O CANADA ! MON PAYS
Comme le dit un viel adage :
Rien n’est si beau que son pays ;
Et de le chanter, c’est l’usage !
Le mien je chante à mes amis.
L’étranger voit avec un œil d’envie Du Saint-Laurent le majestueux cours ; A son aspect, le Canadien s'écrie :
O Canada ! mon pays ! mes amours ?
un
Il prit une part active à la fondation de cette belle société, dont il fut plus tard le président. On sait que de tout temps il se montra patrio’e, et qu'il fit tont en son pouvoir pour
Maints ruisseaux et maintes rivières Arrosent nos fertiles champs :
Et de nos montagnes altières On voit de loin les longs penchants.
Vollons, coteaux, forêts, chütes, rapides :
- tant d'objets est-il plus beau concours ; Qui n’aimerait tes lacs aux eaux limpides !
O Canada ! mon pays ! mes amours ! :
Le Canadien, comme ses pères, Aïme à rire et à s’égayer, Doux, aisé, vif en ses manières, Poli, galant, hospitalier, À son pays il ne fut jamais traitre :
À l’esciavage il résista toujours !
Et sa maxime est la paix, le bien-être Du Canada ! mon pays ! ses amours !
Ô mon pays ! de la nature
Vraiment tu fus l'enfant chéri :
Mais l'étranger souvent parjure
En ton sein le trouble a nourri.
Puissent {ous les enfants enfin se joindre, Et valeureux voler à ton secours !
Car le beau jour déjà commence à poindre, O Canada 1 mon pays ! mes amours |
G. E CanTien.
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fortifier la nationalité des Canadiens, Ï a toujours eu foi dans l'avenir et dans la conservation de cette nationalité. Aussi dans le cours de sa carrière, l’a-t-il souvent exprimé cn termes qui trahissaient une conviction profonde. Les paroles suivantes qu’il prononca en 1868, à Outaouais, le jour de notre fête nationale, en donne une grande preuve :
“ Il n’est plus possiblo de fermer les yeux sur l'importance et les destinées de la nationalité que vous êtes si fiers d'affirmer publiquement aujourd’hui. C’est comme représentant, c'est comme organe de cette nationalité que j'ai été remarqué par l’Angleterre, après les grands labeurs de l'établissement de la Cosfédération.
“ Notre passé est noble, notre présent est plein d’encouragements, notre avenir sera prospère, si la Providence continue de nous montrer la bonne voix et de nous y guider.
“ Il ne faut pas que les plaintes des alarmistes nous jettent dans l’effroi. Il est malheureusement vrai
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que beaucoup, que trop de Canadiens-Français émigrent; mais malgré cela, est-ce que l'accroissement de notre race n’égale pas, s’il ne dépasse point, le développement de n’importe quelle autre nation au monde ? Les statistiques le prouvent, et contre les chiffres, les déclamations farouches et les articles fout en pleurs ne peuvent rien.
‘ Comme de raison, il est regret-
‘table que ce mouvement d’émigra-
tion ait lieu. Tout le monde désire, tout le monde souhaite qu’on l’enraye au plus tôt, et ceux qui sont chargés de la direction et du contrôle des affaires de l'Etat, ont compris que leur devoir était de travailler à retenir ici tous les enfants du 5ol, et ils y travaillent de toutes leurs forces ..,.
Le Canadien-Français aime sa fête patriotique ; il la célèbre non-seulement sous le rapport national, mais aussi sous le rapport religieux, avec bonheur, avec enthousiasme, avec transport. Le culte de la patrie le frappe vivement. Il a du respect
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pour ce qui le constitue, ce qu'il est ; car la fête de St. Jean-Baptiste ne revient jamais sans l'émouvoir et sans .
l’exalter. Je suis sûr qu'aujourd'hui il n’y à pas un seul Canadien-Français, soit à Rome, soit à Paris, soit ailleurs, qui n’ait senti son cœur tressaillir en songeant que c'est la fète du saint choisi par un grand patriote pour être le patron de cette jeune et noble famille, grandie dans les meilleures traditions de ses ancétres sur cette terre d'Amérique, déjà si féconde en grandes actions, en grands progrès et en grandes espérances .....
Nous avons d'autant plus de raisons d'espérer que tout dans le passé, même les événements en apparence les plus propres à nous terrasser, ont tourné à notre avantage, Quoi de plus pénible au premier abord que:
la conquête ? Et pourtant la conquéte nous a sauvés des hontes, des misères et des infamies de la révolution française, La conquête a fini par nous donner les belles et libres ins-
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titutions dont nous jouissons aujourd'hui et sous lesquelles nous vivons contents et prospères, ‘“ hommes de cœur, hommes de religion, de loyauté et de progrès ” comme le ait si bien votre bienveillante adresse.” Lorsque Sir George fut admis au barreau, le Bas-Canada était alors au plus fort de la lutte politique dans laquelle les Canadiens s'étaient engagés avec ardeur pour réformer le système vicieux du gouvernement de l’époque. Comme beaucoup de jeunes gens au cœur enthousiasme, M. Cartier accorda ses sympathies au chef populaire, M. Papineau, et aux membres qui défendaient la cause de la population opprimée contre la conduite arbitraire des hommes du pouvoir.
Il donna son concours chaleureux à ceux dont la parole et les actes portè-
rent une partie de la population du
district de Montréal à la résistance outrée.
M. Cartier prit même part à l’insurrection de 1837, et assista à la bataille de Saint-Denis. (Ce premier
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combat fut, comme on le sait, favorable aux patriotes. D’après le témoignage de plusieurs personnes présentes, il se montra courageux et résolu à tout, et contribua efficacement au succès de cette journée. Au milieu de la bataille, le Dr. W. Nelson, commandant des insurgés, l’envoya chercher des munitions à Saint- Antoine ; il remplit sa mission en toute hâte, et revint au bout d’une heure reprendre sa place au milieu des combattants. |
Le triomphe des patriotes ne fut que temporaire. Abandonnés de leurs chefs, privés d'armes et de munitions, ancablés par le nombre de leurs adversaires, ils furent écrasés à Saint- Charles, Saint-Benoit et Saint-Eustache, victimes de leur trop grand patriotisme.
Nous ne pouvons pas approuver la conduite des chefs de l'insurrection ni celle de M. Cartier ; car la politique modérée, défendue par MM.
Bédard, Caron, etc., er Chambre, et par M. Parent dans le Canadien, eût
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empêché, si on l’eût suivie, cette explosion de patriotisme plus généreux que prudente. Le sang des patriotes ne coula pourtant pas en vain; ce soulèvement contre l'autorité fit voir que la population française n'était pas disposée à subir le joug de leurs adversaires, et qu'elle était capable, lorsqu'elle le voudrait, de réprimer l'oppression et l'injustice.
Trop compromis pour pouvoir rester au Canada, M. Cartier dut, comme plusieurs Canadiens impliqués dans les troubles, prendre la fuite et traverser finalement la frontière, afin d'échapper aux dangers d’une arrestation. Il se tint si longtemps caché, que ses amis crurent qu'il était mort de misère.
Les journaux de l’époque affirmèrent qu'il avait été trouvé gélé dans la forêt par son propre père. Le Canadien arnonçait même cette triste nouvelle dans les termes suivants :
‘“ La nouvelle de la mort du jeune Greorge Cartier, trouvé gélé dans les bois, est confirmée ; c'était un jeune
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homme doué au plus haut point des qualités du cœur et de l'esprit, et devant lequel s’ouvrait une brillante carrière. ”
Le jeune patriote était cependant plein de vie. Un journal américain le Vergennes Vermontecr du 8 février, vient réjouir ses parents et amis désolés en annonçant que M. Cartier vivait paisiblement dans un village de l’Etat du Vermont.
M. Cartier ne revint au Canada que lorsque le calme fut parfaitement rétabli. Il reprit d’une manière sérieuse la pratique du droit, mais il n’abandonna pas entièrement la politique, car il aida à plusieurs reprises ses amis à triompher dans les premières luttes électorale sous l'Union.
Grâce à ses talents, à son travail continuel et à son intégrité, il acquit une nombreuse clientèle, il brilla surtout par son esprit pratiaue, par la facilité avec laquelle il comprenait les questions difficiles du droit,
Cette nature d'élite n’était pas ercore dans son lément véritable, Il
lui fallait un théâtre plus grand pour déployer ses facultés intellectuelles.
C’est avec les plus grandes espérances d'avenir qu'il entra dans la politique.
Déjà en 1841 et en 1844, il avait refusé, à la sollicitation de M. LaFontaine, de se porter candidat. Il finit par accepter un mandat du comté de Verchères, lorsqu’en 1845, M. Leslie, membre de cette division électorale, fut élevé au Conseil Législatif. M.
Cartier représenta ce comté jusqu'en
Lorsqu'il entra dans sa nouvelle carrière, le nouveau système de gouvernement, la responsabilité des ministres aux chambres, avait été concédé au Canada, et avait été même reconnu par les adversaires acharnés de ce système. Cette heureuse concession, due aux efforts des chefs du parti libéral, MM. LaFontaine et Baldwin. avait puissamment contribué à ramener la paix intérieure et à commencer une nouvelle ère de prospérité commerciale,
M. Curtier s’enrôla sous la ban-
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nière des illustres chefs libéraux qui venaient de conquérir le pouvoir; il fut leur admirateu… et leur partisan dévoué, On sait que la représentation presque entière du Bas- Canada accordait une confiance presque illimitée à ces hommes d'état aui ont tant fait pour asseoir sur des bases solides le gouvernement constitutionnel. Ils n’eurent pour adversaires dans le Bas-Canada que quelques conservateurs avancés et M. Papineau, chef du parti démocratique formé en 1848.
Dès son entrée au parlement, M, Cartier prit une grande part aux discussions. Ii s’appliqua surtout aux questions de commerce, de travaux publics, tels que les chemins de fer et les canaux, questions pratiques que les Canadiens-Français ont trop négligées à leur propre désavantage.
Le prémier discours qu’il prononça en chambre (1849), fut en faveur du projet de loi de la réciprocité commerciale entre le Canada et les Etats- Unis ; il prouva que l'échange libre
de certains produits entre les deux (| pays serait favorable surtout au Bas- fi Canada, et qu'il stimulerait son industrie agricole.
Il favorisa aussi la politique heureuse du ministère LaFontaine- Baldwin, par laquelle on accordait
: aux voies ferrées un encouragement k. libéral. Dans ua discours rempli de L faits et de statistiques, il fit voir l’im- | mense avantage que devait procurer | 1
au pays la facilité des communica-
tions par l'accroissement du commer-
ce et par l’augmentaticn de la valeur
1 des propriétés. Î Pendant cette même session, M. 1 : El Cartier présenta la pétition de la com- | . 4 pagnie qui s'engageait à construire |} } le chemin de fer du Saint-Laurent et | | de PAtlantique (partie du Grand- A ) Tronc). Trois ans plus tard, il de- |
| manda lincorporation de la compa- | | gnie du Grand-Tronc, et comme il le | 1 mentionne lui-même en 1866, il fit approuver ce projet de loi malgré l'opposition la plus acharnée. “ Je fis aussi passer, disait-il dans le même
discours, la mesure qui autorisait la construction äu Pont Victoria. Vous vous souvenez les préjugés qui existaient contre cette entreprite. © était une digue qui allait inonder Montréal, c était porter le commerce à Portland. Mais les préjugés contre les grandes mesures se dissipent vientôt ; c’est une tempête passagère. Il en est ainsi pour le Grand-Tronc et le Pont Victoria. Ils ont inondé Montréal de prospérité. Que serait Montréal sans le Grand-Tronc ? Il nous a amené tout le commerce de l'Ouest. Eh bien! j'ai eu les préju- .gés contre moi; ce ne fut qu'une tempête passagère.”
On peut dire avec raison que nous sommes redevables à M. Cartier de l'existence et de la construction de cette voie ferrée, qui a été très-utile au pays.
En 1858, lorsqu'il était ministre, il parvint à faire accorder un nouvel octroi à lamême compagnie afin de l’aider à terminer ses travaux, Comme à cette époque, il n'y avait pour ainsi
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dire que ce seul chemin de fer dans le Bas-Canada, la province était intéressée à son succès, à son achèvement. Cette aie consistait donc à l'abandon de toute réclamation aux 1ntérêts sur les £8,500,000 que la province avait fournis, jusqu’à ce que la compagnie fü: “1 état de payer ses dépenses et de plus un dividende de six par cent sur le capital des actionnaires. La nouvelle concession permettait à la compagnie de prélever facilement les fonds nécessaires à l'achèvement de la ligne.
Cette mesure rencontra une vive opposition de la part des libéraux et de plusieurs partisans du ministère.
Nous avons déjà fait remarquer dans notre histoire contemporaine, Le Canada sous l'Union, qu'une mauvaise administration avait présidé aux af-
faires du Grand-Tronc, et que les
actionnaires avaient été exploités par des spéculations, par les gaspillages
et ie salaire trop élevé de ses em-
ployés. Tous ceux qui étaient grandement intéressés à la prospérité de
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la province considérèrent cependant cette voie ferrée comme une entreprise nationale, et n’hésitèrent pas à donner leur concours à la mesure du gouvernement. Ce fut avec ces vues larges que MM. Dorion, Young et Holton votèrent en faveur de l'octroi. N Déjà M. Cartier, par ses connaissances profondes, par son énergie, par ses vues larges, avait conquis une grande influence et de la popularité.
Toutefois, il se contenta de donner un appui constant et loyal aux ministères LaFontaire-Baldwin et Hincks-Morin. Il ne montra aucune ambition quelconque.
Loin de là, on le vit, lors de la formation de ce dernier cabinet, refuser la position de solliciteur-général. Deux ans plus tard, en 1858, lorsque M. Young se retira du cabinet, Lord Elgin et M. Hincks le pressèrent d'accepter le portefeuille de ce ministre. M. Cartier déclina également cet honneur pour des raisons personnelles. : Il montrait par
là un désintéressement dont peu d'hommes politiques sont capables.
Le ministère Hincks-Morin avait perdu peu à peu sa popularité.
Laissé en minorité par la défection des libéraux du Haut-Canada et par l'influence que prenait le nouveau parti cleargrit, il dut recourir à des élections générales. Il ne réussit
pas à reconquérir la confiance du :
peuple. Les Canadiens élurent encore un plus grand nombre d’adversaires de l'administration, parmi lesquels nous remarquons les cleargrits Brown, Mackenzie, Hartman et Foley, et les libéraux-démocrates Dorion frères, Papin, Holton, Laberge, etc.
Les libéraux avancés des deux provinces, s’unissant aux conservateurs Sir Allan MeNab, John A.
Macdonald et Cayley, dans le but de renverser l'administration, se trouvèrent en majorité dans le nouveau Parlement. L'élection au président de la chambre montra la force des partis. Le candidat ministériel, qui
était M. Cartier lui-même, fut rejêté
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PARRQE à: RSS
à une majorité de trois. M. Dorion proposa M. Sicotte, qui réunit les deux-tiers des voix. Les ministres donnèrent aussitôt leur démission.
C’est alors qu’eut lieu (1854) la coalition des conservateurs avec les libéraux du Bas-Canada. Sir Allan MeNab, chargé par Lord Elgin de former une administration, s’adressa à M. Morin et à ses collègues du Bas- Canada, qui venaient de remettre leurs portefeuilles. Ceux-ci ne crurent pas devoir refuser une alliance qu'ils avaient été sur le point d’accepter quelques années auparavant.
Ils pouvaient suivre cette ligne de conduite sans se compromettre, pulsque les chefs conservateurs s’engageaient à favoriser le règlement des questions inscrites sur le programme du ministère. Hincks-Morin. Les chefs des deux partis oublièrent leurs anciennes rivalités politiques, et s’unirent dans ce moment de crise après avoir fait chacun leur part de sacrilices. Ainsi se forma le parti Jibéralconservateur qui, à l’exception de