LA LAÏCISATION
En vain les héritiers de l'abbé Cochin s'étaient adressés à toutes les autorités municipales et politiques, avec sa faiblesse accoutumée, l'Administration de l'Assistance Publique capitulait devant les sommations violentes de la majorité du Conseil Municipal de Paris.
Les héritiers réclamaient au moins un sursis, jusqu'à ce qu'une décision judiciaire fût intervenue. Cette demande si légitime ne fut pas accordée. Le Préfet de la Seine et le Directeur de l'Assistance Publique passèrent outre.
En effet, voici le récit que l'on pouvait lire dans les journaux du 21 Décembre 1885.
« C'est aujourd'hui que les Sœurs ont dû quitter l'Hôpital Cochin. Ni la protestation des malades, ni celle des médecins, ni les questions de droit soulevées devant les tribunaux, n'ont pu arrêter l'intolérance odieuse de l'Administration.
« Ce matin, M"" Augustin Cochin et MM. Denys et Henry Cochin se sont rendus à l'Hôpital, pour remercier les Sœurs et leur dire un dernier adieu. Ils étaient accompagnés de quelques parents et amis, MM. Carron, (petit-neveu, lui aussi, du fondateur de l'Hôpital) ,Récamier, de la Brière,Lerolle et Gamard, Conseillers Municipaux de Paris.
« En présence de la famille du fondateur, MM. les Docteurs Dujardin-Beaumetz et Gouraud, méde
cins en chef de l'Hôpital, ont fait leurs adieux aux Sœurs, et les ont remerciées, avec une poignante émotion, de leurs admirables services, de leur inaltérable dévouement.
« Ensuite, les médecins ont conduit les visiteurs dans les salles, où les malades ont exprimé, à leur tour, tous leurs regrets et toute leur indignation.
« Les Sœurs, comme les malades, avaient peine à retenir leurs larmes.
« Les témoins de ce déchirant spectacle ont voulu, avant de quitter l'HôpitaL s'arrêter à la Chapelle, où est la tombe de M. Augustin Cochin (i). Ils se sont ensuite retirés, profondément navrés.
« Aujourd'hui à 2 heures, l'iniquité a dû être consommée. »
En effet, ce même jour, 21 Décembre 1885, les Sœurs quittaient cette maison, où les avait placées l'Abbé Cochin, où depuis un siècle elles donnaient aux malades les soins les plus habiles et les plus désintéressés.
Quelques-unes de celles qui quittèrent ce jourlà l'Hôpital, y vivaient depuis trente ans et plus, dans la pratique de toutes les vertus.
(1) Voir aux Pièces Justificatives.