‹ L'honneur; sentiment et principe moralChapitre 5 sur 16 · ET POSITION DU PROBLEME · texte numérisé non relu

ET POSITION DU PROBLEME

çaise {!)... Voilà l'image fidèle d'une nation que le point d'honneur soutient encore après que la religion et la vertu s'en sont retirées » (2). Ce que dit avec éloquence Prévost- Paradol, Alfred de Vigny l'avait déjà proclamé avec une sobre énergie : « Une Foi me semble rester à tous encore et régner en souveraine dans les armées : c'est celle de l'honneur. Je ne vois point qu'elle se soit affaiblie et que rien l'ait usée... Chacun devient grave lorsque son nom est prononcé. . . L'homme au nom d'honneur sent remuer quelque chose en lui qui est comme une part de lui-même et cette secousse réveille toutes les forces de son orgueil et de son énergie primitive. Une force invincible le soutient contre tous et contre lui-même (3) »... Et Vigny ajoute : « Ceci n'est point théorie mais observation ». Cependant toute observation psychologique comporte un minimum d'analyse, qu'il est toujours possible de pousser plus loin et de rendre plus pénétrante et ne sommes-nous pas en droit de penser qu'en étudiant de plus près l'honneur considéré comme impulsion morale et en le soumettant à une critique plus rigoureuse, on parviendrait à le réduire à des éléments plus simples et mieux connus ? Peut-être alors prouverait-on que l'originalité en était toute apparente et qu'en réalité, il n'est pas essentiellement distinct des autres mobiles pratiques.

(i) Prévost-Paradol, Ibid., pp. 336-33^.

(a) Prévost-Paradol, Ibid,, p. 359.

(3) Alfred de Vigny, Servitude et Grandeur militaires, Œuvres, j* éd., Calman-Lévy, i85;, p. 245.

Dans le même sens que Prévost-Paradol et Vigny, Octave Feuillet a voulu montrer dans M. de Camors que, pour les matérialistes et les athées, l'honneur est la ressource morale suprême et peut fournir l'équivalent de la vertu.

L'objet de notre étude sera de montrer l'échec d'une tentative de ce genre , de mettre en lumière la nature spécifique et le caractère particulier de l'honneur, en le distinguant de ce qui n'est pas lui, mais en reconnaissant aussi les ressemblances et les affinités qu'il présente avec les autres motifs de nos déterminations. L'examen des fondements de la morale de l'honneur nous permettra d'en découvrir la définition, d'en déterminer la signification et d'en indiquer la place dans les préoccupations de la conscience moderne.

L'Honneur est un sentiment et peut devenir une passion.

Le sens commun, qui nous révèle Texistencede l'honneur, pourra peut-être nous permettre d'en reconnaître la nature et d'abord de le classer parmi les faits psychologiques. Or l'expression : « sentiment de l'honneur » forme une alliance de mots consacrée par les habitudes du langage. Devonsnous ratifier l'emploi de ce terme ?

La réponse à cette question dépendra de la définition que l'on donnera du sentiment en général. On peut, nous semble-t-il, s'accorder pour dire que le sentiment est un état complexe où entrent à la lois des phénomènes d'ordre aftectif , des mouvements de l'âme ou tendances , des joies et des douleurs plus ou moins intenses, et aussi des faits d'ordre intellectuel , des idées ou des représentations. On admettra, en elïet, ne serait-ce que par hypothèse, qu'il y a en nous des tendances ; les unes sont dirigées vers nousmêmes, dautres vers autrui et d'autres enfin semblent exprimer notre élan indéfini vers un but qui paraît sans cesse reculer devant nous ou vers une plénitude de perfection à laquelle nous aspirons continuellement sans jamais l'atteindre. L'égoisme, l'altruisme, la poursuite de l'idéal, ces trois impulsions isolées ou combinées se trouvent au fond de toutes les déterminations de l'individu et elles sont

en ce sens les principes de toute activité ; mais elles ne sont conscientes que quand elles se manifestent soit par le plaisir qui semble naître de leur libre développement, soit par la peine qui paraît provo(iuée parles obstacles qu'elles rencontrent; alors elles s'accompagnent nécessairement de la représentation de cette émotion agréable ou pénible, ou, plus exactement, de l'image de l'objet dont la possession doit satisfaire la tendance ou dont la privation la contrariera , corTime cela ressort d'expériences antérieur-es. Si l'égoïsme est une tendance, ou inclination, l'amour des richesses, c'est-à-dire l'égoïsme devenu conscient d'un des moyens de se satisfaire et accompagné de la représentation des biens extérieurs, doit être appelé un sentiment ; rinclinalion altruiste produira, de même, si elle a la patrie pour objet, le tienliment pati'iotique ; les tendances idéales donnent naissance, dans des conditions analogues, à des sentiments tels que le sentiment esthétique et le sentiment religieux.

C'est dans le même sens que l'on doit considérer l'honneur comme un sentiment. L'impulsion qu'imprime à notre être la recherche do l'honneur ou le désir de le retrouver est de nature essentiellement émotive, puisqu'elle se traduit par un état de bien-être ou de malaise moral et souvent même physique : on éprouve pour une action déshonorante un véritable dégoût, une sorte de nausée et la vue d'une action d'honneur produit un enthousiasme joyeux ; il n'est pas jusqu'à la rougeur de la honte qui ne provoque une sensation de brûlure, une douleur cuisante, une gêne parfois intolérable, même si elle est tout imaginaire et invisible aux yeux du spectateur.

Mais ici le phénomène affectif est inséparable d'un fait d'ordre intellectuel, il faut même remarquer que, quand il

s'agit de Thonneur, la représenlalion est le plus souvent très particulière et très précise. L'honneur du joueur consistera par exemple à ne pas tricher, à rester impassible dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, à payer ses dettes de jeu d;ms les vingt-quaire heures, et toute la conduite de cet homme lendra à réahser l'image exemplaire qui s'est ainsi imposée à son esprit. L'honneur du voleur tienih-a dans le respect de ses engagements, dans le maintien des liens de solidarité qui l'unissent à ses camarades, le pire bandit obéira à l'honneur s'il remplit cette sorte de programme dont la lettre est, en quelque façon, imprimée dans son esprit et dont les formules ou les emblèmes sont parfois même ineffaçablement gravés sur sa j)eau par un tatouage profond. Qji.cdinaire l'homme qui suit la loi de l'honneur se donne la vision très nette de ce que penserait et dirait de lui tel groupe social dont il recherche l'estime ; il en voit les ge.ites approbateurs ou les altitudes de réprobation et de dégoût ; il en entend, en imagination, les paroles de blâme ou d'éloge. Dans le drame d'Hernani, Ruy Goraez, pour mieux se pénétrer des exigences de l'honneur et de l'hospitalité chevaleresque, évoque ses ancêtres ; d les interroge, il entend leurs réponses : « N'esl-il pas vrai vous tous?» (1). De même dans La Canne de Jonc, Vigny met en scène le capitaine Renaud démissionnaire' de son grade, par lassitude et dégoût de la vie militaire quinze jours avant les Ordonnances de .luin 1830, qu'il ne prévoyait pas. La Révolution éclate ; le capi-

(i) V. Hugo, flernani : Acte lll. Se. 6. Voir toute cette scène des portraits où l'honneur n'est manifestement pour le vieux duc que l'évocation de la conduite de ses ancêtres, de leurs gestes, de leurs attitudes, et par voie d'association, des sentiments correspondants que l'on imagine chez eux.

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taine reprend son commandement dans la Garde Royale. « Rester dans ma retraite, expliqne-t-il, eût été contre l'honneur. . . . qu'auraient-ils dit, mes vieux grenadiers, si je leur avais manqué ce matin, moi qui les commandais encore il y a quinze jours » (1).

Tant il est vrai qu'il y a dans l'honneur considéré comme mobile psychologique et moral autre chose qu'une pure tendance ou une impulsion primitive (2); nous l'appellerons un sentiment, en entendant par là un système d'états psychologiques qui certes présente une orientation et constitue un penchant, mais qui compte aussi au nombre de ses éléments des faits intellectuels, c'est-à-dire un certain nombre de représentions en rapport avec l'objet de la tendance ou avec l'état de bonheur ou de tristesse qui résultera de ce qu'elle sera satisfaite ou contrariée. L'honneur, comme on le voit par cette analyse, donne à la vision d'un idéal moral ou. social la force d'un mobile psychologique et confère à une idée l'énergie d'un sentiment.

(i) A. DE Vigny, op. cit. ; p. i53.

(a) Il pourrait paraître superflu de faire une telle démonstration, même superficiellement. Nicole c^^pendant nous dit « qu'il ne dépend pas de l'opinion de nous faire aimer l'honneur, celte inclination est naturelle » (Essais de Morale nouvelle Edition Gaspard Migeot, Mons 1707, ^^econd vol Discours où l'on fait voir etc., i" partie, ch. II p. 52). Ce moraliste, il est vrai, veut dire, lorsqu'il écrit cette phrase, que le sentiment de l'honneur est une manifestation de l'égoîsme qui. lui, est naturel. Jules Simon a écrit d'une manière encore pluspréci-e : « Du moment que la nature elle-même nous porte à désirer l'estime de nos semblables, à jouir de leur approbation, à souffrir de leur blâme, il n'y à pas à rechercher sur quelles bases repose ce sentiment. Il est instinctif : aucune réflexion, aucun raisonnement ne le fait naîtrî. » (Le Devoir 14* éd. Paris Hachette 1886 p. i44)- L'explication que propose J. Simon est une soluiion paresseuse ; il paraît d'ailleurs confondre, commel'avait fait Ad. Smith l'instinct d'imitation, la sympathie organique ou physiologique — qui sont sans doute, en effet,

Et ce qui montre bien d'après nous la nature complexe du sentiment de l'honneur adectif et représentatif à la fois, c'est la transformation fréquente de ce sentiment en passion. Tant que le désir de l'honneur et la crainte du déshonneur occupent dans l'existence la place qui leur convient et laissent une libre voie aux autres sentiments, aux alîections de toute nature, dont la multiplicité donne à l'àme humaine non seulement sa richesse et son équilibre, mais encore sa vraie liberté ; l'esprit est dans un étai d'harmonie ; "il est le maître de ses décisions et de ses actions ; en présence des impulsions diverses et parfois contraires qui le sollicitent sansl'entraîner irrésistiblement, il est capable d'en opérer la synthèse dans le sens qui lui convient. Conscient de soi et de ses puissances, c'està-dire des mobiles et des motifs qui forment comme la trame de son individualité, il les compose et les combine , d'une manière sinon libre, du moins autonome et orig^inale. Sa résolution est alors véritablement son œuvre ; elle porte la marque de son génie, dont elle exprime l'unité. Mais il arrive que lesprit s'accoutume à évoquer certaines représentations, surtout lorsqu'elles sont agréables ; bientôt il ne peut plus avoir d'auti-es pensées ; la considération fréquente, répétée ou continuelle des mêmes idées

irréductibles et primitifs — avec la disposition d'esprit très complexe qui nous porte à souhaiter et à rechercher les élog-es et la faveur d'autrui et qui constitue, comme nous le verrons, une bonne partie du sentiment de l'honneur. C'est peut-être à la formule de Jul°s Simon que répond cette phrase humoristique de Nestor Roqueplan, l'auteur de la Vie parisienne, dans un chapitre de ce livre où il critique les diverses définitions de l'honneur : « A toutes ces définitions, il en est une que l'on doit préférer, la voici : — l'honneur est un instinct. Elle est la meilleure parce qu'elle ne dit rien. <> {la Vie parisienne . Regain. Ch. XII, Le Point d'honneur p. u6 Michel Lévy frères Paris 1869.

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ou des mêmes images engendre une habitude, qui elle même produit le retour automntirjue de celles-ci ; Tâme n'est plus alors occupée d'autre chose et, si ces représentations sont en même temps, comme il arrive le plussouventi des impulsions motrices, elles se traduisent, pour ainsi dire d'elles-mêmes, par des actes qu'il est très difficile et même impossible d'arrêter tellement le mécanisme de leur production est rigoureux. Cet état de monoïdéisme est désigné le plus souvent sous le nom d'idée fixe ; mais comme il n'est pas simplement intellectuel, qu'il enveloppe des éléments affectifs et qu'il implique un déploiement d'activité, il serait peut-être plus exact d'y voir une forme fruste de la passion. Là, en effet, l'individu est véritablement passif, puisqu'il est occupé tout entier par des représentations généralement pauvres, peu nombreuses et peu variées, mais persistantes et obsédantes, et qu'il est, sans qu'il s'en doute et sans qu'il puisse résister aux impulsions qui en émanent, entraîné fatalement à réaliser l'image qui s'est imposée à lui.

C'est ce qui arrive au sentiment de l'honneur dans les intelligences peu cultivées ou rétrécies. Des lectures.se^ rapportant toutes au même sujet, des enseignements verbaux ou des exemples tous de même nature, des mœurs ou des coutumes qui, dans certains milieux, exaltent tels actes comme honorables et en présentent d'autres comme, déshonorants, peuvent produiredansdes esprits prédisposés une véritable passion de l'honneur qui, à cause de sa pauvreté et de sa ferveur, se traduit par un fanatisme parfois magnifique dans son expression, souvent implacable et criminel, toujours aveugle et dangereux. Telle est par exemple l'attitude de ces vieuxserviteurs d'autrefois qui, habitués dès l'enfance par l'éducation et la tradition à placer tout

leur honneur dans l'accomplissement rigoureux des ordres donnés par leurs maîtres et dans Tabdication complète de leur personnalité, n'ont été pendant leur vie que des machines dévouées jus:ju'au crime à ceux qu'elles servaient, des malfaiteurs sans le vouloir et sans le savoir, des fanatiques de l'honneur servile. Tel est encore le soldat des anciennes armées, dont le point d'honneur consistait dans l'obéissance passive : il se sacrifiait à l'occasion, sans lutte intérieure, sans discussion intime, sans hésitations, on pourrait presque dire sans conscience, 5 l'idéal d'honneur qui régnait seul dans son intelligence restreinte. A Tilsitt, l'empereur de Russie Alexandre I'"" appelle, dit-on, un de ses grenadiers et lui ordonne de se précipiter dans un gouffre doù il ne sortira pas vivant : Le soldat, l'arme au bras, crie :« Vive l'Erapereui- », obéit et meurt. C'est un héros et un martyr de la passion de l'honneur.

Les âmes simples ne sont pas les seules âmes passionnées. La passion en effet peut revêtir une forme plus intéressante que celle que noiis venons de décrire. Elle peut se révéler plus riche et plus féconde. C'est cet aspect que se plaisent à étudier et à décrire les romanciers et les auteurs dramatiques : Stendhal l'a analysé et l'a ingénieusement caractérisé en l'appelant une « cristallisation « (1). Ici l'objet (le notre sentiment ne se trouve plus seul dans le champ de noire conscience, comme cela a lieu dans l'état de monoidéïsme dont nous parlions tout à l'heure ; il est

(i) Sur la « Cristallisation > voir de Stendhal, de l'Amour ; (Paris, Michel Lévy i856;, à partir de la "page 5. Stendhal, (fui admettait qu'il y a une « cristallisation » de la haine comme une <t cristallisation » de l'amour, aurait reconnu sans difficulté une « cristallisation » del'honneur, dont le point d'honnçur serait le produit le plus délicat.

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devenu le centre d'une vaste et puissante synthèse d'états psychologiques conscients ou inconscients, d'émotions, de représentations, d'idées, de désirs et de volitions. Par l'agrément que nous procure 'ce qui a déterminé notre inclination, ou par le charme que nous imaginons en lui, il nous intéresse à un si haut point que nous rattachons à son image toutes nos actions, toutes nos pensées, tous les états de notre vieaflective et intellectuelle ; et bientôt nous ne pouvons éprouver une joie ou une douleur, avoir une perception ou un souvenir, former un projet, évoquer l'avenir sans qu'à chaciui de ces moments apparaisse aussitôt l'objet de notre prédilection et qu'ainsi notre vie psychologique tout entière, comme colorée de sa présence, reçoive de lui toute sa signification et toute sa valeur. Il agit en nous comme un centre d'nttraclion autour duquel évoluent d'abord seulement quelques états secondaires, mais gravitera bientôt toute notre existence : celle-ci, désormais désorbitée, ne présentera plus l'unité harmonique qui caractérise le moi dans son état normal d'équilibre et de santé. Et c'est ainsi qu'un sentiment, parfois insignifiant au début, grandit démesurément, s'accroît jusqu'à se confondre avec notre personnalité qu'il absorbe, domine et transfigure, et devient rapidement une passion tyrannique et redoutable; alors nous ne sommes plus nous: nous sommes la passion qui va, qui vit pour soi, qui ne connaît que soi, qui se nourrit de soi-même, qui s'assimile avec une habileté prestigieuse tout ce qui n'est pas elle même, qui met à son service ce qui d'abord lui résistait, qui utilise les obstacles, incapable d'ailleurs de se juger parce que les {.oints de comparaison lui manquent, capable seulement de se justifier par les raisonnements les plus spécieux et les sophismes les plus subtils.

Nous nous sommes attardé à décrire la naissance et les progrès de ce genre de passion parce qu'il nous a semblé que c'est sous cet aspect que se montre le plus souvent la passion de l'honneur, surtoîit dans les âmes d'élite. Tous ceux qui, dans des œuvres littéraires, dans le roman ou au théâtre, ont étudié l'influence de l'honneursurla vie psycho logique de l'homme ont observé et ont décrit cet envahissement progressif, cette transformation ou cette déformation plus ou moins rapide de l'âme dont toutes les puissances tendent à réaliser un idéal d'honneur et dont toutes les pensées, toutes les émotions et toutes les décisions sont rapportées à cet objet. Il arrive même, lorsque cette passion a atteint son paroxysme et règne seule dans l'être moral conquis et dominé, que celui-ci cesse de pensera lui-même, de vivre pour soi et que, dans un oubli de son individualité, dans une sorte d'étrange distraction, ou, comme on l'a dit, de « vertige mental », il va dans son dévouement absolu à son idole, jusqu'au sacrifice total, c'est-à-dire au suicide. Le suicide par point d'honneur est, nous le voyons, aussi fréquent et aussi explicable chez les intelligences les plus riches que chez les esprits les plus limités et les plus pauvres.

Certes, il est malaisé de rencontrer dans le théâtre ou dans le roman le type parfait d'une passion exaltée jusqu'à cet état extrême et complètement substituée à la personnalité normale. On ne saurait guère trouver par exemple un personnage, qui serait , comme l'on dit, 1' u honneur incarné », dont toutes les manières de penser, de sentir et d'agir exprimeraient l'idéal de l'honneur, sans hésitations ni obscurité. C'est qu'un tel héros ne serait pas intéressant ; l'œuvre littéraire, l'œuvre d'art en général, veulent être poignantes ; or, notre imagination ne peut prendre parti et

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