‹ L'Honorable J.A. Chapleau [microforme]Chapitre 6 sur 32 · XVIII BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

XVIII BIOGRAPHIE

la vente de cette voie ferrée par M. Chapleau, pour près de huit millions, En même temps, le futur premier-ministre, exposant les manigances des cellègues de M. Joly, leurs marchés faits pour enrichir des amis, enlevait les illusions que le public pouvait avoir sur leurs grandes professions d’honnêteté publique et leur ardent amour de l’économie. Jamais il n’eut plus de verve mordante, plus d’esprit d’à-propos, plus de logique impitoyable; jamais on ne vit politique plus avisé, debater plus alerte. En moins de dix-huit mois, le cabinet Joly fut démoli, et le chef libéral, sans prestige, découragé, remettait son portefeuille après avoir augmenté la dette publique. C'était la triste fin, et nous dirions la fin méritée du coup d'état, si la province n'avait pas été appelée à payer les frais de cet acte de brigaadage politique.

M. Chapleau forma son gouvernement dans l'automne de 1879, et, en 1881, il faisait un appel au peuple : sur 65 députés députés élus, 53 supportaient le gouvernement, constitué avec des éléments de force qui lui permettaient de poursuivre une politique vigoureuse. Quatre actes marquent son administration en traits ineflaçables : la reprise des relations d’affaires avec la France, la vente du chemin de fer du Nord, l’encouragement donné à l’industrie agricole en favorisant l'établissement des fabriques de beurre et de fromages, et le rétablissement de l'équilibre dans nos finances. (1) C’est M. Chapleau qui a établi le premier lien d’affaires entre le Canada et la France, en contribuant à la formation du Crédit-foncier franco-canadien. C'était le premier pas et comme conséquence naturelle, est arrivé cette année l'établissement d’une ligne de steamers entre le Hâvre et Montréal. Son nom est resté, en France, comme le symbole des relations qui doivent se nouer entre les Français

(1) Grâce à M. Chapleau, le gouvernement Mercier a touché $600,000, provenant de la taxe imposée sur les compagnies d'assurance et autres, taxe combattue par M. Mercier. La province continuera à toucher de ce chef $125,000 par année, ce qui aurait suffi du temps de M, Chapleau à combler le déficit, avec l'intérêt sur le prix de vente du chemin de fer du Nord, si les compagnies, aidées de l'appui moral de M. Mercier, n'avaient pas refusé de payer celte taxe, Il n’est donc que juste de donner au gouvernement Chapleau le mérite d’avoir rétabli l'équilibre entre le revenu et la dépense,

des deux mondes et lorsque des hommes d'affaires de Paris veulent tenter la fortune chez nous, c'est toujours à lui qu'ils s'adressent, S'il avait été, nous ne dirons pas aidé, dans ce mouvement commercial, nous aurions eu à constater des résultats plus considérables que ceux que nous voyons aujourd'hui, mais non seulement il n’a pas été aidé, mais on a suscité toutes espèces d’entraves à sa politique. Le branle est donné; il y aura encore des contretemps, mais nous pouvons compter pour un avenir rapproché sur l'établissement d’affaires sérieuses entre le Canada et la France. C’est aussi M. Chapleau qui a fondé l'agence commerciale du Canada en France, qui, dirigée par l'hon. M. Fabre, entretient le mouvement commencé sous d'aussi heureux auspices.

Dans son discours-programme de Ste-Therèse, prononcé à la veille des élections de 1881, M. Chapleau annonçait que le gouvernement avait l'intention de vendre le chemin de fer du Nord, Il était impossible pour le gouvernement d'administrer cette propriété de façon à lui faire produire tout ce qu’elle pouvait donrer. Comment créer des relations d’affaires avec l’ingérence de la chambre; comment pratiquer l'économie avec les députés qui voulaient placer leurs protégés dans toutes les gares, avec les expéditeurs amis du gouvernement acharnés à obtenir des faveurs spéciales ? Il était de sage politique pour ces raisons de vendre le chemin ; cela n’empêcha pas M. Chapleau de se heurter à une violente opposition venue surtout de quelques conservateurs mécontents, de l’un des ministres même, l'hon. M. Ross, qui donna sa démission parce qu’il n’approuvait pas la vente du chemin de fer du Nord en deux sections.

Les événements ont bien vengé M. Chapleau des attaques et des critiques auxquelles il fut alors en butte, et il ne viendrait aujourd’hui à personne l’idée de contester la sagesse de sa politique, En effet, à peine la vente était-elle un fait accompli que la section de Montréal à Ottawa, se trouvait en face de la concurrence d’une nouvelle ligne : celle de l'Atlantique qui va d’Ottawa au Coteau et de là à Montréal par le Grand Tronc. Du coup la section ouest aurait perdu entre les mains du gouvernement la moitié de sa valeur, car la concurrence du Canada Atlantic lui enlevait la moitié de ses passagers et de son trafic, C’est en vain que l’on prétendrait que le Pacifique aurait été le

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