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trésor, nul ne peut le faire malgré nous : il n’en va pas ici comme des biens extérieurs que l’on peut nous enlever par la violence. On a dit avec raison de l'honneur intérieur « Il n’est au pouvoir de personne de m'ôter l’honneur ou de me le rendre. Seul, je puis le perdre en faisant sciemment ce qui est honteux ; seul je puis le recouvrer en expiant et en réparant mes fautes 1. »
La conscience de chaque homme est un sanctuaire où seul il peut pénétrer, que seul, par conséquent, il peut profaner et dépouiller de ses trésors. On peut, par de mauvais conseils ou des exemples pervers, détourner un homme de la vertu, mais 1l reste que c’est lui qui doit donner son consentement et 1l peut toujours le refuser. Si donc on veut admettre qu’une tierce personne peut porter atteinte à la vertu d’un individu, ce n’est jamais qu'avec la connivence de cet individu.
Mais si l'honneur intérieur ne peut absolument pas être blessé formellement, sinon par le sujet, il peut l'être matériellement, en ce sens qu’on peut diminuer aux yeux du public les mérites d’un individu, soit en lui imputant des fautes qu’il n’a pas commises, soit en niant les vertus qu'il possède. Il n’est pas besoin de longue réflexion pour voir que dans ce cas l’honneur intérieur n’est pas lésé à proprement parler, car toutes les imputations malveillantes et les calomnies ne peuvent diminuer d’un degré le mérite d’un homme, pas plus que les nuages qui nous cachent le soleil n’en diminuent l'éclat intrinsèque.
Sur ce point les juristes s'accordent avec les moralistes. « Le bien idéal de l’honneur ne peut absolument pas être blessé par une tierce personne 2. » « Les autres hommes ne peuvent rien ajouter ni retrancher à l’honneur dont il est ici question (c’est-à-dire à l'honneur intérieur). Des hommes universellement honorés ne sont souvent nullement honorables. L’honneur d’un homme au sens où nous l’entendons
1 MarioN. Grande encyclopédie. Art. Honneur, tome XX, p. 237. 2 Das ideale Rechtsgut der Ehre ist durch dritte Hand absolut unverletzbar. BiNpiNG K. Die Ehre und ihre Verletzbarkeit, p. 27.
ici, ne peut être blessé que par les actions du sujet, mais jamais par celles d’une tierce personne. L'expression « lésion de l’honneur » est donc tout à fait inexacte, car personne ne peut blesser l'honneur intérieur 1. »
Mais c’est aller trop loin que de soutenir que le bien idéal de l’honneur ne peut être blessé ex aucune façon par une tierce personne. « Sous les coups de l'assassin, dit Binding, la victime exhale son dernier soupir ; mais l’honneur du calomnié ne brille pas d’un éclat moins pur, alors même que le calomniateur a tenté de l’obscurcir. La calomnie couvre de déshonneur non pas le calomnié, mais le calomniateur. Rien n’est plus exact que la pensée spirituelle de Vincent Monti, que les injures font comme les processions, qui reviennent toujours au point d’où elles sont parties 2. » Que ce soit là l'effet dernier de la calomnie lorsqu'elle est découverte, on ne saurait en disconvenir, encore qu’il n’y ait guère de calomnie qui n'ébranle plus ou moins l’honneur du calomnié, alors même que la fausseté en est publiquement reconnue. Mais il est bien des calomnies qui suivent un homme jusque dans la tombe. La mémoire de certains hommes n’a pu être déchargée qu'après des siècles, de crimes qu’on leur avait faussement imputés, et 1l en est certainement qui sentiront peser éternellement sur leur mémoire le poids d’une réprobation et d’un déshonneur qu'ils n'avaient pas mérités. Il n’est
! Andere Menschen kônnen uns an der Ehre — die wir hier meinen, — nichts geben und nichts nehmen. Allseits Geehrte haben oft keine Ehre im Leïbe. Die Ehre eines Menschen — in dem hier gemeinten Sinne — kann nur durch eigene Handlungen, nie durch die eines Dritten leiden. « Ehrverletzung » ist ein hôchst ungenauer Ausdruck, denn die innere Ehre kann niemand verletzen. ECKSTEIN. Die Ehre in Phil. und Recht, p. 65 et 76.
* Unter den Streichen des Môrders haucht dessen Opfer sein Leben aus: des Verleumdeten Ehre aber strahlt nicht minder hell, obgleich der Verleumder versucht hat sie zu verdunkeln. Nicht jenen, nur diesen befleckt die Verleumdung mit Unehre. Der feine Satz Vincenzo Montis, die Injurien machten es wie die Kirchenprocessionen, die stets dahin zurück kehrten, von wo sie ausgegangen trifft haarscharf zu. BINDING, OPINCIL Cp 27.
pas donné à chacun, comme à Lally-Tollendal, de trouver en leur fils un défenseur qui réhabilite leur mémoire, et leur fasse rendre, encore qu’un peu tardivement, l'honneur qui leur était dû. Il faut donc bien avouer que si en lui-même l'honneur intérieur ne peut être atteint par une tierce personne, il peut être diminué aux yeux des hommes pour un temps plus ou moins long, et parfois d’une manière irréparable ici-bas.
En avançant d’un pas encore nous arrivons au premier témoignage d’honneur qui est celui de la conscience individuelle. C’est le sentiment que chacun a de sa dignité personnelle et de ses mérites, de son honneur intérieur tant inné qu’acquis, et le sentiment de la mesure d'honneur extérieur qu'il mérite en conséquence.
C’est ici le point le plus vulnérable de l’honneur, ou au moins celui où les blessures sont le plus vivement ressenties. Non point, certes, que l’on puisse enlever à quelqu'un l’estime qu’il a conçue de lui-même : on ne voit que trop d'hommes qui conservent d'eux-mêmes une opinion on ne peut plus favorable malgré le jugement contraire de tout leur entourage. Mais on blesse le sentiment de l’honneur par tout traitement qui ne répond pas à l’estime qu’un individu croit lui revenir de droit, par toute parole et toute action qui serait de nature à porter atteinte à son honneur intérieur. Tout homme s’estime à une certaine valeur, et peut s’estimer plus ou moins qu’il ne vaut : il exige des autres hommes une mesure d'honneur qui réponde à l'estimation qu'il a faite de lui-même et si cette mesure ne lui est pas accordée, son honneur intérieur est blessé.
Il faut noter que le sentiment de l’honneur ne se développe pas toujours dans la même mesure que l'honneur ; au contraire, on peut remarquer que souvent le sentiment de l’honneur est d’une susceptibilité maladive alors précisément que l’honneur n’est plus solidement fondé. On cherche alors à remplacer par les marques extérieures d’honneur l'honneur intérieur qui fait défaut, et l’on devient pointilleux et ombrageux sur les questions d’honneur pour en imposer aux hommes et leur faire croire à la dignité intérieure
c'est le point d'honneur qui prend la place de l'honneur véritable. L'homme d’honneur n’est pas si délicat : ayant conscience de sa dignité personnelle et sachant qu'on ne peut la lui enlever, il ne tient qu’assez peu de compte de l'estime qu’en peuvent faire les hommes.
Pour pouvoir prétendre à l’honneur, la vertu doit être extérieurement manifestée : on blesserait donc également l'honneur extérieur d’un individu en empêchant cette manifestation. Cette lésion de l’honneur ne doit pas être prise en trop grande considération, car si elle se présente, elle ne se présente pas fréquemment. On peut plus facilement empêcher un homme d’acquérir la vertu, maïs lorsqu'il la possède, il n’est guère possible d’en empêcher la manifestation : tous les obstacles qu’on lui opposera ne feront que mieux ressortir la vertu. On peut, à la vérité, interpréter en mauvaise part les actions et les intentions de celui qui agit, mais on ne peut guère l'empêcher de poser des actes vertueux. Cependant par les menaces et l’incarcération, il est possible de forcer quelqu'un à tenir ses vertus secrètes et de l’empêcher de mériter l’honneur de la part des hommes.
Dès qu’elle est manifestée au dehors, la vertu produit naturellement l'admiration et l'estime des hommes : ils peuvent être eux-mêmes très pauvres en vertus et paraître, dans leurs discours, n’en faire que peu d’état, mais dans le fond de leur âme, les hommes, à moins qu’ils ne soient entièrement pervertis, conservent toujours une certaine estime pour la vertu. Peut-on empêcher cette admiration, cette estime de l’homme pour la vertu ? Directement, on ne le peut que difficilement, car l’homme conserve toujours écrite au fond de sa conscience cette loi qui lui dit qu’il doit rechercher et estimer le bien, fuir et détester le mal. Mais s'il est difficile de pervertir complètement le sens moral d’un individu, il est possible, comme on l’a vu, de l'empêcher d'arriver à la connaissance de la vertu de son prochain, soit en niant ses vertus, soit en lui imposant faussement des crimes, et en général par toute parole ou action qui.tend à le déprécier aux yeux des hommes. C’est à quoi tend directement la calomnie, et, plus ou moins indirectement, tous les
délits qui s’attaquent au prochain dans ses biens ou dans sa personne 1.
Quand la vertu d’un individu est connue de son entourage, on ne peut arrêter l'estime qui naît spontanément à la seule considération de la vertu, mais on peut arrêter la manifestation de cette estime. On le peut d’autant plus facilement que l’amour-propre personnel est un motif qui seul suffit souvent à nous empêcher de témoigner au prochain l’admiration qu’il mérite et que nous ressentons pour lui. C’est le résultat de la jalousie : elle ne méconnaît pas les mérites d'autrui, mais elle les envie et voudrait empêcher qu’on ne les reconnaisse. Celui qui, par ses paroles et ses actes, amène les hommes à refuser à quelqu'un les marques d’honneur auxquelles il a droit, le blesse dans son honneur extérieur.
Ainsi, d’une façon directe ou indirecte, l'honneur peut être blessé dans toutes les phases de son développement.
L'honneur intérieur ne peut être lésé en lui-même, mais il peut l'être équivalemment aux yeux des autres hommes, comme le soleil qui sans perdre rien de son éclat intrinsèque est pourtant, par instants, voilé par les nuages. Au point de vue social, le résultat est le même : les hommes, qui ne peuvent juger que par les apparences se laisseront tromper. Des accusations portées même sans fondement réel, « le faux reproche d’infamie ou d’une escroquerie quelconque, dont ils ne connaissent pas la fausseté, rend hésitante l'estime que les hommes avaient conçue jusque-là pour le calomnié. Ils lui tournent le dos, l’excluent de leur club, lui refusent leur crédit et leur voix, et le déposent de sa charge ? ».
1 Jedes Verbrechen entspricht zuletzt einer ob bewuften oder nicht bewufiten Nichtachtung der Persônlichkeit oder einer nicht genügenden Achtung der Menschenwürde, kurz dem Mangel der von jedem berechtigterweise angesprochenen äufern Ehre. ECKSTEIN. Die Ehre in Philos. und Recht, p. 70.
2 Der falsche Vorwurf der Schurkerei oder einer bestimmten Prellerei, dessen Unwahrheit sie nicht erkennen, bringt ihre bisher gewahrte Achtung gegen den Bescholtenen im Wanken. Sie kehren ihm den Rücken, schliefen ihm aus dem Klub, kündingen ihm den Kredit, versagen ihm die Wahlstimme, entlassen ihn aus dem Amte. BinpinG. Die Ehre und ihve Verletzbarkeit, p. 31.
D'aucuns ont prétendu que dans le fond il n’y a que la réputation de compromise ; directement, on peut le soutenir, mais l'honneur étant fondé sur la bonne réputation, par le fait même que celle-ci est atteinte, celui-là est également lésé.
Nous avons dit qu’au point de vue social la position de celui qui avait perdu son honneur par sa mauvaise conduite était la même que la position de celui qui l’avait perdu extérieurement par suite d’accusations calomniatrices.. Mais la disposition intérieure sera bien différente chez celui qui croit que son honneur est réellement atteint par la calomnie, et chez celui qui a conscience que son honneur est sauf, encore qu'il paraisse blessé aux yeux des hommes. L'un conservera sa tranquillité intérieure ; l’autre n’aspirera qu’à la vengeance, et dans le cas où toute réparation lui paraîtrait impossible, il sera facilement amené au désespoir et au suicide 1.
Quant à l’honneur extérieur, on a voulu dire qu’il n’est simplement pas rendu ?. Cela est vrai, mais en ne rendant pas à un individu l’honneur qui lui revient on le blesse dans son honneur, comme un débiteur qui ne paye pas à son créancier les intérêts qu’il lui doit le blesse dans sa fortune. Que l’on blesse l'honneur de quelqu’un ou que l’on blesse quelqu'un dans son honneur, c’est là une distinction verbale dont l'importance ne doit pas être exagérée.
L'honneur extérieur peut être blessé par le sujet luimême ou par ceux de son entourage. L’honneur intérieur ne peut être blessé que par lui, comme on l’a vu plus haut.
1 Dieser Glaube an die Verletzbarkeit seiner Ehre kann auf dem Gekränkten lasten wie ein wuchtendes Schicksal ; er nimmt ihm den Atem und treibt ïhn sich durch Gewalttat von dem Alp dieses Druckes zu lôsen In diesem Glauben an die wirkliche Verletzbarkeit der Ehre liegt also eine gro$ie Gefahr für Frieden und Recht und eine noch grôBere für den Frieden der Seele. An diesem Glauben krankt noch heute wie allbekannt das Leben. BINDING, op. cit. D'0275820
? Die äu$ere Ehre wird durch ein solches Delikt nicht angetastet: sie wird vielmehr vom Subjekt des Delikts überhaupt nicht gezollt. ECKSTEIN. Die Ehre in Phil. und Recht, p. 71.
Il peut le faire en se calomniant soi-même comme le font parfois certaines gens par un amour mal entendu des humiliations. Cette manière de faire est illicite, à supposer même, ce qui n’est pas toujours le cas, que le sujet puisse disposer, à son gré de son honneur personnel : jamais, en effet, il n’est permis de parler contre la vérité, ni à son avantage, ni à son désavantage. L’humilité consiste à reconnaître son indignité et son impuissance personnelles, et non point à s’imputer des fautes qu’on n’a pas commises.
L'honneur intérieur est blessé bien plus souvent par la conduite indigne du sujet. Par chaque acte qui n’est pas conforme à sa dignité humaine, par chaque manquement à ses devoirs d'état, l'homme s’enlève le droit à une mesure correspondante d'honneur. S'il ne se respecte pas lui-même, il ne peut exiger que ses semblables le respectent.
Les atteintes à l'honneur peuvent provenir aussi de nos semblables : elles sont négatives ou positives. Négativement l'honneur est blessé lorsqu'on s’abstient de rendre à quelqu'un les marques d'honneur qui lui sont dues. Chaque homme est tenu à rendre à ses semblables la mesure d’honneur qu'il estime correspondre à sa vertu. Cette appréciation peut être sujette à beaucoup d'erreurs : 1l est fort possible qu’elle ne réponde pas à la réalité et encore moins à l’appréciation que le sujet fait de lui-même ; mais 1l n'importe : on doit honorer chacun dans la mesure où en conscience on l’en juge digne. Toute omission des marques d’honneur n’est pas un manquement formel à l’honneur : cela dépend de l'intention. Si on les omet par simple négligence et non point par mépris, l'atteinte portée à l'honneur est beaucoup moins sérieuse ; mais cette omission prend le caractère d’une atteinte formelle à l'honneur quand on ne rend pas les marques d’honneur pour témoigner du peu d’estime que l’on fait de quelqu'un. Quand cette omission atteint un homme revêtu d’une dignité, selon que l’outrage s'adresse à l’individu ou à la dignité, la lésion de l'honneur est individuelle, ou bien elle s'adresse à la société qui dispense les dignités.
Nous pouvons pécher indirectement contre l'honneur dû au prochain en ne le défendant pas, dans la mesure de nos
forces, contre les attaques injustes, car nous sommes tenus de rendre aux autres les services que nous voudrions qu'ils nous rendent. Si c’est un devoir de charité de repousser les injustes agresseurs de notre prochain qui en veulent à ses biens ou à sa vie quand nous pouvons le faire facilement, à bien plus forte raison devons-nous défendre son honneur contre les agressions injustifiées, puisque l'honneur est le plus précieux de tous les biens. Le meilleur moyen de défendre l'honneur c’est de le défendre indirectement, et non de débattre et discuter les divers points attaqués ; « l’honneur peut se comparer à une fleur : celui qui l'analyse l’effeuille et ne peut, ensuite, reconstituer la fleur 1 ».
Nous devons encore épargner l’honneur de nos semblables en ne prodiguant pas les marques d'honneur sans mesure et à tout venant, sinon elles perdent toute valeur et n’ont plus aucun sens. L’honneur ne souffre pas qu’on le prodigue indifféremment à tous. L’honneur est la meilleure et souvent la seule récompense terrestre dans les combats livrés pour la vertu ; la honte et le déshonneur doivent être aussi la punition la plus sévère de l’immoralité ; pour qu'il conserve cette valeur moralisatrice, l'honneur demande à n’être accordé qu’à bon escient.
Celui donc qui ne défend pas l'honneur du prochain injustement attaqué, pèche négativement contre son honneur, et pareïllement celui qui prodigue les marques d’honneur sans discernement, et se sert de l'honneur pour glorifier le vice et l’immoralité, car là où le vice est honoré, où la honte ne s'appelle plus la honte, la vertu n'obtient plus aucune récompense ?.
1 Die Ehre gleicht einer Blume; wer sie untersucht, der zerblättert sie, und die Blätter lassen sich nicht mehr zur Blume zusammenfügen. LINSENMANN. Lehrbuch der Moraltheologie, p. 454.
? Wir schonen die Ehre des Nebenmenschen, wenn wir nicht die Ehre, die den Ehrenwerten zukommt, den Schlechten und den Ehrlosen erweisen, wenn wir nicht die Zeichen und Attribute der Ehre miBbrauchen, um die Schande zu glorificiren. Wo das Laster geehrt wird und die Schande nicht mehr Schande heifit, da geht die Tugend leer aus. Die Ehre ist empfndlich ; sie erträgt es nicht, daB sie unter
Le droit est moins délicat sur ce point : pour lui, « l’outrage est un délit d'action, non un délit d’omission. Cela se comprend du reste : de internis non judicat praetor. Qui pourrait, en effet, connaître la mesure d’honneur que chacun mérite ? Qui pourrait imposer à ses semblables un jugement sur sa valeur, ou arracher ce jugement par les tribunaux ? L'honneur, de lege lala, ne donne aucun droit à des marques positives d'estime, il exige seulement que l’on nous épargne les lésions de l'honneur. Devant le droit chacun doit être traité non pas d’après la mesure de son honneur, mais d’après la mesure de son exemption de déshonneur 1 ».
Les atteintes positives à l'honneur peuvent se faire par pensées, par paroles et par actions.
Tout homme a le droit d’être considéré comme honorable aussi longtemps qu'il n'a pas donné de preuves suffisantes du contraire ?. Celui donc qui, sur des indices insuffisants, met en doute la vertu de son prochain, porte atteinte à son honneur, dont il sape ainsi le fondement. Ce jugement trop
mehrere gleich geteilt werde und noch weniger, daf sie demjenigen erwiesen werde, der sich ihrer unwürdig gemacht hat. Die wahre Ehre ist der beste, oft der einzige irdische Lohn für sittliche Kämpfe ; die Schande ist oder soll sein die schwerste Strafe für die Unsittlichkeit ; fällt in der ôffentlichen Meinung die Schande von der Unsittlichkeit hinweg, so verliert die Ehre ihre Bedeutung, ihre Macht, ihren psychischen Reiz. LINSENMANN. Lehrbuch der Moraltheologre, P- 45475.
! Kann er (der Einzelne) positive Anerkennung der Ehre in vollem Umfange, vielleicht gar Ehrerweisung nach dem Mafe seines Verdienstes fordern ? Solcher Forderung zu genügen wäre unmôglich : denn wer kann das EhrenmaB aller anderen kennen ? Sie durchzuführen wäre untunlich : denn wer vermôchte ein bestimmtes Werturteil seiner Mitmenschen zu erzwingen oder durch die Gerichte erzwingen zu lassen ? Auch erzeugt die Ehre de lege lata nie Rechtsansprüche auf positive Anerkennung oder auf Achtungsbeweise, sondern stets nur auf Unterlassung der Ehrenkränkungen. Die Beleidigung ist Begehungs-, nicht Unterlassungsdelikt .— Also nicht nach dem Mafie seiner Ehre, sondern nach dem seiner Freiheit von Unehre mu jeder von uns behandelt werden. BINDING, op. cf. P. 23-24.
Se TE 4" 60:24.
précipité et appuyé sur des motifs trop légers prend le nom de jugement téméraire.
Le jugement téméraire peut provenir de trois causes différentes. Et d’abord de la méchanceté de celui qui juge, car les hommes sont portés à prêter aux autres les intentions qui les font agir eux-mêmes. Si les bons interprètent généralement en bonne part même ce qui pourrait prêter à de légitimes soupçons, les mauvais, au contraire, concluant de ce qu'ils auraient fait eux-mêmes à ce que feront les autres, leur prêtent volontiers des intentions perverses et des motifs d’agir peu avouables. Il n’est que les voleurs et les brigands pour soupçonner tout le monde d’être et voleur et brigand. Pour qui est lui-même corrompu, les manières d'agir les plus innocentes deviennent sujettes à caution.
Une autre raison peut nous porter à juger défavorablement des personnes : c’est la mauvaise opinion que nous avons conçue d'elles. Lorsque nous méprisons ou que nous détestons quelqu'un ou que nous lui portons envie, nous sommes portés à juger en mal toutes ses actions sur les indices les plus légers. Nous nous plaisons à découvrir des défauts chez les personnes qui ne nous reviennent pas, et lorsque nous n’en trouvons pas assez à notre gré, nous en imaginons facilement pour la moindre raison. Si une action est susceptible de dix interprétations favorables et d’une seule défavorable, on ne manquera pas de donner cette dernière interprétation. Nous cherchons à justifier ainsi à nos yeux l’aversion que nous portons à ces personnes.
Enfin cette propension aux jugements téméraires provient parfois d’une longue expérience, qui nous porte à nous défier des hommes pour avoir été souvent trompés par eux : et c'est pourquoi les vieillards sont généralement portés à la défiance et aux jugements téméraires 1.
! Suspicio importat opinionem mali, quando ex levibus indiciis procedit ; et contingit ex tribus; uno quidem modo ex hoc, quod aliquis in seipso malus est; et ex hoc ipso, quasi conscius suae malitiae, faciliter de aliis malum opinatur, secundum illud Eccles. 10 : In via stultus ambulans, cum ipse sit insipiens, omnes stultos aestimat ;
En
De quelque source que naissent les jugements téméraires on voit que toujours ils tendent à ruiner le fondement de la réputation et de l'honneur du prochain, et cela sans raison suffisante. Tous pourtant ne sont pas également coupables : le degré de malice de ces jugements dépend du plus ou moins de solidité des motifs sur lesquels nous nous appuyons pour porter notre jugement, et aussi du degré de fermeté de notre adhésion.
Il peut survenir à chacun des doutes sur la vertu de tel ou tel individu pour des motifs légers, mais cela ne constitue en soi qu’un péché véniel, car ce n’est qu’une sorte de mouvement irréfléchi et 1l n’est aucun homme qui puisse se soustraire entièrement à ces légers manquements à la charité. Mais si nous ne sommes pas toujours maîtres de ces défiances et de ces soupçons qui se présentent spontanément à nous, toujours nous pouvons repousser les jugements téméraires. Aussi, l’acte par lequel, sur des indices légers et insuffisants, nous concluons avec certitude à la malice du prochain (en quoi consiste précisément le jugement téméraire), constitue une faute grave en matière grave 1.
Quand le jugement téméraire provient de fréquentes déceptions antérieures, comme chez les vieillards, ou d’une conformation défectueuse du caractère, comme chez les mélancoliques, 1l perd de sa gravité, car il est alors moins volontaire que spontané. Mais quand 1l provient soit de la malice personnelle, soit de la haine que l’on nourrit envers
alio modo provenit ex hoc, quod aliquis male afficitur ad alterum ; cum enim aliquis contemnit, vel odit aliquem, aut irascitur, vel invidet ei, ex levibus signis opinatur mala de ipso ; quia unusquisque faciliter credit, quod appetit; tertio loco provenit ex longa experientia ; unde Phil. dicit in 2. Rhet. quod « senes sunt maxime suspiciosi ; quia multoties experti sunt aliorum defectus. » II-IT. q. 60. à. 3.
1 Primus quidem gradus (suspicionis) est ut homo ex levibus indiciis de bonitate alicujus dubitare incipiat : et hoc est veniale et leve peccatum : pertinet enim ad tentationem humanam, sine qua vita ista non ducitur ; secundus gradus est, quum aliquis pro certo malitiam alterius aestimat ex levibus indiciis et hoc si sit de aliquo gravi, est péccatum mortale, inquantum non est sine contemptu
proximt JI-T1"q. 60a:,3:
certaines personnes, il revêt un nouveau caractère de gravité, à cause de la disposition coupable de celui qui juge 1.
Le jugement téméraire quoique purement intérieur, n’en blesse pas moins l’honneur du prochain, car, étant un jugement pratique, même lorsqu'il ne se manifeste pas, il porte en germe le principe d’une attitude déshonorante à l'égard du prochain ; en effet, le jugement téméraire est essentiellement destiné à régler notre conduite.
En règle générale, nous avons à suivre la règle de saint Thomas, que lorsque nous jugeons des personnes nous devons nous efforcer de juger plutôt selon la charité que selon la vérité ?.
La seule exception que nous puissions nous permettre, c’est lorsque nous avons à appliquer un remède à une plaie morale. Nous pouvons alors juger les choses au plus mal, afin que le remède que nous appliquerons produise plus sûrement son effet 3. Mais 1l ne s’agit ici que d’une simple supposition et non pas d’un jugement définitif, et cette supposition est légitimée par la fin charitable que l’on se propose.
Là charité, qui passe avant la vérité, nous fait un devoir de juger le prochain de la façon la plus favorable, quand il n’y à pas à tenir compte d’autres intérêts. Mais lorsque sa santé morale est en jeu, nous pouvons le juger plus malade qu'il n’est en réalité, si nous espérons, par ce moyen, le sauver plus facilement.
Il est un autre cas où nous ne pouvons pas juger les
1 Primae autem duae suspicionis causae (malitia et malus affectus) manifeste pertinent ad perversitatem affectus : tertia vero causa (experientia) diminuit rationem suspicionis. II-II. q. 60. a. 3.
? Melius est quod aliquis frequenter fallatur, habens bonam opinionem de aliquo malo homine, quam quod rarius fallatur, habens malam opinionem de aliquo homine bono; quia ex hoc fit injuria alicui, non autem ex primo. II-II. q. 60. à. 4. ad 1 et ad 2.
3 Cum debemus aliquibus malis adhibere remedium, sive nostris, sive alienis, expedit ad hoc ut securius remedium apponatur, quod supponatur id quod est deterius : quia remedium, quod est efficax contra majus malum, multo magis est efficax contra minus malum. II-IT. q. 60. a. 4 ad 3.
choses de la façon la plus favorable, mais où nous devons nous efforcer de les connaître telles qu’elles sont en réalité : c'est lorsque nous avons à porter un jugement entre deux personnes, car dans ce cas, à ne tenir compte que de la charité fraternelle, nous courrions risque de blesser la justice de l’un ou l’autre côté. Aussi le juge est-il tenu de déclarer coupable celui contre lequel militent des raisons suffisamment sérieuses et convaincantes 1.
Le jugement téméraire et le faux soupçon dont il a été question jusqu'ici ne portent atteinte à l’honneur du prochain que dans la pensée de celui qui les fait. Ils peuvent être manifestés par des paroles ou par des actes et ils prennent alors une malice spéciale, car ils tendent à détruire l’honneur du prochain même chez ceux qui, auparavant, croyaient encore à sa vertu.
Les paroles qui sont de nature à porter atteinte à l’honneur du prochain peuvent se ramener aux trois chefs suivants : l’outrage, la détraction et la raillerie.
L'outrage est un déshonneur infligé à quelqu'un. L’honneur reposant sur l'excellence comme sur son fondement, on peut blesser l’honneur par l’outrage en supprimant ce fondement, par exemple, en privant quelqu'un de la vie et par le fait des puissances dans lesquelles consistaient son excellence. C’est un outrage également d'amener à la connaissance de la communauté ce qui est contraire à l'honneur de l'individu ; cet outrage peut se commettre de différentes manières et par différents signes, mais surtout par la parole qui est le signe le plus fréquemment employé pour la manifestation de la pensée. On outrage le prochain en paroles en manifestant ses fautes ou ses défauts, et, en un mot, tout ce qui peut le diminuer aux yeux des hommes ?. En ceci l’outrage se
1 Alio modo interpretamur aliquid in bonum vel in malum, definiendo sive determinando ; et sic in rerum judicio debet aliquis niti ad hoc ut interpretetur unumquodque secundum quod est. II-II. q. 60. a. 4 ad 3.
2? Contumelia importat dehonorationem alicujus, quod quidem contingit dupliciter ; cum enim honor aliquam excellentiam conse-
confond avec la détraction : il n’en diffère que parce que l’outrage se fait ouvertement tandis que la détraction se fait en secret, c’est-à-dire en l’absence de celui qu’on attaque. D'où il suit que la détraction tout en étant plus lâche et plus vile que l’outrage, témoigne d’un certain respect ou au moins d’une certaine crainte envers celui qu’elle attaque, tandis que l’outrage témoigne surtout du mépris pour l'outragé ; la détraction provient plutôt de la jalousie, l’outrage du dédain, et c’est pourquoi, généralement, l’outrage blesse plus vivement que la détraction.
Une autre note qui distingue essentiellement l’outrage de la détraction, c’est que l’outrage s'attaque à l'honneur, tandis que la détraction atteint directement la réputation et indirectement seulement l'honneur !.
L’outrage peut se produire également par des actes c’est ainsi qu'on outrage un homme en brisant ses statues ou en détruisant son image, en le travestissant sous des traits odieux et dérisoires, en insultant aux personnes et aux objets qui lui appartiennent. Un geste insultant, un
quatur : uno modo aliquis alium dehonorat, cum privat eum excellentia, propter quam habebat honorem ; alio modo, cum aliquis id quod est contra honorem alicujus, deducit in notitiam ejus, et aliorum : et hoc proprie pertinet ad contumeliam : quod quidem fit per aliqua signa : sed, sicut AuG. dicit in 2. de Doct. christ. (cap. x) : Omnia signa verbis comparata paucissima sunt; verba enim inter homines obtinuerunt principatum significandi, quaecumque animo concipiuntur ; et ideo contumelia, proprie loquendo, in verbis consistit ; tamen quia etiam per facta aliqua significatur aliquid, quae in hoc quod significant, habent vim verborum significantium, inde est quod contumelia, extenso nomine, etiam in factis dicitur. II-II. q'72 Na re
! Etiam verbo aliquis dupliciter aliquem laedit : uno modo in mamnifesto ; et hoc fit per contumeliam, ut supra dictum est; alio modo occulte; et hoc fit per detractionem : ex hoc autem quod aliquis manifeste verba contra alium profert, videtur eum parvipendere ; unde ex hoc ipso dehonoratur, et ideo contumelia detrimentum affert honori ejus, in quem profertur : sed qui verba contra aliquem profert in occulto, videtur eum vereri magis, quam parvipendere ; unde non directe infert detrimentum honori, sed famae. TETE
sourire, un haussement d’épaules, le seul fait de ne pas rendre l’honneur suffisent parfois pour constituer un véritable outrage 1.
L'outrage n’est pas nécessairement public : le fait de reprocher à un homme, fût-il seul, ses défauts ou ses fautes ou de le traiter d’une manière qui ne réponde pas à sa dignité ou innée ou acquise, est également un outrage ?.
Mais toute parole de reproche et toute manifestation des : fautes d'autrui ne constitue pas un outrage : l’outrage dépend de l’intention de celui qui le fait et l’on ne peut outrager quelqu'un sans le vouloir. En eux-mêmes les mots ne sont que des bruits qui frappent l'oreille et peuvent la blesser lorsqu'on les profère à voix trop haute, mais ils ne peuvent
l LACHAT. Somme théologique de S. Thomas, traduite en français étrannotée tAIVITIS DM 6SO:
S. Thomas distingue l’outrage (convitium), l’opprobre (improperium) et la contumélie.
L’outrage et l’opprobre, dit-il, consistent en paroles tout comme la contumélie ; car toutes ces choses ont le même effet, celui de relever le défaut de quelqu'un de manière à nuire à son honneur. Mais ce défaut peut être de trois sortes : un défaut coupable, d’abord, et celui-là nous est représenté par la contumélie ; puis, un défaut qui implique à la fois faute et châtiment, et c’est la matière de l’outrage (convitium) ; car le mot vice s'applique ordinairement à un défaut qui est en même temps spirituel et corporel. Quand on dit à quelqu'un, d’une manière injurieuse qu'il est aveugle, il y a là une sorte d’outrage et non de contumélie. Mais si l’on traite quelqu'un de voleur, il n’y a pas seulement outrage, il y a encore contumélie. Quelquefois on reproche à quelqu'un le défaut de sa petitesse ou celui de son indigence ; et c’est là déroger en quelque sorte à l’honneur qui dépend toujours d’une certaine excellence; nous appelons cela reproche, ce qui s'applique surtout au cas où l’on rappelle à quelqu'un d’une manière injurieuse le secours qu’on a pu lui donner dans la nécessité. Aussi l’Ecriture dit-elle de l’insensé (Ecch., XX, 15) « Il donnera peu et reprochera beaucoup. » L'un de ces mots se prend toutefois assez souvent pour l’autre. II-II. q. 72. a. 1 ad 3. (Trad. LACHAT.) 4
2 Major est contumelia, si aliquis alicui defectum suum dicat coram multis : et tamen si sibi soli dicat, potest esse contumelia ; inquantum ipse qui loquitur injusta contra reverentiam audientis
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blesser l’honneur s'ils ne sont informés par l'intention de celui qui les prononce 1.
Si donc un supérieur reproche à son inférieur les fautes qu’il a commises dans une intention charitable, dans le but de lui être utile à lui-même et à la communauté, ce reproche, loin d’être un outrage, est au contraire un acte de charité. Mais il faut prendre garde de ne pas manquer à la prudence, faute de quoi on peut, avec les meilleures intentions du monde, blesser l’honneur de quelqu'un d’une façon parfois irrémédiable. Aussi convient-il généralement de ne point reprendre publiquement d’une faute secrète ; surtout 1l importe de garder la modération dans le reproche et de ne point se laisser aller à des excès que l’on prend parfois pour du zèle et qui presque toujours ne sont que de l’emportement 2.
Certains reproches légers peuvent être légitimés même pour des raisons moins graves ; 1l est permis de prononcer, par manière de plaisanterie et de délassement, certaines paroles légèrement piquantes qui ne sont pas de nature à blesser l'honneur du prochain ou à le contrister, pourvu, bien entendu, que toute intention de lui nuire soit exclue. Mais celui-là pécherait, qui ne craindrait pas, afin d’exciter le rire, de déshonorer ou de contrister son prochain 3.
Tandis que l’outrage attaque le prochain en face, la
1 Verba secundum sui essentiam, idest, inquantum sunt quidam soni audibiles, nullum nocumentum alteri inferunt, nisi forte gravando auditum, puta cum aliquis nimis alte loquitur ; inquantum autem sunt signa repraesentantia aliquid in notitia aliorum, sic possunt damna multa inferre. II-II. q. 72. a. 1 ad 1.
2? Sicut licitum est aliquem verberare vel in rebus damnificare causa disciplinae ; ita etiam, causa disciplinae potest aliquis alteri, quem debet corrigere, verbum aliquod convitiosum dicere... tamen, sicut dicit AUG. in lib. IT de Serm. Dom. in monte « raro et ex magna necessitate objurgationes sunt adhibendae. » II-II. q. 72. a. 2 ad 2.
$ Ad eutrapeliam pertinet dicere aliquod leve convitium, non ad dehonorationem, vel ad contristationem ejus, in quem dicitur, sed magis causa delectationis, vel joci ; et hoc potest esse sine peccato, si debitae circumstantiae observentur ; si vero aliquis non reformidet contristare eum, in quem profertur hujusmodi jocosum convitium, dummodo aliis risum excitet, hoc est vitiosum. II-II. q. 72. a. 2 ad 1.
détraction le fait secrètement. La détraction est un péché très grave car elle atteint la réputation qui est, avec l’honneur, le bien le plus précieux du prochain. L’'intention du détracteur est de détruire, autant qu’il dépend de lui, la bonne opinion que la communauté avait conçue de celui qu'il attaque 1. Aussi est-elle généralement un péché mortel.
Il arrive qu’on prononce des paroles qui, en soi, sont de nature à diminuer la bonne réputation du prochain, mais sans intention de nuire à cette réputation. Souvent, on peut même dire le plus souvent, on révèle les fautes et les défauts d'autrui non point pour blesser la réputation du sujet en question, mais uniquement par un besoin de parler, de faire voir son esprit, de montrer qu’on est au courant des nouvelles, etc. Dans ce cas, la détraction perd de sa gravité, et elle n’est qu’un péché véniel, à moins que la faute que l’on révèle ne soit si grave, que la révélation en doive porter un notable préjudice au prochain. Que si on prononce ces paroles pour des raisons sérieuses, ce n’est pas une faute, et l’on ne peut plus appeler cela une détraction. Mais il va de soi que même dans ces circonstances on ne peut découvrir les fautes d'autrui que pour autant qu'il est nécessaire ; en dépassant la mesure, on pèche contre la charité ?.
1 Hujusmodi verba occulta proferens, quantum in ipso est, eos qui audiunt, facit malam opinionem habere de eo, contra quem loquitur MEME a72 are
2 Detractio secundum suam rationem ordinatur ad denigrandum
-famam alicujus ; unde ille per se loquendo detrahit, qui ad hoc de
aliquo obloquitur, eo absente, ut ejus famam denigret; auferre autem alicui famam valde grave est, quia inter res temporales videtur fama esse pretiosior, per cujus defectum impeditur homo a multis bene agendis ; et ideo detractio, per se loquendo, est peccatum mortale ; contingit tamen quandoque, quod aliquis dicit aliqua verba, per quae diminuitur fama alicujus, non hoc intendens, sed aliquid aliud : hoc autem non est detrahere per se et formaliter loquendo sed solum materialiter, et quasi per accidens : et si quidem verba, per quae fama alterius diminuitur, proferat aliquis propter aliquod bonum necessarium, debitis circumstantiis observatis, non est peccatum, nec potest dici detractio ; si autem proferat ex animi levitate, vel propter causam aliquam non necessariam, non est peccatum
A la lésion de l'honneur se rattache la question de la correction fraternelle et de la dénonciation.
On peut et on doit parfois reprendre quelqu'un publiquement de ses fautes publiques, afin que les autres membres de la communauté ne soient pas tentés de l’imiter. Cela s'entend surtout du supérieur dont le devoir est de veiller au bien commun, et qui, par son silence ou par un reproche dont le public n'aurait pas connaissance, paraîtrait approuver ou au moins tolérer la faute commise.
Dans ce cas, comme dans tous ceux qui concernent la manifestation des fautes d'autrui, il faut toujours exclure toute intention mauvaise, comme serait celle d’humilier ou d'affliger un adversaire détesté. Le mobile doit toujours être le bien ou de celui qui est repris, ou de la communauté, ou encore de celui qui reprend, mais jamais le mal et le déshonneur de celui que l’on corrige.
Dans la dénonciation il faut distinguer entre les péchés publics et les péchés secrets. Lorsqu'il s’agit de péchés publics, il faut porter remède non seulement à celui qui a commis le péché, mais aussi à ceux qui en ont eu connaissance afin d'éviter qu'ils ne se scandalisent : il faut donc reprendre publiquement le pécheur dans ce cas. Lorsqu'il s’agit de fautes secrètes, la manière de procéder nous est indiquée par l'Evangile : si votre frère a péché contre vous, allez et reprenez-le entre vous et lui seul 1. Mais il faut remarquer que
mortale, nisi forte verbum quod dicitur sit adeo grave, quod notabiliter famam alicujus laedat, et praecipue in his quae pertinent ad honestatem vitae. II-IL: q. 73. à. 2.
! Circa publicam peccatorum denuntiationem distinguendum est : aut enim peccata sunt publica, aut sunt occulta : si quidem sint publica, non est tantum adhibendum remedium ei, qui peccavit, ut melior fiat, sed etiam aliis, in quorum notitiam devenit, ut non scandalizentur ; et ideo talia peccata sunt publice arguenda.… Si vero sint peccata occulta, sic videtur habere locum quod Dominus dicit : « Si peccaverit in te frater tuus... » Sed quia etiam in occultis peccatis potest parari proximorum offensa, ideo adhuc videtur distinguendum esse : quaedam enim peccata occulta sunt, quae sunt in nocumentum proximorum vel corporale, vel spirituale :
puta si aliquis occulte tractet, quomodo civitas tradatur hostibus ;
les péchés secrets ne s’attaquent pas toujours à un seul homme (contra te) et qu’il en est qui tournent au détriment de la société. C’est alors un devoir pour chacun de dénoncer aussitôt ce crime à l’autorité sans passer par les admonitions secrètes ordinaires ; l'obligation d’épargner la renommée du prochain cède alors devant l'obligation plus grave qui incombe à chacun de veiller, pour autant qu'il est en son pouvoir, au salut de la communauté. Il faudrait donc dénoncer immédiatement celui que l’on surprendrait complotant la reddition d’une ville, la ruine d’une société, ou répandant des doctrines subversives de l’ordre et de la paix commune. L'obligation d’épargner, autant que possible, l'honneur du prochain subsiste même dans ce cas, et l’on ne pourrait dénoncer le coupable à l’autorité lorsqu'on serait certain qu’un avertissement secret suffirait à le détourner de l’accomplissement de son crime. Dans le cas où le succès d’une démarche particulière serait douteux, il faudrait procéder immédiatement à la dénonciation officielle. Ce serait un manque de prudence et une charité mal entendue de vouloir, dans un cas pareil, épargner l'honneur du prochain, car on doit toujours préférer l'intérêt général à l'intérêt particulier.
Il est d’autres fautes secrètes qui ne nuisent qu’à celui qui les commet et à celui contre qui on les commet, comme les outrages et les insultes infligés à quelqu'un sans témoins. Dans ce cas il faut viser avant tout à l’amendement du pécheur. On doit procéder, dit saint Thomas, comme les médecins du corps, qui n’en viennent à l’amputation d’un membre que lorsque les autres remèdes sont restés sans effet, et qu'il ne reste pas d'autre moyen de lui sauver la vie. Telle est aussi la manière de faire du chrétien vraiment charitable : il veut guérir la conscience du prochain, mais il
vel si haereticus privatim homines a fide avertat; et quia ille, qu: sic occulte peccat, non solum in te peccat, sed etiam in alios, oportet statim procedere ad denuntiationem, ut hujusmodi nocumentum impediatur ; nisi forte aliquis firmiter aestimaret, quod statim per secretam admonitionem posset hujusmodi mala impedire. IT-IT.