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AUDIENCES DES 31 OCTOBRE ET 7 NOVEMBRE

Plaidoirie de M^ LEROLLE (1)

Messieurs, M. le baron Denys Cochin, dans un langage éloquent, dont l'émotion sincère n'a pu laisser insensible aucun de ceux qui l'écoutaient, vous a dit à quels sentiments élevés il avait obéi, ainsi que tous les membres de sa famille, en déférant à votre justice la cause de l'hôpital fondé par son grand-oncle, l'abbé Cochin. Je dois avant d'examiner, au point de vue du droit, la légitimité de ces revendications, vous rappeler l'histoire de cette fondation.

(1) Sténographiée, comme les suiyantes,par M. Guéland, sténographe au Sénat.

En 1780, la paroisse Saint-Jacqiies-Saint-Philippe du Haut-Pas avait pour curé, l'abbé Jean-Denys Gochin. Il appartenait à cette ancienne famille des Gochin, oîi les (jualités de l'esprit et du cœur semblent héréditaires, et dont l'histoire intime se lie, depuis tant de siècles, avec l'histoire même de Paris, puiscpi'on trouve déjà, au temps de Saint- Louis, le nom de Gochin parmi ceux des échevins de notre ville. Il pouvait aussi, parmi ses ancêtres, citer avec orgueil cet Henry Gochin qui tut un des modèles de l'éloquence du barreau, et dont le nom est resté en honneur parmi nous. Glaude-Denys Gochin, père du curé de Saint-Jacques, doyen des échevins et des juges consuls de Paris, se montra digne de ce passé et donna l'exemple d'une vie tout entière consacrée au bien public, à ses deux fils, Jean-Denys, fondateur de l'hôpital et Glaude-Denys, receveur des rentes, de qui sont issus tous les demandeurs au procès actuel.

Tous les biographes du curé de Saint-Jacques nous le peignent comme un homme éminent par la vertu, les qualités de l'intelligence et la science. Docteur en théologie, son opinion faisait autorité et son éloquence lui avait créé une réputation méritée parmi les orateurs de la charité chrétienne. Mais ce qui rehaussait chez lui le talent, c'était le charme de la modestie, l'attrait d'une aimable simplicité, par laquelle il savait, malgré l'éclat de son mérite, se mettre à la portée des plus humbles. Il savait faire, a-t-on dit de lui, à tous l'aumône, si difficile parfois, l'aumône de son esprit. Mais, ce qui domine sa vie, ce qui l'explique et la dirige, c'est un violent amour du pauvre, cette charité qui est le don de soimême à ceux qui souffrent et qu'il a puisée, à sa véritable source, dans la profondeur de sa foi religieuse.

De si hautes vertus, des quahtés si rares attirèrent sur lui, de bonne heure, les regards de ses supérieurs, et à peine âgé de trente ans, il fut proposé à la cure de Saint-Jacques- Saint-Philippe qui était alors une des paroisses les plus populeuses, mais aussi des plus pauvres de Paris. Le véritable mérite n'est jamais présomptueux ; il se défie plutôt de lui-même. L'abbé Gochin hésita longtemps à assumer, en acceptant ce poste important, les lourdes responsabilités d'une tâche qu'il craignait, bien à tort, de ne pouvoir remplir. Il fallut pour vaincre ces hésitations, l'ordre formel de l'évêque de Paris, M^"" Christophe de Beaumont qui lui commanda d'obéir : « au nom de Dieu et des Pauvres ! «Devant cette sommation, l'abbé Gochin n'hésita plus, l'obéissance et la charité furent plus fortes que son humilité, et il accepta enfin la mission dont il était si digne.

Certes, s'il était un terrain sur lequel la charité du bon pasteur devait trouver facilement à s'exercer, c'était bien cette paroisse, où des dix mille habitants qui la composaient, plus de la moitié était habituellement assistée par la chanté, ou exposée en temps de chômage ou de maladie, à lui demander des secours.

Et pour faire face à ces besoins, l'abbé Cochin n'avait à sa disposition qu'une fortune modeste et les 3.000 francs de revenu de sa cure. Il y avait, comme il le disait, de quoi être eftrayé, en comparant la modicité des moyens à la grandeur de l'œuvre à accomplir. Mais la charité est contagieuse de sa nature. Il sut faire naitre autour de lui les dévouements, exciter le zèle, si bien que d'après un document qu'il nous a laissé, il parvint à distribuer chaque année 14.000 livres de pain, des vêtements et du bois de chauffage aux pauvres de la paroisse. Par ses soins, fut créé un filage qui procurait du travail aux femmes et du linge aux ménages indigents, des secours étaient donnés aux pauvres honteux qu'il savait découvrir, et des médicaments aux malades; il encourageait les mères à nourrir, en venant à leur aide. Aucun besoin ne lui restant étranger, deux écoles furent fondées à l'ombre de l'église. Et comme centre de toute cette action bienfaisante, il ouvrit une maison de charité, où il appela, plusieurs années avant la fondation de l'hôpital, les sœurs de Saint-Vincent de Paul.

Enfin en 1780, il résolut de mettre le sceau à tant d'œuvres utiles, en construisant un hôpital pour les pauvres de la paroisse. C'était là une œuvre téméraire à ne consulter que la faiblesse des ressources dont on disposait. Mais l'abbé Cochin comptait avant tout sur la Providence, et avait confiance dans les efforts généreux que leur piété inspirerait à ses paroissiens. Il leur fit part de ses projets, au mois de février 1780, par une sorte de lettre dont il est important que je donne lecture au Tribunal.

Cet acte est intitulé :

PROJET d' étahlissement d' un hospice pour les pauvres malades de la paroisse de Saint- Jacques -Saint-Philippe du Haut- Pas.

L'abbé Cochin commence par tracer la situation de sa paroisse, et fait rénumération des diverses œuvres dont j'ai donné le résumé. Puis, il continue :

« C'est en s'appliquant au soulagement des malades, et par des visites qu'il leur fait, et par le compte qui lui est rendu de leur état, que M. le curé a apperçu le besoin extrê-

me qu'ils auraient d'un Hospice, où ils fussent reçus lorsque des maladies subites et dangereuses les arrachent à leurs occupations journalières, et les rendent le fardeau de toute une famille dont ils étaient auparavant l'unique soutien. Il a senti l'insuffisance des secours qu'il peut leur procurer, pour le soulagement de la famille, dont le chef est frappé d'une longue et dangereuse infirmité.

« Pour le traitement, à la vérité, un médecin habile de la Faculté de Paris, ancien et expérimenté dans son art, attaché à cette charitable fonction depuis près de trente années, plus par honneur et par religion, que par intérêt, (M. Bideault Docteur Régent de la Faculté de Paris) visite tous les jours ceux des pauvres qui sont menacés de quelques dangers. Il ordonne les médicaments, les Sœurs de la Charité les exécutent, les administrent et visitent les malades avec ce zèle et cette piété qui est le caractère propre de leur précieuse Congrégation. Mais il arrive fréquemment que, par le peu d'intelligence ou la prévention de ceux qui environnent le malade, le remède est négligé ou entièrement supprimé ; que l'inquiétude d'une femme trop sensible ou la faiblesse d'enfants trop timides, sont causes que ce malade n'est point sollicité à prendre le remède quand il montre de la répugnance, ou que souvent on lui accorde des nourritures et des boissons qui en arrêtent l'effet, augmentent les accidents de la maladie, et réduisent le malheureux à un état qui enlève au médecin toute ressource. Voilà une partie des abus qui s'oppose au traitement

Un hospice destiné à recevoir un nombre fixé de malades des deux sexes, remédierait à ces inconvénients et à ces abus. Il ne dispenserait pas la Charité de la Paroisse de soulager dans leurs maisons ceux que des infirmités passagères priveraient, pendant quelques jours, du produit de leurs travaux. On ne contraindrait pas même les familles à y faire transporter leurs chefs, quand elles se trouveraient assez de ressources pour fournir avec l'aide des secours de la Paroisse, à la dépense et aux soins. Mais cet Hospice serait du moins ouvert à ceux qui auraient besoin de secours plus assidus ou plus multipliés

« Cet établissement, outre le soulagement réel qu'il procurerait aux malades les plus dénués de secours, pourrait en procurer aussi aux personnes qui, réduites à un revenu très borné, se trouvent hors d'état de fournir aux dépenses d'une longue maladie. Quelques maisons d'Hospitaliers reçoivent de ces sortes de personnes, moyennant une somme qui se paie par mois ; mais il est rare d'y trouver des places vacan-

tes : on ne les accorde que pour un temps fort court ; et ces maisons sont ordinairement fort difficiles sur le choix des maladies. A moins de frais, avec plus de facilité, sans sortir de la Paroisse, sous les yeux de ses parents et amis, sous ceux de son Curé et de son Confesseur, un malade, borné dans ses revenus, trouverait une salle séparée de celle des pauvres, et le moyen de payer une garde, et l'Hospice lui fournirait tous les secours qu'exigerait son état.

«M. le Curéne sedissimule pas la difficulté de l'entreprise. Longtemps effrayé par les dépenses énormes qu'entraînerait un pareil établissement, il a renfermé tous ses projets dans le secret de son cœur; mais animépar l'exemple de quelques uns de ses Confrères, plein de confiance dans la charité, de ses Paroissiens, soutenu par les preuves multipliées de la protection de Dieu sur le pauvre, il a cru devoir mettre sous les yeux des riches de sa Paroisse, et ses ressources actuelles, et le besoin qu'il a de leur secours pour les mettre en œuvre .

« Il trouve à l'extrémité du Faubourg Saint-Jacques, un terrain sur lequel sont maintenant trois mauvaises maisons qui ne sont propres qu'à être démolies. Ce terrain contient deux cent dix toises de superficie, isolé de tout édifice auquel il pût communiquer du mauvais air. Il est placé dans l'air le plus pur. Il sera facile de renouveller l'air dans les salles destinées aux malades ; et les convalescents seront k portée de promenades qui pourront les exercer sans fatigues. «M. le Curé projette de bâtir sur ce terrain les salles et au- .tres lieux nécessaires pour cet établissement. Aidé des conseils gratuits d'un jeune architecte, élève d'un grand Maître, parfaitement instruit des règles de son art, et déjà employé à la conduite d'édifices publics et importants. (M. Viel), et par les soins d'un entrepreneur, connu sur la Paroisse par son intelligence, et plus encore par la probité de ses pères et la sienne propre, (M. Cambault, le jeune,) M. le Curé a lieu d'espérer que Messieurs les Maîtres et Marchands Carriers dont un grand nombre habite sur la Paroisse, auront la charité de contribuer à cette entreprise comme ilsl'ontfait dans toutes les circonstances où le bien de la Paroisse paraissait le demander, et à cet égard, ils peuvent soulager considérablement la dépense.

« Pour le payement du terrain à acquérir, M. le Curé a déjà affecté un fonds de vingt deux mille livres, produit d'une maison qu'il a vendue; et comme ce fonds sera plus que suffisant pour payer cet emplacement, le surplus des vingt deux mille livres, joint à deux autres effets qui sont à sa disposition, servirait aux premiers frais pour cette construction.

« Par une suite du désir que M. le Curé a toujours éprouvé de voir réussir cette entreprise, il a déjà mis à part une partie du linge nécessaire à cet Hospice; et le tilagc qu'il entretient habituellement, lui fournirait pour la suite toutes les toiles nécessaires à l'entretien de ce linge.

«■Ces différentes ressources paraîtront bien faibles, rapprochées d'une entreprise si étendue, mais M. le Curé en indi que une inépuisable, et qui certainement est connue de ses Paroissiens : une foi vive dans la protection de la Providence qui n'a jamais abandonné le pauvre, et qui est toujours l'appui de celui qui s'en occupe. Cette immense resssource, secondée de la charité des âmes vraiment chrétiennes, ne saurait manquer : la bien étudier, cette ressource, et en faire usage, c'est assurer le succès de l'entreprise.

« M. le Curé espère qu'on regardera cet e.xposé comme un témoignage sensible de la confiance qu'il a en ses Paroissiens. Il s'est fait un devoir de leur présenter ses vues, de leur demander leurs avis, et de les mettre à portée d'exercer ce caractère charitable et bienfaisant, qui a toujours distingué les fidèles de cette Paroisse parmi ceux de cette Capitale.

« On rendra à M. le Curé la justice que, dans les temps les plus durs, il ne s'est jamais présenté dans aucune maison pour y soUiciter du secours; et c'est une nouvelle preuve de la vérité du témoignage qu'il rend ici. Plus les temps ont été difficiles, plus il a eu à se féliciter de pouvoir répandre dans le sein du pauvre, non de ces aumônes arrachées par la vexation et l'importunité, mais inspirées par la charité la plus pure. Aussi dans cette circonstance, malgré l'empressement qu'il éprouve à accélérer cette bonne œuvre, il ne se permettra aucune démarche qui puisse fatiguer les riches, ou les embarrasser, s'ils étaient disposés à faire quelque refus. Il se contente de leur indiquer ce moyen d'exercer leur bon cœur, et attendra de celui qui dispose des volontés et des fortunes, le succès de cette tentative.

« Comme le traité qu'il fera avec l'Entrepreneur lui donne la facihté de prendre des termes pour les paiements, il n'exigera pas que les Paroissiens qui auraient la bonté de contribuer à cet établissement, fassent des avances capables d'intéresser leur fortvme: il demandera seulement que chacun rentrant en soi-même, pèse devant Dieu l'utilité de cette œuvre et qu'ayant consulté leurs facultés, ils. s'imposent la taxe actuelle qu'ils croiront pouvoir porter, et prennent pour la suite, dans la forme qui leur paraîtra la plus convenable, les engagements nécessaires à la sûreté de cette entreprise, sans s'inquiéter de la modicité des offres qu'ils seraient dans

le cas de faire. M. le Curé promet de garder le plus profond silence, quand des raisons de prudence, de modestie et d'humilité, exigeront que les engagements restent secrets. A mesure que les ressources se manifesteront, et que cette œuvre prendra quelque consistance, M. le Curé, qui s'est toujours fait un devoir de mettre à découvert son administration, se fera une loi d'en rendre compte aux Paroissiens, soit qu'ils aient contribué à en accélérer l'exécution, soit qu'ils aient eu des raisons pour ne donner aucun secours. Il rendra toujours justice à la bonne volonté, et sera convaincu que ceux-mêmes qui ne pourraient l'aider de leur fortune, le soutiendront parleurs prières, l'appuieront de leur crédit, et l'encourageront par l'accued qu'ils feront à un projet, dont le soulagement des malheureux est l'objet, et la gloire de Dieu l'unique fin. »

N'ai-je pas eu raison de lire au moms les parties les plus importantes de cet acte ? Il révèle la pensée intime du fondateur de l'hôpital, et cette pensée, le Tribunal l'a assurément remarqué, c'est une pensée religieuse. C'est, en effet, au sentiment religieux, à la piété de ses paroissiens qu'il fait appel ; le but qu'il se propose en soulageant les pauvres malades, c'est la gloire de Dieu.

Autre point à noter. Il rappelle à ceux dont il soUicite la générosité, que les Sœurs, liîles de la Charité, sont déjà dans sa paroisse, chargées du soin des malades, il leur rend un public hommage et indique par là, bien clairement et dès ce moment, la pensée de leur confier l'hôpital qu'il veut créer.

Enfin, et ceci est utile aussi à constater, il précise quelles sont les ressources personnelles qu'il consacre à son œuvre . Il ne peut à lui seul, suffire aux dépenses des constructions, mais le terrain sur lequel s'élèvera un. jour l'édifice projeté, est acheté tout entier de ses deniers, il en est l'unique propriétaire, sans être tenu pour cette acquisition de réclamer aucune aide.

Tout cela, je le répète, il était nécessaire del'établir dès le début de cette plaidoirie.

L'appel du curé de Saint-Jacques fut entendu. Le concours de ses paroissiens ne lui fit pas défaut et les aumônes affluèrent généreuses comme il le demandait. Elles sont faites sous deux formes bien distinctes. Quelques personnes prévoyant l'avenir, encore lointain, où l'hôpital serait ouvert, voulurent assurer les revenus de l'hôpital, et constituèrent sous la forme de rentes, dés ce jour, une dotation. D'autres voulurent aider plus spécialement aux constructions qui devaient bientôt s'élever. Mais, quelque soit le mode de ces

donations, un trait leur est commun, c'est l'absolue confiance témoignée à l'abbé Cochin. Les sommes remises entre ses mains, lui sont données sans réserves, il lui en est fait complet abandon. Tous pensent comme ce donateur M. B

qui lègue à M. le Curé de la paroisse de Saint-Jacques, la somme de « 1000 francs, une fois payés, po2ir être employés aux besoins et à l'utilité de l'hospice « et sans que M. le curé soit tenu d'en rendre compte à qui que ee soit » .

Le terrain fut acheté au mois de mars 1780, et la première pierre, posée le 25 septembre de la même année. Ce fut une véritable fête de famille pour les paroissiens de Saint-Jacques, et comme la charité n'est pas faite seulement de dévouement, mais aussi de respect pour les pauvres, par une pensée touchante, ce furent deux pauvres qui eurent l'honneur de poser cette première pierre de l'édihce. Ils prennent dans l'acte qui en fut dressé, le titre de pauvres de la paroisse, et s'appelaient Louis Buffet, et Maude Claude Ottier, veuve Michau.

On s'était donc mis à l'œuvre. Mais l'aiidDition croît avec le succès. Le terrain que l'abbé Cochin a acquis de ses deniers, suffisant pour les constructions à élever, ne lui parait pas suffire à tous les besoins futurs de l'hôpital. Il s'adresse à la munificence royale et il obtient ainsi un terrain faisant partie d'un couvent de Capucins qui venait de disparaître. Sur ce terrain devait être créé le cimetière de l'hôpital, et tracé aussi un jardin pour les malades. Il était d'environ 1300 toises; ce qui joint au premier terrain acquis, donnait au domaine une superficie d'environ 1800 toises.

Grâce au concours dévoué de l'architecte et des entrepreneurs, les travaux sont activement menés, et l'abbé Cochin, en 1782, prévoit qu'il pourra bientôt recevoir les malades. Il exprime cet espoir dans un second avertissement, adressé à ses paroissiens, dont je dois lire au moins quelques passages et où il s'exprime ainsi : «: Le curé de Sain'.-Jacques du Haut- Pas, dit il dans l'avertissement qu'il mit sous les yeux de ses Paroissiens au mois de Février 1780, s était imposé la loi de rendre, toutes les années, un compte exact de ses receltes, de ses dépenses, et des différences qui pourraient annoncer le succès du projet qu'il proposait pour le soulagement des malades de la Paroisse.

Dès le commencement de 1781, il eût été en état de présenter ce compte ; et après avoir rendu à la divine Providence de publiques actims de grâces pour les bcnédiclions abondantes quelle avait daigne répandre sur cette entreprise, il aurait pu offrir aux Paroisiens, cl à tant d'autres dmes bienfaisantes, qui,

quoique étrangères a la Paroisse^ ont bien voulu y prendre part, le juste tribut qui était dû à la charitp.. Mais, il a craint que ce détail trop précipité^ ne liissdt entrevoir au travers des secours reçus, dis besoins à remplir plus considérables encore, et ne parût plutôt une nouvelle importunite, qu'un témoignage de sa sensibilité et de sa reconnaissance. Aujourd'hui, il luiestper- 7ms de. se livrer à ce double s'ntiment Le travail est terminé du côté dt' la construc ion ; V établi ssement commencé par rapport à la doialion et à l'amev.blenient ; et d'ici à trois moi'i les Pauvres vont jouir d'un secours quils ont vu se prrparer avec joie, sur Icqwl les plus sfnsibles et les plus religipux d'entr' eux, répandent tous les jours des bénédictions qui rejailliront sur les d.nes charitables, dont ce monument annonce la tendre commisération.

Apres avoir aussi dépeint l'état des travaux, il indique dans quelles excellentes conditions de solidité, d'aménagement, ils ont été accomplis puis il continue en annonçant la formation, auprès de lui, d'une commission chargée de représenter en réalité les donateurs, et sans l'avis de laquelle il ne fera plus rien pour la constitution de l'hôpital.

« Au moment ail il s'agit de faire usagede cet Edifice. M .le Curé se défiant, arec juslice de ses propres lumières et persuadé que, avec les meilleures intentions, on peut faire dans une si grande entreprise, des fautes irréparables, a cru devoir ajoutel à l'administration habituelle de la Ci>arité de sa Paroisse, le secours de quelques Paroissiens, capables dediriger Icsopéralions qu'exige ce nouvec établissement. Il les a choisis parmi les personnes qui jouissent, sur la Paroisse, de la considération publique, soit par leur état, soit par leur religion, leurs lumières et leur charité. Un magistrat distingué veut bien présider à cette A dministration, après avoir honoré de sa protection l'entreprise dès ses commencements. »

Ce magistrat distingué était M. Gilbert des Voisins qui s'honorait de joindre à son titre dePrésidentduParlemenlde Paris , celui de premier marguiilier de sa sa paroisse, et qui s'est montré en toutes circonstances le collaborateur dévoué de l'abbé Cochin, dans son œuvre.

Le Curé de Saint-Jacques veut faire connaître aussi la situation financière de l'entreprise, et remercie tous ceux qui l'ont aidé, rappelle surtout « l'offrande inappréciable, quoique modique, de personnes de l'état le plus borné et voisin de l'indigence » Dans sa reconnaissance, il oublie son propre rôle, pour saluer comme les fondateurs de l'hôpital, ceux qui lui ont apporté, les premiers, le concours de leurs dons.

« M. le Curé respectera, clans le compte "qu'il va rendrej' humilité et la cUl^catesse des bien faite urs de l H aspic- : il s'interdira même de nommer des personnes qui, par l'abondance de leurs avniônet, pourraient être etivisagé'S comme Fondateurs de cette Maison de Charité, lilais, l'Esyrit Saint qui défend de louer les œuvres des justes en leur présence, ne défend pas de rendre à ceux qui ne sont plus, les témoignages que mérite leur générosité.

« Feu M l'Abbé Désessarts, par les amples donations qu'il a faites à la charité de la Paroisse, M Besnard et Mademoiselle Milain, par les leqs qu'ils ont faits en particulier à l'Hospice^ en assurant une partie de sa dotation, peuvent être considérés comme les premiers Fondateurs connus de cet établissement. »

On voit qiCil s'agit ici, moins des dons faits pour aider à la construction de l'hôpital, que des revenus à créer pour assurer son fonctionnement.

Je crois inutile de lire tous les détails de ce compte, que l'avocat de l'assistance publique connaît du reste. Il me suffit de constater que les dépenses s'élèvent, dès lors, à la somme de 62748 livres, excédant les recettes de 44581ivres; que, dans l'ensemble de ces recettes entrent les fonds versés par le fondateur lui-même, soit, pour le moment, 35. 000 francs avec lesquels, je le rappelle, il a acquis, en son propre nom, le terrain sur lequel s'élève l'hôpital.

Après avoir indi(iué les diverses ressources sur lesquelles il peut compter chaque année, l'abbé Cochin conclut en des termes, oi^i le Tribunal remarquera encore la double affirmation de la pensée chrétienne qui préside à son œuvre, et du caractère absolument personnel qu'elle conserve, malgré les concours qui lui sont apportés :

« M le Curé supprime beaucoup d'autres réflexions, qui pourraient venir à l'appui de celles qui ont été présentées dans cet ^vertisse)ne7it. Il croit devoir le terminer, en assurant toutes les personnes qui prennent quelque intérêt à cet Hospice, qu'il continuera à recevoir, avecj'econnaissance, tous les avis qui lui seront donnés ; qu'il recueillera, avec soin, toutes les observations utiles qu'il entendra faire et déférera, avec docilité, aux représentations qui lui seront adressées, lorsqu'elles pourront tendre au plus grand bien de cette entreprise.

« Puisse cet Etablissement contribuer à la gloire du Dieu qui l'a inspiré et qui le protège, au profit éternel des personnes qui ont fourni les moyens de le fonder, au soulagement des malheureux qui y seront admis ! et alors, on verra s'accomplir à la lettre ces paroles du Prophète, inscrites au Frontispice de cette Maison de Charité :

« Pauper cl<imavit, Et Dominus exaudivit eum. « Le Pauvre a crié vers le Seigneur, et le Seijneur l'a exaucé. i>

Il ne pouvait prévoir, en écrivant ces quelques lignes, qu'un jour viendrait où les pauvres malades de son hôpital se verraient interdire de crier leurs misères au Dieu qui les console, qu'un jour viendrait où l'on chasserait impitoyablement de son hôpital les sœurs gardes-malades, coupables seulement de rappeler, par leur charité, le Dieu à la gloire duquel il avait voulu élever ce monument 1

Les constructions de l'hôpital achevées, il restait à pourvoir au service des malades.

M. le Directeur de l'Assistance publique a, parait-il.prétendu qu'à l'origine l'hôpital avait été desservi par des infirmières laïques. C'est une erreur, le Tribunal va le voir. Mais cette affirmation prouve, au moins, qu'il y avait dès lors des infirmières laïques. L'abbé Gochin avait le libre choix entre elles et les gardes-malades. Qui pourrait croire après ce que nous avons dit, qu'il ait hésité un instant dans ce choix ? Les fiUes de Saint- Vincent de Paul étaient depuis de longues années déjà dans sa paroisse occupées au soin des malades. Rappelez-vous en quels termes il louait leur dévouement, dans l'acte même par lequel il annonçait à ses paroissiens, en demandant leur concours, la prochaine fondation de son hôpital. Ces éloges, ce rappel des services passés n'était-ce pas de sa part, comme un engagement d'assurer à son œuvre, ces soins si dévoués, ces servantes si aimées des pauvres ?

Ces sentiments étaient du reste partagés par tous les membres de la commission qu'il avait formée, et c'est au nom de cette commission, autant, qu'en son nom propre qu'il écrivait le 15 janvier 1782 à Madame Drouet, supérieure générale des filles de la Charité, la lettre suivante :

« Depuis cUux ans, Madame, que je m'occupe à préparer un hospice pour les pauvres malades de ma paroisse, Dieu a daigné bénir celle entreprise, au point d nous mettre fn état de faire usage de cette maison au printemps prochain . Une administration composée de personnes distinguées par leur piété, leur mérite et leur charité, s'est réunie pour délibérer sur les arrangements les plus convenables à prendre pour le régime intérieur de cet hospice ; et il a été arrêté pue nous vêus prierions, Madame, après avoir visité ou fait visiter cette maison, avoir fait sur la situation que nous préparons à vos Sœurs, les observations qui vous paraîtront convenables, de nous eu accorder quatre, qui avec celles composant actuellement notre maison de

charité, feront un nombre suffisant pour la conduite d'un établissement où le nombre des malades et infirmes ne passera pas cinquante personnes, et ne montera même, d'ici à quelques années, qu'à trente cinq ou quarante. La Compagnie, à laqiiClle M. Gilbert des Voisins, Président du Parlement veut bien présider, m'a chargé de vous faire cette première demande, que j'aurais l'honneur de vous présenter moi même, Madame, si ma faible santé ne me rendait le transport trop difficile.

« Notre Sœur Supérieure,que le votie de V assemblée porte à la tête de cet établissement, parcequ'ell^ cannait son amour pour les pauvres, et l'intelligence qu'elle met dans toutes les fonctions dont elle est chargée, cette chère Sœur doit aller jeudi vous rendre compte de nos premières opérations, et recevoir de vous Madame, ta réponse à celte lettre. Je crois qu'elle me rendra auprès de vous le témoignage de ne désirer que le plus grand bien, de chercher les moyens les plus propres à le procurer, en procurant en même temps à toutes vos chères sœurs toutes les facilités qui pourront les soulager dans leur travail, comme je lui rends moi-même le témoignage de joindre à une piété solide, à une humble défiance d'elle même, les talents propres à com~ menceret consolider cet établissement. Je vous supplie, Madame, de fencouragercn lui persuadant que nous n' exigerons jamais d'elle et de la sœur Françoise qui la seconde, que ce qui peut convenir à l'âge, à la santé et aux anciens services de l'une et de Vautre. Elles nous sont toutes deux précieuses et porteront la bénédiction du Seigneur dans cette maison.

« J'ai rhonneur d'être etc.

« Signé: J. D. Cochin

« Curé de Saint-Jacques du haut-pas.

Cette lettre, je le répète, est écrite en exécution d'une délibération de la commission qui représente tous les bienfaiteurs de l'hôpital , et ses termes expriment le vif désir qu'eut l'abbé Cochin et ses collaborateurs de confier aux sœurs le soin des malades. Il semblait que la réalisation de ce désir ne dût pas souffrir de délai.

Mais, il semble que ce soit le propre des œuvres appelées à durer, qu'elles rencontrent les difficuîtés les plus imprévues à leur début. Un désaccord survint entre l'abbé Cochin et la supérieure des sœurs. Il s'agissait de détails qui, aujourd'hui, paraissent de bien minime importance, mais qui, pour les contractants étaient choses très graves. De longs pourparlers sont engagés à propos de la nomination, du logement des domestiques,ïle l'habitation de l'aumônier, des droits de direction de la supérieure. La discussion de ces intérêts

dure six mois. Enfin, grâce surtout à l'esprit de conciliation du curé de Saint-Jacques qui cède sur tous les points pour hâter l'entrée des sœurs à l'hôpital, le traité est signé le 6 avril 1782, par devant les conseillers du roi, notaires au Ghâtelet de Paris, Lherbette et Mamel.

Je ne lirai pas tout cet acte ; je ne veux faire passer sous les yeux du Tribunal que les articles ayant directement trait au procès.

Le traité est passé entre « V. Jean Denis Cochin, prêtre, docfeîir en théologie de la Faculté de Paris, curé de la Paroisse Saint- Jacqites Saint-Philippe du Haut Pas, demeurant au. Presbitère de la dite paroisse, rue du faubourg Sai?it-Jacques, tant en son nom que comme supérieur et administrateur de la Charité de sa paroisse et spécialement de l'Hospice de charité nouvellement érigé sur la ditte paroisse, quau nom de ceux qui lui succéderont dans les dittes place et qualité. D'une part.

« Et honnêtes et charitables filles,,

« Sœurs Marie Uadelaine Droiiet, supérieure ; Antoinette Deleau, assistante ; Edmee Voisinot, économe ; Jeanne Françoise Olivier., dépensière.

« Toutes quatre officières,2}réseniementencharges, faisant au nom et pour toute la communauté des filles de la Charité, servantes des pauvres malades, demeurantes à Paris en leur prin cipale maison, grande rue du faubourg St-Denys, paroisse St- Laurent, assistées et autorisées à l'effet des présentes du M- Antoine Jacquier, supérieur de la congrégation de la mission et de la communauté des dites filles de la charité, demeurant à Paris en la maison de Saint Lazare, susdite rue et paroisse à ce présent. D'autre part.

(.( Lequel dit sieur curé désirant pourvoir auserviceet soulagement des pauvres malades de l'hospice de la dite paroisse Saint Jacqups est convenu et demeure d'accord avec les dites filles de la charité de ce qui suit :

« Article Premier.

(.aies dittes sœurs supérieure et officières s'obligent tant pour elles que pour celles qui leur succéderont aux dittes charges,de tenir aud. hospice de la paroisse St-Jacques du haut-pas huit filles de leur communauté pour y servir et soulager les pauvres ■naïade!:, selon leur institit,et enca'^que les hua premières ne puissent suffire au travail qu'il y a actuellement ou qu il s'y fit dans la suite quelque augmentation, Monsieur le curé aura égard d'augmenter à proportion le nombre des sœurs, lesquelles

seront reçues aux mêmes clauses et conditions que les premières.

Article 2.

« Monsieur le curé s'oblige de fournir aux dites sœurs unlogement lionnête et meublé convenablement affecté uniquement aux dites sœurs dans lequel les domestiques ny personnes externes n'auront aucune vue ni entrée

Article 6.

On n' assodera aux dites filles de la cJiarité aucunes femmes ou filles pour le service des pauvres malades afin que par l'union et par le rapport qui est entre elles les pauvres soient mieux servis, elles pourront néanmoins avoir des domestiques pour les gros ouvrages, aux dépens diidit Jiospice, lesquels domestiques seront entièrement sous V inspection des dites filles et seront clioisis et p'iyés par elles; par conséquent elles seront maîtresses de les recevoir et de les congédier quand elles le jugeront à propos

Telles sont les dispositions essentielles de ce traité. J'aurai à y revenir dans la discussion. Qu'il me soit permis au moins de faire remarquer au Tribunal le caractère de l'engagement qui y est pris. Le contrat n'oblige pas seulement l'abbé Gochin, et Madeleine Drouet, supérieure actuelle des filles de la Charité, il oblige encore les successeurs duiit curé et les sœurs gui succèderom aux charges des sœurs officières qui ont signé l'acte. C'est un engagement perpétuel. A perpétuité, les sœurs sont attachées à l'hôpital de la paroisse Saint- Jacques.

Les sœurs vont donc entrer. Et il semble, Messieurs, que c'est seulement alors que l'abbé Cochin croit à la réalisation du projet qu'il a conçu. L'entrée des sœurs dans son hôpital c'est vraiment la fm de son œuvre. Il exprime bien ce sentiment quand écrivant à la supérieure des sœurs, au mois de juin, il s'écrie : « Voicy enfin, Madame, le moment oit la divirvf>. Providence va consommer son œuvre : le 27 de ce mois nos quatre sœurs couclieront dans leur nouvelle maison »

Ne sentez-vous pas sous ces mots, la joie, j'allais dire le cri de triomphe, de l'homme qui a fait enfin f œuvre rêvée, et cette joie ne vous indique-t-elle pas firaportauce extrémô

qu'il attachait au service des sœurs auprès des malades. Il est sîir maintenant que ce service est assuré ; son œuvre est achevée, il songe immédiatement à en assurer la durée. Quelques jours après, il fait son testament, le 3 juillet 1782, par lequel il lègue à la charité de sa paroisse l'hôpital qu'il a fondé.

Permettez-moi d'en lire, avec la disposition qui nous intéresse, le préambule. Une fois de plus, il montrera la noble ardeur de la foi reUgieuse qui l'a inspiré.

<c Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit il.

« Cet écrit contient mon testament etdemièresvolonîés ; je le fais sous les yeux de Dieu dont j'implore r infinie miséricorde pour la multitude de mes péchés; je lui demande cette grâce par les mérites de Jésus Christ mon Sauveur ; je supplie la très Sainte Vierge mère de mon Dieu, Saint Jean V Evangèliste et Saint Denis, mes patrons, les Apôtres Saint Jacques et Saint Philippe., titulaires de la paroisse que le Seigneur a daigné me confier.^ ^intercéder pour moi auprès de Dieu maintenant et à l'heure de ma mort .

« Je crois fermement et du fond du cœur tout ce que croit et enseigne la Sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine dans le sein de laquelle je demande à Dieu la grâce de vivre. Si sans m'en apercevoir il m' était échappé, soit dans mes paroles soit dans le petit nombre décrits imprimés, quelques propositions contraires à V enseignement de cette Sainte Eglise, jeles désavoue de toute la plénitude de mon cœur, déclarant n'avoir jamais eu d'autre intention que d'instruire le peuple qui m'a été confié, d'une manière conforme à la sainte doctrine et à l'éternelle vérité

« Je donne et lègue à la charité des Pauvres malades de ma dite paroisse, la maisondite hospice que f ai fait bâtir., déclarant quelle a été construite pour la très grande partie sur les fonds qui m'ont été remis par mes paroissiens et par différentes personnes qui ne sont pas de la paroisse, ensemble tous les meubles, linge et autres objets attribués à ladite maison, à la charge par le curé, mon successeur, d'obtenir les lettres patentes et remplir toutes les formalités nécessaires si elles n'ont pas été obtenues et remplies de mon temps.

« Je donne et lègue en outre à ladite charité et pour le même objet, un billet de quinze cents livres fait à mon profit qui me vient de la succession de feue Madame Cheret.,ma tante, plus mes livres, ornements, meubles, argent comptant, arrérages de renies et tous autres effets mobiliers qui se trouveraient m' appartenir, voulant que du tout il soit acquisun ou plusieurs contrats

sur L'Hôtel de Ville pour servir d'abord d'hypothèque aux renies viagères léguées ci dessus et à mesure que les dits légataires vieiidront à décéder, tourner au profit dudit hospice.

« Je prie Monsieur Cochin, payeur des rentes, mon frère, de se charger de l'exécution de mon présent testament avec le sentiment de charité et d'amour des pauvres que je lui connais : il est bien capable en assurant l'extadion de mes dernières volontés, d'aider à affermir un établissement que le même amour et ta même charité que j'ai trouvé dans mes parois!>iens, m'ont mis en état de former ; j'ai la confiance que la protection sensible éprouvée de la part de Dieu et dans cette entreprise et pendant tout le temps de mon administration rendront efficaces les soins qu'il voudra bien se donner pour la consommation de cette œuvre.»

Un an après avoir écrit ces lignes, au mois do juin 1783, l'abbé Cochin mourait. Il semble que ses forces, dès longtemps épuisées parles fatigues de son ministère, ne se soient maintenues, que sa vie ne se soit prolongée, que pour lui permettre d'achever son œuvre.

Lorsqu'un homme de Inen meurt, la foule, par reconnaissance et d'inslinct, sent qu'il se fait un vide dans le monde. La mort de l'abbé Cochin fut, pour ses paroissiens et pour Paris tout entier, un véritable deuil. Au moment où l'on s'apprête peut-être à lui contester son titre de fondateur, au moins à diminuer son rôle personnel dans la fondation de l'hôpital, il n'est pas inutile de rappeler ce que sur ce point spécial, pensaient de lui ses contemporains.

Madame Neckcr qui fut son auxiliaire comme elle demeura l'auxiliaire de son frère pour l'administration de l'hôpital, s'est faite l'écho du jugement de ceux qui l'avaient vu à l'œuvre quand elle écrivait :

« Vous m'avez fait, Monsieur, un sensible plaisir en m'envoyant le compte intéressant que vous avez rendu de l'hospice de St-Jacques du haut pas ; c'est un beau momiment élevé à la mémoire de Monsieur votre frère ; il connaissait bien votre piété, quand il vous a laissé le soin d'achever ses bonnes œuvres; l'histoire nous dit qu'un Athénien vertueux chargea son ami par son testament de daller ses deux filles ; ici vous avez été chargé de la dollcdes pauvres, et le testament est plus beau encore ; recevez mes remerciements. Monsieur, et l'assurance des sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être, voire très humble et très obéissante servante.

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