‹ L'honorable Conque, députéChapitre 24 sur 28 · VIVE · texte numérisé non relu

VIVE

Cette permission de minuit qu’ils avaient sollicitée et obt n’était-ce point surtout pour applaudir aux débuts sensali •des Zo-Z'o, duettistes mondains, que l'habile etsympathiqu presario de l’A Icazar de 4a Ghaum’ère venait d’engager à d’or, arrivant en droite ligue de Shint-Elienne, dont ils faisa* les délices?

Et les ZoiZ’-o n’avaient certes point déçu l’espoir des dilettnnU et au milieu d'un répertoire ( plus badin, leur chanson inlilol simplement France et Russie ? était allée aux nues, chanson transformations.. avec feu de hengale. et. à la fin, distributif dans la salle, de petits drapeaux français et russes, portant, d’t côté le nom glorieux des Zo-rZ’o, et de l’autre celui, égaleme notoire, d’un apéritif...

France et Russie! -chanson-marche :

Il ne faut pas s’y tromper, en effet. Tant que la Jrance an des cafés-concerts, il n’y aura pas à désespérer de ses senti! menU patriotiques.

Et le défaut sans doute de ce fin lettré qu’est $1. Jul Lemaître, pour assurer le triomphe du nationalisme don(| il s’est établi l’apôtre, c’est d’être incapable, lui l'auteur d Petites Orientales, — c’est de ne pas être fichu de faire du café! concert. J

Ah ! au lieu des Petites Orientales, s’il avait composé la ;Prrrr^ Orientale, romance!.

Jt

Donc, tout chauds encore des refrains enflammés des Zo-Z les permissionnaires revenaient au quartier, fredonnant :

Il a vu l'amiral Rouslati,

Ion, taine ,

Il a vu l'amiral Rouslan,

Ton, Ton!

Car c'est le propre des chansons de café-concert, d’ôtre infini* ment évocatrices en peu de mots, parfois même à l’aide deeini^ pies monosyllabes...

Il a vu l'amiral Rouslan,

Ton , taine.

Il awiTamiral Rouslan,

Ton, Ton!

Quand les joyeux permissionnaires sont arrivés à la grille du uartier, le sergent de garde a demandé leurs permissions.

— Permissionnaires ae minuit \

•-pondaient-ils avec la belle assurance d’une conscience calme.

Mais, à ce moment, l'horloge dn quartier tintait deux coups, eure russe.

— Permissionnaires de minuit*, a goguenardé le sergent de arde : et vous rentrez à deux heures du malin ! Aüez, «nés Jasirs, votre affaire est bonne!...

Et l'adjudant de quartier, qui avait flairé ÎWcrllente aubaine ne -des soldais s’y laisseraient prendre et pourraient être pillés. l'adjudant de quartier n'a jas tardés rappliquer, qui les a jus envoyés coucher à l’ours :

Port» la Patrie, pour t* Ta*» t

Nul n'est censé ignorer l'heure russe !

11 va sans dire que le colonel n’est pas seul à avoir donné cet xemple éclatant de ses sympathies pour le peuple russe, et de a Toi en l’alliance. ,

On a cherché en ville, <le professeur d’histoire et géographie ut spécialement chargé de cette recherche), on a cherché quelle itait la ville de Russie qui était, par rapport à Saint- Péters- >ourg, dans la situation présentautle plus d'analogies vaec la leur, ris-à-vis de Paris, ou à défaut, commençant par la mèm>. lettre.

Et alors le télégraphe a marché :

— Adresse du receveur de l'enregistrement, au receveur de "enregistrement ami el ali U..

— Adresse du percepteur des Contributions directes, au percepteur ami et allié,

— - Adresse du conducteur des Ponts et Chaussées, au condncleur des Ponts el Chaussées ami et allie

EU ainsi de tous les autres fonctionnaires civils.

Seulement, il faut reconnaître que, pour les militaires, la fâche se trouvait singulièrement facilitée : comme si . «,<n voulait vraiment, matériellement, prouver que cette alliance est avaut tout une alliance militaire.

Les militaires n’ont qu’à prendre le numéro correspondant à leur numéro de régira en t:

— Le colon eldu |&5* de ligne, au colonel du 85 e de ligne.

Et puis, s’il n’y avait pas rie 85* de ligne, un colonel est toujouri un colonel, et ça sepasaeratl toujours entre militaires...

Avec ces sacrées fonctions civiles, c'est infiniment plus compliqué.

Les receveurs d’enregistrement n’ont pas de numéro d'ordre.', Y a-t-il môme en Russiç, des receveurs d’enregistrement ?

Et s’il y en a, comment cela se dit-il en russe ?

Tout au moins faudrait-il connaître l’équivalent exact, et ne point risquer d’envoyer l’adresse des receveurs d’enregislre ment à des receveurs des postes ou à des receveurs buralistes Car si un colonel est toujours colonel, un receveur n’est pas toujours celui de l’earegisirement.

Et M. Coqque s’attriste de notre ignorance de la langue russe.

Comme, d’une façon générale, de notre ignorance de toutes les langues étrangères

Il se plaît à rappeler que, lorsqu’il était en Suisse, à son hôtel, le garçon qui le servait à table parlait trois langues.

— Il est certain que cela me serait plus utile que d’apprendre le latin ou le grec, intervient le jeune Conque : je te demande uo peu à quoi ça me servira?

Comme le jeune Conque est complètement nul en latin aussi bien qu’en grec, il ne serait pas fâché que son pèrè le mît au russe, pour changer.

Et M. Conque s’attriste encore que notre langue frtaçaise soit encombrée de mots anglais, voire même allemands, alors qu’on y rencontre si peu de termes russes. .<> :

— Oui, je sais, knout, moujik, samovar , caviar 1 ... Cela vous suffit, pour une nation alliée et amie?

Et il ajoute :

— Est-ce que vous croyez que je n’aimerais pas mieux dire tramway, beefsteck, square, ou water-closet, en russe , que de le dire dans la langue de Chamberlain ?

Et surtout croyez-vous que ce ne serait pas plus logique ?

.B^eev MOier*

Or, justement un homme est passé qui, vêtu d’un costumi moujik authentique, promenait parla ville des hâtons de noi

russe.

Ce nougat russe était peut-être tout simplement du nouga Montèlimurd :>me\s n’êfait ee pâs. mieux encore, de l'atdnni

M. Conque l'a appelé, lui a acheté pour dix sous de n jrat, et lui a demandé comment on disait en russe : JESonj < Monsieur Loubet !

Le moujik a hésité d'abord, puis a fini par répondre :

— Satam, sjdi Loubet !

- C'est :tdmoable, s'est écrié M. Conque.

Le moujik était un ancien tirailleur algérien qui, d’ordinî vêtu d’un burnous, véndait des cacaouëis. mais qui. à la t'ai d'un costume d’occasion, utilisait à sa façon le courant liai russe.

— üalam , sidi Loubet !

Remarquez-vous, observait M. Conque, l’analogie avec la gue arabe : le russe, l’arabe, langues orientales, et de menu mittê...

Le costume russe phitt infiniment A M. Conqne; il le trc tout à fail approprie aux convenances du peuple,, et, pour costume national, tout est là :

— Il fait froid en Russie, n’est-ce pas : alors, qu’est-ce font les Russes, "pas bêles f Ils sq collent des loques en fourr

Et l’on a dit en plaisantant à M. Conque :

— Puisque vous aimez tant les Rdsses, et les modes rus

puisque, lorsqu’on vous interpellait sur la politique étraru dans les réunions publiques. Vous réponuiez toujours : Alla russe eh b en, vous devriez siéger au Palais-BouFbou t un bonnet d astrakan 1 1 ’

En réalité, si M. Conque prenait la plaisanterie à la lel et arborait, en effet, un bonnet d’astraltan pour venir sié au Palais-Bourbon, en réalité, cela ne serait pas un fait s précédent, ou du moms y a-t-il un précédent qui fut encore f extraordinaire.

C'est à celte séance dé la Chambre, de l'année dernière, où l’on vit arriver M. Prax-Paris, un vieillard grave, ancien notaire et bonapartiste, M. Prax-Paris s'asseyant à son banc, le chef curieusement orné d'un fez.

Rien dans les habitudes, rien dans les antécédents de M. Prax- Paris ne semblait justifier cette mesure somptuaire, que M. Prax-Paris prenait ainsi à l'improviste, sam explication, sans prévenir ses amis.

Le lendemain, d’ailleurs, Jf. Prax-Paris revenait à la Chambré avec un chapeau, comme tout le monde ; et l'on n’a jamais su au juste, ce jour-là, ce. qui bavait pris...

M. Prax-Paris, homme d’ailleurs sobre, ne paraissait point ivre. •

Alors?

Etait-ce la conséquence d’un vœu ?

Ça ne lui a pas porté bonheur, en tous cas, puisque, lui qui représentait sans interruption, depuis 1869. la circonscription de Montauban, pour la première lois, il vient d'être battu.

M. Caperan, son adversaire heureux, ne l'emporte que d'une voix , il est vrai : et il y a même tout lieu de supposer que cette voix, c'est la sienne.

Avoir réuni 12,993 suffrages et être battu par 12,994, évidemment, c'est dur.

Mais quoi? on torture assez les chiffres, durant la période électorale, pour qu’ils s'amusent un peu le jour du scrutin.

Ce sont les plaisanteries de L'arithmétique.

On ne manquera pas non plus ne rappeler que la République ne fut également volée qu’à une voix de majorité.

Et puis, ma foi, pour un point Martin perdit son âne. comme on dit à la manille aux enchères, quand un joueur trop confiant, imprudent ou téméraire, a demandé quarante, qui n’en fait que trente-neuf.

M. Conque a tenu à associer M”* Conque aux joies patriotiques des fêtes franco-russes.

D ailleurs, c'est véritablement une série heureuse pour M“° Conque : les multiples émotions par lesquelles vient de passer M. Conque, candidat, puis député, ont eu, entre les deux époux, des répercussions, si j’ose m’exprimer ainsi, des répercussions ftaîteüses et galantes.

Mais surtout, le jour où M. Conque a lu dans son jou rechange de toasts entre M. Loubet et le tsar Nicolas, c este jour-là que s’est produit, dans le ménage Conque, la répercus sion la plus significative.

Les journaux de Paris arrivent par l’express de quatre heures vingt sept, M. Conque va toujours les chercher à la gare.

De la gare, M. Conque est arrivé chez lui, rayonnant, il a pris M me Conque par la taille, et, les forces décuplées par 1 enthousiasme patriotique, il l’a presque portée de force sur le canapé .

— Emile, Emile, qu'est-ce que tu as, qu est-ce qui te prends? balbutiait M 018 Conque charmée, mais surprise.

— Voilà ce que je prends ! a répondu fièrement M. Conque, en l’exprimant moins par des mots que par des gestes.

Et il a ajouté simplement, avec une belle énergie, L.en fran ç . ise :

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