L HONNEUR ET LE DEVOIR
milieu dans lequel nous vivons. L'honneur se révèle aussi, pour les mêmes raisons, comme le vestige d'une morale surannée et traditionnelle ; il est le devoir tel que l'entendaient nos pères (1) et, à ce titre, il doit encore beaucoup à la société, puisqu'il marque la solidarité des générations qui se succèdent et la transmission du fonds social.
L'honneur professionnel, l'esprit de corps, qui tantôt renforce et tantôt contrarie le sentiment de nos devoirs généraux, rend plus manifeste encore le caractère social de l'honneur.
Et le point d'honneur sous toutes ses formes et dans toutes ses aberrations, même les plus démodées et les plus choquantes, permet de discerner, chez celui qui en a le culte, la survivance du sentiment moral ; mais ce sentiment est obscurci et rétréci par les préjugés de caste, de milieu ou d'éducation, par l'influence de l'imitation et celle des sanctions de l'opinion, c'est-à-dire par l'interposition, entre l'idéal du bien et l'individu, dune sorte d'écran constitué par les idées spéciales, les coutumes ou les intérêts d'un groupement social particulier.
L'honneur peut donc être considéré, suivan^ le mot de Renouvier, comme un obscurcissement de la morale pure, ou comme le résultat « des accommodements réclamés par les mœurs ou par les nécessités mêmes de la vie , selon les relations sociales établies pour chaque ordre de personnes (2 ) » .
Et c'est parce que l'honneur a une origine et une raison
(1) cf. G. Tarde, Les lois sociales, 4' éd. IgOo : pp. 54-5-5, 68, 86. (a) Resocvikr et Pb.\t. [op. cit. pp. ioi-SOa;.
Cf. E. WoRMS. (op. cit., p. 295). « L'honneur est une toile tissée à la fois par la rie pratique, la philosophie et le droit ».
130 l'honneur et le devoir
d'être sociales, qu'il a, comme il est facile de l'observer, beaucoup plus de prise que le devoir sur la plupart des individus. C'est de là que vient Tefficacité moralisatrice de l'honneur. Entre les hommes eu général, mais surtout entre les membres dune même société, il s'établit des règlements, des coutumes valables pour les diverses circonstances, des consignes ou des mots d'ordre et nul ne s'en écarte ou ne les oublie sans encourir le mépris des autres et sans s'exposer à être moralement exclu du groupe dont il fait partie. Ces principes, que l'on est ainsi tenu de suivre, ne se justifient pas rationnellement, comme ceux de la loi morale, ou plutôt, s'ils sont justifiables, l'individu n'a pas à se le demander, il n'a qu'à s'y soumettre ; il doit « faire ce que feraient ses pairs dans un cas pareil » et il est satisfait de lui-même quand il suppose que ses pairs auraient agi comme lui, s'ils s'étaient trouvés à sa place et par suite qu'ils l'approuveraient.
C'est donc dans la nature sociale de l'honneur que réside à la fois sa force singulière et son insuffisance théorique et pratique. Là aussi se trouve la différence fondamentale qui sépare la morale de l'honneur de celle du devoir.
Définition de l'Honnkur
Nous n'avons pas eu de peine à mettre en lumière le caractère variable de l'honneur et la multiplicité des formes qu'il revêt. Cette constatation, faite si souvent parles moralistes, aurait pu nous conduire à des conclusions très différentes de celles que nous en avons tirées. En raison de son instabilité, Ihonneur apparaît à certains (1) comme une sorte d'institution arbitraire, issue du caprice ou de la fantaisie, sans fondement et sans valeur morale. Telle nous a paru être la thèse de M. Sudermann, qui traîte de pure chimère et de fantôme la conception traditionnelle de l'honneur. Telle était encore la pensée de Jules Simon, lorsqu'il écrivait : « L/honneur n'est, au fond, que l'opinion régnante, c'est-à-dire rien
(1) Par exemple, Jules Simon, (7.p Devoir, 14« édition, Paris, Hachette 1886, p. 152) : « L'honneur des Romains ne les obligeait pas à se battre en duel ; l'honneur des sauvages de l'Amérique les oblige à scalper beaucoup d'ennemis ; l'honneur dilïère pour les hommes et pour les femmes, pour les Français et pour les Espagnols, pour les riches et pour les prolétaires. Il y a 1 honneur des négociants, celui des soldats, celui des médecins. Les nobles avaient un certain honneur qui ji'était pas celui des roturiers. On peut changer dlionneur plusieurs fois dans sa vie, comme on change
d'habitudes et de costume Mais ne confondons-nous pas ici le faux point
d'honneur avec l'honneur même ? Non ; nous ne faisons que restituer à l'honneur son vrai caractère, qui est d'être variable ».
132 DÉFINITION DE l'hONNEUR
de respectable (1) ». D'autres ont préféré chercher Torigine psychologique de ce principe si impérieux et l'explication de sa puissance, souvent supérieure à celle du devoir, dans l'inclination égoïste. Il leur a semblé que seules les variations de l'intérêt individuel , ondoyant et divers comme les circonstances dans lesquelles il se manifeste, pouvaient rendre compte des transformations de l'honneur. Nous n'avons accepté ni l'une ni l'autre de ces conceptions. La première nous a paru négliger ce qu'il y a dans l'honneur de constant, de sérieux et de respectable, tout ce qui nous empêche de le considérer comme une simple mode : sa parenté avec le devoir, c'est-à-dire avec ce qui est pour nous la chose la plus immuable, se montre manifestement. D'autre part, nous croyons avoir suffisamment insisté sur l'opposition entre l'honneur et l'égoisme pour pouvoir refuser de confondre le sentiment qui nous porte à nous aimer et à nous conserver avec celui qui nous conduit si souvent au dévouement et au sacrifice.
Et, pour reprendre les principaux résultats de nos précédentes analyses, nous avons vu dans l'honneur, d'une part l'exaltation de l'individuvers un idéaLqiii lui^apparaît comme un bien inestimable et incomparable, et d'autre part l'obéissance de tout homme à un ensemble de règles sociales qui se présentent à lui avec la puissance absolue de l'impératif moral. Nous avons opposé le sentiment
(1) Jules Simon [Ibid.]. Ce philosophe ajoute, il est vrai, quelques lignes plus loin (p. 153) : « malgré ses dangers, cest encore un bienfaitcle la Providence de l'avoir placé dans nos cœurs. » Paul Janet dit de même : « Il nous fait sacrifier des devoirs très graves aune idée fausse et exagérée de notre propre grandeur. L'honneur est donc un principe moral insuffisant et très imcomplet ».
DÉFINITION DE l'iIONNEUR 133
de rhonneiir à toutes nos autres tendances, qu'elles aient pour objet la personne d'autrui ou la nôtre ; ces inclinations peuvent assurément le renforcer et contribuer à Tenrichir ; mais elles ne le constituent pas ; et nous avons enfin dislingué ce bien, que Ton appelle l'honneur, de toutes les autres possessions ou des avantai^es réels que nous pouvons désirer et que les lois positives nous garantissent comme sauvegarde et complément nécessaire de notre individualité physique et morale.
C'est pourquoi, les devoirs envers la dignité humaine étant absolus et plus étendus que l'honneur, et l'amourpropre, au contraire, se montrant beaucoup plus relatif que lui et plus particulier, nous avons admis que la définition de l'honneur devait être cherchée à égale distance de ces deux extrêmes, dans une région intermédiaire entre la personne, objet de l'égoïsme, et l'humanité fin du devoir, c'est-à-dire dans le fait du groupement social. Llhgnneur consiste bien, en un sens, dans le respect ou l'estime de sojj mais le « raors dont il s'agit ici ne saurait être ni le <<jnoij>individueI trop étroit, ni le « moi » humain trop universel : c'est Ie^^« moi » social. L'honneur est donc attaché au rôle que nous jouons dans la société en général <ju dans les diflcrents cercles dont nous faisons partie : il .est déterminé par la manière dont nous y accomplissons notre tâche, au jugement de ceux qui avec nous constituent ces associations.
Cependant quelques précisions sont ici nécessaires. Nous ne croyons pas qu'il soit tout à fait exact de dire que l'honneur n'est que « l'estime de nos pairs » (1). En effet,
(1) Entre autres, M. P. F. Pégaut, {Eléments de philosophie morale, Paris, Garnier, igoS, ch. XI, p. 122), définit ainsi l'honneur.
134 DÉFINITION DE l'hONNEUR
nous ne nous demandons pas, pour décider si notre conduite est celle d'un homme d'honneur, ce que nos égaux pensent de nous, pas plus que, pour savoir si telle personne est honorable, nous ne recherchons si « dans son monde » elle est estimée en fait. Mais nous nous posons cette question : étant donnée notre attitude, ou la sienne, dans la société en général ou, plus particulièrement, dans les groupements sociaux dont nous faisons partie, les autres membres de ces collectivités ont-ils des raisons suffisantes pour neus approuver, peuvent-ils légitimement nous estimer? Nous cherchons donc à déterminer non pas comment ils apprécient la manière dont nous accomplissons nos fonctions et notre rôle social, mais comment ils devraient l'apprécier. Et c'est pourquoi notre honneur est d'autant plus respectable et moralement élevé que nous choisissons comme juge, en réalité ou imaginativement, un groupe qui nous est socialement 3up(''rieur ; or il en est presque toujours ainsi ; car, nous Tavons déjà indiqué, les conceptions de l'honneur et ses règles prennent toujours naissance dans les classes sociales les plus en vue et les plus estimées et se transmettent, par imitation et par diffusion, aux masses inférieures, sur lesquelles elles agissent à la façon d'un idéal qui stimule et attire.
Ce caractère idéal de l'honneur subsiste à travers toutes ses transformations ; et c'est pourquoi un homme peut être, en fait, estimé dans son groupe et se considérer cependant — à tort ou à raison — comme peu honorable ou même comme déshonoré. C'est que, pense-t-il, les autres ne connaissent qu'imparfaitement ses actions ; ou bien il considère ceux qui l'entourent comme des arbitres insuffisamment clairvoyants, ou compétents, ou sévères, quand il s'agit de comprendre la nature et les exigences de ses
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fonctions et de juger la manière dont il les remplit ; ou bien encore, il suppose que l'appréciation bienveillante du public se changerait en inditTérence ou en mépris, si, pénétrant dans le fond intime de sa conscience,- on y apercevait clairement ses secrètes pensées et les mobiles de ses actes et si, leur vraie signification étant connue, on en découvrait le caractère égoïste, c'est-à-dire contraire à la fonction sociale telle que l'individu devrai! Texercer.
L'honneur ainsi défini a une double nature : il est objectif et subjectif à la fois ; il est objectif, puisqu'il se fonde sur la considération des rapports qui existent entre l'individu et une réalité qui lui est extérieure, qui s'impose à lui comme aux autres, à savoir: la société; mais il est aussi subjectif, parce que l'appréciation de ce rapport, de ce qu'il doit être, appartient, en dernier ressort, à la conscience morale. On peut dire encore qu'il est tout ensemble réel et idéal : réel, puisqu'il est elTectivement et limitativement défini par les contrats propres à chaque groupement et par les traditions qui en assurent la permanence ; idéal, puisque l'individu choisit, en quelque mesure, la société, restreinte ou étendue, à laquelle il adhère et la discipline qu'il accepte; puisque la règle de sa fonction, dont l'observation lui conférera l'honneur, n'est pas seulement pour lui telle que les autres l'ont édictée, mois surtout telle qu'il veut la concevoir et puisque enfin, pour déclarer qu'il a satisfait à l'honneur, il ne se contente pas de l'approbation, exprimée ou sous-entendue, du collège de ses pairs, il évoque le verdict idéal d'un jury imaginaire dont les membres seraient assurément ses égaux, mais des égaux éminemment éclairés, souverainement équitables, rigoureux et infaillibles.
Ce tribunal n'est pas, comme on serait tenté de le croire,
l36 DÉFINITION DE l'hONNEUR
celui de la conscience morale. Il lui ressemble assurément dans la forme ; car la sentence de la conscience est celle que porterait sur nos actes ou nos pensées l'ensemble de tous les hommes, décidant en parlaile connaissance de cause, sans passions et sans préjugés, dans la plénitude de leur raison ; mais, en ce qui concerne le fond du débat, les difï'érences sont assez caractéristiques. Le sens moral évoque devant lui toutes nos actions et toutes nos intentions ; aucune ne Ifti échappe et il les considère à un point de vue universel et absolu, abstraction faite du lieu et du temps ; la conscience de l'honneur s'astreint au contraire à ne connaître que des décisions que nous prenons ou des démarches que nous faisons, en raison du rôle naturel ou social que nous tenons dans la collectivité. Etc'est pourquoi les hommes ont la conception d'un devoir universel , commun à tous, oblii^atoire pour tous, tandis qu'ils différent et se contredisent quand il s'agit de l'honneur. C'est l'égalité des personnes morales, en tant que telles, qui fait l'unité théorique du devoir ; c'est l'inégalité des fonctions et des situations qui fait les variations de l'honneur. A côté de l'idéal moral, il existe donc un idéal social, particulier à chaque groupement et commun à tous les membres qui le constituent ; cet idéal c'est l'honneur. '
Aucune formule ne nous semble avoir mieux exprimé la nature si complexe et si spéciale de l'honneur que celles de Montesquieu : « l'honneur, c'est-à-dire le préjugé de chaque personne et de chaque condition (1) », « c'est le caractère de chaque profession » (2).
(1) Montesquieu, Esprit des Lois, L. III, ch. VI.
(2) Montesquieu, Lettres Persanes, lettre 9i.
On a pu trouver celle définition obscure, on désirerait en rencontrer dans les nombreux chapitres de VEsprit des Lois le développement ou l'explication. Il nous semble cependant que Montesquieu a bien résumé en ces quelques mois le caractère social du principe de l'honneur. Il y voit le ressort de la monarchie idéale ; car, si elle est bien réglée, tout le monde obéissant à l'honneur et occupant bien sa place, « tout le monde y est bon citoyen ». C'est rhonneur qui contraint chacun à remplir scrupuleusement les obligations de sa charge. Et, lorsqu'il a satisfait aux devoirs de sa fonction, conformément à l'idéal qu'il s'en est fait, au « préjugé » qu'a forgé son imagination, d'après la tradition, l'éducation ou de toute autre manière, alors l'homme d'honneur lire de son honneur même le droit de résister au prince, si les ordres de celui-ci étaient déshonorants pour l'un ou pour l'autre (1). Sa désobéissance, sa rébellion, s'il le faut, sont une sorte de protestation co.itre la violation de la solidarité sociale et du pacte collectif en vertu duquel, depuis le roi jusqu'au dernier des soldats ou des paysans, chacun a des engagements qu'il doit tenir et une règle qu'il doit observer. D'après Montesquieu, la puissance de ce sentiment est si grande qu'elle permet au gentilhomme et au magistrat d'abandonner toute ambition, de renoncer au rang qu'il occupe, à la charge dont il est revêtu, à l'opinion, au monde et qu'elle lui donne la force de se retirer fièrement dans une sorte d'exil volontaire (2). L'honneur nous dirige sans cesse et nous indique notre place dans la hiérarchie publique et dans l'Etat. Il implique
(1) Montesquieu, Esprit des Lois, L. III, ch. X.
(2) Montesquieu, Lettres Persanes, lettre 89.
138 DÉFINITION DE l'hONNEUR
surtout que « lorsque nous avons été placés une fois dans un rang, nous ne devons rien laire ni souflVir qui fasse voir que nous nous tenons inféiieurs à ce rani»- même ». Et, lorsque Montesquieu ajoute : « ce que défend l'honneur est encore plus défendu quand les lois ne le défendent pus; ce qu'il prescrit est encore plus exigé quand les lois ne l'exigent pas » (1), il distingue, certes, les commandements de l'honneur des lois positives, mais ce n'est pas pour en contester le caractère social, c'est pour en faire ressortir la nature idéale el la haute valeur. De même que nousmettons rhonneuji au-dessus des lois , de même nous le jugeons de beaucoup préférable à la vie, c'est qu'il n'y a « rien ordinairement de plus triste pour les hommes que de survivre à la perte de leur caractère » (2), c'est-à-dire de leur raison d'être parmi leurs semblables et dans leur communion. Telle est la signification essentiellement et exclusivement sociale de ce « préjugé ».
Nous soulignons celte expression de « préjugé ». Elle marcjue bien, en effet, que les maximes de l'honneur sont faites à l'avance et, (ju'une fois acceptées par l'individu, elles s'imposent à lui aveuglément, sans qu'il puisse désormais rien y changer; elles deviennent partie intégrante de sa constitution mentale, si bien (pi'il s'y conforme automatiquement, sans hésitation ni réflexion.
Nous retrouvons l'essentiel de celte théorie chez le moraliste allemand Almendingen, à qui nous allons donner la parole : « Quiconque, dit ce publiciste, conteste à son
(1) Montesquieu, Esprit des Lois, L. IV, ch. II.
(2) Ibid. 1. XXVIII, ch. XXIV. Voir aussi : 1. III, ch. VII, VUl, X, XI ; 1. V. ch. XV 111, XIX. Dans tous ces passages, le rôle social de l'honneur est toujours mis en évidence.
DÉFINITION DE l'iIONNEUR 139
concitoyen la qualité que celui-ci doit avoir suivant un Jugement sanctionné par l'Etat, se rend coupable d'une ofïense à l'honneur. D'après l'avis sanctionné de l'Etal, le courage doit être la qualité acquise du gu(îrrier, comme l'intégrité et la connaissance du droit doivent être les attributs que s'est appropriés le magistrat, (tomme le titre et le rang doivent être les marques prééminentes de la noblesse et comme la pureté exceptionnelle des mœurs et des doctrines doit caractériser avant tout rhomm3 voué au sacerdoce. En contestant le courage du soldai et de l'officier, en incriminant l'incorruptibilité et la science juridique du magistrat, en refusant de parti-pris au noble son litre et son rang, eu exprimant des doutes sur la chasteté et l'orthodoxie des ministres du culte, on encourt le grief d'attentat à l'honneur. Par contre, ce n'est pas otTenser le prêtre que de suspecter sa bravoure dans im duel, ni oHenser l'officier que de n'avoir pas exalté sa pudicilé ni sa foi inébranlable dans rinfaillibité d'Athanase. Car l'Etat n'a pas sanctionné de jugement public sur la vaillance personnelle du maitre ou sur la rectitude d'esprit du défenseur armé de la patrie » (1). Remplaçons le mot « Etal», qui nous semble ici trop précis, par le terme plus vague de société et étendons le sens des expressions « jugement public », « jugement sanctionné par l'Etat », en leur substituant celles d'opinion publique, convention politique ou pacte social, (it nous pourrons pleinement souscrire à cette thèse. Si elle a pu paraître « bizarre » à quelques uns, c'est peut-être parce qu'on ne l'a pas bien comprise ou qu'on l'a un peu trop entendue au pied de la lettre. On fait remarquer que l'accu-
1 1) Almendingbn, cité par M. Emile Worjis, (op. cit., p. 165-I68).
140 DÉFINITION DE l'hONNEUR
sation de couardise atteint tout le monde, un journaliste comme un officier, que le reproche de mener une vie licencieuse déshonore un père de famille , aussi bien qu'un prêtre (1): On pourrait discuter les exemples ainsi produits, en contester le sens, la valeur et la portée ; mais, même si nous K'S acceptons, nous répondrons à ces objections que rénumération d'Almending^en n'est nullement limitative, que la bravoure se conçoit très bien comme faisant partie du caractère professionnel et reconnu du journaliste, que la régularité dans la conduite est certainement l'une des qualités « constitutives » du père de famille : il n'est donc pas extraordinaire que l'honneur s'y soil attaché. Il nous sera permis d'ajouter que l'imitation, considérée comme une sorte de contamination des groupements humains les uns par les autres, joue ici, comme dans tous les phénomènes psychologiques, moraux et sociaux, un rôle considérable et même prépondérant : car chaque classe choisit, à côté ou surtout au-dessus d'elle, un modèle qu'elle s'efforce de reproduire et d'égaler. S'il est vrai que le bourgeois imite le gentilhomme, le journaliste peut chercher à ressembler à l'officier parce que celui-ci occupe une situation « en vue »,et le père de famille scrupuleux-, élevé dans le respect des ministres de la religion, tend à se donner leurs vertus spéciales dans la mesure compatible avec sa situation particulière et avec les circonstances. Si bien que les difficultés que paraissaii soulever la thèse d'Almendingen, loin de la réfuter, nous ont paru faciles à résoudre et notre discussion nous a permis de mettre en lumière, par de nouveaux argu-
(i) Ce sont les objecUons sommairemeat indiquées par M. Emile Worms, (Ibid. p. I68-1G9).
DEFINITION DE l'hONNEUR 141
meuls, rinfluence el l'importance des sentiments colleclifs et (le l'opinion sur la naissance et le développement de l'honneur.
Lorsque je dis : l'bonneur me conimande. .LeLl-acLc^.cela sii>-nilie : ma situation dans la hi(Marchic^ociaiej ma place au milie.g des-jiutres hommes, exi^e cet acte, Tcxistcnce de la société plus^u moins étendue à laquelle j'aj adliéré serait compromise, si je me conduisais autr^ntent.
Bien plus, il importe que nous fassions ostensiblement ce que prescrit notre fonction. DansJ^exerciee de ce devoir spécial^j]JjiuX non seulement être sans reproche, mais encoreJejDaraitre. Un magistrat n'a pas satisfait à l'honneur s'il est irréprochable à ses propres yeux, l'honneur exige qu'il le paraisse à tous, en même temps qu'il l'est; car le pouvoir judiciaire doit inspirer la confiance aux justiciables plus encore par l'apparence extérieure de l'équité que par la rectitude intrinsèque des arrêts ; là est la raison d'être sociale du jug"e : là doit résider tout son honneur. Lhonneurjdu soldat lui prescrit de se montrer brave autant que de l'être en fait; car c'est l'apparence du courage qui, en rassurant la nation, justifie l'inslilution militaire. Un homme délicat et conscient de son rôle social n<i supportera donc jamais que ^on honneur soit effleuré d'un doute. Il fera pour cela, s'il le faut, le sacrifice de ses droits les plus certains et « il payera deux fois, s'il sent qu'on pourrait le soupçonner de n'avoir pas payé du tout (1) ». En somme, l'apparence est un-î nécessité dans les sociétés humaines : il n'est donc pas étonnant (|ue l'honneur consiste surtout à paraître ; aussi, lorsipi'on lui re^iroche, comme un indice de
(1) Cl. p. F. PÉCAUT : Entretiens de morale personnelle, p. 208.
142 DÉFINITION DE LHONNEUR
futilité et un signe de petitesse, le souci du « qu'en dirat-on ? » ce respect humain, dont parlent avec mépris les théologiens , on méconnaît sa véritable nature. On le compare au devoir, sans remarquer combien il en diffère, tant dans son principe que dans ses applications et on oublie que, si la conscience individuelle est quE^lifiée pour connaître ce qui est, la société ne peut apprécier que ce qui paraît et est seule capable d'en juger (1).
Si nous faisons attention au véritable fondement de l'honneur et si nous reconnaissons qu'il repose sur le lien social, nous en comprenons toutes les particularités ; nous voyons que l'homme d'honneur, c'est celui qui fait tout ce qu'il convient pour bien remplir sa charge et bien occuper sa place, et qu'au contraire, un homme est déshonoré quand il est disqualifié sur un point qui louche à sa fonction ; et c'est pourquoi, en changeant de milieu ou de profession, il peut, non pas reconquérir Ihonneur qu'il avait perdu, mais acquérir un nouvel honneur. Un homme qui s'est avili par des indélicatesses ou des folies de jeunesse s'engage : il retrouve l'honneur sur le champ de bataille. Par là, nous expliquons enfin ce fait, qui nous avait semblé si étrange, d'un honneur que peut nous ravir
(1) Voir, par exemple, Une Vengeance, nouvellede M"' la C.'^' de Pardo- Bazan (IV). Ud jeune ùomme, dans l'intenlion de déshonorer à la fois une honnête femme et son mari, au cours d'une soirée momlaine, fait, sans qu'elle s'en doute, le geste dedéposprun baisersur son épaule nue. « Le geste bien calculé pour qu'il parût ce qu'il n'était pas avait suffi ; une tache indélébile devait rester sur l'épaule de D* Anna... Cent trahisons secrètes de son épouse n'auraient pas terni Ihonneur du mari ; mais son déshonneur était plus Uagranl à cause du mouvement naturel et très innocent de la jeune femme. Onl'avait vuet personne ne pouvait empêcher maintenant que... l'opprobre n'en retombât sur leurs deux fronts»
DÉFLNITION DE l'hONNEUR 143
la faute d'un autre, sans que notre responsabilité soit le moins du monde engagée. En réalité, nous perdons notre honneur sans avoir rien abandonné de notre valeur morale et de notre dignité personnelle toutes les fois qu'un concours de circonstances, accidentelles ou préméditées, nous met dans l'impossibilité de remplir, comme il le faut, les fonctions sociales qui nous incombent; ainsi, dès qu'un individu n'inspire plus de confiance, parce que l'un de ses parents ou de ses amis a commis un acte délictueux, il est déshonoré en fait ; un père dont le fils est devenu criminel est déshonoré, parce que l'on présume, à tort ou à raison, qu'il a été incapable d'exercer l'autorité paternelle et de remplir son rôle d'éducateur ferme et éclairé; un mari trompé semble, de même, à l'opinion publique déchu de l'autorité que lui confèrent la nature, les lois et les mœurs : il n'est plus à sa place dans la société où il vit ; c'est ce qu'exprime le déshonneur attaché à sa situation. Une prolession, un corps politique tout entier, s'estiment déshonorés par l'indignité d'un seul de leurs membres, si elle est publique ; c'est que ces groupements sentent bien que celle divulgation leur rendra plus dilticile et parfois même impossible l'accomplissement de leur mission et compromettra leur existence même, l'opinion ayant une tendance irraisonnée à passer immédiatement du particulier au général , puis du général au particulier et , estimant d'ailleurs , non sans apparence de raison , qu'il y a quelque chose de défectueux dans une association dont la discipline n'a pas su retenir ses membres dans la stricle observation de leurs devoirs. Aussi , parmi les fautes , les plus déshonorantes sont celles qui doivent retenir l'attention des groupements dont nous faisons partie, parce qu'elles portent atteinte à leur développement, à leur
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intégrité ou à leur existence. Si bien qu'il y a des ridicules qui déshonorent un homme, parce qu'ils le montrent maladroit, rnal adapté à sa fonction, incapable de remplir son rôle social. C'est pour cela qu" w on rougit d'être infirme, on roug-it d'être gauche, d'être faible, on a honte d'être disgracieux, d'être malpropre ou mal vêtu » (1) ; on sent que Ion détonne dans Tljarmonie de la société.
Ainsi tout sentiment prend la teinte particulière de l'honneur quand il agit en nous, non directement en vertu de sa valeur morale, mais indirectement par le fait de l'opinion que l'on a de nou«:. ou que Ton devrait avoir : l'honneur peut être regardé, eu ce sens, comme l'expression de notre conscience sociale. Tout homme a, en effet, non seulement le sentiment de sa propre personnalité, mais aussi celui du groupe dont il fait partie, de la raison d'être de ce groupe dans l'enseujble social et de sa propre raison d'être dans le groupe : il a la notion, au moin? confuse, de la solidarité qui l'unit à ses pairs et à ses semblables ; c'est-à-dire qu'à côté de la conscience morale de l'individu, il y a en lui une conscience de ce qu'il est {^omme membre de la société : celle-ci même paraît s'être manifestée la première dans l'humanité ; dès le début de la civihsation humaine, l'homme s'est saisi comme être sociable, il a pensé la société et la nécessité qui est indispensable à son existence, avant de sentir la moralité et l'obligation qui en est le caractère ; aujourd'hui encore, toute conscience
(1) Jeudon, (op. cit, p. 2O4). Mais M. Jeudon, qui fait cette remarque très juste, ne paraît pas avoir vu que, s'il s'ajoute à de telles tares un idée de réprobation ou de déshonneur, c'est parce que, réellement ou en vertu de préjugés, elles nous empêchent d'occuper pleinement et dignement notre place dans la Société.
DÉFLNITION DE l'iIONiNEUR 145
irulividuelle est conditionnée par la conscience sociale ; alors môme que nous croyons être dégagés de tout préjugé, libérés de toute tradition, indépendants de l'opinion, nous portons dans notre constitution morale les maïques profondes du milieu où n@us vivons, de la civilisation à laquelle nous appartenons et des générations qui nous ont précédés ; nous CI oyons penser et agir par nous-mêmes, nos conceptions et nos actions nous sont dictées par nos contemporains et par nos ancêtres et cela explique comment, à un certain moment, les mêmes idées et les mêmes tendances se retrouvent dans l'esprit des hommes qui appartiennent au même groupe social et constituent sous forme d'honneur une sorte de fonds moral commun et spécial (1). Le souci de riionneur, qui traduit ainsi les obligations parfois si pénibles de la solidarité, nous en réserve aussi tous les avantages : si nous savons rester solidaires de ceux à qui nous sommes liés, si nous.veillons attentivement, en ce qui
(1) Cf. Léon DuGUiT, Un séminaire de Sociologie, {Revue internationale de 5odo/oofiV, l'" anni'C, n» 3, p. 207). L'honneur implique au fond une respon. sabilité colleclive. CeUe respon-;abililé toute morale, ou plutôt sociale,serait, d'après M. Sighelb. {Les foules criminelles), le dernier vestige d'une responsabilité malérielle collective, qui était, dans les anciennes civilisations, la seule forme de respons.ibililé. Même quand on savait qu'un erime avait été commis par un seul individu, il n'en répondait pas seul, mais avec lui sa famille, son clan, sa Iribu. Des états à demi-civilisés de l'ancien Orient infligeaitnt à la femme et aux enfants du comdanné la peine dont il était luimême frappé. L'individu était considéré comme une partie d'un tout et il paraissait aussi absunle de le punir seul, qu'il l'aurait été d'infliger un châtiment à un seul membre d'un homme. Jusqu'à l'aube du XIX« siècle en Europe, les familles des criminels politiques f tai(;nt exilées. Aujourd'hui il n'y a plus responsabilité pénale colleclive de ce genre, mais le déshonneur qui atteint les parents, les alliés du coupable ou les groupes sociaux dont il fait partie en est la conàéquence lointaine et qui va d'ailleurs en s'afTaiblissant.
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nous concerne, à ce que les traditions soient maintenues, si nous avons la constante préoccupation de voir l'org-anisme dont nous sommes les cellules remplir toujours régulièrement ses fonctions, si enfin nous avons soin que les apparences mêmes et les formalités les plus extérieures soient maintenues, pour le plus grand bien des parties et de l'ensemble, notre groupe social sera honoré et cet honneur rejaillira, en partie, sur le membre qui a soutenu sans défaillance son rôle et qui n'a pas été inférieur à sa mission ; on dit, en ce cas, que l'homme honore l'association et réciproquement l'association honore l'homme. Celte réciprocité, cet échange tPhonneur est la manifestation visible de la solidarité sociale, quelles que soient les limites dans lesquelles elle s'exerce. Dans un roman de M. Maurice Barrés, une jeune fille lorraine, d'origine française, Colette Baudoche, est sur le point de se fiancer à un professeur allemand immigré, dont elle a su gagner le cœur et l'esprit à la culture française. Mais, au moment de se décider, elle hésite longtemps, puis elle refuse. C'est qu'elle a entendu au plus profond d'elle-même la protestation de l'honneur et voici comment le romancier, en analysant ce cas, met en évidence la nature de ce sentiment considéré comme une sorte de religion sociale : « L'honneur, elle le sent plus qu'elle ne le connaît, mais elle en a un signe bien certain, l'estime des Dames de Metz... Ces modestes femmes reforment, sans le savoir, une espèce d'aristocratie... Elles remplissent une fonction publique, exercent une autorité morale et maintiennent l'ordre de sentiments sur lequel veut se régler toute véritable Messine... La pauvre Colette se sent le cœur gros de songer que les Dames de Metz pourraient ne pas saluer Madame Frédéric Asmus » (1).
(1) M. Barbes : Colette Baudoche, pp. 234-235,
C'est donc le sentiment d'une solidarité entre cette jeune fille et un cercle de personnes vénérables et estimées, gardienni^s d'un idéal et d'un patrimoine sacré d'espérances et de souvenirs, qui donne naissance à l'honneur auquel obéit Golelte Baudoche.
La preuve du caractère social de l'honneur et de la solidarilé dont il est le témoignag-e se trouve encore dans la procédure du duel. Les témoins se portent garants de l'honneur de chacun des deux adversaires ; ils ont pour mission de l'affirmer et de le maintenir intact et, si on 1^ mettait en doute, c'est eux que l'on offenserait, puisqu'ils considèrent comme leur appartenant l'honneur de celui qu'ils secondent ; mais, par voie de réciprocité, cet honneur de leur client est entre leurs mains, ils le considèrent comme leur chose, ils se substituent à celui qu'ils représentent au point de ne lui laisser ni décision, ni initiative et de ne lui permettre ni hésitation, ni rétractation. Et lorsqu'on s'écrie: « coutume absurde qui consiste à confier à la garde d'autrui un bien aussi personnel, aussi intime que l'honneur ))(l),on montre que l'on n'a pas une conception claire de ce dont on parle et qu'ici encore l'on confond l'honneur avec la dignité morale. Celle-ci, en effet, est intime et personnelle : l'honneur ne l'est pas ; il nous vient du groupe ou des groupes dont nous faisons partie et en dehors desquels il n'existe pas; et, si nous pouvons le remettre à des témoins, c'est qu'il appartient au cercle dans lequel nous vivons, dont les témoins sont des mandataires et dont l'estime est pour nous tellement précieuse que, pour la conserver, nous exposons notre vie, notre liberté,
(1) M°" la C"'" de Pardo-Bazan, (©p. cit. Vlj.
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notre situation, nous risquons la mort, la prison, Tamende, les châtiments de toute nature. Dès qu'un tableau discuté fait partie d'une collection rénutée, il s'impose à notre admiration et son authenticité est aussitôt consacrée ; de même, un aventurier recueilli dans un monde honorable apparaît immédiatement au-dessus de lout soupçon ; car il est devenu solidaire de tous ceux qui {entourent et leur honneur s'étend jusqu'à lui, leur honneur constitue son honneur.
Des remarques de tout ordre nous conduiraient au même résultat; par exemple, lorsque Prévost-Paradol (1) met en lumière l'affaiblissement de l'honneur au cours des révolutions trop fréquentes, qui mêlent les classes et en détruisent les traditions, il fait ressortir la nature sociale de l'honneur.
Aussi pouvons-nous dire qu'il n'ya qu'une seule prescription de l'honneur qui s'énoncerait ainsi : Agis toujours de manière à être et à paraître digne du rôle naturel ou social que tu remplisi, dans une collectivité à laquelle tu as consenti d'être agrégé et dont tu te sens solidaire. Il n'existe qu'une faute contre l'honneur, qui consiste à déchoir de l'idéal social, à être ou à paraître indigne de faire partie du groupement dont on a accepté la discipline et recherché le contrôle.
Dans le détail, comme le nombre des sociétés dont nous faisons partie, en raison de notre nature physique, de nos penchants, de nos goûts ou des circonstances, se trouve très considérable, le devoir d'honneur prend des formes très variées et qui peuvent même parfois paraître assez étranges ; les actions infamantes présentent aussi une
(8) Prévost-Paradol, La France Nouvelle, p. 330.
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extrême variété. Cependant quelques attitudes sont considérées presque toujours et partout comme déshonorantes et en les énumérant nous ferons apparaître le caractère nettement anti-social de ces manières d'être ou d'agir.
Le mensong-e, bien qu'il soit rarement puni parla loi est généralement tenu pour honteux ; car nulle société n'est possible entre les menteurs ; les hommes qui vivent associés prennent des engagements mutuels, font des promesses, passent des contrats ; pour que ce commerce matériel et moral ait lieu, il est indispensable qu'ils aient confiance les uns dans les autres ; or le mensonge tend à ébranler la confiance, pierre angulaire de toute association humaine. La probité commerciale, scientifique, artistique, la probité professionnelle, en un mot. comme la parole d'honneur dn chevaliev, ne sont que des formes spéciales de ce devoir social d'honneur.
La lâcheté, qui n'est pas non plus atteinte par les disfiosilions pénales, est aussi déshonorante : c'est qu'en effet le courage, sous la forme de valeur guerrière, était indispensable à l'existence des tribus primitives ; dans les .sociétés modernes soumises aux mêmes nécessités et à beaucoup d'autres, d'ordre surtout économique, il s'est en partie maintenu, en partie transformé en ardeur au travail, en exactitude scrupuleuse dans l'accomplissement de la tâche individuelle et même en héroïsme professionnel (1). L'oisiveté est aujourd'hui une lâcheté aussi dégradante que la couardise dans les civilisations militaires.
Enfin et surtout le suicide, qui est la forme suprême de la
(1) RiEHL, dans son livre sur Le Travail Allemand, dégage cette forme particulière et bien moderne de l'honneur, qu'il nomme « l'honneur du travail » (cité par LazaruSj op. cit., t. I. p. 143).