OLIVIER
Ce fut pour Daria, si déshabituée d'être heureuse, une minute de ravissement inouï. La nouvelle reçue l'attendrissait peut-être moins que la façon dont elle lui était donnée. lle percevait, sous les phrases, en une émanation appréciable pour elle seule, la saveur, puissante et unique, du sentiment dont elle vivait. Ce mélange de badinage, de gravité tendre, de respect et de liberté familière, c'était tout Olivier, surtout quand il écrivait.
Il y a un style d'amour qui se crée suivant mille nuances de communion entre deux êtres, et qui ne ressemble ni au style ordinaire de chacun, ni même à celui que chacun emploierait dans une liaison différente, Voilà pourquoi ce qu'on nomme en termes surannés *‘un billet doux” peut émouvoir divinement celui ou celle qui le reçoit, tout en paraissant aux indifférents de la dernière banalité. L'expression que ceux-ci trouvent trop froide ou trop ardente, trop terne ou trop exagérée, est mise au point par l'objectif si variable qui disproportionne les réalités à la mesure de l’exa'tation passionnelle. Une répétition évoque une caresse, une interruption fait surgir un regard, et tout, jusqu'à la ponctuation, jusqu'aux traits soulignant certains mots, prend un sens enivrant ou redoutable, compréhensible pour un seul cœur.
Ainsi, de ces quelques lignes débordaient pour Daria toute la ferveur contenue, toute la sentimentalité un peu railleuse et la grâce mélancoiique, qui lui rendaient incomparable l'attachement d'Olivier.
Mais comment peindre ce qui émane d'une écriture aimée, la poignante séduction des moindres lignes, la palpitation d'une vie si chère qui se fait visible, qui vient de loin pour vous frôler le cœur? Et quand cetie écriture apporte un pensée délicate et
crie une joie, quelle âme de femme n'en serait éperdue ?
à er. *