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182 LA GRAMMAIRE
Pour nous, il est indubitable que ërülant est verbe et conséquemment invariable toutes les fois qu’il se dit d’une’ chose qui brûle, nous voulons dire qui esl en flamme ; nous allons le prouver de deux manières.
1° C’estoque dans l'application qu’en a faite Racine,
.. brûlant ne marque nullement l'état, la qualité, comme : le prétend Girault-Duvivier, mais bien une action qui s’ac-
complit. En effet, quand ce poëte dit que | Pyrrhus entre À LA LUEUR de Ppaluis BRÔLANTS, il représemfe les palais en flamme, il parle d’une action non accomplie, mais qui s’accomplit, puisqu'il nous montre la lueur que produit cet incendie: or br&lant est verbe et non adjectif, et Racine, entraîné par le besoin de la rime, a péché contre la grammaire.
. Je dirhi de même: Hier, lorsque je sortis de ches moi,
Je laïssai par inadvertance deux bougies BRÔLANT, et non
je laissai deux bougies BRÔLANTES.-— Quoique lien éloigné du théâtre de l'incendie, J'aperçus ma maison BRû- LANT, et non brûlante: .
Une seconde preuve plus saisissante ‘encore et pour
ainsi dîte palpable, c'est que brûlant n'est adjectif
‘que lorsque c'est à l’aide du tact, du toucher, que nous reconnaissons qu'une chose cst en effet brûlante. me exemple, après avoir mis la main dans de l’eau” us que-chaude, je dirai que je l'ai trouvée brûlante. ous disons de même je ne puis encore manger ma
soupe, tellement je la trouve BRÔLANTE.— Les murs d' une | Maison incendiée restent quelque lemps BRÔLANTS.— (et |.enfant a la fièvre, car il a les mains BRÔÛLANTES, /a tête
chassant, courant, riant, chantant, dormant, ronflant, bien qu'ils puissent se construire avec les mots quissont, qui étaient, n’en restent pas moins participes présents, c’est-à-dire invariables : nous réprouverons donc. le moyen donné par Girault- Duvivier. L .
Qu’après m'avoir dit la raison logique a fait, on me donne un moyen mécanique qui facilite et accélère l'application du principe, fien de mieux : mais qu'à défaut de motifs logiques, on ne me donne qu'un procédé mécanique, je le repousse, parce qu’alors il injurié ma raison, quand encore il ne trompe ‘pas ma croyance, Ù
est verbe et qu’il se dit qui est en nières..
faite Racine, alité, comme tion qui s’ac-
ILANTS, il re- > action non us montre la est verbe et n de la rime,
de chez moi, LANT, et non e bien éloi-
naison BRÛ-
re et pour est adjectif ucher, que et brûlante.
18 de l’eau” e brûlante.
ranger ma murs d'une ANTS.— (et TES, la tête
, bien qu'ils étaient, n’en lire invariapar Girault-
)n me donne plication du ifs logiques, )Jousse, parce npe ‘pas ma
qu’il exprime l’éfat; et dans tous ces cas aussi, c’est
tels objets sont brûlants.
. Au figuré, on dit aussi cœur BRÜLANT, âme BRÜLANTE, s{yle “BRÔLANT, pour dire ardent, plein de feu. es
AGISSANT.— Faut-il dire, à limitation de La Harpe, l'air est une force AGISSANTE sur les corps les plus solipes, AGISSANTE dans tous les sens, AGISSANTE Par sa nature (1)?— Par ces derniers mots, l’air est une force | AGISSANTE p@r sa nature, La Harpe qualifie l’air ct nous le montre comme étant de sa nature, nom nne force
par une de ses propriétés distinctives: là, sans nul *’ doute, agissante est adjectif. Maïs quand il nous mon- , tre l'air, non pour le qualifier, non pour le caractériser par quelqu'une de ses propriétés, mais bien
comme un agent dont l'action se fait sentir sur les corps les plus solides même, c’est là du mouvement, c'est là de l'action, c’est là le verbe. Nous dirons donc,
L'air est une force AGISSANTE de sa nature, AGISSANT sur les corps les plus solides même, AGISSANT dans tous les sens. Et nous traduirons ainsi cette phrase: l'air est une force par elle-même AGISSANTE, une. force QUI
* AGIT sur les corps les plus solides même, bre QUI ‘AGIT dans tous les sens. 17 3 À
> (1) Voici ce que dans sa dissertation sur le participe présent, y La Harpe dit du mot agissant, car ce grand maitre s'est aussi “ ï occupé de cette question : :4 L'âme AGISSANT sur Le corps, il en faut’ conclure que, etc.... Agissant n’exprimant qu’une action, Pourquoi? c'est que agissant, adjectif verbal, ne signifie qu’une habitude : c'est un homme AGISSANT, c'est une tête toujours AGI8- SANTE, pour dire, c'est un homme qui-a l'habitude d'agir, une tête qui a l'habitude de penser.” ‘ Jusqu’iqi la question est fort simple. Mais La Harpe ajoute : “On dirait très-bien: l'air est une force AGISSANTE sur les corps les plus solides, AGISSANTE duns tous les sens, AGISSANTE ar sa pra ici que nous ne partageons pas son avis.
oyez nos räisons plus haut,
fl : «
SELON L’ACADÉMIS. .183 \ /
BRÔLANTE. Dans tous ces eas, brûlant est adjectif, parcs
le toucher et non la que qui nous donne la certitude que:
inerte, mais une force agissante; il caractérise l'air
comme une force qu agit, comme un être qui opère,
est ici participe. L'âme AGISSANTE serait’ une faute grossière. :
L&, GRAMMAIRS ;
Nous dirons de même: on représente l'air comme une Joree AGISSANT sur {ous les corp&i c'est-à-dire comme une force qui excrce son aclion sur les corps (1).
EXPIRANT.— À propos de ce participe présent, nous rapporterons ici trois exemples que Girault-Duvivier nous offre pour modèles, et les raisons dont il les appuie. Ces exemples sont. pris dans Voltaire,
: Nos pères, nos enfants, nos filles et nos femmes, Au pied de nos autels, ExPIRANT dans les Jummes.
* # Expirant, nous dit ce grammairien, est un’ mot en ané que,
par l'analyse, on considire ici comme Participe présent —Wos + pères, nos femmes EXPIRANT, cela veut dire qui expirent. Puis il ajoute, expirant. emportant l'idée de la perte de l'existence, prend la nature du verbe.” ‘4 | |
Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des #ourapts, Duns les flammes, étouffés, sous le fer EXPIRANTS. . : Je vis nos ennemis vaincus ei renversés, Sôus nos COUPS EXPIRANTS, devant nous dispersés.
Duvivier, désertant son premier principe, nous en fait un
« second," puisqu'il nous dit: “Dans ces vers, expirant-désignant un état, uñè manière d’être, u lité, et non une action, est adjectif.” nn :
Nous ne prendrons pas peine de rechercher s'il
. estrsai que expirant” marque ici l'état, la qua/ité ;
nous nous cntenterons de faire remarquer qu'il suivrait de là, 1° qu'en disant 4
: DEA |, RER Dm CEA 4
(1) Faisons encore un exemple dé tous points analogue À celui que nons venons d'attaquer. Demandons-nous donc si, parce qu'on dit une chèvre grimpante, ow peut dire également GRIMPANTE dans {ous les lieux, GRIMPANTE sur des rochers les plus escarpés. Par exemple, tout serait-il bon dans cette phrase, les chèvres sont des animaux Grimpanrs sur Les rochers les
‘ plus escarpés, GRIMPANTS duns tous Les lieux, GRIMPANTS de leur nature? Indubitablement non. Si grimpant est incontestable. ment gdjectif dans crimpaAnrs de leur nature, attendu qu'il marque une qualité inhérente aux chèvres, une qualité qui leur est naturelle, il est non moins incontestable que ‘grimpant esti-verbe dans GRIMPANT sur les rochers, et duns GRIMPANT en tous licur, attendu qu'ici, comme dans l'exemple de La Harpe, il n’est plus question de qualité, de caractère distinctif, mais d'action, A *
Ici, bien qu'il s'agisse de la perte de l'existence, aps Ë
mme une fores une force qui
résent, nous uvivier nous les appuie.
nes.
t'en ant que,
présent. — Nos >
rpirent. Puis le l'existence,
ourapts,
À + bs.
en fait un ant-désignant
ne action, est
iercher s'il a qualité ; à'il suivrait
analogue À ous donc si, ce également s rochers Les cette phrase,
rochers les ANTS de leur icontestable.
ttendu qu'il lité qui leur ue “grimpant GRIMPANT en > La Harpe, tinctif, mais
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=. SÉLON L'ACADÉMIE.
verbe, et par conséquènt énvuriable ; 2° et que si l’on disait, EXPIRANT sous le fer, .
EXPIRANT sous des ‘coups, le mot expirunt scrait adjectif, et conséquemment variable :- télle est du moins la doctrine de Girault-Duvivier. |, Mais une telle conséquence blesse notre raison, et nous ne saurions voir: qu’une seule
stance dans ces trois exemples :
Des hommes EXPIRANT dans les flammes,
K 5%. Des Lommes EXPIRANT sous Le fer, ®Des hommcs EXPIRANY sous nos COUPS.
. Essayons de faire pärtâger notre opinion.
Etablissons d'abord (ct ici est plus de la moitié de :
la question) que expirant, adjectif, sien qui est près d'expirer, qui est däns wx état voisin de la mort, dans la situation d'un moëibond. ue Hier encdke l'état de nos ‘pauvres amis nous laissait quelque espoir, aujourd'hui nous les avons trouvés ExPI- RANTS, c.-à-d. rendant le dernier soupir. | Après sa chute, cette mélheureuse.femme fut, relevée EXPIRANTE, C.-à-d. rendant le dernier soupir. L Le
* Qu'il efface ma honte, ét Que mes yeux mourants À Contemplent deux ingrals à mes pieds EXPIRANTS. | ee
; VoTaier, dans Zulime.
Ici erpirants signifiant rendant le dernier régulièrement émploÿé comnie adjectif.
Mais éxpirant est verbe et conséquemment invariable, toutes les fois qu'il est suivi d’une expression énonçant l’objet qui donne la mot, comme quand on dit :
EXPIRANT sous le fer, -
ExpPifANT dans les flammes,
EXPIRANT SOUS nos coups.
En pareil cas, erpirer est employé pour périr, mourir. En effet, des hommes EXPIRANT sous Le fer, des kom- Mes EXPIRANT dans les flamnies, ne sont nullement des hommes déjà à l'état de morikonds, mais des hommes Pleins de: vie, périssant, mourant par le fer, par lo feu. De même, des personnes EXPIRANT sous 2 coups,
souptr, est
: EXPIRANT dans les flammes, le mot expirant serait |:
et même circon-:
LA GRAMMAIRE
ne sont nullement des ‘personnes déjà erpirantes, et “* encore moins des personnes erpirantes sous HS COupS, : mais des gens pleins d'urdcur qui périssent, qui tom-
bent sous nos coups. : ie
Dans tout'cas anäloguc, ezpirant n'exprime nullement un éfat comme on pous“lediténe Teprésente nul-
© lement des êtres dans la siluation üe moribonds, mais une action qui donne violemment la mort à des gens Lien portants. Ilen est de même quand je dis: , "Ces criminels qu'une sentence a ‘frappés de la peine
capitule, je les ai vus EXPIRANT de la muin du bourreau. Dans cct exemple encore, où il existe une analogie parfaite avec ceux que nous venons d'attaquer, il ne s'agit pas d’un éfat, maïs d'une action. (Celui qui parle ne.veut ni ne peut, en s'exprimant ainsi, nous dire * qu'il a vu les criminels à l'état de moribonds, reudant e dernier soupir, mais bien qu'il les ‘a vus périr, qu'il les a vu supplicier. Enêôre une fois, il ne peint point un éfut, il raconte un fait, une action. |
Or, si Voltaire a eu raison d'écrire :
Nos enfants EXPIRANT dans les flammes, :
Il a péché contre lx grimmaire en écrivant :
Des homnics EXPIRANTS sous le fer, :
Des ennemis EXPIRANTS sous nos coups ; dans ces deux derniers exemples, expirant est verbe et non adjectif. RONFLANT." | Te Des luquais étendus, RONFLANTS sur le plancher. | VOLTAIRE, la Femme qui a raison.