‹ L'Honorable J.A. Chapleau [microforme]Chapitre 8 sur 32 · XXII BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

XXII BIOGRAPHIE

les timides trouvèrent inconvenant. Lorsque plus tard, sir John remit à la compagnie du Pacifique, la tâche de terminer le chemin de fer, Chapleau, alors premicer-ministre, fit le voyage d'Ottawa pour presser le gouvernement d'imposer à la compagnie, comme clause de son contrat, l'achat du chemin de fer provincial. Il ne put réussir à cette époque, et il n’arriva définitivement à son but que lorsqu'il devint le collègue de sir John.

Qu'on le taxe d'inconvenance, d’insubordination, si l’on veut, nous aimons des inconvenances et des révoltes qui valent des millions à notre province. Qu'on ne se méprenne pas sur le sens de nos paroles ; elles n’impliquent pas une condamnation de la conduite de sir John. Le premier-ministre est obligé de tenir la dragée haute, devant les réclamations des provinces ; la victoire n'appartient qu'aux courageux. La même chose se faisait sous Mackenzie, Ce premier-ministre libéral ne voulait rien donner et ne donna rien au Bas-Canada; c’est pourquoi les plus marquants de ses collègues, MM. Dorion et Fournier, voyant leurs réclamations dédaignées et n'ayant pas le courage de persister à les faire valoir, se retirèrent dès les premières années du nouveau régime.

Le secrétaire d'Etat compte parmi les plus grands orateurs de nos jours. Il peut montrer à son actif les plus beaux succès oratoires que l’on ait vus au Canada; mais il est aussi, surtout un homme de gouvernement. Un auteur anglais faisait dernièrement cette observation, qui a autant d'à-propos ici qu’en Angleterre: que les beaux parleurs sont devenus le fléau de la chambre des communes, parce qu'ils ne sont presque jamais des hommes d'action. Rien de plus vrai. Que de députés à la parole facile, que de beaux enfileurs de phrases creuses et sonores ne possédons-nous pas! mais que les gens d'action sont rares ! Il est arrivé maintes fois à nos journaux de signaler l’entrée en chambre de députés fiers de leurs succès de hustings, précédés au parlement d’une réputation prématurée de politique habile, et qui mis à l’œuvre, se sont montrés d’une médiocrité humiliante. C'est l’histoire de tous les jours. Chapleau, avec le don de magnétiser les hommes qui le distingue et que sir John seul peut lui disputer, a ce coup d'œil si

rare qui permet de prévoir l’effet d’une mesure, de démêler le nœud d’une situation, le flair des affaires, la perspicacité qui devine, enfin toutes les qualités qui constituent l'homme d'Etat, l’homme de gouvernement.

Nous sommes arrivé au terme de notre étude sans avoir fait un portrait de l’orateur. Ce portrait, il est connu de ses milliers d’auditeurs. Quiconque l’a entendu parler une fois ne peut oublier cette parole ardente, cette voix si harmonieuse, aux inflexions si riches, si caressantes. Il a tous les dehors de l’homme éloquent: organe superbe, gestes énergiques, figure qui reflète tous les sentiments qu'il veut faire passer dans l’âme de la foule suspendue à ses lèvres. A mesure qu'il parle, il semble se griser de ses paroles'ét alors sa figure s'illumine, s’idéalise, et il paraît inspiré. Il n’a jamais passé à l'école des professeurs d’éloquence et cependant l’art se révèle chez lui dans toute sa force ; il n’a eu d’autre maître que la nature. Sans étude, il est acteur parfait. Le charme qu’il fait naître ne s’émousse point et on l'écoute toujours avec un plaisir nouveau. C’est ce qui fait dire si souvent à ses auditeurs: ‘“Chapleau n’a jamais mieux parlé qu'aujourd'hui, il s'est surpassé.” C’est le plus grand éloge que l’on puisse faire de son talent. Chapleau ayant à parler en anglais, avec une connaissance très imparfaite de la langue de Shakespeare, a souvent enlevé nos concitoyens britanniques, si flogmatiqnes, si peu démonstratifs. Au banquet donné à sir Charles Tupper, à Ottawa, la veille de son départ pour Londres, et aux réunions de l'assemblée conservatrice de Toronto, toute l'assistance comme soulevée par une vague électrique, montait sur les chaises et les bancs, agitant serviettes et mouchoirs pour l’acclamer, Il est du petit nombre d'hommes qui, livrés aux hasards de la parole, trouvent soudain à leur sujet des développements nouveaux qui ne les avaient pas frappés dans le silence du cabinet; son imagination si riche, qui lui fournit ces moyens imprévus, verse avec abondance sur son discours, les métaphores les plus hardies. On a souvent critiqué ces superbes hardiosses et quelquefois, il y avait lieu à critique, mais souvent que de beautés ! Mieux. valent cependant ces images colorées avec leurs légers défauts que cette sécheresse désolante de parole qui est le lot de tant de parleurs de nos jours. Nous avons souvent parlé de Chapleau avec des

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