‹ L'Honorable J.A. Chapleau [microforme]Chapitre 3 sur 32 · XII BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

XII BIOGRAPHIE

élections de 1863, Cartier retourna au parlement avec une majorité assez forte pour préparer le grand triomphe et la grande révolution de 1867: l'établissement de l’Union des provinces.

Depuis 1859, Chapleau avait été à la peine; il n'était que juste qu'il fût à l'honneur. Aux élections de 1867, il entrait au parlement comme représentant du comté de Terrebonne après avoir eu à subir le mauvais vouloir de plusieurs hommes influents du parti, car il était écrit qu'il ne devait avancer que poussé par le peuple et entravé par les autorités qui flairaient déjà un rival: toutes les tracasseries de ce genre qu’il a endurées ne constituent-elles point un hommage à sa valeur? Il était enfin à l’école du régime parlementaire et à bonne école, car tous les vétérans de notre monde politique formaient partie de l'assemblée législative. A côté de M. Chauveau, le premierministre, siégeaient Cartier, Langevin, Chapais, Irvine, Joly et plus tard Holton et Fournier. L’abolition du double-mandat a porté un coup sensible au parlement de Québec en lui enlevant nos hommes les plus considérables. C'était l’âge d'or de notre assemblée par la dignité, la convenance qui marquait ses délibérations. Nous aimons à marquer ici d’un trait le début du nouvel ordre de choses dont le mérite et l'honneur reviennent en grande partie à M. Chauveau, pour demander que les gouvernants de nos jours s'inspirent des traditions qu’il a laissées. Le premier-ministre avait tout ce qu'il faut pour imprimer à une assemblée ce cachet de respectabilité que la chambre de Québec est en train de perdre. Jamais les débats n'ont été tenus à une plus grande hauteur que de son temps. Homme de grand ton, d’une correction parfaite, ancien député et ministre sous l’Union, ex-surintendant de l'instruction publique, il jouissait d’un prestige considérable dans notre pays, et l'on s’accordait à dire, comme encore aujourd’hui, que c’est un des hommes qui honorent le plus notre nationalité, quoique non décoré (1) On se sentait en sa préseuce, devant un homme de valeur qu’on était allé chercher dans sa retraite, parce que le pays avait besoin de ses services et non en face d’une de ces médiocrités que les passions d’en bas, les exigences de la politi-

(1) Pas plus du reste que M. Chapleau. Il est singulier que ce dernier,

décoré par le Pape et par le gouvernement français, n'ait été l’objet d’aucune distinction honorifique de la part du gouvernement impérial,

que portent en haut, mais que personne ne respecte, M. Chauveau avait pour adversaire M. Joly, gentleman d'excellentes manières qui apportait la plus grande courtoisie dans les débats, Il semblait exister entre les deux chefs une entente tacite pour que la discussion fût circonscrite dans les limites de la plus stricte dignité. Que nous sommes loin de cet heureux temps La passion, l’outrage tenaient le plus souvent lieu d’argument à la dernière session du parlement de Québec. On y a trop souvent oublié les traditions chevaleresques du gouvernement Chauveau pour transformer l'arène parlementaire en une sorte de cirque politique.

Le jeune député de Terrebonne, que sa grande réputation d'éloquence avait devancé à Québec, ent l'honneur de proposer l'adresse en réponse au discours du trône. En sortant des sentiers battus, il sut tirer un excellent parti d’un sujetingrat. Son premier discours au parlement fut son premier succès dans cette chambre, témoin plus tard de ses plus grands triomphes oratoires. Il eut le rare avantage d’avoir, à l'assemblée législative, M. Cauchon comme compagnon de banquettes. Ce n'était pas un homme aimable que l’ancien rédacteur du Journal de Québec ; ses accès de mauvaise humeur étaient fréquents et gare alors aux coups de boutoir, mais en revanche, quel parlementarian de premier ordre ! Il ne le cédait en science du droit constitutionnel ni à sir John ni à Cartier et il entendait à merveille la tactique parlementaire. Chapleau sut profiter de la compagnie de son redoutable voisin qui se plaisait parfois à l'initier aux ruses, aux secrets du métier. Parler avec éloquence, c’est fort bien; mais parler avec à propos, saisir le moment opportun de se lancer dans la mêlée, est de la plus haute importance. Il lui faisait connaître toutes les petites habiletés qui ne s'acquièrent généralement qu'avec le temps et après des échecs répétés; Chapleau, avec sa grande faculté d'assimilation eut le rare avantage de puuvoir puiser à pleines mains dans le quart de siècle d'expérience que Cauchon aimait tant à faire valoir, Hâtons-nous de dire qu’il n’a pas été autrement son élève.

I n’y avait pas alors de député plus actif que Chapleau. Il était de toutes les discussions importantes et les principaux comités ne connaissaient pas de membres plus assidus à leurs

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