XVI BIOGRAPHIE
Furieux de cet échec qu'il ne méritait pas, car il avait plaidé sa cause avec une rare éloquence, Chaplean défendit Lajimodière et le fit acquitter séance tenante. S'adressant aux jurés, il leur insinua, en taxant de manque de cœur et d'intelligence les Métis qui avaient trouvé Lépine coupable, que s'ils étaient disposés à suivre leurs traces, il n'avait eu que faire d’entreprendre un voyage de quinze cents milles pour assister à un tel oubli de tout sentiment. Lajimodière fut acquitté, quoiqu'il fût plus coupable que Lépine, car il avait commandé le peloton d'exécution chargé de fusiller Scott.
En 1875, ce fut Chapleau qui, à Ste-Croix, fit tourner en défaite pour les libéraux qui sattendaient à autre chose, le tournoi politique organisé par M. Joly. Ce succès imposa de suite le choix de Chapleau comme membre du gouvernement. En effet, en janvier 1876, M. de Boucherville, cédant aux représentations du district de Montréal, lui offrit le portefeuille de secrétaire provincial dans son cabinet. Ce n'est un mystère pour personne que Chapleau fit un assez mauvais ménage dans cette administration, Le premier-ministre n'aimait guère Chapleau, donnant plutôt ses préférences à M. Angers, nouveau venu dans la politique, arrivé d'emblée aux premiers ‘angs, et qui y a renoncé dès le premier échec. Chapleau s’opposa fortement dans le cabinet à la politique de son chef qui décida d'enlever, pour en charger le gouvernement, la construction du chemin de fer de la rive nord du $aint-Lanrent et de l'Ottawa aux compagnies qui l'avaient entreprise, Chapleau faisait valoir cet argument qu'il était préférable d'augmenter les subventions aux compagnies ou de garantir leurs obligations que de mettre la construction et l'administration à la charge de la province. M. de Boucherville posa la question de cabinet, et Chapleau dut céder pour ne pas briser le parti. La politique de M. de Boucherville fut la première cause de nos embarras financiers et augmenta la dette hors de toute proportion avec nos ressources, Quelques années plus tard, lorsqu'il sera premier-ministre, Chapleau aura à lutter contre les difficultés créées par cette politique, et il les résoudra en partie en vendant le chemin de fer provincial, |
Nous voilà arrivé à une période émouvante de notre histoire. La politique de chemin de fer du cabinet de Boucherville
avait augmenté les obligations de la province, et, comme l’on prévoyait un déficit, il fallut créer des ressources au moyen de taxes. On sait de quel mauvais œil, notre population, exploitée par les démagogues, voit tout nouvel impôt. ÆEtahlir un surcroît de taxes, c'était jouer dans le jeu de M. Tetellier qui rêvait le renversement du gouvernement conservateur pour lui substituer une administration libérale.
Sous des prétextes futiles, il congédia M. de Boucherville et appela M. Joly à former un nouveau gouvernement, Cet acte audacieux de renvoyer un ministère en pleine possession de la confiance du parlement, restera comme une tache dans l’histoire du parti libéral ; c'était un abus de pouvoir que la reine, dans toute sa suprématie et avec toute son prestige, ne voudrait pas tenter en Angleterre. Les protestations régulières dénonçant l'acte Qu lieutenant-gouverneur ne tardèrent pas à se produire. Chapleau ouvrit le premier la campagne, et son discours de Lévis restera comme l’un des plus éloquents réquisitoires contre l’acte tyrannique de M. Letellier. Laissant de côté le forban politique de Spencer-Wood qui, d’après le droit constitutionel, ne pouvait pas être attaqué dans l’ordre de choses provincial, — car son acte avait été couvert par M, Joly qui, en répondant à l’appel de M. Letellier, en avait accepté toute la responsabilité, —Chapleau démontra, par l'histoire, la fausseté de la position du nouveau ministère, l’odieuse tyrannie qu’il défendait et le dauger pour notre autonomie provinciale que créait l’acte du lieutenant-gouverneur.
Aux élections qui suivirent le coup d'Etat de 1878, Chapleau qui avait dirigé celles du district de Montréal, revint vainqueur, mais elles furent désastreuses dans le district de Québec, et M. Joly, grâce à la défoction de M. Turcotte et à celle de M. Price, réussit à se maintenir.
M. Chapleau fut choisi comme chef de l'opposition, Pendant deux sessions, il tint le gouvernement sous le feu de ses atiaques, le harcelant sans cesse, le contreignant à laisser tomber l'un après l’autre les différents articles de son programme. I] le forçait surtout à abandonner le contrat de location du chemin de fer du nord de Québec à Ottawa, à raison de $180,000 par année, ce qui aurait été un sacrifice inutile, car notre propriété pouvait donner un revenu plus considérable, comme l'a prouvé