‹ L'honneur; sentiment et principe moralChapitre 3 sur 16 · ET POSITION DU PROBLEME · texte numérisé non relu

ET POSITION DU PROBLEME

et morales quil va précipiter ; c'est par sympathie pour les futures victimes de celte licbûcle qu'il temporise, fût-ce au détriment de ses propres intérêts, comme s'il espérait, même contre toute évidence, une sorte de secours providentiel, et si, i)lus tard, il tient à se réhabililor, c'est qu'il désire surtout par là répnrtM- les malheurs (ju'il a accumulés.

lue conscience morale plu-; riy^ide, expliquerait les scrupules du négociant malheureux par la conception austère du devoir dans toute sa pureté ; il est contraire à la justice de ne pas payer ses dettes, de ne pas tenir ses engagements, d'entraîner dans sa ruine des gens irréprochables, dont la bonne foi n'a pas mérité celle disgrâce ; pour celle âme d'élite, la réhabilitation serait une expiation d'abord, une absolution ensuite, l'accomplissement d'un devoir nouveau et la faible réparation d'une faute.

Pourrait-on dire enfin qu'à côté de ces divers mobiles, il y a une règle de conduite qui ne se confondrait avec aucun d'enire eux? Quand le commerçant que nous prenons comme exemple cherche à justifier ou à expliquer son horreur pour la faillite, il prétend qu'il lient par dessus tout à « faire honneur à ses affaires » ; quand il éprouve le besoin d'être réhabilité, c'est, dil-il encore, son « honneur n qu'il veut reconquérir. Qu'il s'agisse ici d'un sentiment vague ou d'une détermination réfléchie et raisonnée, nous croyons nous trouver en présence d'une impulsion bien particulière et irréductible. Toutes les présomptions se réunissent pour nous faire supposer que l'honneur dont chacun de nous peut ressentir les exigences impérieuses se distingue de Tégoïsme, — puisqu'il est souvent contraire à l'intérêt individuel et peut aller jusqu'à la suppression de la personne par le suicide ; de la pitié , contre

laquelle il se raidit, et du devoir même, — puisque parfois la rig-iieiir du point d'honneur semble nous faire oublier nos obligations morales envers nous et envers autrui. Mais en pensant ainsi et en distinguant Ihonneur de toutes nos autres raisons d'agir, ne sommes-nous pas dupes d'une illusion de notre conscience et n'avons-nous pas fabriqué de toutes pièces une entité sans consistance ?

En d'autres termes existe-t-il à côté de la morale proprement dite, tantôt en accord et tantôt en opposition avec elle, une morale de l'honneur?

Pour éviter d'obscurcir le problème que nous venons de poser en discutant sur la définition qui conviendrait à la morale en général, il nous suffira d'entendre par là un système de. règles d'action que l'on découvre à la fois en étudiant la vie réelle et en considérant l'idéal pratique qui paraît la dominer et lui donner un sens. D'une manière plus précise , la morale est à une certaine époque, un ensemble de préceptes qui tantôt s'exprime dans la conduite des hommes et tantôt s'oppose à elle, si bien qu'an nom de ces prescriptions, nous pouvons l'expliquer et aussi la juger, l'approuver avec ou sans restrictions ou bien la réprouver d'une manière plus ou moins définitive, et même la modifier, la transformer et la rectifier ; c'est donc une conception idéale que nous réalisons ou que tout au moins nous croyons pouvoir et surtout devoir réaliser. Tout principe pratique qui tend ainsi à passer de la région de l'idée pure dans celle de l'action, toute exigence rationnelle qui veut se traduire en acte , soit conformément à l'ordre naturel, soit contrairement à cet ordre, est un principe de morale.

On établira donc qu'il y a une morale de l'honneur ou

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