ET POSITION DU PROBLEMF: O
plus exactement que rhonneur est un priucipe moral si l'on parvient à mettre en évidence Texistence d'un exemplaire de vie et d'une tendance à agir qui ne peuvent se rapporter (ju'à ce motif et si Voi\ montre dans la conduite des hommes ou dans l'organisation et le dé!Vcloj)pement des sociétés des actes dérivés des prescriptions impératives de l'honneur et inexplicables autrement.
Une telle démonstration peut sembler à première vue ne présenter aucune dilficulté. S'il s'agit de l'individu, innombrables sont les altitudes qui ont l'honneur pour seule maxime; l'histoire est pleine d'actions qui manifestent la force de ce'mobile; le théâtre et le roman utilisent ce ressort ; chacun de nous en a une conception plus ou moins nette ; certains se sont plû à en codifier les règles ; d'autres, sans avoir une idée claire et distincte de la nature particulière de l'honneur, sentent fortement l'existence de ce principe moral : au moment d'accomplir un de ces actes que l'on s'accorde à nommer infâmes ou déshonorants, ils éprouvent au plus profond d'eux-mêmes une répugnance presque insurmontable et bien rares sont ceux qui, à quelque moment de leur vie, n'ont pas eu, au moins sous cette forme négative, la révélation de l'honneur. S'il s'agit des nations, un coup d'œil jeté hâtivement sur la civilisalion contemporaine , et, en particulier, sur la France d'aujourd'hui, suffirait à prouver non seulement l'existence de ce mobile mais encore sa prépondérance et même, si nous en croyons certains moralistes, sa domination exclusive. C'est ce que déclarait nettement Prévost-Paradol : « Aux yeux de tout observateur clairvoyant et de bonne foi, notre pays offre aujourd'hui le spectacle unique 'dans le monde dune société dans laquelle le point d'honneur est devenu la principale garantie du bon ordre et fait
accomplir la plupart des devoirs que la religion et le patriotisme ont perdu la puissance d'ordonner. Si nos lois, en tant qu'elles sont d'accord avec les prescriptions de la conscience universelle, sont généralement observées, si le jeune soldat rejoint docilement son drapeau et lui reste fidèle, si l'agent comptable respecte la caisse publique, si le Français s'acquitte convenablement de la plupart de ses devoirs envers l'Etat et envers ses concitoyens, c'est au point d'honneur que nous en sommes redevables. Ce n'est pas le respect de la loi divine, passé depuis longtemps à l'état de problème, ce n'est pas le dévouement philosophique à un devoir incertain, et encore moins à l'être abstrait de l'Etat bouleversé et discrédité par tant de révolutions, c'est la crainte d'avoir à rougir publiquement d'une action réputée honteuse qui maintient seule parmi nous un désir suffisant de bien faire. . . (1). Les hommes qui sont de bons citoyens par le pur sentiment du devoir, ou qui obéissent aux lois indépendamment de la crainte qu'elles inspirent, par un calcul bien entendu sur l'intérêt particulier et l'intérêt général mis en présence, sont en nombre beaucoup trop restreint pour maintenir dans la société l'ordre, la probité et la somme de dévouement relatif sans laquelle l'Etat ne saurait vivre. Il faut donc qu'un autre motif d'action plus répandu et plus efficace vienne en aide au mobile trop rare et trop élevé du devoir et au mobile trop particulier et trop subtil de l'intérêt bien entendu. Ce mobile c'est l'honneur. , . dernier et puissant rempart des sociétés vieillies et particulièrement de la société fran-
(i) Prévost-Paradol, La France nouvelle, 3' éd., Paris, Michel Lévy 1868, p. 357 sq.