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ou ù la potence, y étaient enfermés sur la demande de leurs familles En 1789, il y avait trente-cinq pensionnaires et quatre-vingt-neuf sans pension.
En 1791 Doublet, envoyé pour visiter Bicêtre, proposa dans un rapport à la Faculté de médecine les réformes suivantes : 1° établir un courant d'air rapide dans le corridor des cabanons ; 2" supprimer les cabanons, appelés cachots blancs; 3» faire sortir tous les jours les prisonniers au moins pendant une heure et disposer un chauffoir pendant l'hiver.
Cachots.
Au milieu de la cour principale existaient huit cachots où par commutation de peine les condamnés à mort étaient enfermés. Leur superficie totale était de cinq^toises sur six. A l'extérieur au-dessus du sol une construction, composée de piliers en pierre de 24 pouces carrés, en couvrait l'étendue ; entre ces piliers étaient pratiqués les soupiraux qui en aéraient l'intérieur. On y descendait par un escalier de 22 marches.
Une galerie divisait sur la longueur ce massif de construction en deux parties égales, chacune distribuée en quatre cachots. Chacun d'eux était fermé par une double porte, et dans un coin une ventouse, correspondant à un soupirail, était le seul moyen d'aérage (1). Trois chaînes fixées dans le mur servaient à enchaîner les criminels.
L'aspect de ces immondes culs-de-fosse était tellement horrible que les geôliers eux-mêmes n'osaient pas les montrer. Aussi ne fûtce qu'après de nombreuses démarches et difficultés que John Howard put les visiter (2).
Primitivement il y avait deux étages de cachots; les plus bas étaient de beaucoup, le plus effrayants. Louis XVI à son avènement les fit combler. Ceux, qui subsistaient encore, avaient des murs si épais que les prisonniers ne pouvaient pas entendre leurs voix; pour correspondre, ils frappaient contre les parois un nombre de coups, égal au rang que chaque lettre occupe dans l'alphabet (3).
(1) ViEL (Charles-François).
(2) John IIowahd. Loc cit.
(3) Maurice Barthélémy. Lnc. cit.
C'était là qu'on mettait les mouchards et les criminels délateurs, qui avaient dénoncé leurs complices.
Comme nous ne faisons point ici une histoire anecdotique des prisons, nous croyons inutile de parler des détenus et des motifs, parfois intéressants de leurs condamnations.
Correction.
A la Correction (salle St-Martin), les enfants étaient emprisonnés jusqu'à 25 ans sur la demande de leurs parents et même du curé de leur paroisse. Toutefois avant de les recevoir, on faisait une enquête pour se rendre compte, si les motifs invoqués étaient exacts.
On y enfermait également jusqu'à leur majorité les enfants de moins de 15 ans, arrêtés pour vagabondage ou vol. Lorsqu'ils atteignaient leur 17« année, ils passaient de la Petite à la Grande correction (1).
On leur apprenait le Cathéchisme, on leur enseignait à lire, à écrire et à compter. Le reste du temps on les occupait à faire du lacet ou à d'autres travaux peu fatigants. Mais on ne voulait point les laisser dans l'oisiveté. Si l'on était content d'eux, on apportait quelques adoucissements à leur régime ordinaire, souvent par trop sévère. Ils n'avaient pour coucher qu'une paillasse, des draps et une couverture et pour nourriture du pain et de l'eau ; on ne leur donnait de la viande, que lorsque par leur travail, ils avaient gagné de quoi l'acheter.
Il y avait place à la correction pour 66 enfants; 15 à 20 d'entre eux servaient d'enfants de chœur (2). Ils étaient placés sous la direction d'un maître, d'un sous-maître et d'un correcteur, chargé de leur administrer le fouet.
Un de leurs maîtres, à l'époque des discussions du jansénisme, ne s'imagina-t-il pas d'en vouloir faire des adeptes de cette doctrine, il les catéchisa si bien qu'ils refusèrent de se confesser aux prêtres de la maison. Grand émoi du recteur de l'Hôpital Général! Il accourt aussitôt à Bicêtre, rassemble les correctionnaires, les admoneste et termine en leur disant : « "Vos prêtres confessent ici deux mille âmes
(1) Code de V Hôpital- Général, p. 501.
(2) Père Richaed. Lac. cit.
de diables et ils ne pourraient pas diriger vos petites âmes » (1).
Tous ces enfants sous l'impulsion et la direction de leur maître étaient devenus des théologiens renforcés et discutaient imperturbablement sur la Fréquente Communion. A l'un d'eux, âgé de quinze ans, en danger de mort, le premier soin du prêtre, appelé à son chevet, est de demander l'acceptation de la Balle Unigenitus ; l'enfant s'en défend d'abord, puis accepte et enfin se rétracte. Le recteur prévenu vient à la rescousse et lui propose une profession de foi, où il ne s'agirait point delà conslitutian « Êtes-vous soumis à l'Église et au Pape, lui demande-t-il ». « A l'Éghse oui, au Pape non, lui réplique reniant ». Malgré toutes les objurgations on ne peut l'amener à résipiscence.
Si nous avons rappelé ce fait de minime importance : c'est que ce fut là le commencement de la fameuse querelle entre l'archevêque de Paris et les administrateurs de l'Hôpital- Général, querelle qui faillit amener la ruine de ce grand établissement et qui dura près de dix ans. Les administrateurs, entachés de jansénisme, n'avaient point voulu accepter à la Salpêtrière, comme supérieure, une certaine dame Moissan, protégée et nommée par l'archevêque Christophe de Beaumont. Précédemment nous en avons parlé; aussi n'y insisterons-nous point davantage. Seulement aujourd'hui on ne peut qu'être surpris de l'acrimonie de pareilles discussions, si futiles au fond, et survenues pour un maître de la Correction, trop zélé janséniste aux yeux de l'archevêque et pour une supérieure de la Salpêtrière, qui ne l'était pas assez à ceux des administrateurs.
Les enfants de la Correction ne furent point épargnés par les massacreurs de Septembre. Ce fut leur maître Boyer, qui vint trouver les assassins et leur dit qu'ils oubliaient les correctionnaires. Ce misérable s'érigea en accusateur et désigna ceux qu'il voulait faire tuer. Sur cinquante-cinq détenus, trente-trois périrent égorgés par ces bêtes fauves. L'un d'eux n'avait point encore dix ans; lorsqu'aprcs le départ de ces sinistres coquins pour la Sali)ètrière, où ils allaient continuer leur sanguinaire besogne, on voulut ensevelir ces pauvres victimes, on trouva son cadavre couché sur ceux de tous les autres; il ressemblait, écrivait cinquante ans plus tard un témoin de cette scène, à un ange endormi.
(1) Nouvelles EccUKiasti(jiUos,o\ Juillet 174i).
Compagnie des Gardes,
Pour faire la police de la Force, des Cabanons, des Cachots et de la Correction, il y avait une compagnie de gardes, soldée et entretenue par l'administration de Bicêtre : elle se composait de quatrevingt-six hommes, ayant à leur tête un capitaine, un lieutenant, six sergents et deux tambours ; elle habitait le bâtiment neuf et les prisons. Les gardes étaient choisis parmi les soldats libérés et servaient de vingt-cinq à quarante ans. Quand ils prenaient leur retraite, ils pouvaient 5e faire incrire au nombre des Bons pauvres et ils avaient en outre droit à un supplément de nourriture (1).
(1) Père Richard. Loc. cit.
• CHAPITRE VII Les Fous.
Les Fous soignés à l'Hôtel-Dieu, les incurables mis à Bicêtre, dès la fondation de l'Hôpital-Général. — Simon Morin. — Leur noynbre à diverses époques. — L'Emploi St-Prix, les loges et les rues, — Accusations injustes portées contre les administrateurs. — Récits contradictoires de Mirabeau, et d'Aubanel et Tliore auec celui de La Rochefoucauld. — Motifs qui rendent vraisemblable le compte rendu de ce dernier. — Rapport de Desportes en 1822 au conseil général des Hospices sur les aliénés. — Formalités pour faire interner un fou. — L'histoire de Bicêtre faite par Alhoy etLurine ainsi que celle d/Alboise et Maquet n'ont aucune valeur documentaire etne méritent nulle créance. — Pinel à Bicêtre. — Réformes capitales, apportées par lui dans la manière de traiter les fous. — Pussin, gouverneur de l'Emploi Sjt-Pri\\ le seconde dans ses vues humanitaires. — Pinel se rend à la Commune de Paris pour demander l'autorisation de briser les chaînes des insensés. — Protestation soulevée par cette demande. — Couthon va le lendemain à Bicêtre; ses paroles à Pinel. — Celui-ci met enfin ses projets à exécution ; après son départ de Bicêtre les fous sorit de nouveau enchaînés. Les hôpitaux mal dirigés par les administrateurs qui succédèrent à ceuxde VHôpital-Général. — Ce ne fut pointCouthon, mais peutêtre Toulan, qui vint visiter les aliénés de Bicêtre (Note).
Avant l'illustre Pinel il existait à peine dans toute la France pour soigner les fous quatre ù cinq asiles mal organisés, où manquaient les choses les plus indispensables et où l'on suivait une méthode de traitement unique et routinière; aussi les succès obtenus étaient-ils peu nombreux. Des milliers d'aliénés vivaient enfermés dans des maisons de force, sans qu'on s'occupât de leur donner le moindre
remède. A moins que la nature ne leur vint en aide, le terme de la maladie était toujours la mort (1).
A Paris on ne les traitait qu'à l'Hôtel-Dieu, où deux salles leur étaient réservées : pour les hommes, la salle St-Louis, comprenant dix grands lits et deux petits, et pour les femmes la salle Ste- Geneviève avec six grands lits et huit petits (2).
Lorsque les bains, les douches, les saignées répétées et les purgatifs n'avaient produit aucun résultat, on leur appliquait des vésicatoires aux jambes; les douleurs ainsi causées étant, pensait-on, favorables à la guérison. Si après quelques mois aucune amélioration ne survenait, on les dirigeait alors sur Bicêtre, la Salpêtrière ou les Petites-Maisons. Cette maladie s'était tellement accrue dans les vingt dernières années ic'est-à-dire avant 1791) que les salles de l'Hôtel- Dieu ne désemplissaient pas et le nombre de ceux envoyés à Bicêtre devenait si considérable qu'on était obligé d'en refuser. Le chiffre des admissions dépassait annuellement la centaine; comme le montre le tableau ci-dessous :
Admissions des fous à Bicêtre (3) .