‹ L'Honneur: Sa place dans la moraleChapitre 22 sur 27 · INA NET NE · texte numérisé non relu

INA NET NE

Aussi ne faut-il pas se lasser de répéter aux enfants que si leur dignité est grande, elle ne vient pas d'eux-mêmes, mais de Dieu, que le mal seul leur appartient en propre et que, par conséquent, loin de s’enorgueillir ils n'ont qu'à s’humilier devant Dieu pour lui rapporter tout honneur et toute gloire.

En même temps qu'on inculque à l'enfant le sentiment de sa dignité personnelle, il faut lui rappeler aussi la dignité d'autrui et le respect qu’il doit au prochain. C’est aussi un excellent moyen d'empêcher en lui le développement exagéré et anormal du sentiment de l'honneur.

La diminution du respect, que l’on peut constater à notre époque, provient des deux principaux facteurs de la culture moderne : la démocratie et l’intellectualisme (die Aufklärung). Ces deux facteurs ont eux-mêmes leur racine dans l’individualisme qui est un produit de la Renaissance. Dans toutes les questions vitales, elle a laissé l'individu à lui-même, et elle a posé comme condition essentielle de la personnalité le fait de ne reconnaître comme vrai et authentique que ce que notre intellect peut examiner et constater par lui-même. La plupart des hommes ne vont pas jusqu'aux dernières conséquences de leurs principes, et 1ls continuent, sans même le savoir, à régler leur vie d’après les principes traditionnels, sans se soucier de les examiner par euxmêmes jusque dans leurs derniers fondements. Logiquement, les principes admis conduiraient directement au plus pur subjectivisme qui consiste à « ne recevoir aucune chose pour vraie que l’on ne la reconnaisse évidemment être telle, — ce qui équivaudrait pour la plupart des hommes à repousser les conclusions les plus certaines de la science, de l'astronomie, par exemple, ou de la physiologie ; — ériger sa propre intelligence en souverain juge de toutes choses ; faire ainsi, de son degré d'éducation ou de culture, l’unique mesure de la vérité : ne déférer, sous aucun prétexte, pour aucun motif que ce soit, à aucune autorité ; se retrancher orgueilleusement dans son Moi, comme dans une forteresse, comme dans «une île escarpée et sans bords » que l’on mettrait son point d'honneur à défendre principalement contre

l'invasion du bon sens ; ne pas admettre enfin qu’il puisse y avoir dans le monde plus de choses qu’il n’en saurait tenir dans les étroites bornes de notre mentalité 1 ».

Le manque de respect se manifeste dès l'enfance par l'oubli des règles de la bienséance qui exigent, par exemple, que l'enfant se lève en présence de ses parents, qu’il ne leur coupe pas la parole, etc. Ces choses en soi ne sont que des détails, mais l'observation ou le mépris de ces détails caractérise un état d’esprit.

Chez les jeunes gens le manque de respect se traduit par

une confiance exagérée en leur propre intelligence, d’où suit le mépris ou au moins la défiance pour tout ce qui a été fait et dit avant eux, la tendance à tout critiquer, le besoin de recommencer par eux-mêmes toutes les expériences, de se créer eux-mêmes une morale et une religion. C’est l'esprit d'émancipation et de critique qui caractérise notre époque : notre société ne veut rien recevoir de la tradition, elle veut revoir tous les jugements et n’admet que ce qu’elle parvient à démontrer par elle-même.

Cet état d'esprit qui doit nous donner une science nouvelle plus profonde et plus éprouvée que jamais, est au contraire un état d'esprit dangereux qui ne tend à rien moins qu'à empêcher tout développement de la science. Le retour au respect dans l’ordre moral et intellectuel est d’une indiscutable nécessité.

« Le respect est au sens propre du mot un sentiment social indispensable. C’est le sentiment qu’a l'individu de son insuffisance personnelle, et de la nécessité, pour lui, d’être complété par cette haute sagesse, produit de la tradition sacrée du passé, avec son expérience maintes fois éprouvée.

. Ce n’est que moyennant la piété, le respect du passé, que peut subsister un lien organique entre les générations, ce n’est que par ce respect qu’un développement vraiment constant est assuré et qu’un sain progrès est rendu possible. Au contraire, poser en principe que chaque individu doit

‘1 BRUNETIÈRE. Les motifs d'espérer. Collection Science et Relgion, n° 187, p. 28-29.

en toute chose recommencer par le commencement, qu'il doit tout remettre en question jusqu'aux éléments fondamentaux, c’est rendre impossible tout progrès 1. »

Ce sentiment du respect qui est aujourd’hui en baisse, . il faut travailler à lui donner une nouvelle vie. Le plus sûr moyen d’inculquer aux enfants le respect de l'autorité et de la tradition c’est de le pratiquer soi-même. Si les parents, dans leur conduite, font bon marché des données traditionnelles, les enfants suivront cet exemple, quoi qu’on puisse leur dire d’ailleurs en faveur de la tradition.

Aux jeunes gens il faut rappeler qu'ils ne sont pas seuls en possession de l'intelligence et de la raison. Il faut, quand on leur parle de leur dignité, ne pas leur laisser oublier que tous les hommes sont également créés à l’image de Dieu. Il faut leur redire souvent qu’il y a eu avant eux de grands esprits dans le monde, et qu’il serait au moins témérairé de rejeter à priori ce que ceux-là nous ont transmis, qui par leur position et leur expérience étaient beaucoup mieux à même qu'un débutant de résoudre les problèmes de la vie et de la destinée. Donc, en même temps qu'on inculque aux jeunes gens le respect d'eux-mêmes, 1l ne faut pas oublier de leur inculquer aussi, et avec plus de soin encore, le respect d'autrui qu'ils sont plus portés à oublier.

Le sentiment de l'honneur est généralement admis comme moyen d'éducation, mais tous ne veulent pas reconnaître le même droit aux honneurs et à l’émulation que d’aucuns regardent pourtant comme un des plus excellents moyens d'éducation.

« Celui qui sait exciter habilement l’émulation, dit le plan d’études des Jésuites de 1833, possède un précieux moyen d'éducation, presque le seul suffisant à donner à la jeunesse la meilleure formation possible 2. »

l FORSTER. Jugendlehre, 1905, p. 482. Nous avons tiré de cet ouvrage cet aperçu sur le respect.

* Wer die Aemulation geschickt zu reizen weiB, der hat durch sie das bewährteste Hilfsmittel im Lehramte, und welches beinahe einzig hinreichend ist, die Jugend aufs beste zu unterrichten. Cité par EisELEN. Wesen und Wert der Ehre, p. 15.

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D'autres pensent, au contraire, que c’est là un moyen absolument condamnable, qui doit être exclu à tout prix de l’enseignement, quels que soient d’ailleurs les avantages que l’on en retire, car la racine étant gâtée, les fruits ne peuvent manquer de l'être aussi 1.

La question est de savoir ce que l’on entend par l’émulation. Si l’on entend désigner par ce mot l’ambition, le désir d'arriver par tous les moyens, l’envie et la jalousie, il n’est pas douteux qu’on doive l’exclure de l'éducation. Mais ce n'est point là, pensons-nous, le sens du mot émulation. L'émulation, comme l'envie, est une tristesse provenant du bien d'autrui; mais tandis que l’envieux voudrait enlever le bien à celui qui le possède, le généreux émule ne tend qu’à s'élever à la hauteur de celui avec lequel il rivalise, et à le dépasser même, si c’est possible. Si l'envie est un vice, l’émulation est un puissant stimulant à la vertu : loin de vouloir abaisser à son niveau les hommes vertueux, elle cherche bien plutôt à s'élever aussi haut qu'eux dans la science et la vertu ?.

L'émulation devient vicieuse quand celui qui en est animé ne tend au bien ou à un bien plus grand que dans le seul but de dépasser ceux de son entourage : c’est alors de la vaine gloire et non plus de la saine émulation. Le bien doit toujours être notre fin, la comparaison avec les autres hommes ne doit être qu'un mobile qui nous fait accomplir le bien avec plus de courage et de perfection.

L'émulation est un excellent remède pour exciter les natures nonchalantes et pusillanimes qui regardent les buts

1 EISELEN, 0. cit, p. 15-16.

2 Quomodo autem se habeant aemulantes, et in quibus et quibus, hinc erit manifestum. Nam aemulatio est dolor quidam, quoniam bona et honorabilia quae ipse quoque assequi posset, natura similibus adesse videantur, non quoniam aliis sunt sed quia non ipsi quoque. Ideo et probum quiddam aemulatio est, et proborum ; invidia vero improborum et improbum ; alteri enim ut ad consequenda bona se praeparent, aemulatione concitantur : alteri propter invidiam proximi impedimento sunt. ARISTOTELES. Aytis Rhetoricae, Nb. IT, cap. XI. De aemulatione. Cf. S. THomaAs. II-IT. q. 36. a. 2.

élevés comme impossibles à atteindre, aussi longtemps que nul ne leur en a montré le chemin ; elle est utile également aux natures fortes et généreuses qui, souffrant malaisément d’être dépassées dans le bien, sont excitées par cette passion à monter toujours plus haut. Il est indéniable pourtant que l'émulation est un remède dangereux auquel se mêle très facilement le poison de l’envie. Il convient donc de l’employer avec prudence, mais en soi et entendue dans son sens véritable elle ne saurait être condamnée.

Pas plus que l’émulation on ne doit condamner les moyens qui servent à la faire naître, à l’entretenir, à la développer. Ces moyens sont les éloges, les places d'honneur, les différentes distinctions honorifiques qui servent dans les établissements d'éducation et d’instruction à récompenser le mérite et la vertu. L'enfant et le jeune homme ont droit comme l’homme fait à ce qu’on reconnaisse leur vertu et qu'on en rende témoignage ; ce témoignage est pour eux et pour leurs condisciples un encouragement à faire toujours de leur mieux. À ces avantages il faut éviter de laisser se joindre la vanité et l’orgueil. Pour cela, il est nécessaire de distribuer les éloges avec mesur: et de rappeler fréquemment à l'enfant et au jeune homme que ses avantages ne lui viennent pas de lui-même, que ses facultés lui ont été prêtées par Dieu, qu’il n'en à que l’usufruit, et que par conséquent tout l’honneur que lui méritent ses talents il doit le rapporter à Dieu. On ne saurait trop insister sur ce point, sous peine de voir la recherche et l'amour de sa propre excellence se développer de manière à empêcher la croissance de toute vertu véritable.

Il faut surtout, dans la distribution des éloges et des récompenses tenir compte du travail, de l'effort et de la bonne volonté, autant, sinon plus que du succès, et proportionner les récompenses à l’excellence des vertus pratiquées, afin d'apprendre aux enfants à apprécier eux-mêmes les différentes vertus à leur juste valeur.

« Elever au plus haut la pratique des devoirs envers Dieu, envers les parents et les maîtres, tout ce qui tient à l'obéissance volontaire et au respect cordial ; l'honnêteté et la charité envers les condisciples, tout ce qui annonce la

franchise, la droiture, le désintéressement : deviner, encourager, mettre en honneur la bonne volonté soutenue, le travail persévérant.. : tel est le but qu’un bon éducateur doit toujours avoir en vue. Par contre, faire des réserves motivées, quand il a des distinctions à décerner au talent trop notoirement séparé de la vertu ; déprimer les avantages obtenus sans efforts, en peu de temps et par le simple jet spontané du génie naturel ; abaisser ceux qui font étalage de leur facilité et se vantent d’être arrivés au premier rang sans y avoir pris de peine, et désabuser ceux qui les admirent 1, »

L’éloge ne doit pas être prodigué constamment au même élève qui résisterait difficilement à l’infatuation ; il faut saisir toutes les occasions d'encourager les élèves plus faibles ; c’est à ceux-là surtout qu’il faut s’efforcer de donner dé l’émulation en soutenant leurs efforts et en leur laissant entrevoir la possibilité du succès.

Dans les travaux d'ordre purement intellectuel, on ne peut faire autrement que de donner la première place au meilleur travail, sans tenir compte de ce qu’il a pu coûter de fatigue et d'effort. Mais à côté des distinctions accordées aux travaux de l'esprit, il faudrait en établir d’autres destinées à récompenser les qualités de la volonté et du cœur, pour faire comprendre aux enfants que « l'honneur vrai de l’écolier comme de l’homme, c’est de faire de son mieux advienne que pourra, bien plus que de réussir par des dons naturels indépendants de sa volonté. L’honneur, en d’autres termes, est affaire de volonté, non d'intelligence ? ».

L'influence du sentiment de l'honneur qui est si grande dans l'éducation, est d’une portée considérable même dans toute la vie morale. « Comme l’augmentation de l'honneur cause du plaisir et sa diminution de la douleur, la considération de l’honneur pousse à rechercher les choses qui augmentent l'honneur et à éviter celles qui le diminuent ?. » Et comme

en

MonraAT. La pratique de l'éducation, p. 190-191. Marion. Grande encyclopédie, art. Honneur, t. XX, p. 238. 3 Da Mehrung der Ehre Lust, Minderung, Schmerz bewirkt, so

la vertu nous assure de l’honneur, tandis que le vice produit la honte, l'honneur peut devenir un facteur de moralité. Quelques-uns même ont eu une si haute idée de l'honneur, qu’ils ont voulu voir en lui le fondement de toute morale, abstraction faite de toute idée religieuse et de toute espérance en l'au-delà. Tel, par exemple, Alfred de Vigny, qui faisait de l’honneur la religion de l'avenir, et qui a écrit sur ce sujet quelques pages, les plus belles peut-être qu'on ait écrites sur l’honneur. Nous nous permettons d’en citer quelques fragments qui se rattachent du reste intimement à notre sujet. « Que nous reste-t-il de sacré ? Dans le naufrage universel des croyances, quels débris où se puissent rattacher encore les mains généreuses ? Hors l’amour du bien-être et du luxe d’un jour, rien ne se voit à la surface de l’abîme. On croirait que l’égoïsme a tout submergé ; ceux mêmes qui cherchent à sauver les âmes et qui plongent avec courage se sentent prêts à être engloutis. J'ai cru apercevoir sur cette sombre mer un point qui m'a paru solide. Je l'ai vu d’abord avec incertitude et, dans le premier moment, je n’y ai pas cru. J'ai craint de l’examiner, et j'ai longtemps détourné de lui mes yeux. Ensuite, parce que j'étais tourmenté du souvenir de cette première vue, je suis revenu malgré moi à ce point visible, mais incertain. Je l’ai approché, j'en ai fait le tour, j'ai vu sous lui et au-dessus de lui, j'y ai posé la main, je l’ai trouvé assez fort pour servir d'appui dans la tourmente, et J'ai été rassuré.

« Ce n’est pas une foi neuve, un culte de nouvelle invention, une pensée confuse ; c’est un sentiment né avec nous, indépendant des temps, des lieux et même des religions ; un sentiment fier, inflexible, un instinct a’une incomparable beauté, qui n’a trouvé que dans les temps modernes un nom

hat die Rücksicht auf Ehre die Tendenz, den Willen zum Trachten nach den Dingen zu bestimmen, welche die Ehre mehren, zum Meiden der Dinge, die sie mindern. Gemehrt wird im Allgemeinen die Ehre durch alles, was Macht und Einfluf eines Individuums steigert, oder mit andern Worten, was seine Tätigkeit, anderen zu nützen oder zu schaden, erklärt. PAULSEN. System der Ethik. 1, p. 36.

digne de lui, mais qui déjà produisait de sublimes grandeurs dans l'antiquité, et la fécondait comme ces beaux fleuves qui, dans leur source, et leurs premiers détours, n’ont pas encore d'appellation. Cette foi, qui me semble rester à tous encore et régner en souveraine dans les armées, c’est celle de l’'Honneur.

« Je ne vois point qu’elle se soit affaiblie et que rien l'ait usée. Ce n’est point une idole, c’est, pour la plupart des hommes, un dieu, et un dieu autour duquel bien des dieux supérieurs sont tombés. La chute de tous leurs temples n’a pas ébranlé sa statue.

« Une vitalité indéfinissable anime cette vertu bizarre, orgueilleuse, qui se tient debout au milieu de tous nos vices, s’accordant même avec eux au point de s’accroître de leur énergie. — Tandis que toutes les vertus semblent descendre du ciel pour nous donner la main et nous élever, celle-ci paraît venir de nous-mêmes et tendre à monter jusqu’au ciel. — C’est une vertu tout humaine que l’on peut croire née de la terre, sans palme céleste après la mort ; c’est la vertu de la vie.

« Telle qu’elle est, son culte, interprété de manières diverses, est toujours incontesté. C’est une Religion mâle, sans symbole et sans image, sans dogme et sans cérémonies, dont les lois ne sont écrites nulle part ; — et comment se fait-il que tous les hommes aient le sentiment de sa sérieuse puissance ? Les hommes actuels, les hommes de l'heure où j'écris, sont sceptiques et ironiques pour toute chose, hors pour elle. Chacun devient grave lorsque son nom est prononcé...

« Puisse, dans ces nouvelles phases, la plus pure des Religions ne pas tenter de nier ou d’étouffer ce sentiment de l’'Honneur qui veille en nous comme une dernière lampe dans un temple dévasté ! Qu’elle se l’approprie plutôt, et qu’elle l’unisse à ses splendeurs en la posant, comme une lueur de plus, sur son autel, qu’elle veut rajeunir ! C’est là une œuvre divine à faire. — Gardons-nous de dire de ce dieu antique de l’'Honneur que c’est un faux dieu car la

pierre de son autel est peut-être celle du dieu inconnu.

L'aimant magique de cette pierre attire et attache les cœurs d'acier, les cœurs des forts 1 »

Nous montrerons plus loin l'insuffisance de l'honneur, même ainsi conçu, pour fonder une morale. Nous ne nous y arrêtons pas ICI.

A côté ou au-dessous de cette conception si haute et si noble de l'honneur, il en est une autre beaucoup plus terre à terre : c’est la conception mondaine de l'honneur. Les hommes ne furent pas sans s’apercevoir que là ou la religion n'était plus de mise, il fallait garder au moins l'honneur pour conserver encore l'extérieur de la vertu. Mais comme il leur paraissait impossible que chaque homme possédât toutes les vertus, ils décomposèrent l'honneur, et décidèrent, par une convention tacite, que chacun serait tenu à pratiquer la vertu de son état, moyennant quoi 1l serait regardé comme un homme d'honneur ?. Cet honneur conventionnel fut toujours extrêmement variable. « L’honneur du soldat ne fut pas le même que celui du marchand ; l’honneur du mari ne fut pas le même que celui de la femme. L’honneur varia, dans le même pays, suivant les dates et les localités : aux champs, la faute des filles non mariées est moins grave que la faute des épouses ; à la ville, c’est le contraire : ce n’est point affaire de si grande conséquence de se donner à plusieurs hommes, à condition d’avoir, au préalable, juré fidélité à un seul 5. »

Au point de vue de la moralité il est clair que l’on ne peut faire grand état d’une règle aussi variable, qui permet aujourd’hui ce qu’elle défendait hier, et qui défendra demain ce qu'elle autorise aujourd’hui. Cet honneur mondain peut faire pratiquer quelques vertus et éviter quelques vices. Mais il ne produira jamais qu'une moralité toute extérieure, toute en surface, et par suite de médiocre aloi : elle ne repose que sur l'opinion publique, et l’opinion publique ne peut contrôler les intentions. « Cette opinion, on la trompe, on

l'E ViGnNv. Servitude et grandeur militaires, p. 264-260.

? L'honneur considéré en lui-même et relativement au duel, par NPRDÉIC SE Dee

3 Vicomte D'AVENEL. Les Français de mon temps (Nelson), p. 208.

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