TESTAMENT DE L'ABBÉ COCHIN
Six jours après qu'il eût établi les Filles de la Charité dans l'Hospice, l'abbé Cochin fit son Testament (3 Juillet 1783). On va lire le texte complet de ce document, actuellement déposé chez Afe Bourin, notaire à Paris, successeur de M'' Clairet, notaire, chez qui le Testament avait été remis en 1783 après le décès de l'abbé Cochin.
Au Nom du Père du Fils et du Smnt-Esprit . Ainsi-soit-il
Cet écrit contient mon testament et dernières volontés. Je le fais sous les yeux de Dieu dont j'implore l'infinie miséricorde pour la multitude de mes péchés ; je lui demande cette grâce par les mérites de Jésus Christ mon Sauveur. Je su^pplie la Très-Sainte-Vierge, mère de mon Dieu, S* Jean rÉvangéliste et saint Denys, mes patrons, les apôtres S^ Jacques et S* Philippe, titulairesde la paroisse que le Seigneur a daigné me confier, d'intercéder pour moi auprès de Dieu, maintenant et à l'heure de ma mort.
Je crois fermement et du fond du cœur tout ce que croit et enseigne la Sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, dans le sein de laquelle je demande à Dieu la grâce de vivre et mourir. Si sans m'en apercevoir, il m'était échappé, soit dans mes paroles, soit, dans le petit nombre d'écrits imprimés, quelques propositions contraires à l'enseignement de cette Sainte Eglise, je les désavoue de toute la plénitude de mon cœur, déclarant n'avoir jamais eu d'autre intention que d'instruire le peuple qui m'a été confié d'une manière conforme à la saine doctrine et à l'éternelle vérité.
Je prie donc mon exécuteur Testamentaire ci-dessous
nommé de retirer de ma bibliothèque tous les manuscrits de mes sermons prônes ou instructions; je désire qu'ils ne soient jamais rendus publics, et prie en conséquence les personnes à qui j'en ai communiqué des copies de n'en faire qu'un usage personnel.
J'ai placé au profit de la Charité tous les remboursements qui m'ont été faits par Mademoiselle la Rosière, pour l'acquisition qu'elle a fait de ma maison sise à Lhay près le Bourg la-Reine. Cette maison provenait d'une donation faite à mon profit par Mascarin de la Vigne, ancien commissaire des Guerres, qui, m'en ayant fait une donation pure et simple, m'a laissé la liberté de l'apphquer à l'objet le plus utile. J'ai cru entrer dans les vues charitables de ce respectable défunt en l'appliquant soit aux pauvres honteux, soit à l'instruction des enfants dans les cathéchisraes, et je fais la présente déclaration afin que mes successeurs comptent le généraux donateur au nombre des bienfaiteurs qui ont le plus de droit à leur reconnaissance et à leurs prières.
Je donne et lègue à la fabrique de ma paroisse deux chapes noires, une chasuble noire, une chasuble grise et la chape de même couleur, Vorfroi (sic) noir et rouge qui s'adapte à l'une des deux chapes noires, pour le temps de la Passion, la chasuble noire et rouge, le socle de cuivre qui sert à l'exposition de la vraie croix et les deux livres de chant que j'ai fait faire pour les messes des fêtes solennelles.
J'ai toujours eu le plus grand soin de ne garder dans mes papiers aucun des titres qui peuvent appartenir à la dite fabrique. Si contre mon attente il s'en trouvait quelqu'un, je demande qu'il soit remis à M. le Marguillier comptable, mais je déclare que les extraits des comptes et délibérations que j'ai fait faire à mes dépens font partie des papiers de ma cure, les ayant fait extraire pour mon instruction personnelle et celle de mes successeurs.
Je désire que le scellé ne soit point apposé après mon décès, n'ayant et espérant n'avoir aucune dette qui puisse exiger cette précaution. Si la fabrique de ma paroisse, pour quelque motif que ce fût, croyait devoir le faire apposer, les frais dudit scellé seraient pris par préférence sur le legs que je fais ci-dessus à la dite fabrique, afin que cette action de sa part ne pût en rien préjudicier aux legs faits aux pauvres.
Je déclare que la Table de marbre qui est dans la salle où se tiennent les Assemblées de Charité, ayant été donnée par Madame la Maréchale de Lautrec doit rester au presbytère.
L'argent destiné à Tacquit des messes, celui qui a été déposé entre mes mains par différentes personnes, se trouveront avec leurs étiquettes dans différents tiroirs placés sur
mon secrétaire. L'intention desdites messes et les noms et domiciles des personnes déposantes sont inscrits dans un livre couvert de parchemin vert et intitulé Comptes ouverts.
Je donne et lègue à la nommée Jeanne Rolland ci-devant domestique de M. l'abbé Thouvenot, théologal d'Auxerre, une rente viagère de cent vingt livres pour lui tenir lieu du legs de trois cents livres une fois payé fait à son profit par ledit sieur Thouvenot, et en considération d'une maison sise rue du Faubourg Saint- Jacques, vendue à Mademoiselle la Rosière que m'a léguée ledit sieur Thouvenot.
Je déclare que les premiers remboursements faits par ladite demoiselle la Rosière sur ladite acquisition ont été employés à la construction de l'hospice et que les neuf mille livres qui restent entre ses mains et dont je fais legs aux pauvres malades de ma paroisse, doivent être employés au paiement des entrepreneurs et ouvriers dudit hospice.
Je donne et lègue à madame Saint-Jean, ci-devant ma domestique une rente viagère de six cents livres dont trois cents livres seront réversibles sur la tête de sa fille aussi ci-devant ma domestique.
Je donne et lègue à M"' Grenaud actuellement ma domestique une somme de six cents livres une fois payée qui accroîtra en cent livres une fois payées par année qu'elle aura passé à mon service, voulant que le premier mois d'une année commencée soit regardé comme une année entière.
Je donne et lègue à Vergue mon domestique trois cents livres une fois payées, qui accroîtront de cinquante livres aussi une fois payées par année, ainsi qu'il est dit ci-dessus.
Je donne et lègue à la cuisinière qui se trouvera à mon service lors de mon décès, cent cinquante livres une fois payées, qui accroîtront de vingt'cinq livres une fois payées ainsi qu'il est dit ci-dessus.
Je donne et lègue à Marie-Françoise Garins, dite Julie, pensionnaire aux lilles de la Croix à Brie-Comle^Robert une rente viagère, de cinquante livres qui, jusqu'à sa majorité ou établissement sera payés à M"^ Leroux, maîtresse d'école et eu cas que la dite Marie.Françoise Garins, fut agrégée à la dite congrégation des filles de la Croix, la dite rente sera payée à la Supérieure de la dite maison.
Toutes les rentes ci-dessus seront payées sans retenue d'impositions royales.
Je donne et lègue à la Charité des pauvres malades de ma dite paroisse, la maison dite hospice que j'ai fait bâtir, déclarant qu'elle a été construite pour la très grande partie sur les fonds qui m'ont été remis par mes paroissiens et par diflérentes personnes qui ne sont pas de la paroisse ; en-
semble, tous les meubles, linge et autres objets attribués à la dite maison, à la charge par le curé mon successeur d'obtenir les lettres patentes, et remplir toutes les formalités nécessaires si elles n'ont pas été obtenues et remplies de mon temps.
Je donne et lègue en outre à la dite Charité et pour le même objet, un billet de quinze cents livres fait à mon profit qui me vient de la succession de feue M"® Chéret, ma tante, plus mes livres, ornements, meubles, argent comptant, arrérages de rentes et tous autres effets mobiliers qui se trouveraient m'appartenir, voulant que du tout il soit acquis un ou plusieurs contrats sur l'Hôtel-de -Ville pour servir d'abord d'hypothèque aux rentes viagères léguées ci-dessus et à mesure que les dits légataires viendront à décéder, tourner au profit du dit hospice.
Je prie M. Cochin, payeur des rentes, mon frère de se charger de l'exécution de mon présent testament. Avec le sentiment de charité et d'amour des pauvres que je lui connais, il est bien capable en assurant l'exécution de mes dernières volontés, d'aider à affermir un établissement que le même amour et la même charité que j'ai trouvés dans mes paroissiens m'ont mis en état de former. J'ai la confiance que la protection sensible que j'ai éprouvé de la part de Dieu et dans cette entreprise et pendant tout le temps de mon administration rendront efficaces les soins qu'il voudra bien se donner pour la consommation de cette œuvre.
Ayant lu le présent écrit, je déclare qu'il contient mes dernières volontés ; je révoque tout testament et codicilles que j'aurais pu faire.
A Paris, ce trois juillet mille sept cent quatre-vingt-deux.
Signé : J. D. Cochin.