L. Labbé, CRUVEiLmER, chirurgiens de l'hôpital
Beaujon.
DuMONTPALLiER, médcciu de l'hôpital do la Pitié .
PoLAiLLON, chirurgien de l'hôpital de la Pitié (hôpital
laïcisé).
Danlos, R. Moutard-Martin, médecins de l'hôpital
Tenon .
GiLETTE, chirurgien de l'hôpital Tenon, (hôpital
laïcisé.)
Triboulet, u'Heilly, Cadetde Gassicourt, médecins de
l'hôpital Trousseau .
Lannelongue, chirurgien de l'hôpital Trousseau.
Labric, J. Simon, Descroizilles, A. Ollivier, médecins de l'hôpital des Enfants.
De Saint -Germain, chirurgien de l'hôpital des Enfants .
Sevestre, médecin de l'hospice des Enfants Assistés.
GuÉNioT, chirurgien de l'hospice des Enfants Assistés.
Constantin Paul, médecin de l'hôpital Lariboisière. Du Castel, médecin de l'hôpital du Midi.
MM. HuMBERT, chirurgien de l'hôpital du Midi (hôpital laïque) .
Labadie-Lagrave, médecin de la Maternité (hôpital laïque) .
RocQUES, Martineau, médecins de l'hôpital deLourcine (hôpital laïcisé) .
GouGUE^HEiM, HucHARD, médccius de l'hôpital Bichat (hôpital laïque).
Berger, chirurgien de l'hospice de Bicêtre (hospice laïque).
Ferrand, médecin de l'hôpital Laënnec (hôpital laïque) .
Gingeot, médecin de l'hospice Sainte-Périnc (hospice laïque) .
Balzer, Barrié, Merklen, Chauffard, A. Robin, Re
NAULT, Muzelier, Moizard, Barth, OuLMO^'T, Brocq,
médecins des hôpitaux de Paris.
Jalaguier, Nélaton, Quenu,Bouilly, Félizet, Schwartz,
Routier, Second, Brun, chirurgiens des hôpitaux
do Paris.
M. Gui!)0ut, médecin do l'hôpital Saint-Louis et M. Pozzi, médeciîi derhôpilal de Lourcine (hôpital laïcisé) ont joint leur sitrnalui-o à celles de leurs collôsrues.
De leur coté les malades signèrent une pétition pour protester contre l'expulsion projetée des sœurs hospitalières.
Leur pétition fut déposée sur le bureau du Conseil Municipal, dans la séance du 16 novembre. Le Conseil refusa de l'entendre et la renvoya à la Commission de l'Assistance publique .
Enlin le 4 décembre, la pétilionarrivadevantleConseilavec un rapport de M. Chaulenqis.
Voici ia })artie la plus importante de la discussion.
M. Df.sprés. — J'accepte parfailement, Messieurs, d'êtrerendu responsable de la i)éli(ion des malades de l'hôpital Gochin ; les malades savent des intérêts de qui, depuis quatre ans, je me suis fait le défenseur ; ils savaient qu'ils pouvaient compter sur moi.
J'ai déposé la pétition des malades d'Ivry demandant à conserver les sœurs ; J'ai déposé celles des parents des malades de Ville-Evrard, qui demandaient le maintien des sœurs dans cet
asile. Ils savaient que leur pétition ne resterait pas sans appui, qu'ils pouvaient pétitionner ; ils ont pris courage ; c'est en cela que je suis le promoteur de la pétition.
Ce n'est pas, vous le voyez, comme l'entend M. Chautemps. "«^
M. Chaufemps attribue la pétition à ma présence à l'hôpital Cochin, le 13 novembre.
M. RoussELLE. — C'était un mauvais jour le 13.
M. Després. — Je vins à l'hôpitalle 13, à dix heures cl demie du matin .
Voici pourquoi :
M. le Directeur de l'Assistance publique avait soumis le jeudi 12, à la b" Commission une demande de crédit de 51,000 francs. Or, le Pi^ésidentde la Commission avait remis l'affaire à M. Chautemps, et le lendemain 13, elle était à l'ordre du jour avant que la Commission en eut délibéré, et sans que je susse à quel objet s'appliquait le crédit, ni de quoi il était question.
J'ai voulu avoir des renseignements sur cette affaire, voir la maison dont on voulait renvoyer les locataires pour y mettre des infirmières laïques.
J'ai interrogé le directeur de Thôpilal : M. le Directeur de l'Assistance publique pourra se renseignera ce sujet; et c'est en sortant que mon collègue Beaumctz m'a dit : les malades signent une pétition au Conseil, et j'ai répondu : C'est bien, envoyez-la moi avant deux heures.
Voilà pourquoi j'ai été à Thôpital Cochin.
M. LE Rapporteur. — Le directeur de Cochin ne m'a nullement dit que vous l'ayez questionné sur le logement du personnel secondaire.
M. Després. — J'y suis allé dans ce but, et ce n'est qu'en sortant de l'hôpital
M. Stupuy. — Mais, ce sont là des commérages de portière !
M. Després. — Je mets simplement les points sur les i et personne ne me démentira.
M, LE Rapporteur. — J'ai vu le directeur de l'hôpital Cochin. J'ai fait une enquête auprès de lui. Je l'ai interrogé sur votre visite. Si vous l'aviez questionné sur le logement du personnel secondaire, il me l'eût dit.
M. Strauss. — 11 est impossible de laisser se prolonger une scène qui n'est vraiment pas de nature à augmenter le prestige du Conseil.
M. LE Président. — Vous entendez que l'on proteste contre vos paroles, M. Després.
M. Després. — Contre lesquelles ?
Et maintenant, Messieurs, je reviens à la question, M. Chaulemps vous a dit, tout à l'heure, qu'il n'avait pu, à l'intérieur de l'hospice, trouver le promoteur de la pétition. Quel besoin avaitil de le chercher ? Ne lui ai-je pas moi-même remis loyalement la lettre des pétitionnaires ; puis, une lettre adressée à moi personnellement et signée, Baudry, salle Chauffard, lit n» 16? Voici un passage de cette lettre :
« C'est au nom de tous les signataires, dont j'ai l'honneur de vous adresser les pétitions, que je viens vous prier de vouloir bien déposer sur le bureau du Conseil municipal, les listes de protestation contre la laïcisation de l'hospice Cochin. »
Eh bien ! la première chose que devait faire M. Chautemps, c'é tait de voir le malade Baudry. L'avez-vous vu M, Chautemps? (Exclamations.)
M. LE Rapporteur. — Je demande la parole.
Une voix. — Il faut en finir avec cette discussion (Bruit.)
M. Després. — C'était pourtant le premier devoir du Rappoi'teur. (Cris, tumulte.) Vous avez une telle partialité. Messieurs, qu'on croirait en vérité que vous ne voulez pas entendre les raisons que je vous donne, (Tumulte.) Messieurs, vous me rappelez cette vieille locution scolastique : « Quidquid dixeris, argumenlabor ■>. Vous en êtes là, mais laissez-moi continuer (Bruit). La lettre dont je viens de parler n'est pas la seule. 11 y en a une autre que M. le Rappoi'teur a eue entre les mains, adressée au président du Conseil municipal et signée par trente-cinq malades sur trente six ; une autre, enfin, adressée aux membres du Conseil municipal et signée par les malades-femmes de l'hôpital Cochin. Les termes naïfs de cette lettre vous montreront que ce n'est pas moi qui l'ai rédigée. En voici le texte :
« Messieurs.
(I Les malades actuellement soignées ù l'hospice Cochin, salle Cochin (chirurgie) apprenant par la voie des journaux qu'on allait laïciser l'hospice et les priver des bons soins des sœurs qui s'occupent de leur salle, viennent prier instamment messieurs les membres du Conseil de leur conserver les bons soins de ces sœurs si dévouées pour elles et dont elles ont tant à admirer le dévouement et la bonté. Les malades surtout viennent signaler d'une manière particulière -à messieurs les membres du Conseil la sœur spécialement chargée de leur salle, sœur Raphaël, qu'ellesverraient partir avec le plus profond chagrin et dont elles considéreraient la retraite comme la plus grande calamité qui put leur advenir. Elles viennent rappeler à messieurs les meinbres du Conseil que sœur P»aphaël s'est distinguée d'une manière toute particulière pendant la guerre de 1870 où elle a fait prouve
du plus admirable dévouement, ensuite que sœur Raphaël a obtenu, par sa conduite au delà de tout éloge, pendant l'épidémie cholérique qui a sévi l'année passée à l'hôpital Cochin, (1) une médaille d'argent du ministère de l'Intérieur.
« Nous ne saurions trop protester, Messieurs les membres du Conseil, contre cette mesure, ou tout au moins nous ne saurions trop insister pour que Ton conserve nos sœurs et tout particulièrement sœur Raphaël qui est notre mère à toutes et notre bienfaitrice.
« Nous espérons, Messieurs, que vous voudrez bien prendi'c en considération notre demande, et ne pas nous priver des bons soins auxquels nous sommes habituées et qui nous sont si précieux.»
Dans la salle des femmes, il y avait 23 malades. I.a lettre est recouverte de;23 signatures.
M. Levraud. — Le contraire serait étonnant.
M. RoussELLE. — Mais, les femmes n'ont pas le droit de voter !
M. Després. — La pétition a été spontanée, car vous admet trez bien qu'en un quart d'heure qu'a duré ma visite à Cochin, je n'ai pu matériellement faire signer tant de personnes ; aucun de vous ne croit à une pareille énormité.
M.Levrald. — On sait la spontanéité de ces choses, préparées de longue main.
M. Després. — Mes contradicteurs semblent ignorer que la plus élémentaire politesse interdit à un médecin d'aller dans la salle d'un confrère sans lui. Or, je ne suis pas chirurgien à l'hôpital Cochin.
M. Levraud. — Vous n'aviez pas besoin ^d'y aller à l'hôpital Cochin ; vous y étiez représenté par les sœurs.
M. Després. — Il y avait à Cochin 90 malades-femmes ; toutes ont signé la pétition, et 157 malades-hommes sur lesquels 132 ont signé, c'est-à-dire les onze douzièmes. Dan» ces conditions, je demande à tous ceux de mes collègues chez qui la passion n'obscurcit pas les sentiments d'intérêt pour les pauvres : peut-on violenter ainsi tout un hospice?
M. Chautemps a dit : La pétition manque de sincérité.
^L le Rapporteur. — Pardon ! j'ai dit <> spontanéité ».
M. Després. — De spontanéité soit ! Une telle affirmation estelle soutenable ?CeBaudry, dont je vous ai parlé tout à l'heure et que vous n'êtes pas allé voir, monsieur Chautemps, ce Baudry
(1) Voir aux Pièces Justificatives.
m'a écrit depuis la pétition et je lui ai répondu. En effet, il a eu connaissance des débats soulevés au sujet de cette dernière dans le Conseil. (Bruit).
11 s'attendait même à l'enquête, à la visite des membres du Conseil municipal ou du directeur de l'Assistance publique, et voici ce qu'il m'écrivait le 26 novembre dernier.
« Nousattendions cette enquête sans crainte, sachant que notre pétition n'était entachée d'aucune pression. » (Bruit.)
Vous voulez m'empêcher de parler, M. Strauss, je parlerai malgré vos interruptions.
Voici ce que m'a écrit ce malade ;
M Ce qui a agi sur nous, ce sont les bons soins et le dévouement qui nous sont prodigués par les sœui^s.»
Mais, Messieurs, il y a un point plus sérieux. Quand M. Chautemps a fait sa visite à l'hôpital Cochin, il n'est pas allé voir le signataire de la lettre dont je viens de vous lire un extrait et qui comptait cependant sur cette visite. M. Baudry m'écrit, en effet, que deux personnes sont venues à l'hôpital au sujet delà pétition des malades ; M. le Directeur de l'Assistance publique n'est pas monté dans les salles; est-ce vrai, M. le Directeur ?
M. Stupuy. — Mais alors, c'est une véritable enquête ?
M. Després. — M. Chautemps en a bien fait une ! Enfin, Messieui's, M. Chautemps a vu les malades et a reçu leurs réponses. M. le Directeur ne l'accompagnait pas comme c'eût été son devoir; il était resté en bas chez le directeur de l'hôpital, où l'on préparait sans doute l'extrait du registre du concierge de l'hôpital pour M. Chautemps. Ce dernier a demandé aux malades si on les avait forcés de signer ; ceux-ci ont répondu qu'ils avaient signé de leur plein gré. Est-ce vrai, M. Chautemps ?
M. LE Rapporteur. — Je vous répondrai tout-à-l'heure.
M. Patenne. — Toutes ces discussions ne sont pas dignes de l'attention du Conseil.
M. Després. — Je ne suis pas de votre avis. Monsieur Patenne ; nous ne devons pas nous faire un jeu des intérêts des malades. Je continue. Messieurs. M. Chautemps n'a pu trouver dans toute son enquête un indice quelconque de pression sur les malades. Les infirmières ont été interrogées, elles ont répondu comme les malades ; voilà l'exacte vérité.
M. Chautemps s'est adressé également à un des malades qui n'avait pas signé la pétition ; celui-ci a répondu qu'il n'avait pas signé parce que cela ne lui convenait pas, et voilà tout. — Et, êtes-vous plus mal soigné depuis, lui demandait M. Chautemps? — Non, répondait-il, au contraire. — Tel est. Messieurs, le résultat de la visite de M. Chautemps dans les salles. (Bruit). Ces renseignements, vous savez d'où ils me viennent ; le malade qui me les a donnés a signé sa lettre.
M. GuiCHARD. — Il y a donc des années qu'il est à Thôpital, ce malade ? (Bruit et exclamations nombi^euses).
M. Després. — Je constate que je suis interrompu à chaque instant. Quand M. Chautemps a attaqué tout-à-Pheure les médecins des hôpitaux, vous n'avez pas protesté. Ecoutez donc, maintenant qu'il s'agit de l'intérêt des pauvi-es.
M. Strauss. — Vous n'avez pas le monopole de la charité. (Bruit et réclamations à droite).
M. Després. — Je continue, Messieurs ; vous voyez que M. Chautemps n'a pu, malgré tous ses efforts, trouver aucune preuve de pression ; il a questionné tout le monde et sans résultat. Hé bien ! Messieurs, laissez-moi vous rappeler qu'il s'a git d'une pétition d'un grand nombre de malades parmi lesquels il y a 139 électeurs. Ils ont exprimé leur opinion, allez-vous la mépriser ? (Bruit).
M. Dei.homme. — Parfaitement ! Nous avons reçu de nos élec teurs mandat de laïciser ! (Bruit).
M, Després. — Je n'ai jamais vu le Conseil montrer autant d'animosité et de passion. Mais je n'abandonnerai pas la lutte, je ne m'arrêterai pas, parce que, dans la laïcisation vous ne voulez pas voir ce qu'y voit un républicain sincère et convaincu: un danger pour la République même.
Oui, Messieurs, vous choisissez pour accomplir cette oeuvre qui donne naissance à tant de dissentiments et de discordes, vous choisissez le moment où les républicains ont tant besoin de se grouper, de se serrer les uns contre les autres pour se prêter un mutuel appui, pour lutter contre la crise économique la plus formidable qu'ait jamais connue l'Europe, pour augmenter encore le mal. C'est alors que vous expulsez ces femmes qui, pour un salaii^e dérisoire, prodiguent aux malades leur dévouement, ne reculent pas devant le travail rebutant d'être sans cesse près des morts et des mourants, et que vous ne remplacerez jamais que par des mercenaires .
(Bruit, protestations à gauche. — Applaudissements à droite.)
Et je dis que, de gaieté de cœur, vous voulez tarir une des sources les plus fécondes du dévouement et du sacrifice. Depuis qu'il y a des hommes, il y a eu des femmes qui se sont vouées au célibat et ont charitablement rempli leur mission volontaire en donnant leurs soins aux pauvres, aux malheureux et aux déshérités. Ne touchez pas à cela !
M. Denys Cochin. — ■ Je n'ai que peu de paroles à dire. Quand pour la première fois, vous avez voté la laïcisation de l'hôpital Coehin, j'ai offert de mettre sous vos yeux les pièces, et de développer devant vous les arguments juridiques qui, selon moi, s'opposaient à cette laïcisation. Néanmoins, le Conseil a passé à l'ordre du jour et a dédaigné mes offres. Je n'avais plus à discuter, et il ne me restait qu'à remettre l'affalire aux mains de mon avoué; ce que j'ai fait. Mais, je tiens à dire avec quelle émotion j'ai appris que les malades de l'hôpital, spontaném3nt, et ù la presque unanimité, ont protesté contre la mesure qui va être prise, et demandé le maintien des sœurs. Ces malades, je ne les ai pas vus, mais je suis sur de la spontanéité de leur protestation. Et moi, qui dans ces débats suis obligé de plaider contre la Ville pour revendiquer les droits de ma famille, je n'ai pas de pius consolant appui que cette déclaration des malades. J'ai eu pourtant une autre satisfaction : celle de voir les médecins des hôpitaux protester, eux aussi, contre cette laïcisation. Si la souffrance proteste d'un côté, la science aussi proteste de l'autre. Je suis profondément heureux de rendre hommage à ces grands noms de médecins, de savants, contre lesquels des paroles imprudentes ont été prononcées, qui consacrent aux pauvres malades leur savoir, leur travail et leur dévouement. II appartiendrait à l'Administration de les défendre, mais puisqu'elle ne sait pas ou ne veut pas rendre justice à ses illustres auxiliaires, ni entendre les plaintes des malades, je tiens, nous tenons, mes amis et moi, à remercier ces savants dévoués et les malades. (Applaudissements à droite.)
M. LE Président. — La parole est à M. le Directeur de l'Assistance publique.
M. Gamard. — Enfin, il s'est décidé !
M. LE Président. — M. le Directeur est inscrit depuis longtemps.
M. LE directeur de l'assistance publique. — La pétition des médecins des hôpitaux n'est pas en discussion. Sans m'écartcr du respect profond que je porte à leur haute science, sans manquer à la reconnaissance que nous leur devons pour leur dévouement de tous les jours, auquel je rends un plein hommage, je m'expliquerais librement sur leur pétition, le jour où elle serait portée devant le Conseil. (Très bien !)
Le droit de l'Administration de laïciser l'hôpital Coehin n'est pas davantage en discussion.
A DROITE. — Ah ! vraiment !
M. LE DIRECTEUR DE l'ASSISTANCE PUBLIQUE. — Et, d'aillCUrS,
lorsque j'affirme ce droit, j'ai pour me couvrir une autorité dont la compétence est hors de discussion : c'est celle de mon Comité consultatif. Ce Comité composé, comme vous le savez, de jurisconsultes cminents...
M. Marius Martin. — Choisis par vous.
M. LE DIRECTEUR DE l'aSSISTANGE PUBLIQUE — Ce COmité, dls-JG,
dans une séance présidée par l'honorable M® Allou, à Tunanimité des membres présents, a émis l'avis formel que nous étions légalement autorisés h remplacer le personnel congréganiste par des infirmières laïques. (Rumeurs.)
M. Denys Cochin. — Etes-vous bien sûr, Monsieur le Directeur, d'avoir communiqué toutes les pièces?
M. LE Directeur de l'Assistance publique. — Sans exception. J'y ai même joint celles que l'honorable M. Cochin nous a fournies. (Rires).
M. Denys Cochin. — Remerciez-moi, Messieurs. (Nouveaux rires).
M. le Directeur de l'Assistance publique. — Quant à la pétition des malades, celle qui, seule, est vraiment en cause aujourd'hui, je n'ai qu'un mot à répondre à ses auteurs. La laïcisation est une mesure d'ensemble que nous poursuivons dans l'intérêt général des malades. Or, vous savez, ^Iessieurs, que dans quelque ordre d'idée que ce soit, on ne peut pas concilier les désirs particuliers, les convenances particulières, avec l'application d'une mesure d'intérêt général.
Un jour viendra peut-être, — il viendra, je l'espère — où chaque malade pourra avoir une chambre, une garde et un médecin à son choix.
M. Gamard. — Quand il les a, on les lui ôte.
M. LE Directeur de l'Assistance publique. — Malheureusement, nous n'en sommes pas encore là ; et tant que les malades seront réunis en commun, il faudra bien qu'ils se soumettent aux dispositions prises pour le bien du plus grand nombre.
Voyez, du reste, ce que nous ferions, si nous acceptions la pétition en question !
La durée moyenne du séjour à l'hôpital est d'un mois pour chaque malade ; d'où il résulte que la plupart des signataires de cette pétition n'auront pas à bénéficier ou à souffrir, si souffrir il y a, de la décision contre laquelle ils protestent, (Bruit) et qu'ils réclament pour leurs successeurs.
M. Després. — Ce ne sont pas ceux qui ne sont pas encore à l'hôpital qui peuvent protester.
M. le Directeur de l'Assistance publique, — Faudra-t-il prendre l'avis de ceux qui les remplaceront, et après ceux-là, de ceux qui viendront ensuite ? De tout ceci, je ne vois ressortir qu'une chose, c'est que les malades de Cochin sont bien soignés.
M. Gamard. — Alors, laissez les sœurs !
M. Strauss. — La présence des sœurs n'est pas une condition sine quà non des bons soins.
M. LE Directeur de l'Assistance publique. — Ils sont bien soignés et en sont reconnaissants. Il faut les en louer. Lorsque l'an prochain l'hôpital sera laïcisé, ils ne seront pas moins bien soignés, ni, j'espère, moins reconnaissants. (Très bien! — Applaudissements) .
M. Lerolle. — On verra bien.
M, Monteil. — Messieui's, je n'occuperai que quelques instants la tribune ; ce sera suffisant pour me permettre de donner dans cette discussion une note nouvelle.
Dans cette affaire, chacun a vu par ses yeux, chacun a fait son enquête ; j'ai fait la mienne aussi, et j'ai acquis la conviction que plus de la moitié, au moins, des signatures apportées ici à grand renfort de grosse caisse, sont fausses. (Marques d'étonnement) .
M. Després. — Ce n'est pas difficile à dire,
M. Strauss. — Ecoutez donc !
M. Monteil, — La plupart de ces signatures n'ont pas été apposées par les malades; je vous dirai tout à l'heure comment elles ont été fabriquées.
M. Marius Martin. — Mais, c'est grave, cela,
M. Strauss. — Oui, Monsieur Marius Martin, cela est grave,
M. Marius Martin, — Très grave, seulement ce n'est pas vrai .
M. Monteil. — Vous démêlerez ces choses, Messieurs, et vous verrez où se trouve la vérité; quant à moi, je vous dirai ce que je crois être exact.
Une voix. — Vous êtesdéjcà moins afflrmatif.
M. Denys Cochin. — Vous nous ferez connaître aussi qui vous accusez ?
M. Monteil. — Vous savez. Messieurs, que très souvent des malades restent longtemps après leur guérison dans les hôpitaux, et, Monsieur le Directeur de l'Assistance publique, je vous signale ceci, en passant, et vous dis: il est fâcheux que les médecins ne soient pas forcés de donner les ordres de sortie aussitôt que les malades sont guéris. Car il y a des malades qu'on garde et ce sont les préférés des sœurs ; ceux-là sont d'abord mieux soignés que les autres, et, quand ils sont guéris, ils continuent ù être choyés et on les garde longtemps, et on les emploie à divers j»etits offices.
M. Maurice Binder. — Pour les faire signer ?
M. MoNTEiL. — Je vois que ^I. Binder connaît les procédés. Or, il y avait à Cochin un malade du nom d'Ernest. Ernest, depuis'longlemps était guéri. Mais on gardait Ernest. Une sœur, qui répond, si je ne me trompe, au doux nom de Constance, avait pris Ernest en amitié et justifiait son nom en ne s'en séparant pas. Ernest était gâté. On l'occupait à copier des cantiques; quelquefois aussi, il préparait des cahiers de médecine et de pharmacie, mais enfin, généralement il travaillait dans les cantiques.
Eh bien! Ernest eut vent du désir que pouvait avoir M. Després d'être soutenu par les malades. Comment reçut-il ce vent ? Je n'en sais rien et je ne veux pas le rechercher. Je ne veux pas savoir, en ce moment, si un économe s'est mêlé de cette affaire. Toujours est-il qu'à ceiiaine heure, Ernest est venu trouver la sœur Constance et lui a dit : il faut que nous fassions une protestation contre la laïcisation de l'hôpital Cochin. Et c'est alors qu'a été rédigé ce que M. Després appelle « l'expression naïve de ces pauvres malades », ce qui est tout simplement la lettre d'Ernest, qui est très bien portant.
M. Marius Martin. — Vous êtes très bien avec Ernest, Monsieur Monteil.
M. Lerolle. — Ernest est-il l'auteur des faux que vous signalez ?
M. MoxTEiL. — La lettre une fois rédigée et les listes pour les signatures étant préparées, on fit signer quelques malades, et comme on répéta que M. Després était pressé d'avoir en mains ces précieuses signatures, qu'on n'avait plus le temps d'aller enjôler les malades de salle en salle et de lit en lit, on profita du moment où a lieu le repas du personnel pour s'emparer du registre d'entrée et on fit les signatures en regardant les noms (Bruit.)
M. Després. — Ce n'est pas possible.
M. Monteil. — C'est ainsi ; croyez que je suis parfaitement renseigné. On signa pour les malades. Qui ? Ernest sans doute; un surveillant, peut-être ; les sœurs, c'est possible, car le travail fut porté à la communauté et s'y acheva.
Voilà les faits. Et maintenant je m'adresse à M. le Directeur de l'Assistance publique et je lui répète qu'un surveillant de l'hôpital a pris part àces faits. M. le Directeur agira, je l'espère, en conséquence.
Voilà donc, INIessieurs, la vérité sur ces fameuses signatures. Voilà la preuve des angoisses des pauvres malades à la nouvelle du départ des sœ'urs, voilà l'appui que M. Cochin peut invoquer pour protester encore contre la laïcisation de l'hôpital qui porte son nom.
M. Després. — Et les signatures des médecins, les niez-vous aussi ?
M. MoNTEiL. — fJ'ajoute qu'aussitôt les signatures envoyées à M. Després, on a eu peur d'une enquête, et quelle a été la victime des sœurs ? C'est Ernest, Messieurs, Ernest qui croyait s'être assuré un long séjour à l'hôpital, c'est i^.rnest que l'on a fait sortir de l'hôpital. C'a été l'épilogue de cette comédie.
M. Denys Cochin. — Je ne sais pas sur quoi M. Monteil appuie ce qu'il croit être la vérité. Tout le monde peut se tromper; mais je voudrais qu'on n'apportât pas à la trihune des faits aussi graves, sans en fournir la preuve. Je ne puis penser qu'il y ait pour moi une question personnelle.
De toutes parts. — ■ Non ! Non !
M. Lyon-âlemand. — Que les sœurs s'en soient [mêlées, c'est très probable ; mais il ne s'agit pas de vous.
M. Denys Cochin. — Je proteste aussi bien au nom des sœurs. Il ne faut pas apporter des accusations générales vagues, il faut affirmer. Et quand on affirme, on peut être poursuivi en diffamation et la lumière se fait. M. Monteil, lui, a apporté des accusations exorbitantes, sans que la lumière puisse se faire.
Marchandon disait devant les tribunaux : « Ce n'est pas moi qui suis coupable, c'est Emile. " Sans comparaison, cet Emile me rappelle votre Ernest. Ce n'est pas ainsi qu'on agit : on nomme les gens, on lève les masques.
M. Monteil. — Je suis étonné que M. Cochin ait pu \oir une allusion personnelle dans mes paroles ; rien dans ce que j'ai dit n'a pu lui faire supposer que j'eusse cette idée, et je déclare croire sincèrement que M. Cochin est resté étranger aux manœuvres qui ont eu lieu dans l'hôpital qui porte son nom.
M. Després, — Alors, à quelle personne M. Monteil a-t-ilfait allusion ?
Voix nombreuses. — C'est à Ernest ! (Rires.)
M. Després. — Je pense. Messieurs, qu'il ne s'agit pas plus de moi que de M. Cochin.
J'ai déposé sur le bureau la pétition avec les signatures des pétitionnaires. Q)ue les Membres du Conseil, que les experts en calligraphie, voient donc si les signatures émanent de la même personne.
l'eut-être est-il arrivé qu'un malade ait signé pour un autre qui ne pouvait ou ne savait le faire. ( Ah ! Ah !). Mais il n'y a pas eu de fraude.
En tout cas, il appartenait à M, le Directeur de l'Assistance publique et à M. le Rapporteur de le vérifier. Je fais le public juge de l'attitude du Conseil.
Plusieurs membres. — La clôture !
M, LE Présidext. — Je mets aux voix l'ordre du jour de M. Chautemps.
Cet ordre du jour est adopté.