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presque sinistre, entit trahie par une de ses intempestives rougeurs.
— “ Ceci ne regarde que moi,” répondit-elle.
— “ Pardon... Cela regarde aussi ceux qui vous aiment et qui s'intéressent à votre bonheur.
— Je n’y autorise que bien peu de personnes,” répliqua vivement Mme Nogaret,
— “ Vous voulez me dire que je ne suis pas de ces élus ? ais vous ne pouvez pas empêcher, et je ne peux empêcher moi-même que mon cœur ne vous appartienne et que mes plus chères préoccupations ne se rapportent à vous. Vous me l’interdiriez en vain,” ajouta-t-il sur un mouvement de Daria. ‘Je puis tout faire pour vous, excepté vous obéir or ce point.”
L'emphase de ses paroles, les contorsions de ses odicuses lèvres, exaspéraient la jeune femme plus que sa déclaration. Elle se sentait plus agacée nerveusement que réellement offensée. Car elle n'arrivait pas à attacher quelque importance à ce grotesque hommage. Mais aujourd'hui, sans qu'elle sût pourquoi, M. Baussaine lui inspirait une répulsion peureuse. Il secablait à un moment donné, capable de prendre quelque pouvoir sur elle, et en avoir conscience. Elle ne put que lui dire
— “Si vous souhaitez réellement de me plaire, monsieur, vous ne continuerez pas cette conversation.
— Nous la reprendrons un autre jour, quand vous le souhaiterez vous-même,” murmura-t-il, avec un sous-entendu que Doria ne put interpréter, mais qui lui donna un vague frisson.
Puis soudain, elle eut un mouvement de joie, un élan involontaire. Le domestique annonçait:
— “ Monsieur le capitaine d’Arthail.”
[ parut, d’une si martiale et fine élégance dans habit noir, avec sa haute taille svelte, son maigre et intense visage, ses veux si ardents à la chercher, que Daria vit entrer le bonheu: et trouva soudain l'atmosphère même plus douce.
Il était là. Tout se transformait. Les pressentiments s'ésanouirent. Et ce fut avec la grâce secrète et merveilleuse des femmes qui se meuvent sous un regard d'amour, que Mme No-
garet reçut ses invités. Chacun fut frappé par l'espèce de rayonnement qui émanait d'elle.
I! fallait son animation charmante pour spiritualiser un peu ce qu’il Ya de joie fade et voulue dans des fêtes bourgeoises telles que ce dîner. En dehors des relations à faire et des mariages à préparer, les gens qui se dise i “ dn monde” ne
trouvent, suivant leur sexe, qu’un seul genre de plaisir dans
ces agapes de cérémonie, Les hommes y satisfont leur gourmandise, et les femmes leur inlassable besoin de se montrer bien habillées, Quant aux propos qu'ils échangent, ils ne se
donnent pas l'illusion d'y prendre le moindre intérêt, Ce sont de monumentales niaïseries, élaborées avec beaucoup de peine par le monsieur qui préférerait savourer en silence la délicatesse d'un plat, ou par la dame absorbée dans la représentation de sa propre image, l'idée de l’effet qu’elle peut produire,
et pariois le sentiment désastreux qu’une nuance de sa toilette se fane aux lumières ou que tel détail n’en est pas si réussi qu'elle l’aurait cru.
Pour ur penseur comme d’Arthail ou un artiste comme Marcel Hégenet, l’ennui de ces repas serait intolérable s'ils n'y trouvaient quelque dédommagement dans leur for inté-
rieur. Olivier, tout en répondant de la meilleure grâce pos-
sible à sa voisine, qui lui demandait “s'il était vrai que les artilleurs devinssent sourds à force d'entendre tirer le canon ”, s’enivrait de la chère présence de Daria, sans toutefois la regarder trop souvent. Quant au peintre, il promenait son regard visionnaire sur l’éblouissement de l’argenterie, des cristaux. des fleurs, des bougies électriques, sur l'alternance des plastrons glacés avec les vaporeux corsages, sur la muette agilité des livrées survenant et s’effacant aux dossiers des sièges, et il songeait qu'au delà de ces murs, tout près, à quelques pas, il y avait des clairières toutes roses du soleil couchant et des petits sentiers déjà sombres où cheminait le mystère.
— “ Quel tableau faites-vous en ce moment ? * Jui demanda la maîtresse de la maison.
— “ J'aimerais mieux ne pas vous le dire, madame. Cela vous laisserait peut-être la curiosité de venir jusqu’à mon ate- Lier, qui n’a pas eu votre visite depuis bien longtemps.
— Vous devriez m’y conduire, Daria, si monsieur Hégenet
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Per A 72
amener
ET
n'y voit pas d'objection,” dit Mme Jussecourt, la femme du richissime commissionnaire, qui étalait vis-à-vis d'eux une opulente poitrine toute scintillante de diamants.
— “ Ne vous y aventurez pas, madame, Je suis un ours et mon atelier une caverne,” fit le paysagiste d’un ton aussi peu engageant que ses paroles.
— “ Madame Nogaret y va bien.
— C'est que madame Nogaret y rencontre de vieux amis. Elle connaît tous les coins de bois que je peins, et elle me raconte les secrets de tous les arbres qu'elle retrouve sur mes chevalets,
— Oh! je sais la passion de Daria pour la nature. Moi, je ne vois rien de bête comme une forêt. C’est toujours la même chose
— Voilà pourquoi j'y prends mes sujets, madame. Quand j'ai Éni, je recommence. Ca ne me fatigue pas le cerveau.
— Sur vos toiles, c'est très gentil, parce qu'il v en a tout au plus un mètre carré à la fois. Mais, dans la réalité. ce sont des kilomètres... C'est insipide, les routes à trvers bois.
— Si vous chassiez, madame, vous ne diriez pas cela” observa M. Touravel, propriétaire d’une importante fabrique de caoutchouc, et qui venait d'acheter une des plus belles chasses à tir de l'Oise, grâce aux bénéfices du “ pneu Touravel ”
— “Oh! monsieur,” s'écria Mme Jussecourt, “ voilà justement notre grief principal contre vos absurdes pays boisés. Avec leurs “tirés” et leurs “ remises ”, ils nous enlèvent nos maris. Dès que la chasse est ouverte, nous ne les voyons plus.
— Vous ne vous en plaignez peut-être pas, vous ”, chuchotait à l'oreille de la piquante Mme Touravel un beau garcon, brun de visage, large d’épaules, qui battait des records d’automobiles, mais sous un pseudonyme pour ne pas commeftre le nom de Riaguet, illustré par son père dans la fabrication des poêles économiques.
tiaguet père était là aussi, d’ailleurs, avec ses magnifiques cheveux blancs, son air de vieux Burgrave, et, à la boutonnière, la rosette obtenue à la dernière Exposition universolla Mme Riaguet, à la droite du maître de la maison. montrait une jeunesse défraîchie mais persistante, très aidée par les teintures et les fards, surprenante malgré tout à côté de ce
mari septuagénaire et de ce fils athlétiqu Merveilleusement habillée de crêpe de Chine mauve et d’admirable bruges ancien, elle avançait sur la nappe rouge une main très blanch:
et tres nne, chaTrgee ue pe rles, de brillants «
Autour de cette table, il y avait encore quelques couples appartenant à cette recente aristocratie industrielle qui, à Paris, s'intitule “le monde ”, parce que c’est elle qui dépense, recois, s amuse, fait insérer dans les journaux des comptes rendus de ses fêtes. (C'était le milieu où Daria était entrée en épousant Michel Nogaret. Elle-même, ayant perdu son père de bonne heure, élevée par une mère qui joignait à un caractère naturellement dédaigneux l’orgueil de sa noblesse moscovite, et qui l'avait maintenue dans une quas' ‘olitude, possédeit peu de relations et encore moins d'amis. Adeline de Vasqueuil, sa compagne d'enfance, représentait à peu près la
eule liaison de son passé.
En l'honneur de cette vraie mondaine, absente par le mal-
encontreux hasard de la maladie de sa fille, Mme Nogaret ave à
organisé ce diner qui, elle le savait bien, n'était, sauf d’Arthail et le peintre, qu'un dîner de parvenus. Mais elle savait également que les Vasqueuil, d’opulence médiocre, se trouvaient aussi flattés de fréquenter les millions des Touravel, des Jussecourt et des Riaguet, que ceux-ci de frayer avec des personnes à particule et de généalogie authentique. Du m0ment qu’on était content autour d’elle, Daria n’en demandait pas davantage. En ce qui la coacernait, peu lui importait de s’ennuver pour quelques heures en la compagnie des gens que son mari tenait à recevoir, puisque son existence de cœur, d'esprit, tout ce qui l’intéressait, la charmait, se passait tellement loin d'eux. Pourquoi, d'ailleurs, se serait-elle souciée de leur nullité, de la platitude de leur causerie ? Si vive ellemême, très en dehors, elle suscitait par sa seule approche l’en-
train des autres. Les sourires ne résistaient guère au sien, à
ca orâce hienveillante,
Aussi trouvait-elle rarement les gens bêtes ou méchants. Et parfois elle reprochait à d’Arthail sa sévérité lorsque, au lendemain d’une de ses réceptions, il dénigrait ses convives.
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‘Ne voyez-vous pas combien ils sont au-dessous de vous?”
amis Je ne dois laisse r personne, pas
méme vous, les critiquer derrière leur dos
's gens et vorns
- Vos amis !... Quelle distance entre c
Vous n'avez pas une pensée, pas un sentiment pareil aux leurs. Pourquoi les appelez-vonus vos amis * ?
F les r€ ils ef Il Vals chez eux.
mari à l'hospitalité fas-
cuse, et ce nest pas vous qui ménagez rien dès qu'il s’agit de faire plaisir. Mais crovez-vous « ulement qu'ils vous en sachent le moindre gré ? C’est bi beau s'ils né vous ] uousent Das, ne vous ( ont pas
- Puissiez-vous ne jamais avoir à les mettre à l'épreuve ! ” hrase revenait au souvenir de Daria, ce soir,
sur la pelouse, tandis que les domestiques rangeaient les
sICges en face des pieces dressées pour le feu d artific
“ Olivier est vraiment trop sceptique,” se disait-elle
dames l'entouraient de câlineries et de caresses, — Quelle surprise ! Un feu d'artifice ! — Moi qui les adore !— I} n’y à que vous, madame Nogaret ! — (C'ette Daria. ell. salt rece-
— “ Tenez, il faut que je vous embrasse !” s'écriait la pé-
tulante Mme Touravel. encore nerveuse sive de tou-
tes les sottises risquées que Jui avait débi pendant le repas,
Effectivement elle Jui Sauta an cou.
— Ah! Ina belle chérie, je Vous aime tout pl in. VOUS Savez. Je voudrais être votr. amie intime, ” sincèrement, dans la facile effusion d
6e nratt ac CELL
e minute, avec sa orande bou he de gajeté. SGS Veux brillants et tout ronds, sous
les sourcils en accents irconflexes, de part et d'autre d’un pe-
tit nez amusant, soneuel Ces messieurs, sortant du fumoir. virer; l'accolade et plai-
santèrent. Daria chercha Olivier des yeux. Il avait l’air froid
ct grave, Comme toujours lorsqu'i l’imaginait attachant quel-
ENT En
que valeur à des sentiments ou à des êtres qu'il jugeait peu
dignes de sa confiance. Et il n’y en avait guère dont, en son
adoration pour elle et sa connaissance de l’âme humaine.
n'eût pas cette opinion. :
Cependant on attendait la fin du lent crépuscule pour don-
ner le signal du feu d'artifice. Le jour n'en finissait pas de
mourir aux cimes des arbres. Quelques personnes allèrent
s accouder à la balustrade qui dominait le panorama, pour voir
la lune sortir, immense et rouge, de la brume chaude, à l’ho-
rizon. Elle apparaissait méconnaiss: ble, Comment son orbe fin
et sa pâleur allaient-ils se dégager de cet astre de cataclysme?
Mais elle monta, et, peu à peu, s'éclaircit sa face sanglante.
Les ondulations des forêts s’argentèrent. L'air immobile fraî
chissait sans qu'aucune brise l’agitât. Les domestiques appor
tèrent les manteaux du soir de ces dames. 1
— “ Regardez,” dit Marcel Hégenet à d’Arthail. “si vous et moi nous avons raison de rester garcons. Il en coûte cher. aujourd'hui, pour préserver sa femme d’un rhume de cerveau. Du temps de nos mères, il suffisait d'un petit châle à franges.”
Le peintre venait d'aider Mme Jussecourt à placer sur ses ‘4 épaules une mante de chantilly, toute bouillonnante de mousseline liberty sous la précieuse dentelle, Mme Touravel encapuchonnaïit sa tête friponne dans une capeline à la vieille, extravagante et délicieuse. Le visage trop jeune de Mme Riaguet émergeait d’un collet de plumes frissonnantes, Un peu plus loin traînait sur le gravier le bord d’une redingote en peau de soie blanche incrustée de point à l'aiguille. Olivier tressaillit dans l'ombre à la remarque sarcastique d'Hégenet. Il chercha des yeux Daria. M. Baussaine s’empressait à l’envelopper dans une neigeuse et mousseuse pèlerine, qui parut relativement simple à la eandeur somptuaire du capitaine, mais dont la valeur représentait cependant plusieurs mois de sa
solde,
Un instant après, elle parvint à se rapprocher de lui, tandis
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qu ii se tenait à l'écart.
— Je sortirai demain à huit heures,” dit-elle. “Je suivrai Cordon des Marnes et le chemin des Jardies,
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— Bien, ” fit-il en posant sur elle un regard de sauvage tristesse
— “ Qu'avez-vous ? ” demanda-t-elle, le cœur brusquement serré,
— “ Rien.
— Je vous verrai demain, à cheval ?
— Vous me verrez.”
Elle trouva quelque chose de trop dur dans la fixe obstination de ses yeux, Un doute, une inquiétude, tous les ombrageux frissons de l'amour, lui convulsèrent le cœur. Olivier l’aimait-il moins pour la hardiesse de sa visite chez lui ? Craignait-il des responsabilités en la prévoyant bientôt libre ? Avait-il la folie d'être jaloux de Baussaine 2...
La tendresse féminine de Daria ne pouvait concevoir ceg repliements farouches de la passion chez certains hommes quand leur fierté est en jeu. Elle ne comprenait pas, ne tolérait pas cette forme agressive de la souffrance masculine, De quoi pouvait-il lui en vouloir, le jour même où elle s’apprêtait à quitter pour lui l'éclat du luxe et de la respectabilité bourgeoise ? Elle se détourna, nerveuse ct déçue.
Et sans doute il avait tort, en effet, tort de s’en prendre momentanément à elle. Mais pourquoi fallait-il, avec le brûlant besoin de dévouement qui, pour Daria, l’eût fait soulever des montagnes, qu'il dût accepter ses sacrifices ?
Les accepter?... Ou s'y opposer? .. Suppliciante alternative. Quel était le devoir ?... Et, quand il le verrait, ce voir, que re lui en coûterait-il pas pour l’accomplir ?
Une voix de gouaillerie un peu forcée, et avec une rauque intonation qui le frappa, vint le tirer de sa rêverie :
— Eh bien, noble guerrier.., ce dressage de Mirliflore, où en êtes-vous ? A-t-il appris à vous obéir ou à se débarrasser de vous par d'énergiques sauts de mouton 2°
Dans la pénombre du jour mourant et de la lune naissante, le visage de Michel Nogaret parut à d’Arthail extrêmement pale, presque décomposé. (Celui-ci avait remarqué, à table, l'attitude singulière de leur hôte. C'était de l’apathie, de l’absence, avec, par instants, des réveils un peu effarés.
& Est-il donc tellement pris nar son Adeline, ou bien a-t-il absorbé déjà quelques petits verres avant le dîner ?” pensait le capitaine, qui, tout à coup, devant altération de cette face, eut un plus sérieux pressentiment.
—“ Vous n'êtes pas souffrant, Nogaret ?
— Pourquoi voulez-vous que je sois souffrant ?
— Mais je ne veux rien de ce genre. Vous me parliez de Mirliflore... Venez donc une fois au quartier, que je vous montre son travail de manège. (C’est un cheval excellent, plein de cœur... Seulement il avait dû être mal pris.
— L'exeuse des femmes quand elles nous trompent,” dit Michel avec son gro: rire.
D'Arthail lui planta un vif regard au fond des yeux. L'autre ne broncha pas. Nulle amertume dans sa plaisanterie. Là n’était pas le secret de son évident malaise.
Cependant un bruit léger fouetta l'air. Au-dessus des têtes, la première fusée éclata. On vit de grosses chenilles lumineuses qui ondulaient verticalement au-dessus des arbres, et qui s’en allèrent dans une rême direction, d’un vol très doux, en s'évanouissant l’une après l'autre.
Les femmes ponssèrent des exclamations. Et toutes coururent prendre possession des chaises, sur la pelouse, pour voir le feu d'artifice, qui commençait.
Le lendemain matin, Daria, partie de la maison à huit heu-
res, à cheval, avec Serge et le groom, alla jusou’à l'étang de Saint-Cucufa sans rencontrer Olivier.
Elle ne s'était point écartée pourtant de leur chemin habituel, de celui qu'elle Jui avait indiqué la veille au soir. À mesure qu'elle avançait dans la campagne, limpatience angoissée de l’apercevoir augmentait, avec la certitude douloureuse qu’elle ne le rencontrerait pas ce matin-là. IT avait promis, c’est vrai. Mais quelque chose, à la même minute, s'était élevé en ini contre el'e. Daria l'avait pressenti à la
DE
froideur soudaine de son regard. Et leurs rapports depuis hier matin, depuis qu'elle lui avait anncacé sa résolution de divorce, étaient si nouveaux, qu'elle ne pouvaît plus préjuger des sentiments de son ami,
Quel chemin avaient fait en lui, durant ces lernières heures, les pensées suggérées si soudainement ? Cet homme, qu’elle aimait, qu'elle admirait, en qui elle avait confiance, était encore pour Daria le mystère vivant, d’une si troublante profondeur, que devient tout être pour l'être qui le regarde à travers le voile enflammé de Ja passion,
L'indifférent que nous saluons dans la rue, le visiteur avec qui nous causons dans un salon, nous paraissent, pour peu que nous connaïssions la direction générale de leur vie, “es personnages simples, faciles à définir en quelques mots et à classer dans une catégorie humaine bien déterminée,
Chacenn, cependant, pour le cœur qu'il a ému d'amour, devient une énigme plus insondable que l'univers, et dont chaque trait, successivement révélé, prend une importance sans égale, une signification de délice on de désespoir. Qu’a-t-il pensé ?... Pourquoi m’a-t-il regardé ainsi ?... Quel sens exact avait ce mot sur ses lèvres ?... N'ai-je pas eu trop de gaieté en sa présence? Mon silence ne lui aura-t-il pas déplu? Qu'est-ce qui l’intéressait dans ce spectacle ?... N’ai-je pas surpris son sourire ?... Que signifiait son geste vers la porte?
À tout instant, l'amour déconcerté croit se trouver en présence d’une âme imprévue, échappant à la logique d’une psychologie ordinaire, car tant de joie ou tant de douleur lui peuvent venir des mouve:nents de cette âme, que sa prévision les disproportionne au gré de ce qu’il craint ou de ce qu'il espère.
Olivier d’Arthail, déjà fermé à tonte curiosité banale, devenait, sans le vouloir, superbement inaccessible à une intuion féminine tendre ot troublée.
Daria, parvenue au but de sa promenade sans avoir aperçu
celui qu’elle aimait, ne se sentit pas le courage de revenir tout de su:
Elle dit à son fils :
— “Tu ne sais pas, mon petit Serge... Comme je suis un
ais t'attendre ici pendant que tu feras avec
peu fatiguée, je v Valentin le tour de la vallée.”
L'enfant s'écria :
__“ Ah! tant mieux ! Tu permets... Je vais done enfin savoir ce qu'il y a là-bas, tout au bout.”
Depuis qu'il sortait à cheval, il avait souvent tourmenté sa mère pour qu'elle fit ce tour avec jui. Daria, qui savait qu’on retombe sur la route de Rueil pour regagner les bois par un chemin à travers champs, poussiéreux et ensoleillé, ne s'en souciait guère. Mais il n'y avait pas d'inconvénient à ce que le petit garçon satisfit sa curiosité.
La mère venait de sauter de cheval.
__ “ Faut-il attacher Fiammetta ©? demanda le groom.
__& Non, elle ferait des bêtises. Vous allez la conduire à la ferme qui est au bout de l'étang, et la mettre à l’écurie. Puis, écoutez... Vous ne laisserez pas monsieur Serge galoper. Il fait trop chaud et vous avez tou. le temps.”
Quand elle fut seule, Daria s'assit à ‘ombre sur un tronc d'arbre, à une place d’où elle pouvait :percevoir tout le pittoresque bassin. :
Le soleil, bien qu’assez élevé déjà, n'atteignait qu'une moitié de l'étang. La marge de la forêt, avec ses grands ombrageé à pic, encore exhaussés par le talus des berges, maintenait l’autre moitié dans une fraîcheur sombre. Les feuilles des nénupbars formaient des îlots pâles sur la surface noire et tellement immobile que les plantes aquatiques semblaient suspendues dans le vide. Les larges calices blancs flottaient par centaines. -nrtout du côté opposé, où rayonnait une chaude lumière. Au Eord de la chaussée des roseaux se dressaient, hérissant leurs lances vertes et aiguës. Et Daria pouvait voir non loin d'elle un cygne qui, le cou rigide, les ailes gonflées, ne faisait pas un mouvement sur l'eau tranquille, comme s’il eût participé, dans sa neigeuse splendeur, au magique enchantement des choses.
Un silence indicibie pianait. Nul ssement nul pépiement d'oiseau, n'émouvait la paix merveilleuse de ce matin d'été. Mais quand les yeux se jevaient jusqu'aux cimes
ont d'incooto