‹ L'Honorable J.A. Chapleau [microforme]Chapitre 10 sur 32 · XXVIII BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

XXVIII BIOGRAPHIE

peuple quels sont ses devoirs, il faut d’abord le respecter ; pour le commander, il faut l'aimer; pour avoir sa confiance, il faut être courageux et franc. Et je n'ai pas crainte d’en appeler à tous ceux qui m'ont entendu depuis vingt ans. J'en appelle à vous, messieurs, qui m'écoutez. Le peuple, le vrai peuple, non pas le peuple qu'on paie et qu'on avine, le peuple m'a toujours écouté, même quand il ne m’a pas suivi. J'ai pu me tromper, j'ai dû me tromper parfois: qui ne se trompe jamais? Mais j'ai la satisfaction de me dire que ça n’a pas été par calcul, et je sais qu'on m'a su gré de ma bonne foi. Voilà pourquoi je n'ai jamais eu défaillance; voilà pourquoi le dégoût ne s’est jamais emparé de moi pour me faire abandonner ma tâche, bien que peu d'hommes aient eu autant de luttes à soutenir, de haines à braver, de bave à essuyer de la part de leurs adversaires. Je me suis toujours dit que le pays que j'aime vaut bien la peine que j’endure tout cela à son service. Souvent je suis revenu de ces mêlées éclaboussé, blessé, meurtri, mais jamais brisé. Qu'importe? ce n’est pas sur les uniformes sans tache, vierges de poussière, de sang et de déchirures, qu’on attache la croix des braves. Ce n'est pas comme soldat de parade que j'ai gagné mes épaulettes, et si j'ai gardé mes blessures, j'ai aussi gardé mon drapeau.

‘“ Et je ne suis pas mort, Il y a quelques mois pourtant, on me faisait mourir ; on sonnait mes glas avec un air de joie mal déguisée; on préparait mon oraison funèbre et on commençait à dire du bien de moi, me croyant fini. Je suis revenu. Depuis ce temps on s’acharne contre moi, on veut m'enterrer tout vivant: m'enterrer daus la boue, dans la iange, dans la haine, dans la calomnie. Je ne savais pas que mes ennemis avaient dans l’âme autant d’ordures, dans le cœur tant de fiel, au bout de leur plume tant de venin.”

Nous ne saurions terminer ces extraits sans faire remarquer que jamais Chapleau, dans tous ses discours, n’a prononcé une parole qui pourrait être relevée comme une attaque contre l'Eglise et sa doctrine. Ce sera un des grands mérites de sa carrière et l'honneur de sa vie d’avoir toujours été un fils dévoué de l'Eglise et un ardent défenseur de ses œuvres, Nous ne pouvons résister au désir, puisque nous sommes sur ce sujet,

de remettre sous les yeux du lecteur la belle page qui suit, sur le rôle de [a papauté :

‘“ La papauté, qui a déjà sauvé l'Europe des envahissements de la barbarie, sauvera le monde de l'invasion plus redoutable des nouveaux barbares qui la menacent aujourd’hui, Le socialisme mine sourdement les trônes de l’Europe, et c’est un châtiment que peut être la Providence réserve à la politique sceptique du siècle. Aux élans de Ia foi qui faisaient la beauté du sentiment public du moyen-âge, on a substitué le froid calcul de la diplomatie, et on s’en est applaudi. Dieu qui voit et conduit tout d'en haut se venge de la raison humaine s’insurgeant contre ses volontés, On sent le monde crouler ; les uns n’espèrent plus, les autres dédaignent, et se laissent aller dans l'indifférence. Mais pourquoi cette dissolution ? C'est que les gouvernements n’ont plus de loi, c’est parce que l’on a répandu dans lc corps social des éléments putrides qui, en produisant la fermentation, ont amené la putréfaction et par suite la dissolution. Le doute, le matérialisme ont voulu fouiller dans toutes ses parties l'être moral, social et politique; on a tout remué, tout déplacé, et quand on a voulu refaire, on s’est aperçu que les pièces disloquées ne s'ajustaient plus; elles avaient déjà subi l’action délétère du doute qui engendre le découragement, le désespoir, et comme dernier résultat les révolutions...

“Ne perdons pas cependant l'espérance; la foi vive des nations nouvelles de ce continent régénérera le monde, en se retrempant aux sources premières de la chrétienté. C’est un devoir pour nous de savoir apprécier ce que la papauté a fait pour la civilisation, un devoir que l’on ne peut mieux accomplir qu’en offrant pour sa défense le sang le plus pur de notre nation. Qu'ils partent donc, nos zouaves, et qu'ils comptent sur notre encouragement, nos sympathies et nos affections...”

Chapleau est aujourd’hui dans la plénitude de son talent et dans la force de l’âge, avec une expérience qui le met en état d’être plus que jamais un homme de gouvernement. Aussi avonsnous été surpris lorsque la rumeur est venue chuchoter à nos oreilles, il y a quelques jours, que sir John désirait le mettre à la retraite, pendant cinq ans, à Spencer-Wood! A notre sens, cet asile charmant revient de droit aux hommes publics que l’âge mot hors de combat; ce sont les Invalides de la politique puisque

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