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même que pour la galerie. 11 ne veut pas qu'elle change envers lui, et il se sent incapable de changer envers elle. Donc il ne peut admettre même un doute... Aussi ne doute-t-il pas, Cependant il souffre, Arrangez cela comme vous voudrez.
— Quelle fine casuiste vous êtes, madame !... Et comme vous ‘aisonnez sur l'amour !... Comment donc en êtes-vous si bon
juge ?.…” questionnait d’Arthail, amusé.
C'est peut-être qu'il ressemble aux montagnes, qu'on ne voit bien que de haut et de loin,” [ui répliqua-t-elle un jour.
Justement il pensait à cette réponse en l’attendant, dès une heure et demie, dans le petit jardin qui entoure Saint-Germaindes-Prés.
& De haut... de loin...” se disait-il. ‘“ Ah! la terre promise... Y entrerons-nous jamais ensemble ?.. Chère Daria!.. L'y conduire serait un si divin bonheur !... N’aurait-elle pas dans la passion toute la grâce abondante et variée qu’elle met dans la tendresse ? Cette femme si exquisement femme, renferme en elle, j'en suis sûr, toutes les richesses, tous les trésors...”
Olivier murmurait ces mots en lui-même. Il se répéta :
“ Tous les trésors.”
Puis il resta pensif, sans formuler davantage un rêve contre lequel il voulait se défendre. Oui, en cet instant surtout, il voulait s'en défendre. Mais, de sa joie même, de sa fierté, de ce brin de ruban rouge qu'il s'était bien garr ‘ de mettre et qu'il voyait par avance au bout des doigts blancs qui le noueraient sur sa poitrine, de la splendide et heureuse journée de juillet, montaient incessamment le flot des désirs plus exigeants, des espérances plus impétueuses. L'officier dut faire un effort, se rappeler dans quelle intention il avait convoqué son amie, quel pèlerinage il allait lui proposer,
‘“ Elle en est digne,” songea-t-il, ‘ Je veux qu’elle en reste digne, même en ma pensée la plus secrète. Si mon cœur trahissait le respect de mes paroles, là où m'accompagnera la bien-aimée, je commettrais un sacrilège.”
Il secoua la tête, avec le mouvement résolu dont on assure sa volonté. Et, comme il relevait les yeux, il la vit.
Daria s'approchait, radieuse de beauté sous l’ombrelle ouverte. Elle portait une simple robe de foulard à fond crème. Sous l'étofte souple, on voyait se mouvoir la belle ligne onduleuse qui, de sa taille ronde, le long de ses hanches un peu fortes, descendait jusqu'à ses petits souliers de daim gris. La gaieté de ses larges yeux, l'animation rosée de son teint, son sourire involontaire dans l'ovale finement évasé de son visage, lui redonnaient cet air d’enfance, d’une séduction attendrissante, qu’elle avait jadis sous son canotier d'amazone, quand elle galopait dans les bois de Marnes.
Uomime eiie paraissait heureuse |... it heureuse pour iuil... tn émotion intense envahit Olivier,
—“ Vous ne l'avez pas mis. Ah! que je suis contente! C'est moi qui vous l'attacherai la première !
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—Chère Daria.. Alors, vraiment, cela vous fait plaisir PTS
Elle plongea dans ses yeux un regard qui fut une flamme de joie.
__4 Nous attirons l'attention,” fit-il. * Nous ne pouvons pas rester ici.”
En effet. les arelques habitués de ce petit square, des étudiants, un livre à la main, des retraités fumant leur pipe, des femmes en cheveux, commençaient d'examiner curieusement ce jeune homme et cette jolie personne, qui paraissaient tellement enchantés de se trouver là. Lui retenait les yeux presque autant qu'elle, avec sa taille haute, sa tournure élécante de militaire en civil, veston gris sur gilet blanc, et sa maigre figure. d'un charme viril et fier, qui, sous un feutre clair à bords retroussés, prenait une expression romantique.
Ils sortirent. Tout en marchant, Olivier expliqua :
" Savez-vous où j'ai rêvé que vous viendrie. avec moi, pour m'attacher mon ruban ? Savez-vous où je veux moi-même porter l'hommage de ce bonheur et de cet honneur ? ”
Elle s'étonna de la gravité soudaine que prenait son accent. Mais tout de suite elle ouvrit au mystère son âme profonde. Il continua :
“ Ne vous ai-je pas dit déjà que la tombe de ma mère est au cimetière de Montparnasse ?
—Ah!...” fitelle seulement, avec une intonation prolongée où vibraient mille réponses harmonieuses.
L'unisson ubsolu devint sensible à d'Arthail. La délicatesse de son vœu, les associations pures el tendres, les souvenirs et les éternels engagements, tout ce qui frémissait dans son dessein, venait de se répercuter en elle
__4 Vous vous souvenez ?” reprit-il. Ma mère adorée repose toute seule, à Paris. Mon père fut le dernier qui trouva place dans notre caveau de famille, sur le domaine qui fut pendant des siècles notre propriété héréditaire. Ce caveau est tout ce qui me reste de l'ancien marquisat d'Arthail. Mais, pour l'agrandir, il faudrait une somme assez considérable. Car le monument est un petit chef - d'œuvre d'architecture, auquel des artistes seuls devraient toucher. Qui sait si je pourrais jamais ?.… Enfin, vous gavez tout cela. Vous savez que lorsque j'ai perdu ma mère, j'ai voulu qu'elle demeurât près de moi, puisqu'elle ne pou rait reposer avec tous les nôtres. Comptant bien séjourner le plus souvent à Paris, j'ai acheté une concession dans l'annexe nouvelle du
cimetière Montparnasse.
— Et,” fit Daria, levant un regard où resplendissait la gratitude, “ vous souhaitez qu'ensemble… Ah ! l'exquise pensée !”
D'Arthail reprit, avec quelque chose de doux et d'enfantin dans la voix qui touchait infiniment son amie :
__ “Je désire acheter une couronne, une belle couronne, que vous m'aiderez à choisir. Et, sous le feuillage, vous comprenez,
je nouerai un peu de ruban rouge... Et nous lui porterons..
Re. De
Une contraction de la gorge l’interrompit. Ensuite, il ajouta, très bas :
— “Ma pauvre mère! Elle aurait été si heureuse ! ”
Leurs yeux se rencontrèrent, Ils ne cherchèrent pas à se dire un seul mot de plus. Dans une mélancolie qui leur était précieuse, ils éprouvaient toute la,suavité de leur union. Jamais leurs cœurs n'avaient été si proches.
D’Arthail aprela une voiture de place, dont il fit abaisser la capote. Tout de suite se rencontra un de ces magasins de couronnes mortuaires, particulièrement nombreux dans le quartier Saint-Sulpice, comme tant d’autres réceptacles des somptuosités religieuses.
Y eut-il quelque trace de faiblesse humaine, inférieur, dans l'étrange et douloure Daria et Olivier à discuter les qualités spéciales du premier achat qu'ils fissent ensemble? Ils s'attardaient à choisir, ne trouvant rien d'assez durable ni d'assez beau. Le marchand vantait la solidité des fleurs en perles nuancées. Mais elles parodiaient si imparfaitement la nature! Il y avait tant de tristesse dans leur raideur ! Les roses artificielles manquaient de recueillement, les violettes étaient vulgaires. Enfin une guirlande d'iris mauves et blancs, qui s'enlaçaient avec une grâce vivante, séduisit Daria, L'officier fit déposer leur emplette, soigneusement enveloppée par des papiers de soie, dans le fiacre. Et ils se rendirent au cimetière.
Un soleil brûlant incendiait la blancheur des tombes. dans cstte annexe récemment ajoutée à la ville des morts et où les arbres n'avaient pas eu le temps de croître. D'Arthail portait la couronne, et Daria élevait son ombrelle pour le temps qu'elle même.
L'heure était lourde de silence, Nul visiteur ne se montrait dans les aliées. Sur les âmes de ces deux êtres descendait le sceau de l’inoubliable. Ils traversaient un de ces instants où les formes apparentes prennent des contours d'éternité pour se fxer dans la mémoire, Attentifs au relief prodigieux de la vie en eux et autour d'eux, ils en acceptaient sans parler la formidable empreinte, Et leurs pensées mêmes n'avaient pas de voix.
Au bord d'une avenue relativement ombreuse, Olivier arrêta son amie. Elle vit une dalleen granit sur laquelle une croix étendue se trouvait seulptée et que surmontait, du côté de la tête, une jurdinière également en pierre grise, Où fleurissaient des plantes fraîches, Elle remarqua le soin avec lequel ces plantes étaient entretenues, car on n'y eût découvert ni une tige desséchée, ni une corolle flétrie. Autour de ce monument si simple s'élevait une grille en fer forgé d’un dessin original. Sur la dalle, en haut et sous le gauche de ia croix, se lisait, avec les dates de la naissance et de la mort, le nom de
quelque élément ux plaisir que trouvèrent
protéger en même