‹ L'honneur d'une femme [microforme] (volume 2)Chapitre 25 sur 28 · ER LI · texte numérisé non relu

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ment dénué de fortune... Mais c'est un garçon tellement hors ligne !... Je pensais que ses mérites, votre aïlection pour lui, la sécurité que son caractère vous offre... Enfin, je ne réfléchissais même pas, tant cela me paraissait convenu, Jadis Adeline m'en parlait presque ouvertement. Elle me disait : “ Nous n'avons que Nicole. Sans lui donner la richesse, nous “ pouvons faire assez pour elle... De sorte qu’elle suivra son “ inclination...” Même Adeline se félicitait à cause de ceia d'une disposition du testament de votre excellente mère, qui constituait à votre fille une situation indépendante.

— Oh ! chère amie,” s’écria Gaston, l'air choqué, “ est-ce vous qui pesez si exactement les questions d'intérêt? Je me vous attribuais pas tant de clairvoyance en affaires !

Le beau visage de Daria eut une de ces vives rougeurs qui la gênaient si fort dans sa jeunesse,

—“ Oui... Je sais...” reprit-elle. “Pour qui m’entendrait, j'aurais le vilain rôle. Mais pas à vos yeux... Vous me connaissez trop... Vous ne pouvez m'attribuer de bas calculs. Je veux seulement vous rappeler avec quelle précision Adeline fixait nos projets futurs

— 11 y a longtemps de cela,” observa le père de Nicole, d’un ton significatif.

— “ C'était après notre ruine. La situation n’a pas changé depuis lors.

— Croyez-vous

Il la regarda—ou, du moins, parut la regarder. Car elle tâcha vainement de rencontrer les déconcertantes prunelles. Que voulait-il dire ?

Après un instant de réflexion, Daria reprit:

— “ Le seul changement dont je puisse me rendre compte, c'est l'accroissement d’une affection indestructible dans le cœur de ces enfants. Cette affection, quoi que vous en pensiez aujourd'hui, mon cher Gaston, elle est notre œuvre à tous. Assez longtemps, nous avons fait un jeu du “ flirt ” de ces deux petits, qui nous en donnaient l’amusement, qui, à cause de nos bravos, prenaient d’instinct les attitudes que nous applaudissions, sans savoir encore le sens de leurs puériles coquetteries. Plus tard, vous avez, vous et votre femme, encouragé tacitement l'illusion de Serge, la mienne. Vous invitiez mon fils, vous me donniez Nicole pendant des semaines entières aux Myrtilles... Nos enfants s'adorent. Vous n’y pouvez plus rien.

— Parlez pour votre fils, Daria.

—Mais je parle aussi pour votre fille. Kt en toute con-

— Oh ! permettez... Il n’y a qu’une personne qualifiée pour connaître la pensée d’une jeune fille... sa mère.”

Quand il eut affirmé qu'Adeline seule avait qualité pour préjuger des sentiments de leur Nicole, Daria garda un instant le silence. [len profits pour dire :

— “11 m'est si pénible d'avoir à vous expliquer de telles cho-

ses! Une femme supérieure comme vous, et qui a délibérément choisi sa voie, devrait accepter vaillamment les conséquences de ses actes, Ce n'est pas moi qui me ferai votre juge, sauf en ce qui concerne ma fille, Cependant, je ne vous ai jamais fait sentir que C'était bien délicat de la laisser venir autant ici.

— La laisser venir..Ma petite Nicole, Cette enfant que j'aime à l'égal de mes fils, Que pensez-vous donc ?,, Que je favorisais des tête-à-lête avec l'un d'eux. Mais pendant les années de Saint-Cyr, elle n'a pas rencontré Serge trois fois, C'est bien moi qu'elle venait trouver, la mignonne, D'abord pour se perfectionner en anglais puis pour causer à cœur ouvert, Je pe doute pas qu'elle ait en Adeline la eontiance qu'elle doit avoir Mais elle prétendait s'instruire auprès de moi, et me considérait comme su seconde mère,

—Cependunt, si vous aviez une fille, Daria, j'aime à croire que vous auriez orienté votre vie ditféremment.

— Que voulez vous dire ? ”

M. de Vasqueuil fit un geste vague,

Il y eut encore un silence, Si les prunelles insaisissables de Gaston purent observer alors, tout en évoluant du larmier à l'angle aigu des paupières, le visage qui leur faisait face, elles durent apercevoir que ce visage pâlissait jusqu'aux lèvres. Mais si ell.- : e constatèrent pas cette altération terrible, un autre sens les suppléa. Dans les oreilles du mari d'Adeline, une voix changée pénétra lentement, révélant on ne sait quelle convulsion d'âme.

— * Mon ami, j'exige maintenant que vous me disiez en termes clairs le sens de votre démarche À plusieurs reprises, j'ai cru saisir des sous-entendus dans vos paroles, J'ai droit à toute la vérité. Qu êtes-vous venu faire ici aujourd’hui ?

— Vous l'avez compris déjà. Vous prier de décourager votre fils au sujet de ma fille.

— Et lui interdire de la revoir ?

— Mon Lieu... pour lui-même... à cause de ses sentiments. cela vaudrait mieux.

— Soit !’’ prononça Daria. Et le mot jaillit de ses lèvres comme une lame aiguë sous la pression d'un ressort, “ Mais ce n'est pas tout, La raison de cette rupture? Mon fils et moi, nous avons le droit de la connaître,

— Permettez-moi cependant de ne pas vous la dire,

— Je ne permets rien de ce genre. Est-ce notre pauvreté ?" Gaston de Vasqueuil eut un mouvement scandalisé, comme si cette imputation d’une préoccupation d'intérêt, chez sa femme et lui-même, eût été inadmissible, intolérable. Mais l'empressement irréfléchi qu'il mit à s'en défendre autorisa l'exclamation immédiate de Daria :

— “ Alors c'est le caractère ou l'honneur de mon fils que vous osez mettre en doute. Je vous préviens qu'il ne l’acceptera pas.”

M. de Vasqueuil lui-même admira ce fier sursaut de la femme et de la mère. Mais, aussitôt, il s’en inquiéta. Son âme pacifique ne lut pas sans s'émouvoir à l'évocation des susceptibilités en révolte chez un garçon de »ingt et un an, fils de cei.e créature vibrante, et qui portait, avec un juvénile et ombrageux orgueil, ses premiers galons d’officier,

I] se hâta donc de dire :

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