‹ L'Hôpital de BicêtreChapitre 4 sur 20 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'Hôpital-Général.

Son organisation et son administration. — Ses revenus fixes et casuels. — Les grandes maisons : La Pitié, la Salpêtrière, la boulangerie de Scipion et les moulins de Corbeil. — Les petites maisons : Les Enfants-Trouvés, la Couche et l'Hôpital du Faubourg St-Anloine, les Enfants-Rouges, le Saint-Esprit, le Refuge de Ste-Pélagie.

Quoique nous ne fassions pas actuellement l'histoire de l'Hôpital- Général, il nous semble indispensable, avant de parler de Bicêtre, de décrire brièvement l'organisation de cet immense établissement hospitalier.

Fondé par un édit d'avril 1656, l'Hôpital-Général n'était autre chose que la réunion, sous un nom générique, de plusieurs hôpitaux, où étaient recueillis les pauvres valides et infirmes de la ville et de la vicomte de Paris. Il avait à sa charge plus du quart de tous les mendiants de la France ; huit cents villes et villages avaient le droit d'y envoyer leurs indigents; les insensés, les épileptiques et les incurables y étaient admis de toutes les provinces.

Son administration se composait de vingt-six administrateurs et de deux chefs -directeurs, le premier président et le procureurgénéral du Parlement, à qui on adjoignit comme chefs- directeurs en 1676 l'archevêque de Paris, et en 1690 les premiers présidents de la Cour des comptes et de la Cour des aides, le lieutenant de police et le prévôt des marchands.

Les administrateurs étaient nommés à vie et le recrutement s'en faisait, lorsqu'une place devenait vacante, à l'élection. Ce fut même là une des causes qui faillirent amener en 1749 la ruine de l'Hôpital- Général. L'archevêque Christophe de Beaumont voidant en être le

maître absolu obtint de la faiblesse royale une DManiHon (24 mars 1751) (lui en bouleversait toute l'orj^anisation. Les anciens administrateurs étaient congédiés et remplacés par douze de ses créatures. Le Parlement prit fait et cause pour les expulsés et refusa Venregistrement de l'acte royal; deux lettres de Jiissicn lui furent envoyées le IGaoùt et le 5 septembre 1751. Gomme il ne consentit point à obéir, il fut exilé. Les choses n'eu allèrent que de mal en pis. Louis XV reconnut entin qu'il avait eu tort d'écouter le fouijueux prélat — il avait même dû sur ces entrefaites lui enjoindre d'aller en villégiature forcée à Gonflans puis à la Trappe — et il rapporta le 15 mars 1758, sa Déclaration.

Les chefs-directeurs et les administrateurs se réunissaient habituellement deux fois par semaine, soit à l'archevêché, soit à la Pitié, où était établi le bureau général. Les commissaires, délégués dans les dillerentes Maisons, faisaient leurs rapports: les décisions s'y prenaient à la pluralité des suffrages. Les recettes se versaient i\ la caisse générale, qui se trouvait à l'hôpital du St-Esprit et qui était ouverte pour les paiements le mercredi et le samedi. Un receveurcharitable était chargé de toute la comptabilité. Un greffier enregistrait et expédiait à qui de droit les délibérations prises par le bureau. Un avocat au Parlement, un autre aux Conseils, un notaire et un procureur au Chàtelet, un procureur au Parlement et un huissier s'occupaient spécialement des affaires litigieuses.

Un médecin, non résident, un chirurgien en chef à la Pitié, des chirurgiens gagnant maîtrise, attachés aux divers hôpitaux, un apothicaire en chef à la Salpêtrière et des apothicaires gagnant maîtrise dans chacune des deux autres Grandes Maisons étaient ù la tête du service de santé.

Un architecte veillait à l'entretien des bâtiments.

Une vingtaine de j)rêtres, distribués dans les diverses Maisons, et commandés par l'un d'entre eux, appelé Recteur, qui habitait ù la Salpêtrière, avaient n:iission de donner les secours spirituels.

LHôpital-Général nourrissait et secourait journellement à peu près treize mille pauvres, enfants, vieillards ou infirmes, et quatorze cents prisonniers, envoyés par les tribunaux.

Gomme depuis 1670 l'Hôpital des Enfants-Trouvés lui avait été adjoint, il fallait compter en plus quinze mille enfants, tant à Paris, qu'en nourrice, en sevrage ou en p nsiun à la eanq)agne. 11 est vrai que

ce dernier établissement avait des rentes particulières, qui dépassaient un million de livres, et on ne lui fournissait gratuitement que les vivres.

Au moment de la Révolution les revenus de l'Hôpital-Général s'élevaient a 3,548,189 livres et ceux des Enfants Trouvés à 1, 143,019 livres. Ils se décomposaient ainsi :

Revenus fixes.

Rentes sur l'Hôtel-de- Ville (aides et gabelles).

» l'ancien et le nouveau clergé.

» les postes.

» les tailles.

» le domaine de la Ville.

j) les États de Bretagne.

» les États du Languedoc.

» la Généralité de Bourgogne.

» la Généralité de Champagne.

» la Généralité de Soissons.

» des particuliers.

Loyers de quelques maisons, situées rue du Bacq et derrière la Pitié.

Augmentation de gages.

Anciens vingt sols par muid de vin.

Droits de cin(( sol^i par minot de sel. Droits sur les carrosses.

Remises sur le pied-fourché.

Droits d'inspecteurs aux boucheries.

Droits de loges à la Halle aux vins (et sur l'étape de la place de Grèves).

Revenus cusuels.

Droits de vingtième aux entrées et de quarante-cinq sols par muid de vin.

Droits de cinq sols par cent de foin.

Droits sur l'Opéra.

» la Comédie Française.

» la Comédie Italienne.

» la Foire Saint-Germain i ^ , „

. la Foire Saint-Laurent. ! Spectacles forams.

» les Arts et Métiers.

Aumônes à la réception des otficiersde quelques cours.

Enregistrement des Lettres-Patentes à la Cour des Aides.

Recettes par les économes.

Legs et aumônes sans charges (1).

Cette liste quoique longue, est incomplète, il faut y ajouter différents droits sur les cartes à jouer, sur les réceptions aux. Maîtrises, le produit des loteries et les bénéfices du Mont-de-Piété. Cet établissement, fondé en 1777, était une dépendance de l'Hôpital-Général, administrée par lui. Le tiers des biens des individus tués en duel, les legs faits aux pauvres sans désignation et certaines confiscations lui étaient également attribués.

En outre on lui avait accordé la franchise tant à Paris que dans tout le royaume des droits sur les consommations et sur tous les objets dont il faisait usage. Cette faveur se chiffrait annuellement par une somme si considérable qu'une indemnité de trois cent huit mille livres lui fut donnée, à titre de compensation, sur le Trésor royal, lorsque le 3 juin 1788 un arrêt du Conseil d'État lui supprima les exempiions des droits d'entrée à Paris.

Maisons de l'Hôpital-Général.

L'Hôpital-Général était constitué par la réunion de divers hôpitaux^ désignés sous le nom de Grandes et Petites Maisons.

Les premières, établies par Tédit d'avril 1636, se composaient de la Pitié, de la Salpêtrière, deBicétreet de Scipion.

Les deuxièmes, réunies ultérieurement à son administration, comprenaient les hôpitaux des Enfants-Trouvés, des Enfants-Houges, du Saint-Esprit, de Vaugirard et le Refuge de Sainte-Pélagie.

La Pitié.

La Pitié, appelée primitivement le Bon-Port, était l'hôpital du Faubo:)rg Saint- Victor, dont parle Du Breul, et où furent placés les pauvres, enfermés par l'édit d'août 1612.

Sous le nom de Notre-Oamo de la Pitié cette maison devint le principal manoir de rilôpital-Général, c'était là où se faisaient toutes les

(1) Collection Joly de Fleury : N' 1,2;«.

significations, où se tenait le Bureau tous les lundis, où se trouvaient les magasins de toutes les marchandises et de toutes les denrées.

On y recevait les petits garçons à partir de cinq ans jusqu'à douze ans II suffisait que leurs parents, domiciliés à Paris, présentassent un certificat d'indigence du curé de leur paroisse. On les gardait jusqu'à ce qu'ils fussent en état d'apprendre un métier; ou on les envoyait travailler à la pépinière royale de la Rochette (près Melun). On ne les laissait point inactifs : on leur enseignait à lire et à écrire et à calculer. Les enfants galeux et scrofuleux y étaient également admis. La population s'en élevait à quatorze cents.

La Salpêtrière.

La Salpêtrière servait d'asile aux filles, et aux femmes de tous âges, valides, infirmes, paralytiques, épileptiques et folles. Il y avait plusieurs dortoirs pour les entants : un pour ceux à la mamelle et un autre pour les plus âgés. Lorsque les petites filles pouvaient travailler, on les occupait à faire de la tapisserie, de la dentelle, de la broderie et de la lingerie. Dans l'enceinte se trouvaient dans un endroit séparé une maison de Force pour les femmes et une autre de Correction pour les jeunes filles, détenues jusqu'à leur majorité soit sur la demande des parents, soit par suite de condamnation. Les femmes enceintes pouvaient s'y retirer jusqu'au moment où elles allaient accoucher à l'Hôtel-Dieu, puis elles revenaient y nourrir leurs enfants. Si elles n'avaient pas les moyens pécuniaires pour les élever, l'Hôpital s'en chargeait. Enfin un bâtiment spécial y était réservé pour cent pauvres ménages. La Salpêtrière était ordinairement peuplée de quatre à cinq mille personnes.

Scipion. — Les Moulins de Corbeil.

Cet Hôtel (boulangerie actuelle de l'Assistance publique) fut construit sous le règne de François 1er, et acheté plus tard (i) par le Lucquois Scipion Sardini, banquier attitré des derniers Valois. Nous ne savons par suite de quels événements la fastueuse demeure du richis-

(1) Bill. Nationale. Manuscrit ll,36i, p. 307.

sime époux d'Isabelle de Limeuil (1) fut louée par les administrateurs des premiers Hôpitaux des Pauvres Renfermez. Quoique les auteurs ne soient pas d'accord sur la date de cette transformation, (la Tynna et Piganiol de la Force disent que ce fut en 1633, Lazare en 1622), il est probable que dès 1612 on y mit les mendiants, puisqu'en 1614 les sergents de l'Hôpital Scipion pourchassent et arrêtent dans les rues les vagabonds (2). En 1639 cet hôtel fut acheté par les administrateurs des Hôpitaux des Pauvres Enfermés.

En 1656, cette maison devint, sous le vocable de sainte Marthe de Scipion, un des membres de l'Hôpital-Général. On s'en servit pour donner asile aux femmes enceintes en attendant qu'elles fussent arrivées au terme de leur grossesse pour aller accoucher à l'Hôtel- Dieu. où elles n'étaient point reçues avant le huitième mois. En 1675, on y transporta la boulangerie de l'Hôpital-Général qui se trouvait auparavant à la Salpêtrière. A partir de cette époque, Scipion ne fut plus que le dépôt général des vivres, le centre commun d'où partaient tous les jours le pain et la viande que l'on consommait dans tous les établissements de l'Hôpital-Général. Il y avait également une fabrique de chandelles.

Pendant longtemps on acheta le blé au fur et à mesure des besoins, ce qui n'était point sans avoir de graves inconvénients, lorsqu'une hausse subite se produisait. En 1769, les administrateurs de rHôpital- Général achetèrent la manufacture de buffle, les moulins et le château de Corbeil pour cinquante mille livres et une rente annuelle de dixhuit cents livres au duc de Villeroy, engagiste du château, et se trou vèrent ainsi propriétaires des nirulins, situés au confluent de la Seine et de la rivière d'Etampes l'Essonne). Mais il fallait trouver des grains à moudre. Les marchés de Corbeil, (jui jadis étaient très fréquentés, avaient perdu toute leur importance, stàt à cause du droit de minage trop élevé, perçu i)ar l'Ordre de Malte (ce droit était du quarante-huitième du prix de vente), soit à cause de l'espace trop resserré où ils se tenaient. L'Hôpital-Général, d'accord avec la municipalité, fit bâtir par Viel, son architecte, sur la place des Récollets,

(1) Duc d'Aumale. Ilhtoire de^ princes de Condc. — Drumonï. Mon vieux Paris.

(2) Edouard Fourniee. Variétên historiqves et Htèrairfs: La vraie jrrtmosticatio7i de Maistre Gounin pour les mal marie:. — Paris, chez Alexandre Nicolas, 1614. Tome V, 221.

de nouvelles Halles, et eut droit de prélever deux sols par septier, entrant en halles et un sol par mois d'emmagasinage. L'Ordre de Malte, qui avait tout intérêt à voir renaître l'ancienne prospérité, réduisit sa redevance au cent quarante-quatrième, l^es nouveaux bâtiments furent livrés au public le 16 novembre 1784. La date des marchés fut changée; celui du vendredi, qui avait lieu le même jour que celui de Brie-Comte-Rubert, bourgade peu distante, fut mis au jeudi pour la commodité des fermiers (1). Grâce à ces mesures, le blé afflua à Corbeil.

Quelque dispendieuse qu'ait été cette grande installaiion, i'Hôpital- Général y trouva une grande économie ; car il ne fut plus soumis aux fluctuations de la hausse et de la baisse et il put toujours avoir en réserve quinze mois d'approvisionnements. Enfin ses frais de transport étaient notablement diminués ; les bateaux, chargés de farines dans les moulins mêmes de Corbeil, descendaient la Seine jusqu'au pont de la Gare, au-dessus de la Salpêtrière et le trajet pour se rendre de là à Scipion était fort court.

Pour fournir aux besoins de l'Hôpital-Général il fallait chaque année dix-huit cents muids de blé, dix-huit cents bœufs, huit cents veaux et six mille moutons (2).

Les Enfants-Trouvés.

Dès les premiers siècles, les évêques de Paris et le chapitre de Notre-Dame se chargèrent de faire élever les nouveau-nés exposés, désavoués ou délaissés. Puis l'usage s'établit de déposer ces enfants sous le porche de la cathédrale ou sur les marches de St-Jean-le- Rond. Par mesure de charité et de prévoyance l'autorité ecclésiastique fit placer dans l'intérieur de Notre-Dame des berceaux où les mères sans ressources les abandonnaient. Pour exciter la générosité des fidèles il y avait à l'entrée de la grande nef un immense lit, scellé au pavé, sur lequel aux jours de fêtes solennelles, on avait soin de mettre quelques enfants trouvés et à côté se tenaient les nourrices un plateau à la main pour recevoir les offrandes du public.

(1) Code de V Hôpital- ùénéral, p. 2i3 à 258.

(2) Le muid de blé équivaut à 1875 litres, ce qui faisait 33,750 hectolitres.

En 1552 fut fondé pour eux un hôpital, au port St-Landry, dans une ruelle, descendant à la Seine (1). La même année, l'évêque Eustache du Bellay, imposa aux. seize seigneurs ecclésiastiques, justiciers de Paris, l'obligation de payer pour leur entretien une rente annuelle de neuf cent soixante livres tournois.

Mais avec l'accroissement continuel delà population cet hôpital se trouva bientôt trop petit, et les ressources insuffisantes. Un grand homme de bien, saintVincentde Paul, prit à cœur de continuer l'œuvre d'Eustache du Bellay; avec l'aide de mademoiselle Legras il organisa la Société des Dames et des Filles de Charité, qui avait pour mission de secourir et d'élever tous les nouveau-nés abandonnés.

En 1638, on loua une maison au faubourg St-Victor, où un certain nombre d'enfants furent recueillis. Cette entreprise charitable eut d'immenses difficultés à vaincre; car l'argent manquait sans cesse. Pourtant saint Vincent de Paul sut intéresser à la cause de ces déshérités les plus grands personnages. En 1642, Louis XIII leur accorde quatre mille livres sur le domaine de Gonesse : l'année suivante la régente Anne d'Autriche leur fait don du château de Bicêtre ; seulement elle avait oublié que la commanderie de St-Louis y était établie. Comme les soldats invalides ne voulurent point céder la place, on fut obligé de louer pour les Enfants Trouvés (22 août 1645) treize maisons situées au faubourg St-Denis, dans l'enclos St- Lanrent. Aucun document ne nous apprend s'ils s'y installèrent aussitôt. Anne de Beaulieu, directeur de la commanderie de St-Louis, à force de sollicitations consentit en iG47 à mettre à leur disposition une partie du château de Bicètre ; mais leur séjour sur le plateau de Gentilly ne fut que de courte durée, et l'année suivante ils venaient demeurer faubourg St-Denis dans le local loué précédemment (2). Louis XIV ou plutôt la régente leur avait donné en 1644 huit mille livres à prendre sur les cinq grosses fermes. Les Dames de Charité se firent encore octroyer par Lettres Patentes en 1653 le parc de la Salpêtrière, pour y construire un hôpital pour les Eniants Trouvés : elles ne profitèrent point de cette donation et préférèrent rester jusqu'à nouvel ordre dans l'enclos St Laurent (3).

(1) Heuzey. Curiosités de la Cité. — Jaillot. T. I (la Cité).

(2) Inventaire des Archives hospitalières : Enfants trouvés, t. III, p. 288 à 328.

(3) Idem.

Le Parlement par un arrêt du 3 mai 1667 convertit en une rente de quinze mille livres la charge qui incombait aux seigneurs haut-justiciers de prendre soin des enfants, exposés dans l'étendue de leur haute justice.

Cet établissement des Enfants Trouvés n'eut d'existence légale qu'au mois de juin 1670, époque où le roi par un édit lui permit d'agir, contracter, vendre, aliéner, acheter, acquérir, comparoir en jugement, et y procéder et faire tous les actes dont les hôpitaux étaient capables. En même temps il était réuni à l'Hùpital Général, sous la direction spéciale du Premier Président et du Procureur Général et de quatre administrateurs, choisis parmi les vingt-six de l'Hôpital Général et nommés pour trois ans. Les revenus des deux maisons ne furent point confondus.

La Couche.

L'hôpital de la Couche, situé en face Notre-Dame, servait avant 1670 de lieu de réunion aux Dames de Charité. Les administrateurs des Enfants-Trouvés pensèrent qu'ils exciteraient davantage la générosité, s'ils avaient un établissement près la cathédrale où ils exposeraient les orphelins aux yeux du public. Aussi en 1672 ils louèrent (1) près de l'Hôtel-Dieu trois maisons, placées rues St-Christophe, de Venise, de Colombes et Neuve-Notre-Dame, y firent exécuter quelques réparations et malgré les protestations des marguilhers des douze églises de la Cité y construisirent une petite chapelle, inaugurée en 1676 par la duchesse de LLiynes,au nom delà reine Marie-Thérèse. La plaque commémorative, trouvée plus tard, en fait foi.

Les choses restèrent en cet état jusqu'en 1745. On songea alors à agrandir cet hôpital. On achetaà l'Hôtel-Dieu six maisons, situées rues de Venise, de la Huchette,et Neuve-de-Notre-Dame, et deux autres rue St-Christophe, qui appartenaient aux Célestins et à la Confrérie de Notre-Dame; les églises St-Christophe et Ste-Geneviève des Ardents furent désaffectées et leurs prébendes réunies à celle de la Madeleine (1). A leur lieux et place on résolut d'installer le nouvel hospice des Enfants Trouvés. Boff"rand fut chargé des travaux ; la première pierre de la chapelle fut posée le 26 septembre 1746 au nom de la reine Marie-Leczinska.

(1) Inventaire des Archiws hospitalières : Enfants trouvés.

La Couche n'était (|u'nn dépôt destiné à recevoir les enfants exposés ou abandonnés; ils n'y séjournaient que le temps nécessaire pour laisser voir s'ils pouvaient sans danj^er être envoyés en nourrice. On y acceptait les noiiveau-nés en tout temps et à toute heure du jour et de la nuit. La seule forraalitéexigéeconsistaiten un certificat de constat du lieu, du jour et de l'heure où l'enfant avait été trouvé. Les entrées, qui au début étaient annuellementde cinq cents, atteignirent vers le milieu du dix-huiiième siècle !e nombre de cinq mille. 11 en venait, il est vrai, non seulement de Paris et de sa banlieue, mais de toutes les provinces et principalement de la Picardie, de la Bourgogne et de la Champagne et même de l'étranger.

Vingt-deux individus, appelés meneurs, les portaient en nourrice à la campagne. La pension jusqu'à dix- huit mois était mensuellement de cinq livres.

Des inspectrices faisaient plusieurs fois par an des tournées dans les provinces pour se rendre compte, si les nourrices leur donnaient bien les soins nécessaires. Les curés recevaient une petite indemnité de l'administration pour les surveiller et ils étaient priés de prévenir les directeurs aussitôt qu'ils s'apercevaient de quelque négligence ; les chirurgiens de la contrée devaient également s'en occuper.

De 1670 à 1791 deux cent soixante-dix-huit mille sept trente-neut admissions furent faites à la Couche (1).

Il y avait dans cet hôpital à l'état permanent c[uatre-vingt-dix-huit berceaux, huit à dix nourrices et vingt-deux sœurs grises. Chaque jour les entrées variaient de dix à vingt. Cinquante petits garçons et vingt petites tilles y restaient à demeure pour aller quêter dans les églises aux jours de fêtes.

La Couche conserva sa destination j)remière jusqu'en l'an III ; alors les petits orphelins furent placés au Val-de-Gràce, puis bientôt après à l'abbaye des Bénédictines de Port-Royal et à l'Institut de l'Oratoire, rue d'Enfer. A la Couche on installa d'abord la Pharmacie centrale des hôpitaux, jus(ju"à ce qu'on la transférât définitivement ù l'ancien couvent des Miramionnes, ipiai de la Tournelle, et pins tard on y mit le Bureau central (2).

(1) Etat des admissions de l'hospice des Enfants-Trouvés do l'aris de 1640 îi 1791. (Ed-trait du compte rendu de l' Administration du département de la Seine pendant Vannée 183'!.)

(2) PoiBOT. jVotiee sur l'koxpiee de la Maternité, an IX.

Aujourd'hui que reste-t-il de cette maison ? Rien. L'immense place Notre-Dame l'a entièrement fait disparaître.

Hôpital du Faubourg St- Antoine.

En 1674 la maison principale des Enfants-Trouvés, qui depuis seize ans était établie faubourg St-Denis, fut transportée au faubourg St- Antoine (hôpital Trousseau actuel). X^me Elisabeth d'Aligre,le vaniteux Malon, seigneur de Bercy et le charitable conseiller de Bellecourt firent construire à leurs frais une grande partie des bâtiments (Ij.

Cet hospice servait d'asile aux Enfants Trouvés à leur retour de nourrice. Les petits garçons et les petites filles y avaient chacun des pavillons séparés; on les gardait depuis cinq ans jusqu'à vingt ans.

Le plus souvent on les plaçait comme ouvriers chez des artisans; ou on les occupait dans les ateliers de la maison à des travaux peu fatigants et propres à leur âge. Comme il n'y avait place au faubourg St- Antoine que pour trois ou quatre cents d'entre eux, on en envoyait beaucoup à la Salpêtrière et à la Pitié.

Il ne taut point oublier aussi que la plupart restaient à la campagne chez leurs nourrices, qui touchaient quarante livres par an pour les garder chez elles, jusqu'à ce qu'ils eussent atteints leur seizième année.

On n'avait qu'à se louer de cette manière de procéder, car tous ceux, placés ainsi, devenaient d'excellents travailleurs et formaient plus tard souche d'honnêtes gens.

Les Enfants-Rouges.

Il existe parmi les historiens de Paris une grande divergence d'opinions sur la date de fondation de cet hôpital. Boisseau prétend que ce fut en L533, Jaillot en lo^'t, Lebeuf en 1536, Corrozet et Sauvai en 1338, Germain Brice en 1554 et Delamare en 1564. Ne voulant pas essayer de concilier tous ces renseignements opposés, nous nous contenterons d'exposer les faits sans commentaire.

Voici quels motifs militèrent pour l'institution de cette nouvelle

(1) Inventaire des Ai'chites Jw^pUalières : Enfants trouvés.

maison charitable. De tout temps les indigents des villages de la banlieue de Paris et des pays environnants avaient été soignés à l'HôlcI-Dieu, où on les .recevait avec leurs enfants en bas-âge. Venaient-ils à mourir, on y gardait leurs orphelins. « Mais n'estans « nettoyez, pensez, couchez comme le bas aage le requiert et aussi « infectez du mauvais air, il ne s'en trouvait pas un qui vécut aage « d'homme » (1).

Sur les plaintes des maîtres-gouverneurs de l'Hôtel-Dieu, François P'" chargea (2) le 14 juillet 1531 Pierre Lizet, premier président du Parlement et Jean Briçonnet, président de la Cour des comptes et d'autres magistrats de faire une enquête à ce sujet. Effrayés de ce qu'ils virent à l'Hôtel-Dieu, ils prièrent la reine Marguerite de Navarre, sœur du roi, de visiter à son tour cethôpital : cette princesse émue de compassion par le lamentable spectacle, qu'offraient ces enfants, voués à une mort certaine, en traça à son frère un tableau tellement navrant que celui-ci le 31 janvier 1534 prenait un arrêté ainsi conçu : « Il est fondé un hôpital pour les pauvres petits enfans qui ont esté « et seront dores en avant trouvez orphelins dans l'Hostel-Dieu, fors « et exceptez ceux qui sont orphelins natifs et baptisez à Paris et « fauxbourgs que l'hôpital du St-Esprit doit prendre et les bâtards « que les doyen et chanoines du chapitre Notre-Dame ont accoutume « de recevoir et nourrir pour l'amour de Dieu... Lesdits enfans seront « habillez et vestus de robes et vestemons de drap rouge en signe de « charité et appelez Enfans-Dieu » (3).

Le 24 juillet 1535 Robert de Beauvais, délégué par le président Jean Briçonnet, achetait, pour y installer les Enl'ants-Dieu, de Simon Machault et Denys Picot une maison, située en face le prieuré du Temple (4), au milieu des jardins maraîchers de la culture SteCatherine. Plus tard des rues se perceront dans ce quartier pour lors presque inhabité et l'hôpital se trouvera enclavé entre les rues de laCorderie, deBeauce, Portefoin et des Enfants-Rouges. Jaillot prétend que déjà en 1282 il existait dans ces parages une rue de la Poulie.

(1) Malingre. Antiquités de la Ville de Paris, p. 035.

(2) Inventaire des Archives hospitalières : Enfants-Rouges, t. III, p. 2Sl,n'' 1.

(3) Du Breul. Antiquités de Paris, p. 745.

(4) Histoire de la ville de Paris, pnr l'abbé Lebeuf. Eiiition Cocherit». t. II, p. 481».

A cause de leur costume on prit l'habitude de les appeler les Enfants rouges et ce nom prévalut sur celui d'Enfants-Dieu.

Le 23 janvier 1539 cet hôpital fut réuni à celui du St-Esprit, mais cette union ne fut jamais effectuée (1) : il en fut de même en lo54 ou 1556 lorsque Henri II par Lettres Patentes voulut faire un seul établissement des Enfants-Rouges, du St-Esprit et de la Trinité (2). Ces trois maisons restèrent toujours indépendantes les unes des autres.

Pourtant en 1576 Nicolas Houël obtint d'Henri III l'autorisation d'établir aux Enfants-Houges sa Chanté chrétienne, « destinée à élever quelques orphelins dans la piété, les belles lettres et l'apothicairerie pour livrer gratuitement aux indigents des remèdes ». Les bâtiments étaient assez vastes pour que ces deux œuvres, protectrices de l'enfance, ne se nuisissent pas. En 1578^ Houël déménageait, laissait le local à ses premiers possesseurs et allait s'installer à l'hôpital de Lourcine, faubourg St-Marcel.

Enfin le 23 mars 1680 l'hospice des Enfants-Rouges fut réuni irrévocablement à l'Hôpital-Général ou plutôt aux Enfants-Trouvés. Les conditions d'admission furent modifiées. L'enfant dut alors être parisien, orphelin, né de légitime mariage, âgé dau moins six ans et fils d'artisan. A son entrée on devait verser pour lui à l'administration quarante et une livres, qui lui étaient remises à sa sortie en linge et en habits (3).

Leur nombre était limité à soixante. Neuf sœurs leur donnaient les soins matériels; quatre ecclésiastiques outre l'enseignement religieux leur apprenaient à lire, à écrire et à compter, plus tard on les mettait en apprentissage chez un maître artisan. Il n'y avait que des garçons.

Les administrateurs de l'Hôpital-Génèral, qui chaque année étaient obligés de donner une dizaine de mille livres pour parfaire la différence entre les recettes et les dépenses de cet établissement, obtinrent en 1772 l'autorisation de le supprimer et d'en mettre les petits pensionnaires aux Enfants-Trouvés (4) du faubourg St- Antoine.

En 1776 les sieurs Laisné et Charles Muuffle achetèrent une partie

(1) Inventaire des Archives Itosjpitallères, t. III.

(2) Inventaire des Archives hospitalières. La Trinité, t. III, p. 242, n" 12. St-Esprit, p. 189, n» G3.

(3) Alletz. Tableau de l'humanité.

(4) Inteiiluire des Archives hospitalières : Enfants-Rouges, u" 10.

de rimmeuble et l'année suivante les prêtres de la Doctrine Chrétienne ou de St-Julien des Ménétriers devinrent possesseurs de l'église et de ce qui restait à vendre. L'église d'après les témoignages des contemporains était fort belle, et les (idèles venaient y adorer un morceau de la vraie croix. Par mandement l'archevêque Christophe de Beaumont en avait certitié l'authenticité et avait accordé l'autorisation de l'exposer à la vénération du diocèse (1). Ce qui n'était point sans vivement mécontenter les curés des paroisses voisines et surtout celui de St-Mcolas-des-Champs. Le grand-prieur du Temple, dans la censive duquel était bâti l'hôpital, dut s'interposer et faire cesser toutes ces discussions.

Aujourd hui il ne reste rien de cette maison; un marché portant le même nom subsiste seul pour en rappeler le souvenir.

En 1790, les prêtres de la Doctrine Chrétienne furent expulsés de leur couvent; le ^o avril 1796 les bâtiments et la chapelle furent vendus. Malheureusement on ne songea pas à en conserver les beaux vitraux, qui avaient fait l'admiration de Du Breul (2).

Où fut riiôpital des Enfants-Rouges passe la rue des Archives.

Le Saint-Esprit.

L'hôpital du Saint-Esprit fut fondé en 1362 par de charitables bourgeois parisiens, sous le haut patronage de l'évêque Jean de Meulan, pour les orphelins des deux sexes.

Pendant une année ces enfants furent mis dans une maison de la rue de l'Arbre-Sec (3). On les installa (13 juillet 1363) place de Grève dans un hôtel conligu à la maison aux Grands Piliers.

Louis XIV, le même jour qu'il réunissait à l'Hôpital-Général les Enfant-Rouges, prenait ime semblable mesure à l'égard du St-Esprit.

Pour y être admis il fallut dès lors être : 1" né de légitime mariage, 2» né et baptisé ù Paris; 3» orphelin; 'tMils de maître dans un métier; 5" âgé (garçons et filles d'au moins trois ans, les premiers reçus jusqu'à sept ans et les secondes jus(|n'à huit) ; 6° exempt de toute intirraité.

(1) Inventaire des Archives hospitalières^ w" 24.

(2) CoCHEEls. Loc. cit.

(3) Bibliotfiè//i/r nationnlf. Mnm\writ. Hôpital du St-Ksprit.

Le droit d'entrée était relativement élevé. Suivant les époques il varia de cent cinquante à deux cent quarante livres. Aussi à cause de cette cotisation assez forte bien souvent les cent vingt places de l'hôpital n'étaient point toutes occupées.

Les entants y étaient beaucoup mieux soignés, nourris, logés et habillés que dans les autres hospices de la capitale. Ce qu'il est facile de comprendre en sachant que le St-Esprit avait un revenu de plus de cent raille livres.

Deux commissaires, membres de IHôpital-Général, administraient la maison, dont le personnel se composait de 13 sœurs laïi|urs, 29 maîtres, sous-maîtres et gens de service et de 6 prêtres (leur supérieur portait le nom de ministre). Un receveur-économe était chargé de la comptabilité et tenait en même temps la caisse de l'Hôpital- Général.

Les enfants étaient habillés de bleu avec une coiflure tantôt rouge tantôt blanche. Au mois de janvier 1790 le buieau de la commune de Paris eut besoin des bâtiments du St-Esprit el prévint les commissaires qu'ils eussent à déménager rapidement et à aller s'installer dans le cloître des Bernardins près l'abbaye St-Victor.Cette translation ne fut que de courte durée, car l'hôpital du St-Esprit fut supprimé le S avril 1792. Les petits garçons furent mis à la Pitié et les petites filles à la Salpêtrière.

Après avoir servi tour à tour de caserne aux gardes nationaux, de bureau à la direction des domaines et de l'enregistrement et d'hôtel au préfet delà Seine, ce qui subsistait de l'ancien hôpital fut entièrement rasé en 1841. Aujourd'hui sur son emplacement s'élève la magnifique aile de l'Hôîel de-Ville, qui donne sur la place de ce nom et sur les rues de Rivoli et Lobau.

Sainte-Pélagie.

La maison de Ste-Pélagie faisait également partie de THôpital- Général, mais elle avait un budget spécial. Le seul avantage, qu'elle retirât de cette union, consistait à pouvoir se procurer à Scipion et aux magasins de la Pitié, ce dont elle avait besoin, au prix de revient.

Bien avant rHôpital-GénéraI,il existait à la Pitié un quartier spécial appelé le Refuge du Bon Secours, où l'on enfermait les filles et les femmes débauciiées. Les administrateurs, l'ayant supprimé en 1657

pour y mettre leurs pauvres, furent obligés par Lettres Patentes d'avril ItiCo de le réinstaller.

Ils ne furent point embarrassés, pour trouver un local pour les mettre, grâce à la générosité de Mi'e Marie de Sita, veuve de Jacques Viole, conseiller au Cliàtelet, qu\ leur avaitdonné le 18 juin 1664 trois maisons : l'une située rue du Faubourg-St-Victor ^rue Geoffroy- St-Hilaire), et enclavée dans la Pitié, la seconde contiguë et la troisième placée rue Françoise (rue Puits-l'Hermite), qui alors se prolongeait jusqu'en face le Jardin du Roi.

Ce refuge était ouvert non seulement aux. tilles débauchées, mais encore aux femmes, qui, lasses d'une vie agitée, voulaient se retirer loin du monde. Les premières étaient appelées filles de force et les secondes filles de bonne volonté.

Lorsque les administrateurs eurent besoin de ces bâtiments, ils achetèrent pour y transporter le Refuge trois maisons voisines, l'une connue sous le nom d hôtel Jaume (rue de la Clefi et les deux autres rue Françoise (18 août 1672). Pour des motifs que nous ignorons, ce projet ne fut point exécuté de suite. Le transfert des recluses n'e':t lieu qu'en 1681 (1).

Leur nouveau local était beaucoup plus vaste que l'ancien. On le mit sous le vocable de Ste-Pélagie,la fameuse comédienne d'Antioche, qui après une jeunesse passée dans les plaisirs finit sa vie aux grottes du Mont des Oliviers.

Qu'il nous suit permis de relever une erreur, faite par tous ceux qui ont parlé de Ste-Pélagie, ils ont cru que sa fondation remontait à 1665. S'ils avaient consulté le Code de l'Hôpital-Général, ils auraient vu que la translation de la Pitié à la rue de la Clef n'eut lieu (pie 16 ans plus tard.

Les deux, catégories de détenues payaient pension et étaient entiè rement séparées. Les filles de bonne volonté se trouvaient habituellement au nombre de cinquante et celles de force q\q trente. Les dames de St-Thomas de Villeneuve avaient la direction de Ste-Pélagie, où elles tinrent même un pensionnat.

D'autres maisons firent également partie de l'Hôpital Général, mais nous n'en parlerons point ici; soit parce qu elles ne lui fuient unies que peu de temps, comme l'hôpital des Teigneux du faubourg

(l) Code de V lfojiit,il-(;n,rr,il, ji. :W0 ;^ -loi.

St-Germain, la Savonnerie de Ghaillot elles neuf monastères supprimés en 1770 et dont les religieuses avaient été mises à la Crèche (rue du Puits-l'Hermite) et confiées aux bons soins de l'Hôpital Général; soit parce que nous nous en occuperons ailleurs, tel est le cas de l'hôpital de Vaugirard.

Maintenant que nous avons donné un court aperçu de l'organisation et des différentes maisons de l'Hôpital-Général, notre travail sur Bicêtre paraîtra, nous l'espérons, moins compliqué.

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