‹ L'Honorable J.A. Chapleau [microforme]Chapitre 7 sur 32 · XX BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

XX BIOGRAPHIE

tributaire forcé de cette ligne; c'est une objection qui n’a aucune valeur en présence du fait que la compagnie du Pacifique, tout en étant propriétaire aujourd'hui de cette section ouest, achève de construire une ligne de Smith’s Falls à Montréal pour se donner une communication plus directe encre l’ouest et la mer, que celle qu’elle possède au nord de l’Ottawa.

N'oublions pas, parmi ses œuvres à Québec, l'appui qu'il donna à la grande institution de l'Université Laval, il trouva encore de l'opposition chez ses amis en cette circonstance, et il se peut qu'au point de vue des intérêts du parti, il aurait mieux fait de se renfermer dans une stricte neutralité, Mais la cause de l'Université Laval lui semblait juste, il fit passer les intérêts du pays avant ceux du parti. Il pensa sans doute que la province de Québec n’est pas assez riche pour entretenir deux universités, et que l'institution de Québec, fondée avec le concours moral de Monseigneur de Montréal, fondée et maintenue au prix de sacrifices énormes, avait des droits acquis qu’il fallait respecter. Pour notre part, nous croyons qu'il eut raison et nous sommes certain que la création d’une seconde université aurait multiplié les causes de divisions qui existent parmi le clergé canadien. Il y aurait eu certainement rivalité d’'enseignement, rivalité d'orthodoxie et l’on peut prédire, en voyant les agissements des personnes qui voulaient diriger la future université de Montréal, que celle-ci aurait excommunié celle-là, et que nous aurions eu deux espèces de catholiques dans notre province destinée, ce semble, à ne pas voir la fin de ces malheureuses divisions.

Son rôleétait finià Québec. Lors de la formation de son gouvernement en 1878, sir John lui avait offert un portefeuille, En apprenant ce qui se passait, les députés lui représentèrent que son départ servirait à ancrer M. Joly à Québec. Il refusa donc l'offre de sir John qui lui déclara alors que, dès que les conservateurs seraient solidement établis à Québec, il l’appellerait à Ottawa. En 1882, sir John crut le moment venu de tenir sa promesse et il donna à M, Chapleau la charge de secrétaire d'état qu'il a occupée depuis cette époque. Le nouveau ministre quittait à regret Québec où il avait travaillé et bataillé depuis 1867, conquis gloire et honneurs, et rallié autour de son

drapeau un bataillon solide qui ne cessa de lui donner des preuves d'un dévouement bien rare en politique.

Nous ne parlerons point de son œuvre à Ottawa, car elle n’est pas achevée ; du reste, il est difficile là-bas d’avoir une politique personnelle : c’est à le rôle du premier-ministre. Rappelons seulement ce fait incontestable que s'il avait résigné, comme ses amis le pressaient de le faire lors de l'affaire Riel, c'en était fait du gouvernement de sir John. Il s’est montré en cette circonstance plus patriote que populacier et nous l’en félicitons. Qu'on nous permette encore ici une autre réflexion. C’est la faiblesse et l’indécision du gouvernement qui ont causé la moitié des troubles qui ont suivi l'exécution de Riel. Si le gouvernement avait pris l'attitude du secrétaire d'état, dans sa leitre aux citoyens de Fall River qui lui demandaient de sauver Riel, il n'y aurait pas eu de panique parmi les conservateurs. ‘ Riel, y disait-il, a Commis un grand crime, il faut au’il soit jugé et puni.” Au lieu de tenir ce langage ferme et résolu, le gouvernement restait indécis, promettait la commutation, laissait ses amis s'engager et suivre le mouvement monté par les rouges au lieu de l’enrayer. Et l'exécution de Riel vint surprendre le publie, lorsque personne ne s’y attendait pour ainsi dire, car jusqu'à la dernière heure, les organes du ministère disaient que

tiei ne serait pas exécuté. Dans les circonstances difficiles, les petites habiletés, les réticences ne valent pas la fermeté et le courage. Le gouvernement a manqué de l’un et de l’autre.

Quelques personnes reprochent à Chapleau d’êtro un ministre indiscipliné à Ottawa, un collègue inquiétant pour sir John. Avant de se demander si ce reproche est fondé, il s’agit de savoir si un représentant de notre province à Ottawa, doit toujours opiner du bonnet, trouver tout bon, tout agréable, ou bien s’il doit faire valoir nos droits au partage des deniers publics, Inutile d'attendre la réponse. Le secrétaire d'Etat, comme premier-ministre à Québec, a vu mieux que personne nos besoins et nos droits, Il a fait valoir ceux-ci lorsqu'il conduisait le parti à Québec, et il n'était pas homme à renier son passé, oublier ses revendications à Ottawa.

En 1878, les citoyens de Québec donnaient un grand banquet à sir John, Chapleau, présent à cette fête, y plaida la cause do notre province dans un kngage plein d'énergie, que

Page 1