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donner pour fondements des qualités aussi futiles, et un homme raisonnable et surtout un chrétien digne de ce nom ne saurait fonder sa valeur sur d’aussi minces avantages.
On ne peut non plus tirer honneur des qualités qui ne dépendent aucunement de celui qui les possède. Il serait ridicule de prétendre à l'honneur uniquement à cause de sa naissance, abstraction faite de ses qualités personnelles. La grandeur de la naissance impose des obligations plus rigoureuses, elle exige des vertus plus grandes, et si elle donne une certaine facilité de s'élever à l'honneur, directement elle n’y donne aucun droit : ce n’est que pour autant que celui qui est grand par la naissance est grand aussi par ses vertus qu'il peut aspirer à un honneur plus considérable. Une naissance élevée impose des obligations avant de donner droit à des privilèges. Les vrais nobles le comprennent de reste. « Il me reste, dit le comte Albéric, l’obligation de ne point contaminer le nom qui m'a été transmis par une longue suite d’honnêtes gens, d’être bon chrétien, de donner toujours quelque chose à Dieu et à la patrie. Je fais grand cas de cela ! C’est un frein, quelquefois une gêne et jusqu’à une sorte d'incapacité civile ; c’est un titre à d’absurdes jalousies ; mais c’est un secours pour vivre en homme d'honneur, un rempart contre beaucoup de bassesses et de péchés 1. »
« Les vrais nobles font peu de cas des titres, convaincus qu'ils sont que le meilleur des titres c’est d’avoir l’âme bien réglée et ornée de bonnes habitudes morales. Les nobles de petite race, au contraire, s’enflent de leurs titres, parce qu’ils n'ont pas d’autres marchandises d’exportation. Ils usent de leurs titres comme les commerçants des enseignes, qui sont communes aux maisons prospères et à celles qui sont près de faire faillite. On doit donc s’efforcer de mériter les titres, ou mieux il faut se procurer la vertu qui est le fondement solide des titres et ne pas se contenter des titres qui
die Schôünheit des Küssens von Seiten der Knaben. KATTENBUSCH, op. cit., p. 23. Il s’en rapporte à Leopold Schmidt, Ethik der alten Gviechen.
! L. VEUILLOT. Çà et là. De la noblesse, p. 263-4.
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ne sont souvent qu’un manteau qui sert à cacher la misère. Les titres ne sont que le fumet, les vertus sont les mets substantiels qui nous font vivre heureux dans le misérable pèlerinage de la vie, et qui nous permettent d'acquérir des avances pour ce pays où mi les titres ni les dignités n'auront plus aucune valeur, et où les seules bonnes œuvres seront comptées 1. »
L’honneur est vain quand celui qui le rend manque de jugement. Un tel homme prend facilement le change et regarde comme des vertus des vices aux apparences brillantes. Il arrive souvent, en effet, que l’on prend la prodigalité pour de la libéralité, la témérité pour du courage, que l’on confond la violence avec la force et l’opiniâtreté avec la persévérance. Dans un certain monde, on fait peu d’état des vertus moins éclatantes, telles que l’humilité, le pardon des injures, la douceur, la mansuétude, et l’on réserve toute son admiration pour des qualités brillantes mais souvent très futiles et même pour des vices à peine déguisés. Un homme de cœur prise peu l'honneur que lui rendent des gens au jugement aussi superficiel, et il recherche avant tout le témoignage des hommes au jugement droit. Pour savoir ce qui, dans un cas particulier, est vraiment honorable, on
1 Li più grandi non stimano li titoli, come non li avessero ; perchè sono convinti, che il vero titolo si à aver l’ animo ben composto e adorno di buoni abiti morali. Al incontro li più piccioli si gonfiani di titoli non avendo altra mercanzia da esporre. Essi ne fanno quell’uso che fanno i bostegaj delle insegne, le quale non sono sempre contrassegno di un buon capital ; anzi sono communi a qui è ben fornito, ed a chi sta per fallire.. Sicchè bisogna affaticarsi di meritare li titoli; anzi dir meglio : bisogna procurare di acquistare la sostanza di titoli, e non curarsi di titoli, come di una sopraveste che talora non fa, che dimostrare un personaggio di scena, e l’ asino con la pelle del leone.. i titoli sono fumo, e la virtu e l’arrosto che serve a farci viver lieti in questo misero peregrinaggio, non solo, ma anche per mandar proviggione verso quel Paese, dove non valeranno ne titoli ne splendori, ma le sole opere buone. « Lettere critiche, giocose, morali... del conte Agostino Santi Pupieni ossia dell’ avocato Giuseppe Antonio Costantini. » Tomo primo, Première lettre : Tréoh fra gh anni, p. 2-4. Venezia, 1748.
ne doit pas se fier à ceux qui forment la lie du peuple, mais il faut s’en rapporter au jugement de l'élite de la société par l'intelligence et par le cœur. C’est se déshonorer soimême que de recevoir de l’honneur de tout venant.
L'honneur est vain encore quand il n’est pas rapporté à la fin où il tend, c’est-à-dire quand il ne revient pas à Dieu en dernière analyse. Nous savons que la poursuite de l’honneur n’est légitime pour l’homme que pour autant qu'il le rapporte à la gloire de Dieu, au bien du prochain ou au sien propre 1.
La recherche de l’honneur est vicieuse quand on le recherche par des moyens illicites. I1 n’est jamais permis de sacrifier à l'opinion, et de faire passer la manière de voir du milieu dans lequel on vit avant la voix de sa conscience. Il est des occasions où il faut pratiquer la vertu malgré les outrages auxquels elle nous expose, et fuir le vice malgré les honneurs qu’il pourrait nous valoir. On ne doit jamais préférer un honneur d’ordre inférieur à un honneur d’un ordre plus élevé, et sacrifier par exemple l'honneur intérieur à l'honneur extérieur. L’honneur intérieur, l’honneur devant Dieu est le premier de tous et le plus important, et jamais on ne peut chercher l’honneur devant les hommes aux dépens de celui-là. L’honneur qui nous revient de nos fonctions ne peut pas être recherché comme l'équivalent de la dignité morale, ou même comme un voile pour notre indignité, et non plus comme un moyen de chatouiller notre vanité personnelle ?.
l Potest autem (gloria) laudabiliter ordinari ad tria Primo quidem ad gloriam Dei ; ...secundo est utile ad proximorum salutem qui bonum alicujus cognoscentes aedificantur ad imitandum... tertio modo ordinari potest ad utilitatem ipsius hominis, qui dum considerat bona sua ab alüs laudari de his gratias agit, et firmius in eis persistit. Quaest. disp. De malo. q. 9. a. 1.
? Wie so die äuBere Ehre nie auf Unkosten der inneren Ehre oder der sittlichen Würde gesucht und gebraucht werden darf, so auch nie als Surrogat für diese. Namentlich darf die Amtsehre nicht etwa zu einem solchen Ersatzmittel der sittlichen Würde, oder wohl gar zum Deckmantel der sittlichen Schande benutzt werden, und auch nicht als Mittel, um unsere persônliche Eïitelkeit zu kitzeln. RICHARD ROTHE. Theol. E hik. IV, p. 125.
Dans les grandes villes, il existe presque partout un groupe d'hommes perdus de mœurs qui, désespérant d’arriver jamais à l'honneur par la pratique de la vertu, s'efforcent d’y arriver par l'éclat de leurs vices. Dans cette société, qui est mise au ban de la société des honnêtes gens, l’honneur se mesure non pas sur les vertus mais sur les vices de chacun ; plus un individu est vicieux, plus il reçoit d'honneur, si tant est qu'on puisse appeler honneur les hommages rendus au vice par ce rebut de l’humanité 1.
Sans descendre à ce degré de perversion, il est rare que les hommes ne pèchent pas sur un point ou sur un autre dans la recherche de l’honneur. On comprend et l’on admet volontiers les principes en théorie, mais en pratique on n’en tient pas toujours compte. Que de fois ne nous surprenonsnous pas nous-mêmes, recherchant pour nous, à notre insu, des honneurs qui ne devraient revenir qu'à Dieu seul, ou faisant pour l’honneur humain des œuvres que nous pensions avoir commencées uniquement pour la gloire de Dieu. Ces petites manœuvres de l’amour-propre ne sont pas toujours des fautes, car elles sont bien souvent inconscientes, mais elles indiquent une tendance, et il est incontestable que si la recherche de l'honneur est légitime, elle n’en est pas moins dangereuse.
Quoique l’homme pèche généralement par excès dans la recherche de l'honneur, il peut lui arriver cependant de pécher par défaut, en ne le recherchant pas autant qu'il peut et doit le faire. Il tombe alors dans le vice de la pusillanimité, qu'il faut se garder de confondre avec l'humilité. L'humilité empêche l’homme d’entreprendre ce qui est audessus de ses forces, et de rechercher un honneur plus grand que celui que lui méritent ses vertus. La pusillanimité, au contraire, qui est, si on peut ainsi parler, l'humilité non réglée par la raison, porte l’homme à s’estimer moins qu’il ne vaut, à se regarder comme incapable d'accomplir des œuvres qui pourtant ne dépassent pas ses forces, et à négliger par suite les honneurs auxquels ces actions auraient pu lui
D PAULSEN. System der Ethik, p. 98. Cf. S. T. 2. 2. q. 144. à. 4.
donner droit. L'homme pusillanime peut être en même temps un ambitieux, mais un ambitieux qui se défie outre mesure de ses forces : il voudrait obtenir de l’honneur, mais il n’ose entreprendre ce qui pourrait lui en procurer.
L'homme humble est porté à reconnaître son impuissance, mais il compte sur Dieu plus que sur lui-même et il n’hésite pas à entreprendre ce qu’il reconnaît être son devoir : le pusillanime ne compte que sur lui-même et c’est pourquoi il recule. S’il ose parfois se lancer et qu'il réussisse, le pusillanime n’est pas humble, car, comme il ne comptait pas sur Dieu avant d’agir, il ne lui rapporte pas non plus l'honneur du succès.
Ainsi la pusillanimité qui paraît se confondre presque avec l'humilité, en diffère du tout au tout. Elle est un vice qui peut avoir, en morale, les plus funestes conséquences : le pusillanime, se croyant incapable d'atteindre jamais à l’honneur, en arrive facilement à négliger les actes vertueux qui pouvaient l’honorer, et finit souvent par tomber dans la bassesse et dans le mépris de tout honneur et de toute vertu 1.
Pour satisfaire à cette recherche de l'honneur qui, dans certains cas, peut devenir un devoir, 1l n’est pas nécessaire de rechercher positivement l'honneur. Celui qui remplit
1 Pusillanimus, cum sit dignus bonis, privat seipsum illis quibus dignus est, dum scilicet non conatur ad operandum vel consequendum ea quae sibi competerent. Secundo ostendit causam pusillanimitatis. In qua quidem causa tria consideranda sunt per ordinem. Quod enim aliquis se privet bonis quibus dignus est, primo quidem contingit ex hoc'quod non reputat se dignum talibus bonis, cum tamen sit dignus ; hoc autem secundum contingit ex hoc quod ignorat suam conditionem... Hujusmodi autem ignorantia non contingit ex insipientia.. sed magis contingit ex quadam pigritia. Tertio ponit effectum pusillanimitatis. Et dicit quod talis opinio per quam alicui videtur quod homo non sit dignus bonis quibus est dignus, videtur homines facere deteriores. D. THomas in Ethic. ad Nicom., lib. IV, c. XI. — Illi qui contemnunt honores hoc modo, quod pro eis adipiscendis nil inconveniens faciunt, nec non nimis appretiantur, laudabiles sunt ; si quis autem hoc modo contemneret honores quod non curaret facere ea, quae sunt digna honore, hoc vituperabile esset. H:-TL:pha20otariadis CE MIE re race
consciencieusement son devoir et s'efforce d'employer pour le bien commun les talents qui lui ont été confiés, satisfait à cette obligation, et il n’a pas à s'inquiéter de savoir si les hommes lui rendent ou non l’honneur qui lui revient.
À moins pourtant qu'on ne représente une personne ou une société, car, alors, on ne peut de son propre chef renoncer à l'honneur qui leur revient en droit. Le représentant d’une nation auquel on ne rendrait pas les honneurs dus à son rang manquerait à son devoir, en ne faisant pas son possible pour les obtenir, car il ne s’agit pas ici seulement de sa personne, mais de droits qu’il n’est pas libre de sacrifier.
On peut mépriser l’honneur non seulement par défiance de soi-même, mais aussi par orgueil. Il en est qui ne font nul cas de l’honneur parce qu'ils méprisent l’humanité, et qu'ils estiment qu’on ne doit nullement s'inquiéter du jugement des hommes. Il y a certainement des cas où l’on doit tenir plus de compte de son jugement personnel que de celui de la société dans laquelle on vit, lorsqu'il est évident, par exemple, que la manière dont cette société apprécie le bien et le mal est fausse ou imparfaite 1. IL est incontestable que les hommes peuvent se tromper et qu’ils se trompent en effet bien souvent dans leurs jugements, et qu'il ne faut point, par suite, les accepter toujours les yeux fermés ; mais se faire une règle de conduite de ne tenir 4 priori nul compte de l’opinion publique, c’est montrer non point de l’indépendance et de la grandeur d'âme, mais bien une suffisance excessive et un orgueil démesuré : c’est dire équivalemment qu’on est seul en possession du bon sens et de la raison.
Ce mépris souverain du jugement d'autrui, loin d’être toujours la preuve d’une haute valeur personnelle n'est souvent qu'une preuve de la bassesse de celui qui le
1 So lange in der sittlichen Gemeinschaft die Würdigung des Guten und Pflichtmäfigen eine teils unvollkommene, teils positiv verkehrte ist, muB das pflichtmäBige Handeln, eben weil es stetig in die vollständige Normalität zurücklenkt, häufig einer falschen Beurteilung unterliegen und grade als pflichtwidrig erscheinen. RicHarp RoTHE. Theologische Ethik. t. IV, p. 127.
professel; nul n’a plus d'intérêt à rejeter le jugement d'autrui que celui qui sent que ce jugement le condamnerait. L'essentiel, par conséquent, dans la recherche de l’honneur, c’est de se tenir dans le juste milieu, de ne le rechercher ni trop, ni trop peu. Et comme l’homme aveuglé plus ou moins par l’amour-propre, est porté à s’exagérer sa propre excellence, le plus sûr moyen de ne pas dépasser la mesure, c’est de rester un peu en deçà de la limite que nous pourrions
légitimement atteindre.
fl Vôllige Verachtung des Urteils anderer ist durchaus noch kein Zeïichen eigenen Wertes, sondern manchmal nur das Erzeugnis eigener Verächtlichkeit. F. E1ISELEN. Wesen und Wert der Ehre, p. 23. — Wenn jemand, von seiner eigenen Würde überzeugt, zugleich alle anderen Menschen nicht würdig und ïihr Urteil verächtlich finden sollte, wäre das ein Akt selbstvernichtender Überhebung : denn durch welches Wunder sollte er als einzig Würdiger aus der nicht würdigen menschlichen Gesellschaft hervorgegangen sein ? Id. Ibid.
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