‹ L'honneur dans le crime drame en cinq actesChapitre 9 sur 46 · scene vin · texte numérisé non relu

scene vin

Sia ROBERT, JAKMAN , HOUG- TO.N.

hougiiton , à sir Robert . Mylord m'a fait appeler?

sir robert. Deviez- vous attendre cet avis?... Avant-hier, en vous quittant, je vous avais donné vingt-quatre heures pour me rembourser les fermages qui me sont dus depuis deux mois.

hougton. A I époque dont parle mylord, il avait eu la bonté de me faire espérer un plus long délai, en raison des malheurs qui ont pesé celle année sur la récolte.

sir robert. C’est possible... mais j’ai changé d’idée.

jakman. Eh! pardieu, c’est clair, s'il fallait entrer dans tout cela, où en seraient les propriétaires?

hougton. Ah! oui, j’entends... le pauvre diable qui a bêché el retourné la lerrc, qui a tracé le sillon , qui l'a arrosé de sa sueur, qui a mis là tout le travail de scs bras, toute l’espérance de son année... ce pauvre diable doit implorer du ciel le chaud , le froid , l'ombre, le soleil ; il doit trembler et pâlir quand quelque nuage ,

P ortant la grêle ou la foudre , grossit à horizon , et quand.ee nuage s'étend , s’a-

baisse et crève, il doit se tourner vers scs en-

fans, qui lui demandent du pain, et leur dire: attendez... tandis que le riche, mollement couché sur un meuble de soie, regarde à travers les vitres de son château passer l’orage dont il s'amuse... Que lui importe, à lui?... le terme arrivé, il faudra que le désespoir du fermier se convertisse en or, qu on prend gaiincnt, qu'nn jette au jeu, sur la toilette d’une femme , dans l'achat d'un chien , d'un cheval de race , ou Lien dans une orgie , où Tou rit et boit sans penser à ccuz qui pleurent et jeûnent... et vous trouvez cela juste, vous?

jakman. La loi le veut ainsi.

houoton. Vous la calomniez.

sir robert. Misérable! oser manquer de respect au juge de ce comté !

hougton. QuauJ il sera sur sou siège, je le respecterai.

jakman. (Quelle démoralisation! Vous l’entendez, mylord?

sir robert. Que vous ai-je dit !... le peuple aujourd’hui...

hougton. Aujourd'hui, le peuple sait ce qu'il vaut.

sir robert. Et moi , je sais ce que tu me dois. J’exige sur-le-champ...

hougton. Que je vous paie... ricu de mieux. ( Tirant un portefeuille qui contient des bank-notes , et le remettant U sir Robert.") Tenez, comptez, inylord, comptez bien :

la somme y est.

sir robert, stupéfait . Cet argent!...

hougton. Ah ! vous avez cru , sir Robert, que parce qu’on était pauvre, on n’avait ni conscience ni volonté... vous êtes venu vers moi , votre fermier, cl vous m'avez dit : les élections approchent ; il faut que je sois député... tu as de l'influence dans le cointé ; inc promels-lu de ine servir? Moi , qui avais d autres idées , je vous répondis franchement : non mylord; làdessus, vous devîntes mon eoueini, espérant m'arracher par la crainte ce que j’avais refusé à la persuasion.

sir Robert, Hougtnn!...

hougton. Oh! je dis la vérité, mylord, et je vous défie de me démentir... Heureusement que, pendant que vous me persécutiez , un autre me tendait la main :

Houglon, me disait-il, paie sir Robert, non pas avec ta conscience, mais avec cet or, que je te prête... c’est ce que je fais.

sir robert. El ccl homme qui le parlait ainsi, quel est— xl ?

hougton. Celui qui sera membre de la chambre des communes à votre place.....

llord Broghill.

[ sir robert. Broghill !

roucton. Maintenant , nous sommes quittes, mylord, adieu, je m’eu vais.

sir robert. Enrore un instant. Houston, tu sais si jusqu’au jour de cette fatale discussion je t’ai jamais donné lieu de te plaindre de moi ? me suis-je montré dur, intraitable à ton égard? T’ai -je blessé dans ton honneur, dans tes intérêts ? non , cent fois non. Eh bien ! je redeviendrai pour toi ce que j’étais ; je ferai plus, je te

comblerai de grâces et de faveurs et

pour tout cela ne crois pas que je te demande encore ton influence sur les électeurs; non, j'y renonce ; mais du moins

que Broghill 11 e l’emporte pas sur moi

ob ! je t’en conjure, que Broghill ne soit pas élu.

hougton. Je suis fâché , mylord, de ne pouvoir vous satisfaire; mais servir votre ressentiment, ce serait priver le pays d'un bon choix... M. Broghill sera nommé.

sir robrrt. Tremble î hougton. J’ai été soldat, mylord, et un vieux soldat ne tremble guère.

sir robert. Ah ! redoute ma vengeance.

HoicToii. Votre vengeance. (Sé tournant fers Jakman. ) Juge , si jamais sir Robert Ashton me traîne devant voire tribunal, vous vous souviendrez de ce mot-là, cl vous ferez justice à qui de droit.

(Il sort.)

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