était abattu sur l'herbe et il avait pleuré,
à iMaintenant il fixait dans sa mémoire la disposition exacte de ce bouquet de bois. L'avenir les unirait sans doute, fât-ce à la limite de leur existence. Le jour viendrait où l'époux vieilli Pourrait montrer à la femme toujours aimée cette preuve de son
se
larmes,
= — jeune amour au désespoir, Mais le soldat n'avouerait jamais ses
De retour à Weggis, Daria voulut lui faire visiter les Myrtilles. Qu'importait la curiosité du couple gardien ? Elle lui parlerait devant eux comme s'il était l'architecte examinant le bon état de la maison. Et dans deux mois, lorsqu'elle reviendrait avec le pauvre Michel, si peu conscient, nulle indiscrétien ne serait commise qu'elle ne pût détourner ou expliquer.
Ce lui était si doux de montrer à son ami le séjour où il ne pourrait guère venir que dans de courtes visites, peu probables pour cette année même. Îl saurait où chercher son image et dans quels endroits elle viendrait le plus souvent songer à lui. Ce fut dans cette pensée qu'elle le retint assez longuement à l'abri d'un rocher offrant un siège naturel et situé presque directement au-dessus du lac, dont les eaux baïignaient la propriété. Là, on était tout près du petit port. Quand le bateau de Lucerne abordait ou quittait le quai, l'écume produite par ses roues venait mourir contre le soutènement de la terrasse.
— “ Oui, mon amie,’ dit Olivier, ‘“ je vous verrai là, dans ce paysage ravissant, si digne de toucher votre âme, d'encadrer votre beauté. Vous y travaillerez encore. Oh ! j'ai peur que vous n'y travailliez trop !.… Vous aurez vos traductions... Vous vous occuperez de vos tils, dont, à Paris, vous ne pouvez pas suivre assez l'éducation. Vous soignerez votre malade... Heureux malade !.… Heureux paralytique !.…
— Oh!” cria-t-elle, révoltée.
— “ Bah !” reprit-il avec une amertume rageuse, ‘“ Ne suis-je pas plus paralysé que lui ?... À quoi bon ma force, mon intelligence, pour vous venir en aide ?.. A quoi bon mon cœur, qui ne doit pas vous aimer ?
—Olivier,” fit précipitamment Daria, dont les yeux se mouillaient, ‘ne parlez pas de la sorte. Vous ne l'avez jamais fait. Et vous savez bien que je ne pourrais pas le supporter...”
\n effet, son beau visage trahissait une souffrance qui remplit d'Arthail de remords, Il lui demanda pardon.
—“ Ah!” dit-il, laissez-moi vous avouer ma faiblesse... Pour une fois soyez celle de nous deux qui crée le courage de l'autre. Je vous donne si souvent celui que je n'ai pas! Voyez-vous... ces quelques heures vécues ensemble, la vue de cette habitation si douce, où nous nous trouvons seuls, comme si nos existences y aboutissaient pour s'unir, telles que deux sources qui se confondent. Ah! dieux... Daria, ma chère Daria... La vie est trop méchante !.….
— J'ai pris la vôtre, proche.
— Ne dites pas cela.
— Vous êtes malheureux.
— Non, non,” cria-t-il, avec une de ces contradictions dont abondent les entretiens des gens qui aiment, “Je suis heureux,
murmura la jeune femme ‘et je me le re-
ET
au contraire. Si je souffre, c'est de vous voir lutter, c'est de pouvoir si peu pour vous, alors que vous êtes tout pour moi. Mais, Daria, je n'imagine pas que le bonheur puisse exister sans vous sur la terre.”
Que de fois, ils s'étaient dit ces choses et tant d'autres pareilles |. Ce jour-là encore, ils conclurent en vaillance, en résignation, en pureté fière. Echanger un espoir leur était interdit, car la seule perspective ouverte à leur amour passait par un cimetière, sur la fosse ouverte de Michel Nogaret. Certes, les jours de ce malheureux étaient comptés. Muis ils pouvaient se prolonger longtemps encore. Æn supputer la fin semblait un calcul tellement odieux que Daria et Olivier ne prononçaient jamais ie mot d'avenir, par la répugnance des inévitables sous-entendus. Ainsi leur était té e la seule consolation de ceux qui s'aiment parmi les obstacles : rêver ensemble des possibilités futures,
Ce fut justement cette causerie dans le jardin des Myrtilles, qui produisit le quiproquo par lequel furent déjouées les précautions de Daria.
La brave Suissesse n'avait rien compris aux vagues allusions qui devaient, à elle et à son mari, faire prendre d’ Arthail pour un architecte. Elle aperçut de loin la maîtresse du logis en conversation évidemment affectueuse avec son compagnon. Tous deux par: aissaient plus émus que ne € omportait la réparation nécessaire d'un chéneau ou d’une lambourde, Comme elle n'avait pas l'ombre de perversité, elle pensa tout simplement que ce visiteur était M. Nogaret.
Trois mois plus tard, l'apparition de celui-ci ne fut pas pour la détromper. Quand elle aperçut, au débarcadère des ate “AUX, UN homme aux cheveux presque tout blancs, qui semblait un vieillard, et si im potent qu il fallut le porter jusqu'au chalet, elle ne douta pas qu'elle n’eût maintenant devant les yeux le père de Mme Nogaret. Comment supposer qu'une telle ruine humaine eût jamais pi 1SSÉ l'anneau nuptial au doigt de cette admirable créature et fût le "?r2 des deux charmants petits g garçons qui rempli rent aussitôt le: ailées de leurs rires et de leurs cris de joie.
Aussi, le lendemain, tandis que Daria roulait le paralytique dans sa voiture d'invalide jusqu’à la terrasse, au bord du lac, et que la Suissesse accourait pour lui éviter cette peine, la naïve paysanne, familière par ignorance des usages, crut faire à son nouveau maitre le compliment le plus sensible en lui disant dans son patois tudesque :
—‘ Ah! monsieur, comme vous avez de beaux petits-tils. (Ça ra vous faire plaisir de les voir jouer autour de vous, dans le jardin.”
X£:n? rt awatit taie fnrt han métonriuz l'all AT Rang IMIUuUI vil Jus AV t ViC ti CL LUI LE 1 ii mand. its 5, dar l'affaiblissement intellectuel où il se trouvait, on ne pouvait pas a3 toujours se rendre compte de ce qui parvenait jusqu ’à son cerveau. Cependant Daria se sentit pâlir d’une pitié mêlée d'horreur, à cette réflexion si terrible pour l'infortuné. Elle voulut faire signe à la
— JD —
Ju - Suissesse, qui, interprétant son geste aussi mal que le reste, conis, tinua JUS — ‘ Ils sont jolis comme des amours, les chérubins D'ailleurs, ils re à leurs parents, Quand Monsieur et Madame sont eil- venus ensemble, au mois de mai, nous avons dit, mon muri et moi, nA- qu'ils font un rudement beau couple. Ce n'est pas le père de Maar dame qui me contredira.” re, A ces mots, Daria vit avec une affreuse crispation du cœur le ce $ paralytique se tourner vers elle et l'examiner profondément, rer | Michel ne dit rien. Sa femme eût prétéré, à la minute même, un lle- cri de rage, une insulte, malgré la présence de la paysanne, à l'exiot pression de cette face muette, C'était si poignant, la douleur nsi sans reproche du visage lamentable, veilli, figé d'inconscience, et les qui tout à coup s'illuminait d'une compréhension cruelle. D'ailleurs, ce ne fut qu'un éclair. La nuit de l'hébétude retomba. qui Daria, qui eût tout bravé, même l'humiliation du mensonge, pour ms réparer la funeste méprise, craignit de préciser l'impression par une parole. Elle vit les yeux, un instant si péniblement avivés, ns se ternir, se détourner, comme distraits par le spectacle nouveau. un On venait d'arrêter le fauteuil du malade au bord de la terrasse, er - à l'ombre des arbres, en face du lac, devant une des perspectives Ux les plus admirables qui soient. Certes, le pauvre cerveau atro- ; ire phié n'était plus sensible à la poésie ni au pittoresque du paysage. M - Mais quelques fibres nerveuses restées intactes pouvaient encore ait s'émouvoir agréablement des jeux d'ombres et de lumière, du va-et-vient des embarcations, de la douceur de l'air, de la fraîche la respiration des eaux.
un — “ Es-tu bien, mon ami?” questionna Daria, la voix tremeil- blante de pitié, ne Il eut un sourire d'aise qui la rassura. Mais tout de suite un de nuage passa sur la morne tigure. Les traits se tendirent comme ine dans la poursuite difficile d’une idée.
ré- Sa femme regarda si la Suissesse, qu'elle venait d'éloigner, se pli trouvait à distance suffisante, et alors, penchée vers le malade, elle ù reprit :
ans — “ Qu'es -ce qui te tourmente ? Veux-tu que je t'envoie Serge la et André? On t'a dit qu'ils sont beaux tes fils, qu'ils ressemblent ne, à leur père, Tu es content, n'est-ce pas ? ” Pau 2 Elle tâcha d’embrouiller le fil des pensées obscures, Mais il ne OÏs FF répondit pas, ne la regarda pas, têtu et fixe, comme acharné sur : En son énigme intérieur, A quel degré comprenait-il, souffrait-il ? Ça :,3 C'était un supplice pour Daria de se le demander, en contemplant le cette physionomie où rien ne restait du viveur fringant, mais qui semblait, avec le grisonnant désordre de la barbe — autrefois ais bionde et soignée, inaintenant tourinmentée sans Cesse par l'unique pas main valide — l’image d'une vieillesse hagarde et cacochyme. AU. Enfin, dans la bouche qui se déjetait en parlant, et d'où s'échaptte pait une voix pénible, aux syllabes inachevées, cette question se à la formula :
—“ Nous ne sommes pas chez lui, dis-moi ?
— Chez qui ?
— Chez le capitaine...”
Et comme, atterrée par ce qu'il y avait à la fois d'obtus et de lucide dans une telle inquiétude, elle ne se hâtait pas de répondre, il poursuivit avec impatience :
— “ Le capitaine... Tu sais bien ? Le capitaine... rappelle-moi gon nom.
— Le capitaine d'Arthail ?
— Oui... Tu ne m'as pas amené chez lui ?..."” fit-il avec un air qui devint terrible, et en même temps déchirant d'impuissance,
—“ Mais non, Michel. Nous sommes aux Myrtilles… Voyons... Tu la reconnais bien, la maison de maman? Nous y sommes venus pel it notre voyage de noces. Et ensuite quand ma pauvre mère a ..é si malade, Les Myrtilles… Tu t'y plairas, j'en suis sûre. Et les enfants y seront si bien!
— Les enfants...” Ilricana, “ Ah ! oui... mes petits-fils.”
Ce fut tout. Quelque chose vint le distraire. Et il parut n'y plus penser. Mais la barbarie d'un hasard si féroce laissa Daria en proie au remords. Elle chapitra la Suissesse, La bonne cré- $ ature stupide fut sincèrement navrée d’avoir traité d'aieul un
père de quarante ans, sans qu'elle pressentit d’ailleurs aucune autre complication à l'aventure. Pour ce qui en demeura dans le ténébreux entendement du paralytique, nul ne le sut jamais, A certi = signes, à certains mots, à certains regards, Daria put eroire que l'infortuné subissait des réveils de souvenirs, les éclats fugaces d'une lumière une fois faite, que rien n’éteindrait jamais complètement, Elle se pardonna d'autant moins que, dans son absolue dépendance d'elle, son mari se pliair peut-être à une abominable résignation. Le peu qui lui restait de facultés mentales ne lui servait sans doute plus qu'à subir et à souffrir. L'idée qu'elle avait ajouté ce raffinement à son suppiice la torturait. Cependant elle ne pouvait ni lui en parler, ni lui prouver qu'elle n’était pas coupable.
Le résultat de ceci, c'est qu'elle pria Olivier de ne plus venir à la maison, Sa vue pouvait infliger au paralytique la plus inavouable, la plus exaspérante angoisse. Comment l'en préserver, puisque c'eût été une précaution inutile, et même dangereuse, de s'en expliquer avec lui ? Ainsi se raréfièrent encore les instants de bonheur, déià si troublés, si courts, que Daria et son ami goûtaient ensemble, [is ne se rencontrèrent plus qu'au dehors, ou dans l'atelier du rez-de-chaussée, rue Saint-Lazare.
Les occupations de la jeune femme, le service de l'officier, leur laissaient rarement les mêmes loisirs. Alors surtout l'épreuve devint sombre, Mais, à travers toutes les tribulations, ils avaient cette joie suprême de sentir que leurs cœurs ne se détachaient pas.
ms 7 —
[ls eurent encore une journée d'incomparable douceur, plus inoubliable même que celle du Rigi, avant de s'acheminer détinitivement vers un avenir qu'ils ne pouvaient prévoir, un avenir tragique et passionné. =
C'était l'été qui suivit les premières vacances aux Myrtilles.
Juillet touchait à sa fin, L'année de cours était terminée, La distribution des prix au lycée venait d'avoir lieu. Serge et, André y avaient été nommés bien des fois. Bien des fois Daria les avait vus monter sur l'estrade, — petites “houettes si ardemment chénes, l’une déjà robuste, aux cheveux bruns, l’autre toujours frêle, au crâne doré, Et l'éclat des cuivres militaires saluant les premiers prix lui avait mis des larmes aux yeux, un sourire tremblant aux lèvres,
A ces moments-là, son regard cherchait d’Arthail, qu'elle voyait faire craquer ses gants à force d'applaudir. Et elle avait encore près d’êlle une joie sincère, celle de la petite Nicole de Vasqueuil, qu'Adeline lui avait aujourd'hui confiée, car la fillette eût fait une maladie si elle n'avait pas assisté au triomphe de son ami Serge. Elle grandissait en un charme extraordinaire de bonté, de tendresse, cette Nicole, chez qui l'on n'eût pas découvert une seule trace de la sécheresse maniérée de sa mère, C'était une enfant délicieuse, Daria, qui eût souhaité d'avoir une fille comme elle, la tenait en vive prédilection. Et il était décidé qu’elle l'emmènerait avec eux aux Myrtilles pendant un voyage que feraient M. et Mme de Vasqueuil.
Pourtant, malgré la fête que ses fils ét leur petite camarade se faisaient de ce séjour ensemble, malgré la chaleur qui écrasait Pans, Daria reculait le départ pour la Suisse.
C’est qu’elle attendait pour son ami un succès dont son cœur battait d'avance. Elle voulait en partager avec lui l'émotion. Le capitaine d’Arthail, attaché à l'État-Major, et dont les traraux lui attiraient sans cesse les éloges des grands chefs, se savait proposé pour la croix, Ses chances de l'obtenir étaient des plus sérieuses.
La promotion du 15 juillet se trouvait un peu en retard, mais, d'un jour à l'autre, elle allait paraître à l'Oficiel. Pour rien au monde, Daria n'eût quitté en ce moment Paris, Il était convenu qu'Olivier ferait + « elle sa première sortie, en civil, ayant à la boutonnière le pet‘! ruban qu'elle y aurait attaché elle-même.
Et dans l'espérance exquise d’un tel bonheur. encore incertain, elle ne lui avait même pas demandé quel serait le but de cette promenade.
Un matin, comme elle venait de refermer les journaux avec le désappointement de n'y rien trouver encore, elle reçut un * bleu ” de d'Arthail.
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Tout son sang reflua au cœur. Elle ouvrit et lut : “ Mon amie tendrement chère,
« C'est fait. J'ai la lettre du ministre. La chose ne sera à l'Officiel que demain. Mais avant les parades publiques, je veux, pour vous seule, avec vous seule, mettre ce petit ruban, que j'aime surtout pour l& joie qu’il vous donne.
& D'ailleurs, j'ai un projet, où je suis sûr que votre Cœur me suivra.
& Faites-moi la grâce de venir vers deux heures au square de l’église Saint-Germain-des-Prés. Nous ne nous attarderons pas dans cet endroit fréquenté, et j'espère que nous ne serons pus vus. Soyez bonne et pas trop raisonnable. Je suis prêt à toutes les imprudences.
“ Votre chevalier fidèle el soumis à sa dame,