CHAPITRE PREMIER
Histoire de Bicêtre-Château.
Sa situation. — La. Grange au Queux donnée par saint Louis aux Chartreux, puis vendue à Vévêque de Winchester, Jean de Pontys. — Château de Bicêtre confisqué, puis restitué à ce prélat par Philippe le Bel. — Divergence d'opinion avec Lebeuf.
— Bicêtre n'appartint jamais au comte de Savoie. — Son occupation à deux reprises par les Ayiglais. — Donné par Charles V à son frère Louis d'Anjou; à la mort de ce dernier, Jean, duc de Berry, en dépouille ses neveux et le fait réparer aux dépens du trésor royal. — Goîit de ce prince pour les arts. — Ses alliés à Bicêtre. — Paix et trahison de Winchestre. — Incendie de ce château. — Donation faite au chapitre Notre-Dame. — JRéclamation de la Chambre des Comptes qui demande le retour de Bicêtre à la couronne royale comme bien apanage. — Interventions de Charles VII et de Louis XL — Matériaux du château donnés par François /" pour la construction de la maison de la Charité ; inexécution de ce projet. — Commanderie de saint Louis instituée par Louis XIII pour les gentilshommes et soldats estropiés à la guerre. — Reconstruction de Bicêtre. — Les Enfants trouvés à Bicêtre ; leur court séjour.
— Les Frondeurs cherchent à entraîner à la révolte les soldats qui y habitent.
Le château de Bicêtre, situé au sud de Paris, entre Gentilly, Arcueil,Villejuif et Ivry,dans l'ancien pays deHurepoix (l),à une lieue
(1) Le Hurepoix était un des douze pays, formant l'ancien gouvernement général de l'Ile-de-France. Dourdan en était le chef-lieu. Il était borné au nord par la
et demie environ du parvis Notre-Dame, près la route de Fontainebleau, au sommet d'une colline au bas de laquelle coule la Bièvre, fut construit au milieu du treizième siècle par un évoque de Winchester, sur un terrain appelé Grange au Queux.
D'où vient ce nom ? Les uns le font dériver de Biberis castra (camp de la Bièvre), car selon eux les Romains auraient eu là un camp ; les autres prétendent que de Grange Cœster, nom porté par une vieille masure, placée en ce lieu, on aurait fait Bicêtre (1). D'après une troisième hypothèse il tirerait son origine de Bissexte, jour complémentaire de février, considéré par les anciens comme néfaste et employé souvent dans le sens de malheur. Les motifs, donnés en faveur de cette dernière opinion, ont un certain air de •vraisemblance. Après que ce château eiit été incendié en 14H, d'audacieux bandits y avaient élu domicile et dépouillaient les v'oyageurs assez imprudents pour s'aventurer sans escorte dans ces parages. Le peuple pour peindre le sentiment d'effroi, que lui inspirait ce castel démoli, l'aurait appelé Bissexte, d'où par la suite des temps on en aurait fait Bicêtre.
Il n'y a là toutefois qu'une fortuite assonance et la véritable étymologie est celle qui le fait dériver de Winchester en lui faisant subir les diverses transformations de Winchestre, Wichestre, Bissestre et enfin Bicêtre.
Au milieu du treizième siècle, les Chartreux n'avaient point encore de couvent à Paris, le pieux Louis IX pour réparer cet oubli envoya un de ses officiers offrir à leur supérieur d'en faire construire un aux frais du trésor royal. Cette proposition fut acceptée avec empressement. Don Jean Josseran, prieur du Val Sainte-Marie en Valenti-
Seine, qui le séparait de l'Ile-de-France proprement dite ; au sud, par le pays Chartrain et le Gâtinais français ; à l'ouest, par le Mantois. Il avait environ neuf lieues en tous sens. Les rivières de l'Orge, de Juines, d'Etanipes, de Remarde, d'Ivette et de Bièvre l'arrosaient. Voici les noms des onze autres pays de l'Ile-de-France : Laonnois, Noyonnais ou quartier de Noyou, l'Ile-de-France proprement dite, le Moissonnais, le Valois, le Beauvoisis, le Vexin franvais, le pays de Thomerais, le Mantois, le Giîtinais français et la Brie française. (1) Promenadr au centre de Qentilly par le curé du lieu.
nois, reçut les pleins pouvoirs de son chef d'ordre pour traiter avec le roi. Louis IX leur donna près du village de Gentilly une maison appelée Grange au Queux, qu'il avait achetée en 1250 avec des terres, des vignes et des prés à Jean Ogier, héritier de Pierre, son ancien cuisinier (1).
Peu après les Chartreux abandonnèrent la Grange au Queux pour le château de Vauvert, où plus tard s'élèvera leur magnifique monastère de la rue d'Enfer; ils n'en gardèrent pas moins celui de Gentilly; et même par un acte passé à Melun au mois de mai 1259 le roi confirma sa première donation. Cependant ils ne tardèrent point à céder cette propriété à l'évêque de Winchester; puisque Jeanne de Châtillon, veuve de Pierre d'Alençon, troisième fils de saint Louis, terminait un acte de donation à ces mêmes religieux de Vauvert en ces termes : « Donné en la maison de l'évêque de Winchester, qui t est appelée la Grange au Queux, jouste Paris, l'an de grâce « MCCXC, le mardi après la feste de Notre-Dame (2).
Cet évêque de Winchester, nommé Jean de Pontys, chancelier de l'Université d'Oxford, joua pendant plus de vingt ans un rôle prépondérant dans sa patrie. Il fut un des conseillers les plus écoutés d'Edouard I<^''.
En France tous les auteurs, qui en parlent, l'appellent à tort Jean de Pontoise (3). Il existait, il est vrai, à cette époque un prêtre de ce nom, mais il était abbé de Citeaux (4) et n'avait rien de commun avec le prélat anglais.
Chargé des intérêts du roi, son maître, à la cour de France, Jean de Pontys, voulut en outre de l'hôtel qu'il avait à Paris, rue Bordelle (5), posséder maison de campagne aux portes de la ville; il acheta à viager (1286) la Grange au Queux avec des terres, des vignes, des jardins, des prés situés aux villages d'Arcueil, de Vitry, au bourg St-Marcel et fit bâtir un château sur les hauteurs de Gentilly.
(1) Du Bbeul. Antiquités de Paru, p. 347.
(2) DOM FÉLIBIEX. BMohe de Paria, t, III, p. 231.
(3) GODWIN (Francis) , De prresulibus Angliœ commentarim. Cambridge, 1743, p. 2212.
(4) Gallia Christiana, t. IV, p. 998.
(5) Sauval. ninoire et rtchcrches des antiquités de Paris, t. II, p. 263.
Tant que les relations furent amicales entre les deux souverains, il fut bien vu et bien reçu à la cour de France, mais lorsque les hostilités éclatèrent entre les deux pays, il fut obligé de fuir. Philippe le Bel, qui n'était pas homme à reculer devant une spoliation, s'empara de ses biens et les donna à vie à Hugues de Bouille, seigneur de Milly, son chambellan (1294). Lorsque la paix fut signée, Jean, qui en avait été un des principaux négociateurs, rentra en possession de son château.
Dans l'acte de restitution on n'oublia pas d'insérer que le domaine royal conservait ses droits de retour (1301). Salvo tamen in restitutione prœdicta et in possessionibus et bonis prsedictis in omnibus jure nostro (1).
Bicêtre était donc un bien apanage, sous la dépendance del'évêque de Paris, seigneur de Gentilly depuis 878, époque où. Louis le Bègue avait donné ce fief à Ingelwin.
A la mort de l'évêque de Winchester (13041 (2), son apanage fit retour à la couronne; tout au moins en ce qui concernait la Grange au Queux.
Nous ne saurions partager l'avis de l'abbé Lebeuf, lorsqu'il laisse supposer que le comte Amé ou Amédée de Savoie posséda le château de Bicêtre : « II y a aussi quelque apparence, dit-il, que ce que le « comte de Savoie avait en maison et en vignes, au sujet de quoi il « eut contestation avec l'abbaye de Sainte-Geneviève en 1315, était « dans le même canton (Bicêtre), parce que ce comte alléguait que « ces biens lui étaient advenus par l'évêque de Winchester» (3).
Lebeuf pour appuyer son opinion a soin de renvoyer à la Gallia Christiana, mais en se reportant au passage cité pai' lui on est surpris de voir qu'il n'y est question ni de Gentilly ni de Bicêtre. On y fait seulement mention d'un acte passé entre le comte de Savoie et Jean IV de Saint-Leu, abbé de Sainte- Geneviève, pour régler un différend, soulevé entre eux à propos de jardins, situés au bourg Saint-Marcel (4). Ces terrains provenaient, il est vrai, de l'évêque de
(1) André Duchesne. Annotations des œuvres d' Alain Charticr, p. 817.
(2) GODWIN. Loe. cit.
(3) Lebeuf (abb6). Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, t. X, p. 14.
(4) Oallia Christiana, t. VII, p. 749. Preuves, p. 246.
Winchester, mais n'avaient aucun rapport avec le château de Bicêtre. Parce que le comte Amédée se trouvait possesseur d'une partie des biens qui avaient appartenu à Jean de Pontys, il ne fallait point en conclure que tout l'héritage de l'évêque anglais fut passé en ses mains soit par acquêt, soit par donation. Puis le minutieux et si exact habituellement, abbé Lebeuf aurait dû se souvenirquela censive de Sainte-Geneviève ne dépassait pas la rive gauche de la Bièvre et que par conséquent cette abbaye n'avait nul droit d'empiéter sur la suzeraineté que l'évêché de Paris exerçait sur Bicêtre.
Plus affirmatifs que Lebeuf, les auteurs venus après lui, forts de son témoignage, ont tous donné comme positif le fait qu'il avait présenté sous forme dubitative.
A deux reprises, le château de Bicêtre fut occupé par les Anglais.
En 1339, le roi d'Angleterre, Edouard III, après un échec sous les murs de Reims, où il avait voulu entrer pour se faire sacrer roi de France, et après avoir saccagé la Bourgogne, malgré les cent mille écus que les habitants de cette province lui avaient donnés pour se racheter du pillage, se dirigea vers Paris, établit son camp à Gentilly (Bicêtre) et offrit la bataille au Dauphin. Celui-ci, qui à rencontre de son père et de ses trois frères, n'aimait point à guerroyer en personne, se mit à « délayer tant pour se fortifier que pour affaiblir « l'ennemi «.Voyant que les Français étaient indifférents à toutes ses provocations (le souvenir de Poitiers était encore trop récent pour jouer le sort de la nation dans un combat qui pouvait achever notre ruine), Edouard se retira, non sans avoir pillé et brûlé tous les villages d'alentour. Bicêtre ne fut point épargné (1).
Robert Knolles, chef de bande au service des Anglais, en 1370 à la suite d'une incursion en Picardie et en Champagne, vint camper à Bicêtre. Cette fois encore Charles V, quoique devenu roi, resta prudemment enfermé dans son hôtel St-Pol, d'où il voyait la fumée des incendies, aUuméspar l'ennemi. Après deux jours et deux nuits passés à Bicêtre, les Anglais s'en allèrent dévaster le pays Chartrain. Heureusement pour notre honneur tous les Français n'étaient pas aussi circonspects que le roi; Duguesclin, averti de l'invasion étran-
(1) Bellefobest. Histoire des Neuf Charles.
gère, se mit à la poursuite de Knolles, l'atteignit et lui infligea coup sur coup de sanglantes défaites.
Si Charles V était un piètre guerrier, il était par contre un excellent parent; et trop souvent ses frères Louis d'Anjou, Jean, duc de Berry et Philippe le Hardi abusèrent de son impardonnable complaisance pour lui arracher les plus belles provinces. Louis était le plus âpre à la curée ; supérieur aux deux autres par son mérite et sa valeur, mais ambitieux et avare jusqu'à la cruauté, il était aussi redouté de ses vassaux que des ennemis. Sa cupidité n'était jamais rassasiée; en 1360 il fait ériger par son père eu sa faveur le comté d'Anjou en duché, en 1364 il obtient la châtellenie de Chinon, deux ans plus tard il y ajoute celle de Loudun. Non content de tousces riches domaines, trouvant la Maison Royale de Bicêtre à sa convenance, il se la fait octroyer par Charles V, toutefois sous condition que le château resterait apanage. Quelques années après il allait mourir misérablement (1384) à Biseglia près Bari, victime de son ambition (1).
Jean, duc de Berry, sous prétexte d'assister la veuve et les enfants de son frère, profita de la fâcheuse position où ils se trouvaient pour les dépouiller des comtés d'Étampes, de Gien, Dourdan, Aubigny et autres terres. Le château de Bicêtre, qui devait retourner à la couronne après la mort du duc d'Anjou, lui fut également concédé. Et même comme depuis le passage des Anglais, les appartements avaient grand besoin de réparations, il les fit faire aux frais du jeune roi sous la fallacieuse raison que Sa Majesté y serait plus commodément logée, lorsqu'il lui plairait d'y venir habiter; et chaque année, grâce à ce subterfuge il extirpait de grosses sommes, dont Le Laboureur a vu les quittances à la Chambre des Comptes (2).
Toutefois Charles VI avait habité Bicêtre à plusieurs reprises ; car ce fut là que le 22 avril 1381 il signa avec les mandataires du roi Jean de Castille un traité d'alliance (3).
(!) Le Laboureur. Histoire de Charles VI, p. 87 et 471.
(2) Ibid.
(3) Datum apud Wyncestre prope Parisius, die vicesimo secundo Aprilis post Paacha, anno Domiui millesimo trecentesimo octavo primo. {Pièces inédites relatives au régna de Charles VI. T. I, p. 19. Collection de la Société de VHistoire de France.)
Si le duc Jean fut pillard comme tous les grands seigneurs, ses contemporains, s'il pressura les peuples soumis à son autorité, il eut une grande qualité qu'avaient peu de ses amis, il fut le protecteur dévoué et éclairé des arts ; il se plaisait dans la société des savants et des écrivains et s'entourait de peintres et de sculpteurs. Bien avant la Renaissance il alla chercher en Italie et même en Allemagne des artistes pour décorer ses hôtels de Bourges, de Nesle et deBicêtre (1).
Les vieux chroniqueurs n'ont point de termes assez élogieux pour décrire ses somptueuses demeures. « Rien n'était plus beau, disent
* le Religieux de Saint-Denis et Juvénaldes Ursins, que le château de « Wicestre, surtout par les peintures, on n'en avait jamais vu de si « relevées et de plus excellentes dorures, on admirait surtout les port traits de Clément VII et de plusieurs empereurs d'Orient et d'Occi-
• dent et de beaucoup de rois et princes français ; les plus habiles t experts du temps disaient qu'on n'en pouvait trouver de pareils ni « de mieux faits et chose peu commune les fenêtres étaient garnies « de châssis en vitre. »
Malheureusement Bicêtre n'avait pu être fortifié ni mis à l'abri d'un coup de main ; les évêques de Paris, comme suzerains de Gentilly, s'étaient toujours opposés à ce que l'on l'entourât de fossés et qu'on y jetât des ponts-levis; car ce château, disaient-ils, était bâti sur un terrain roturier et dans leur juridiction épiscopale (2).
Laisser une telle demeure sans défense était d'uneextrême imprudence ; d'autant plus que les disse ..sions intestines, les guerres civiles et les invasions étrangères ne mirent jamais à aucune autre époque la France dans une situation aussi critique. Pendant la démence de Charles VI^ son frère et ses oncles se disputèrent le pouvoir les armes à la main. Un crime de lèse-nation : appeler l'étranger, un assassinat : tuer un ennemi gênant comme Louis d'Orléans, n'étaient point choses à faire reculer ces nobles scélérats.
Charles d'Orléans, fils du duc, assassiné rue Barbette par les soudards de son cousin Jean sans Peur, après son mariage avec Bonne d'Armagnac, petite-fille du duc de Berry, trouva dans le grand-père de sa femme un vengeur de son père. Un traité d'alliance fut conclu
(1) Procédure du Parlement contre le duc de Berry au sujet d'une fille qu'il voulait marier à un peintre allemand, qui besoignait pour lui en son hôtel de Wicestre. (Même volume), page 313.
(2) Regi-Hrei! dn Parlement, 1«' mars 1519.
contre le duc de Bourgogne entre les ducs d'Orléans, de Berry, de Bretagne et de Bourbon, les comtes d'Armagnac, de Bichemont, d'Alençon et le sire d'Albret. Dix mille hommes furent réunis à Orléans et de là marchèrent sur Paris, dont le comte d'Armagnac avait promis le pillage à ses Gascons, tons gens de sac et de corde. A la fin d'octobre ils vinrent camper autour du château de Bicêtre, où le duc de Berry hébergea magnifiquement ses alliés.
Jean sans Peur ne resta point inactif, il se prépara h résister à l'avalanche humaine qui allait tomber sur lui; en toute hâte il appela à son secours ses partisans, le duc de Brabant, son frère, le duc de Hainaut, les comtes de St-Pol et de Savoie, l'évêque de Liège, Jean sans Pitié. Avant que les deux armées en vinssent aux mains, le comte de Savoie s'interposa et s'y prit si habilement que le 2 novembre 1410 on signait à Bicêtre le traité, connu sous le nom de paix ou plutôt de trahison de Winchestre; car les clauses en furent aussitôt violées. Tous les princes du sang royal s'engageaient à s'éloigner de Paris, à l'exception d'un seul, Messire Pierre de Navarre, comte de Mortaing ; le prévôt-capitaine de Paris, Messire Pierre des Essarts, partisan acharné des Bourguignons, était remplacé par Bruneau de St-Cler.
Mais la haine entre Armagnacs et Bourguignons était trop vive pour que ce ne fiit pas là une paix boiteuse. Au mépris de ses engagements, Jean sans Peur rentra dans Paris, en nomma gouverneur le comte de St-Pol. Celui-ci ordonna aussitôt la levée, sous le nom de milice royale, d'une troupe de cinq cents hommes et chargea de la recruter et de la former les principaux bouchers: Legois, St-Yon, Thibert qui s'associèrent Caboche, écorcheur à la boucherie de l'Hôtel-Dieu et le chirurgien Jean de Troyes. Furieux d'être ainsi dupés, les Armagnacs, qui ne valaient pas mieux que les Gabochiens, accoururent à Paris; ayant trouvé les portes de la ville fermées, ils se vengèrent en mettant le feu à la maison de campagne que Pierre des Essarts possédait à Bagnolet. La riposte ne se fit point attendre, Legois fit une sortie avec les siens et alla brûler le château de Bicêtre.
Enguerran de Monstrelet donne des détails sur cet épisode : « Et « entré les autres choses, dit-il, qui ne sont point à oublier yssirent * ung certain jour trois mille rombattans, tant de la garnison « comme de Parisiens, qui s'en alèrent à Vicestro, nîoull belle maison
c à une lieiie de Paris, qui appartient au duc de Berry, en laquelle « de première venue en la haine et contempt dudit duc, prindrent « ce qu'ils trouvèrent en icelle et puis la détruisirent et démolirent « totalement, excepté les murs... »
Bien que Sauvai prétende qu'il y ait toute apparence que le duc de Berry fit rebâtir Bicêtre, tout semble au contraire prouver qu'aucune réparation n'y fut faite. Au milieu de ces guerres civiles il eût été imprudent de le faire reconstruire, c'eût été s'exposer de gaieté de cœur à un accident du même genre. En tous cas si ce château avait été re:e> é, il aurait donc été brûlé une seconde fois, puisqu'en 1519 il était encore complètement en ruines.
Par son testament en date du 8 juin 1416, le duc Jean de Berry donna au chapitre de Notre-Dame ses terres, vignes,jardins, cens, revenus et dépendances de Bicêtre jusqu'à concurrence de cent soixante livres parisis de rentes, à condition qu'on célébrerait chaque année quatre obit pour le repos de son âme et que les chanoines, vêtus de chapes de soie et tenant à la main un rameau vert, porteraient processionnellement dans les rues de la cité le 1^'' mai et le jour de la Toussaint le chef de St Philippe, dont il leur avait fait précédemment cadeau ; de plus la cathédrale devait être jonchée de fleurs et de feuilles vertes (1).
La mise à exécution de ses volontés souffrit quelques difficultés. La Chambre des comptes prétendit qu'il avait outrepassé ses droits. Bicêtre n'était point des acquêts du duc de Berry, disait-elle à juste raison, mais un bien apanage, qui devait revenir à la couronne. Pour mettre fin au conflit, Gljarles VII et Louis XI en liil et en 1467 confirmèrent la donation, mais ils y apportèrent quelques restrictions. Le chapitre de Notre-Dame ne pourrait « ni aliéner ni échanger « cet hùtel ni son circuit, ni son pourpris, non plus les faire démolir « et toutes les fois qu'il plairait au roi les reprendre, il pourrait ». La Chambre des comptes céda devant la volonté royale ; pour toute condition i' fut stipulé dans les lettres d'entérinement que le chapitre chanterait le jour de la saint Louis une messe du St-Esprit (2).
A partir de cette époque, BicHre fut abandonné et servit de retraite aux hiboux et aux voleurs. Pendant de longues années on y laissa
(1) Lk Laboureue. Hist. de Charles VI, p. 658.
(2) Saoval. Tome II, p. 72.