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la part des personnes qui ont un jugement sain et qui les connaissent 1. C’est donc qu'ils supposent que l'honneur repose sur un jugement et qu’il n’a de valeur que pour autant que ce jugement est fondé sur la réalité et qu'il est conforme à la droite raison.
Ce besoin de porter un jugement sur les actions d'autrui, comme aussi sur les siennes propres, est naturel à l’homme. Il ne s’arrête pas à la simple connaissance des actions : il tend à les apprécier au point de vue de la morale. La connaissance et le jugement dans l’acte psychique ne sont pas strictement séparés, ils s’enchaînent au contraire étroitement. Le jugement moral suit la perception des actes, comme le jugement logique suit la perception des idées. Chaque homme s'efforce de connaître ses semblables, de les percer du regard ; il veut pénétrer dans leur intérieur ; il ne se contente pas de la simple connaissance des actions de ceux qu'il rencontre sur la grande route de la vie, il veut sonder leur cœur impénétrable. Chacun est plus porté à épier et à chercher les motifs des actions d'autrui qu’à rentrer en lui-même pour s’examiner. Il est poussé et forcé à chercher ainsi les mobiles d'actions : c’est chez lui un instinct ?.
1 Coli se volunt et honore affici a prudentibus et ab iis quibus noti sunt. ARISTOTE. Efhic, 1, 5. — Et ideo quaerunt'honorari a prudentibus, qui sunt 7ecii judicii, et apud eos a quibus cognoscuntur, qui melius possunt de eis judicare. S. THomMAs Com. in Loc. cit.
? Dieser Trieb eignet jedem Menschen, jeder will nach Môglichkeit die inneren Vorgänge in der Seele eines andern erraten, erschlie- Ben... Bei der reinen Erkenntnis bleibt es nicht; es tritt zu ihr die ethische Beurteilung.…. ÆErkennen und Beurteilen fallen im psychischen Akte nicht streng auseinander, sie sind eng verkettet. Jeglicher strebt danach, seine Mitmenschen zu « erkennen », sie zu durchschauen ; in ihr fnnerstes will er vordringen und sich nicht mit der Kenntnis der Handlungen derer an und für sich begnügen, denen er auf der groBen Heerstrasse des Lebens begegnet, sondern das « unergründliche » Herz prüfen. Ist doch jeder lieber bereit, nach Motiven zu spähen und zu forschen, die anderer Handlungen bedingen, als bei sich selbst Einkehr zu halten. Es drängt und treibt ihn dazu, nach diesen Motiven zu suchen —— es ist so ein Trieb. ECKSTEIN. Die Ehre in Philosophie und Recht, p. 22-23.
Il importe de remarquer que le jugement que l’homme porte sur les actions de ses semblables ne doit pas être purement spéculatif, qu'il est, au contraire, un jugement pratique : la différence entre les deux est que le jugement spéculatif n’est pas, comme le jugement pratique, destiné à régler notre conduite.
Il y a entre le jugement spéculatif et le jugement pratique la même différence qu'entre la science spéculative et la science pratique ; la science spéculative considère la vérité pour elle-même ; la connaissance du vrai est sa fin, tandis que la science pratique fait des connaissances acquises la règle de la vie : elle met le vrai au service du bien 1.
De même le jugement spéculatif que nous portons sur un individu n’a aucune influence sur notre conduite, que ce jugement soit favorable ou défavorable. Il ne nous porte päs à nous comporter envers cet homme comme s’il possédait réellement telle qualité ou tel défaut. Nous concluons, en restant toujours dans l’ordre de la spéculation, que, étant donnés tels caractères extérieurs, telles dispositions du corps et de l’âme, un individu doit posséder les qualités morales qui répondent généralement à ces dispositions. Mais nous n’allons pas au delà, et nous ne concluons pas qu’il les possède réellement.
Ce jugement spéculatif peut être dangereux quand il porte sur des défauts du prochain, car, dans ce cas, nous sommes très enclins à passer de la spéculation à la pratique ; mais en soi il est licite et ne porte aucun préjudice au prochain ?. Par contre, le jugement spéculatif que nous portons sur les bonnes qualités du prochain ne lui est d’aucune utilité, et ne suffit pas à constituer le fondement de l'honneur. Pour que l'honneur prenne naissance, il faut que nous jugions
1 Intellectus practicus differt fine a speculativo. Intellectus enim practicus ordinatur ad finem operationis ; finis autem intellectus speculativi est consideratio veritatis. I. q. 14. à. 16.
2? Quia justitia et injustitia est circa exteriores operationes, tunc judicium suspiciosum directe ad injustitiam pertinet, quando ad actum exteriorem procedit. II-II. q. 60. a. 3 ad 3.