POUDRES ORIENTALES
; Le ui sseurent en à mois et sans nuire à la santé Le Développement et la Fermeté — DES—
FORMES DE LA POITRINE Cuez LA FEMME.
Une boîte avec notice : Un dollar.
tuosités d'une passion dont il restait m & Quel homme,” pensait Daria éperdue de cette pensée, “a
IL avait été l'ami paisible qui écoute et qui conseille, le fra. ternel soutien dont la main m’avait jamais tremblé d’un émoi suspect quand elle en avait réclamé l'appui. Comme il l'avait De quelle suavité dévotieuse n’avait-il pas entouré toutes les déchirures de sa pauvre àme sans cesse heur-
11 la devinait par une intuition plus délicate que celle d'une sœur, il la haussait au-dessus de toutes les vulgarités, de tous les déboires et de ses propres défaillances, avec “ enthousiasme de fidèle exaltant son idole... sévérance d’un culte qui eût lassé toute autre adoration, il avait su lui cacher les emportements, les révoltes, les impé-
Et, dans la
aître.
— “]J] faut que je songe encore à notre situation. Je n'avais vous envisageriez la possibilité de démissionner. Vous me créez ainsi une nouvelle responsabilité, de nouvelles réflexion, des obligations plus contradictoires. Donnez-moi quelques jours encore, mOn ami, vous qui m'avez donné tant d'années. Peut-être déconvrirai-je une issue, Vou-
lez-vous consentir à une fantaisie ? Je vous poïteral ma déci-
Les Poudres Orientales
guérissent radicalement la Dyspepsie, la Consomption, l’Anémie, les Faiblesses d'Estomac, les Pâles Couleurs, les Fleurs Blanches, etc. en un mot tout état de Langueur, d'Âmaigrissement et d'Epuisement Nerveux.
sion dans la chère forêt témoin de nos promenades heureuses, près de l'étang où nous nous sommes fiancés jadis solenneilement. Vous svuvenez-vous de ce jour où nous nous sommes crus libres de nous engager l’un à l'autre ? Ah! Olivier, naus ne sommes jamais retournés à cette place. Nous nous sommes défiés des voix trop douces que nous Y pourrions entendre. Aujourd’hui, je ne crains plus leur inspiration. Je crois qu'elles me diront la vérité. Voulez-vous y venir avec moi de
Il accepta. Il éprouvait à ce langage l'émoi inattendu dont lui-même venait de faire palpiter ce cœur de femme. Pour Jui aussi, c'était une Daria inconnue, vertigineuse, aux yeux et aux lèvres divinement attendris, qui se révélait dans ce corps charmant et inaccessible.
l'ous deux sentirent qu'ils toucheraient au faîte de leur destinée à cette date et à cette heure, qu'ils fixérent.
[ls convinrent de ne pas se rencontrer d'avance, mais de se retrouver là-bas, près de l'étang. Le printemps, qui commencait dans une froide splendeur, par une série de jours mordants et clairs, leur promettait un temps favorable.
Et ce fut, en effet, dans un merveilleux après-midi d'avril qu'ils revirent l'endroit consacré par leur amour sept années auparavant.
Cette fois, d'Arthail y fut le premier. Il y était venu très tôt, à cheval, du Mont-Valérien, où il s'ocvupait actuellement à des travaux de stratégie, et il avait renvoyé son cheval avec «on ordonnance. De loin, Daria l’aperçut, assis sur un tronc d'arbre, presque à la même place où elle avait si ardemment songé à lui, un inoubliable matin de juillet, en contemplant sur le miroir de l’eau la blancheur du cygne immobile.
Daria s'arrêta, le cœur étreint, regarda de loin Olivier, qui s'était levé en la reconnaissant, et qui n’avancait pas, retenu Jui aussi, par un trouble trop fort.
Dans l'instant d’hésitation qui maintenait Daria ec Olivier,
si profondément émus, à quelque distance l'un de l’autre, cette grave beauté les pénétra. L'éloquence de la Nature retentit dans leurs âmes, y roula d'écho en écho. Ils crurent entendre ces voix dont la jeune femme avait parlé. Oh! qu’elles étaient douces, en effet, irrésistibles et touchantes! Cette franchise de lumière, les gestes bienveillants des arbres, la rêverie de cette eau muette, l’aveu ancien qui chuchotait sous l'amas des feuilles mortes et que les années n’avaient pas induit au silence, tout leur fit bondir le cœur d'un battement surhumain.
Les veux dans les yeux, ils franchirent les quelques pas qui les séparaient encore. Quand ils furent l’un devant Vautre, sans une parole, leurs bras s'écartèrent, leurs lèvres s’unirent. Ts restèrent ainsi, haletants et enlacés, pendant quelques mirutes...
L'étreinte dénouée, ils demeuraient pâles et défaillants. Toutes leurs fibres criaient d’une joie douloureuse. Ils ve-
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naient de recueillir ce qui peut tenir d'infini dans un baiser.
Daria dit alors, d'une voix légère comme un souffle:
—“ Olivier, vous ne donnerez pas votre démission. Et moi, je ne cesserai pas de travailler pour mes fils. Plus tard, nous deviendrons des époux aux yeux du monde quand nous pourrons satisfaire aux lois du monde. Mais dès ce moment je crois obéir à une loi plus haute. Me voici. Je viens pour vous dire que je suis votre femme.”
Son visage, tout à coup, se couvrit de pleurs. Dans cette offrande passionnée, lui, d’Arthail, reconnut la magnanimité d’un sacrifice. Il s'agenouilla, baisa sa robe, baisa ses pieds, qu'il mouilla de ses propres larmes. Saisi d'un véritable transport, il mordit dans un sanglot la pointe de ja fine chaussure. A travers le vernis mince, elle sentit les dents calines et frénétiques... Elle trembla de délirer d'amour.
“ Non. non... Relevez-vous, Olivier... mon bien-aimé
* murmura-t-elle.
Dévastés par leur exaltation, ils s'assirent côte à côte. Et telle était la hauteur de leur tendresse que leurs étranges fiancailles d'amants eurent d'ibord pour effet d'augmenter leur réserve. Maintenant qu'Olivier savait son bonheur tout proche, il ne témoignait aue d'un souci: assurer de son respect plutôt accru celle qui, si généreusement, lui promettait ce bonheur.
Comme pour ne pas admettre encore le dénouement où les menait la résolution de Daria, ils s'entretinrent tout d’abord de leur mariage, de l’époque la moins lointaine où ils pour: raient l’envisager:
“Nous nous marierons lorsque Serge sortira de Saint- Cyr,” dit Daria. “Il a près de quatorze ans. Ce sera donc dans sept ans au plus. Vous serez colonel, général peut-être. Moi, j'aurai trente-huit ans. de serai une vieille femme.”
Elle souriait, mélancolique.
__% Oh! Daria, ma chérie... Vous devenez plus belle d'année en année. Vous ne savez pas quel charme grandissant l'affinement de votre âme exquise met sur votre visage. Chaque effort de dévouement, chaque développement de votre pensée, ajoute un attrait à votre personne, A trente-huit ans, vous aurez en plus, j'espère, le bonheur, qui rajeunit toutes les femmes. Et vous n’aurez pas besoin de rajeunir vour que je vous adore.”
Pendant quelque temps, ils parlèrent de l'avenir. Mais le présent, par une trouble et brûlante suggestion, les sollicitait. Comment donner une réalité plus précise à ce lendemain dont ils n°
Brusquement, le froid les saisit un peu. Malgré sa jaquette d'astrakan. Daria eut un frisson. Alors ils se levèrent. La marche les réchaufferait.
Ts prirent un sentier délicieusement sauvage qu:, de l’étang, conduit à travers bois vers la route de Bougival. Dans les clairières, Daria trouva des violettes et des anémones. Elle
aient narlor ?
pe" 72e
en eut une joie d'enfant. Ses joues rosées de fraîcheur, ses yeux purs, qui rayonnèrent alors d'une lueur candide, émurent Olivier. Dans sa vivacité pour découvrir et cueillir les fleurs, elle déployait une grâce agile qu'il ne lui connaissait pas. Cette taille souple, sur Les hanches un peu fortes, raidie habituellement par une tension de fierté, s'évadait pour ainsi dire de l’armature coutumière. Elle pliait et se redressait avec une liberté juvénile. C'étaiÿ un enchantement périlleux pour l’homme si ardemment épris qui la regardait. À une minute, Olivier n'y tint plus. Ses bras capturèrent le buste mobile.
__& Daria adorée.... Vous êtes ma femme.... Vous me l'avez dit...”
Elle se défendit encore, et, cette fois, avec une mutinerie espiègle qui seyait à l'imprudente chercheuse de fleurs. La source de gaieté, que rien n’avait tarie en cette femme si adorablement douée, bruissait et chantait tout à coup dans le délice de vivre, de cueillir les premières violettes et d’être aimée. Sur ces boi- hier encore engourdis par l'hiver brillait une heure divine. C* beau visage en réfléta toutes les nuances.
Tel fut l’éblouissement dont elle étourdit Olivier, l'adresse de sa coquetterie tendre, qu’elle Pamena jusqu’à la lisière du bois sans qu'il eût affirmé autrement que par deux ou trois baisers furtifs le droit qu’elle-même lui avait donné. 11 eut un regard en arrière, un regard de regret vers Cet asile plein de secrets et de solitude. Elle lut dans ses yeux qu'il la suppliait d’y rentrer. Quand reviendrait un tel tête-à-tête? Pourquoi fuir si tôt la forêt nuptiale ? I1 lui saisit la main, avec, sur sa mâle et tendre figure, une invocation de folie.
«Vous ne m'aimez done pas?” gémit-il. “ Ah! je le vois bien. C'était de la pitié... Mais votre amour ne ressemble pas au mien...,
__ Suivez-moi,” dit Daria. “Quelques pas encore.... Et vous saurez si je vous aime.”
Elle venait d'avoi- Vinspiration la plus charmante.
Olivier marchait côté d’elle, suspendu à ses moindres gestes. Il se sentait «uns un état de vibration si extraordinaire que son être, lui semblait-il, se dissoudrait, s’émietterait au moindre choc d’une parole, d'un mouvement inharmonique. Pourvu que. dans la phase nouvelle où entrait leur amour, Daria ne le heurtât pas du moindre froissement un peu cruel ou seulement par un jeu maladroit. Gâterait-elle déjà par quelque tactique de mesquine défensive, son héroïque audace de tout à l’heure, qui la faisait sublime, pour le cœur comblé
par elle, autant que la plus chaste épouse ses
Tle gravirent une courte chaussée sableuse, près d’une fabrique abandonnée, et, presque tout de suite, rencontrèrent à leur gauche une extrémité de pare. enclose par une haie vive, où sont groupés les plus beaux châtaigniers de la région.
Les quelques hectares sur lesquels vieillissent ces arbres fameux se trouvent maintenant enclos dans une vaste proprié-
té particulière. Un château tout neuf s'élève sur une émi-
2 nt
mine une immense vallée où serpente la Seine au { admirabke horizon est borné par l’aque-
de Saint-Germain. C’est un
pence et do tour de ses îles. Ce duc de Marly et par la terrasse des plus beaux panoramas du monde.
De l'endroit qu'ils venaient d'atteindre, les deux promepeurs n’apercevaient pas encore l'énorme échancrure claire Mais ils pouvaient re-
par laquelle s’annon£e le point de vue.
connaître la jadis, plus d'une fois, ils
Châtaigneraie, que ] avaient contournée à cheval. Nul feuillage ne voilait encore l'ossature des arbres géants. brables, noueux,
Leurs bras innom démesurés, jaillissaient comme des tentacules de monstres de leurs vastes troncs difformes. Leur armée silencieuse, pleine de vieillesse et de force, émouvait comme une foule en marche. Leurs attitudes multiples et tourmentées, la rudesse de leur écorce, les Crevasses poudreuses qui les déchiraient jusqu'au cœur, criaient de passion SOUS le ciel trop distant, d'une limpidité de cristal.
Les voilà Ils sont admirables,” dit Daria, comme si
elle rencontrait d'anciens ami.
__« Fst-ce pour eux que VOUS m'avez amené ici ?
da Olivier.
__« Non. Regardez plus rappelle rien de Il examina la muraille de ramilles. Elle s'élevait par €Ddroits plus haut que Jeurs têtes. De fines pointes vertes ER constellaient la masse brune.
L'officier sourit.
“ (C’est la haie quand nous passions, Daria.
belle. Il me semble la voir telle qu'un te crois en respirer le parfum.”
1 humait l'air vif et encore insipide du trop jeune printemps. Puis, avec un rire:
—“ Ah ! je vous vois encore. Vous ne pouviez faire ap-
uyer cette jument trop nerveuse, vous Savez: : - Fiammetta. ., Chaque fois que vous alliez saisir une toufte, elle faisait un écart... Je ne VOUS aidais pas, pour Vous taquiner. Vous
étiez furieuse :- ::
C'est vrai. Je ne pouvais apercevoir et sans une envie folle d'y plonger les mains, même le brin que j'emportais À mon corsage d’amazone: vous impatientait un peu... Je ne sais pourquoi. . —Jen étais jaloux, de cette aubépine.
a —- “’écria la jeune femme, __& Parfaitement. Vous la regardiez Ge 2818 viez l'odeur... Vous frappiez à cause ce que je ne vous ai jamais vue faire qu'ici. étions enfin partis, VOUS vous retourniez pour la voir. ajouta pleisamment d'Arthail, “allons-nous repris par mA rage d'autrefois.” Avec le stick qu'il gardait à la mai
* deman-
près de nous. Cette haie ne vous
d'aubépines dont les fleurs vous grisaient Nulle part il ny en à de plus monceau de neige; et
sentir ces fleurs d'y cueillir moi-
Cela
d'elle votre cheval, — Et quand nous Tenez,”
en! Je me sens
n, le commandant cingla
le buisson. Ses nerfs tendus à l'excès se soulagèrent dans cette action puérile.
Mais Daria redevenait sérieuse, avec un sourire plein de mystère.
Vous viendrez lui faire amende honorable, à mon aubépine,” dit-elle. * Quand vous m'enverrez sa première fleur, vous pourrez attendre votre femme...”
I1 devint pâle.
— “ Comment ?” murmura-t-il.
__“('est la seule formalité que je vous demande. Je ne suis jamais allée chez vous, mon cher Olivier, depuis que vous habitiez Versailles, et que je suis follement accourue, un matin. J’ignore si vous avez, dans votre appartement de la rue Martignac, le même salon disparate et charmant, plein de précieuses vieilleries. . Eh bien, dans quelques semaines, quand cette aubépine fleurira, si j'en reçois de vous une touffe, viral.”
D'Arthail lui saisit les mains.
— J'irai vous en remercier...”
Elle ferma les yeux, et, tout bas, avec un de ces accents qu'on ne peut traduire :
—“# .,,,Tout contre votre cœur.. 7
Par un accord tacite, Daria et Olivier ne se virent pas pendant les premiers jours qui suivirent leur promenade,
Puis, un après-dîner, le commandant se présenta rue Saint- Lazare. Il venait faire subir à Serge un examen trimestriel, institué par lui depuis longtemps, et qui stnulait vivement l'application du lycéen.
Daria l’accompagna jusqu’au seuil.
—“L'aubépine va fleurir,” murmura-t-il en lui retenant la main.
Une semaine se passa encore.
Ce fut au moment où elle remontait de ses cours pour le déjeuner de midi, que Mme Nogaret reçut de sa bonne une enveloppe un peu épaisse, dont la souscription la fit tressail-
Daria s’enferma dans sa chambre. Sa main tremblait en
me s'ils ne devaient jamais s'épanouir. Pourtant deux ou trois, dans l’écartement des pétales, 1 blancheur. ie i : Daria en découvrit un, plus hâtif, qui, de son cœur jaillir une minuscule corolle.
C'était la première fleur éclose sur l'aubépine de la Châtaigneraie.