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CHAPITRE III

Bicêtre : Administration. Personnel. Topographie.

Les vieux soldats expulsés de Bicêtre. Bicêtre donné à l'Hôpital Général. Description de cet hôpital. Administration, personnel; population ; classement en sept divisioyis ou emplois. Cantines. Eglises et chapelles. — Les prêtres remplissent les fonctions de notaire et de curé de paroisse. Grandpuits et grand égout.

La comnianderie de St-Louis était installée depuis douze ans à peine à Bicêtre, lorsque Louis XIV détruisit l'œuvre de son prédécesseur au profit de l'Hôpital-Général.

Comme la Pitié, Scipion et la Savonnerie, formant les anciens liùpitaux des Pauvres enfermés, installés par Tédit d'août 1612, n'étaient plus assez vastes pour contenir tous les mendiants vagabonds, le roi y a.ijoi^nit la Salpêtrière et BicOtre. Déjà ciuel(iues années auparavant, ce dernier château avait été donnéà Saint Vincent de Paul pour y mettre les Enfants-Trouvés, mais ils n'y avaient habité qu'un an, et après leur départ les gentilshommes et les soldats invalides en étaient restés seuls possesseurs.

En 1656 ils durent abandonner ce plateau de Gentilly, oi^i après toutes les fatigues de la guerre ils trouvaient une retraite bien méritée. Le lieutenant de Bobe-Courte eut ordre de les enrôler et de les envoyer tenir garnison dans les villes frontières. Ce ne fut point sans protester qu'il^; ^(u^écidèrent à partir; tr.iis Ordonnances consécutives leur enjoigniivnt de déloger, enfin ils furent obli;;és de se soumettre et de céder la place aux Pauvres enfermés.

Par l'article IV de l\'Hlit d'avril, la donation faite à l'Hôpital-Générale était irrévocabUï : « Lui octroyons, y était-il dit. ensemble les « maisons et emplacements de Bicêtre, circonstances et dépenthm- « ces. » Les articles XXVII l et XXI K ainsi convns la complétaient :

ï Donnons tous les biens, droits, profits et émoluments tant en « fonds ordinaires casuels et extraordinaires de quelque sorte et « quelque titre qu'ils puissent estre deus,escheuset à écheoir, appar- « tenans ou qui peuvent appartenir maintenant et cy-après à Bicê- « tre ; appartiendront audit Hôpital-Général tous les meubles, lits, « couvertures, paillasses, linges et ustensiles de ménage. »

Viel de St-Maux, le dernier architecte de l'Hôpital-Général, donne les renseignements les plus exacts sur la topographie de Bicêtre à cette époque.

« Les bâtiments, dit-il, qui occupent la façade principale au nord, « avaient été construits en 1634 par Lemercier. Cent soixante ans « s'écoulèrent avant qu'elle eût besoin de réparations (1).

« Le premier plan avait été construit sur des dimensions régu- « lières, symétriques, de forme parallélogrammique de cent cin- « quante toises sur les grands côtés et cent vingt sur les petits. Ses t dispositions étaient les suivantes : Au nord, des avant-cours annon- « cent la façade principale, sur cet axe existe le bâtiment isolé, I qui, à l'origine, était l'entrée. La superficie totale couvrait dix-neuf t mille quatre cents toises.

« Les deux autres pavillons du sud-est et du sud ouest sont isolés « et semblent liés aux murs d'enceinte. Toutes ces parties ont été « construites à l'origine de l'établissement.

« Le plan général de Bicêtre a éprouvé par la suite de grands chan- « gements au couchant par l'accroissement de son enceinte et par « les masses nombreuses de bâtiments qu'il renferme aujourd'hui « de ce côté et qui ne sont nullement en concordance avec le pre- « mier plan. Les attributions diverses et autres que les premières « pour lesquelles ce plan avait été tracé et sa conversion en un hôpi- « tal à l'usage des indigents, des fous, des prisonniers et des vénériens « ont occasionné ces altérations. »

Après cette description nous ne signalerons point toutes les transformations et agrandissements faits à Bicêtre de 1657 à 1791. Nous ne mentionnerons que les travaux exécutés en 1757; ce fut alors que la porte d'entrée principale, qui regardait au nord, fut mise à la place qu'elle occupe encore aujourd'hui.

Bicêtre en devenant asile de mendiants fut consacré et voué à

(1) Viel (Charles-François). Pn'neijJes et ordonnance (h- la coiistrvci/on, t. IV.

Saint-Jean-Baptiste. L'on lit pi'f^céder son nom de celui de son patron,et on l'appela pendant quelque temps St-Jean Baptiste de Bicètre.

Quatre et parfois six commissaires, membres de l'Hôpita [-Général, régissaient tout l'établissement. Aucune mesure ne pouvait être prise sans leur assentiment; tous les vendredis ils tenaient bureau, se faisaient préseliter les registres de la maison et décidaient tout ce qu'on devait faire dans le courant de la semaine. On allait les chercher et on les reconduisait à Paris en carrosse d'apparat.

Un éconotne. un sous-économe, un premier commis comptable, un second commis, secrétaire de l'économe, trois autres commis, trois surnuméraires, deux postulants surnuméraires, une sœur supérieure, et dix sœurs officières, la'iques, sept prêtres, un capitaine et un lieutenant de la garde, un chirurgien gagnant maîtrise, un commis à la vente de l'eau-de vie et du tabac, un autre à celle du vin, deux compagnons en chirurgie, deux garçons apothicaires, un sommelier, un maître des enfants de chœur, un fourrier, un fournier et six élèves en chirurgie formaient le haut personnel de la maison et mangeaient au premier réfectoire, tous à la même heure et à la même table.

Le menu hebdomadaire du premier réfectoire était ainsi composé pour toute l'année : chaque jour cinq quarterons de pain blanc et cinq demi-septiers de vin; les jours gras une livre de viande, dont une moitié était servie bouillie et l'autre rôtie; trois entrées par semaine au dîner et une Salade au souper de ces mêmes jours ; le vendredi et le samedi au dîner du poisson, morue, hareng ou saumon et un plat de légumes, au souper des léi^umeset trois œufs fricassés. Le carême était observo avec la plus grande rigueur, et personne dans l'hôpital ne s'en exemptait sans certificat du médecin. Pendant ce temps d'abstinence on donnait le dimanche et le jeudi du poisson frais avec des lentilles ou du riz; le lundi et le vendredi du hareng, des lentilles et des épinards ; le mardi et le samedi de la morue et du riz; le mercredi du saumon et des fève<. Aux collations des mendiants, de la salade, du fromage ou des pruneaux alternativement et presque toute l'année des fruits à chaque repas (1).

Dans les trois grandes maisons de l'Hôpital-Général le mode de direction différait. A la Salpêtriêre la supérieure était seule directrice, l'économe remplissait les fonctions d'un simple commis greffier ; ù

(1) Collection Joly de Fleury, n» 1220.

la Pitié ils se partageaient le pouvoir ; à Bicêtre l'économe était le seul chef, les billets d'ordre pour l'entrée des pauvres, des vénériens, des insensés et des enfants à la correction s'adressaient à lui, il tenait les registres administratifs de la maison, il avait la charge de veiller particulièrement sur toutes les personnes détenues par lettres de cachet, enfin il avait l'inspection sur les commis, les domestiques et en général sur tous les hommes, employés à Bicêtre.

La supérieure avait le soin de tout ce qui regardait les pauvres et la nourriture et pour y pourvoir elle présentait toutes les semaines aux commissaires une feuille des alimenls nécessaires à l'entretien de l'hôpital; elle avait l'inspection sur les sœurs officières, les gouvernantes et filles de service et veillait à ce qu'elles tissent bien leur travail il). Les officières devaient être âgées au moment de leur entrée de vingt-cinq à trente ans, filles ou veuves sans enfant, d'une bonne santé, d'une réputation intacte, et savoir hre, écrire et calculer.

Pendant longtemps il n'y eut qu'une seule supérieure pour les trois grandes maisons de l'Hûpital-Général et elle choisissait les officières. Bu jour où chaque hôpital en eut une, ce droit fut réservé à celle de la Salpêlrière.

A Bicêtre la supérieure nommait les sous-officières ou sous-gouvernantes, qu'elle prenait habituellement parmi ses filles de service. Les officières vivaient en commun, elles se réunissaient tous les matins à cinqheureset demie chez la supérieure pour lui rendre compte de ce qui s'était passé pendant la nuit dans les dortoirs; après le dîner et le souper elles revenaient faire leur rapport (2).

Souvent l'économe et la supérieure, qui auraient dû donner l'exemple de la discipline, étaient les premiers à l'enfreindre ; ils avaient l'un et l'autre à leur service personnel, domestiques, laquais, cochers, voitures, tenaient table ouverte et s'étaient adjugés de leur propre autorité des jardins potagers et dévastes appartements (3).

Trois cents employés d'un grade inférieur formaient le second réfectoire. Les officières et les sous-officières, appelées aussi gouvernantes et sous-gouvei-nantes, étaient chargées de la police des dor-

(1) Collection Joly de Fleury, n" 1220.

(2) nid.

(3) Réponse au mémoire de l'Hôpital-Grénéral relativement à l'hôpital du St-Esprit . Coll. Joly de Flevry n» 1248.

toirs, des soins de la cuisine, de la lingerie, de la buanderie et de la surveillance des jardins et de la basse-cour.

Des maîtres serrurier, menuisier, charron, peintre, maçon, maréchal tenant, tonnelier et couvreur dirigeaient, sous le commandement du piqueur des bâtiments, tousles ateliers destinés à l'entretien de la maison.

Des portiers dressaient chaque matin la liste des Bons pauvres qui avaient obtenu l'autorisation de sortir, et veillaient à ce qu'ils tussent rentrés en hiver à quatre heures et en été à sept heures. Un facteurboîtier allait chaque jour ù Paris porter et chercher les lettres à la grande Poste (1).

Tous les employés étaient logés, nourris, et devaient être célibataires ou veufs sans enfant; par un règlement tidèlement observé les gens mariés lu- pouvaient y occuper aucune fonction.

A la cuisine il y avait une officière, un maître cuisinier, un gardemagasin et un grand nombre de marmitons. Le pain et la viande étaient apportés chaque jour de Scipion ; la Pitié, où se trouvaient les magasins généraux, fournissait toutes les denrées.

Le nombre des habitants de Bicêtre alla presque toujours en augmentunt, et surtout à partir du dix-huitième siècle, comme le montre le tableau ci-dessous :

ANNÉES PKRSONNKS

1663. 1849 ou 1885

(1) PÈBE Richard. Souvenirs de Bicêtre (Manuscrit).

(2) Toutes les années avec le chiffre de leur populiition sont reproduites aux appendices, oi\ nous donnons les documents, qui penuctteut de véritier.

D'après ce tableau on voit que la population de Bicêtre au dixseptième siècle ne dépassa qu'exceptionnellement quinze cents personnes ; elle suivait les fluctuations de l'agglomération parisienne; mais lorsqu'au dix-huitième siècle, les vénériens et les prisonniers y furent admis, elle varia de 2,500 à 3,500. D'après le rapport de La Rochefoucauld, le 5 mai 1790 elle s'élevait à 3,874 habitants, parmi lesquels il y avait 7G9 employés. Les dépenses montaient à environ 850,000 livres et les receltes à une quarantaine. Ces dernières consistaient dans le produit des pensions payées par les Bon s -pauvres et les prisonniers, dans la vente des lits et dans le bénéfice des cantines.

On avait formé sept divisions principales sous le nom d'emplois oîi étaient classés tous les habitants de Bicêtre.

l'^'' emploi. — St-Joseph : Paralytiques, vénériens et prisonniers.

2e emploi. — St-Mayeul : Pauvres valides.

3e emploi. — St-Charles : Valides et correction.

4« emploi. — St-Guillaume : Valides.

oe emploi. — St-Pierre ; Valides et infirmes.

6e emplui. — Bâtiment neuf : Gâteux, épileptiques, idiots.

7e emploi. — St-Prix : Los insensés.

Des pauvres valides et des infirmes, des pensionnaires et des indigents étaient mis indistinctement dans chaque emploi, dont le personnel se composait d'un gouverneur et d'autant de sous-gouver nenrs, qu'il y avait de dortoirs, d'une officièreet d'une sou - officière chargées de distribuer les vivr. s et de veiller ;î l'entretien du linge. Chaque emploi avait sa lingerie particulière.

L'hôpital faisait tenir à son compte des cantines où se vendaient par an 600 muids de vin (1) et 10 pipes d'eau-de-vie ; ce dernier liquide n'était délivré que sur une carte signée de l'économe, et on n'en donnait qn'un demi-poisson par jour k chaque individu. Les fermiers généraux avaient permis d'ouvrir un bureau de tabac. Les administrateurs en établissant ces boutiques avaient voulu être agréables aux Bons pauvres, qui trouvaient là à meilleur marché qu'au dehors vin, tabac et eau-de-vie; et par la même occasion ils réalisaient un

(1). Le muid de vin équivaut à 268 litres, la pipe ù 420 litre«, le poisson à O.llG-.

bénéfice de 20,000 livres, qui servaient à payer une partie des appointements des employés.

Il n'était pas nécessaire de sortir de l'enceinte pour remplir ses devoirs religieux : car il y avait ù Bicêtre même église et chapelles.

La première église fut celle qu'en 1634 Lemercier construisità la hâte avec des aisde bateaux, elle subsista telle quelle jusqu'en 1668 ; à cette époque Levau, ((ui venait de se distinguer en élevant l'éléganle coupole de la Salpêlrière, fut choisi pour en bâtir une autre plus grande et plus luxueuse. En 1743, lors de l'incendie qui causa à Bicêtre plus de 40,000 livres de perte, elle fut très endommagée. Grâce à la générosité de Brissac, évêque de Condom, le malheur fut rapidement réparé et Tannée suivante ce prélat bénissait et consacrait une nouvelle église. C'est celle qui subsiste encore aujourd'hui. Sur Tune de ses trois cloches se trouvait cette inscription :

« Hospice de Bicêtre 1744. L'an 1744. J'ai été bénite par et

« nommée En présence de M. Henri de Besset, chevalier, seigneur

« de la Chapelle Millin, Jean-Baptiste, Pierre Lambert, correcteur 0 des comptes, Alexandre Jean Bemy, écuyer, ancien échevin de la « ville de Paris et Denis François Benoist, conseiller au Chastelet, tous « les quatre administrateurs de l'Hùpital-Général et commissaires de « la maison de Bicêtre.

Louis Gaudiveau ma faite à Lieussaint » (1).

Il y avait on outre six chapelles, di-séniinées çà et là dans les divers emplois : lo celte des vénériens; 2» celle des grands et petits paralytiques; 3° celle de St-Pierre; 4° celle du bâtiment neuf; 5" celle des salles de Force et de l'intirmerie; 6» celle des cabanons.

Sept prêtres nourris et logés à l'hôpital en avaient la direction religieuse, ils étaient directement sous l'autorité spirituelle de l'archevêque de Paris, et à l'égard de lu police et de la discipline temporelles sous l'entière dépendance des directeurs, par qui ils étaient nommés.

Les pauvres, que la maladie ne mettait point dans 1 impossibilité de se lever, étaient obligés d'assister dimanches et fêtes à la messe et aux vêpres. Les gardes parcouraient les cours pour surprendre ceux qui se cachaient pour s'en exempter et les amenaient de force à

(1) Documents inédits sur l'Histoire de France : htscriptiomt de la Fruncr. t. II, p. 686.

l'église. Pendant les Avents et le Carême un prédicateur de la ville, choisi toujours parmi les meilleurs orateurs de la chaire, venait prêcher à Bicêtre.

Les prêtres, attachés à la maison, remplissaient les fonctions, dévolues habituellement aux notaires et aux curés de paroisse ; ils recevaient ou rédigeaient les testaments des pauvres, des prisonniers et des employés et faisaient les enterrements, enfin ils avaient le droit de tenir les trois registres des décès, des mariages et des baptêmes (les deux derniers étaient inutiles dans cette maison) (1).

Après de longues discussions avec le curé deGentilly, discussions, qui commencées en 1634 ne prirent lin qu'en 1741 par un arrêt du Parlement, tous les droits curiaux, que celui-ci s'était arrogés, lui turent enlevés; il n'eut plus l'autorisation de venir processionnellement officiera Bicêtre le jour de la Saint-Jean-Baptiste; il dut se contenter à l'avenir d'une redevance annuelle de douze livres et de quelques douzaines de cierges (2|.

Il y avait encore pour aider les ecclésiastiques une vingtaine d'enfants de chœur, habillés de noir les jours ordinaires et de rouge les dimanches et fêtes; ils étaient choisis parmi les correctionnaires les plus sages.

Cet hôpital possédait et possède encore deux œuvres d'art remarquables : legrund puits et le grand égout.

Dans le principe Bicêtre n'avait (ju'un puits, creusé de temps immémorial; six hommes étaient occupés toute la journée à en tirer l'eau. Il existait encore dans les terrains, qui dominent le plateau de Gentilly, une source dont les eaux reçues dans un réservoir suffisaient aux besoins des loges et des emplois voisins et le trop plein se jetait dans la Bièvre. Cette source fut considérablement diminuée, lorsque des plâtrières furent ouveites dans la plaine. On fut alors obligé d'envoyer chaque jour les charrettes chercher de l'eau à la Seine, en face la Salpêtrière; et uialgré les nombreux voyages faits quotidiennement a la rivière, on ne pouvait parvenir à en transporter assez pour satisfaire à tous les besoins de la maison. 11 allait falloir abandonner Bicêtre, si on n'obviait pas à ce grave inconvénient.

(1) Règlement pour le service militaire et la garde du château de Bicêtre, Collect. Jolyde Fleury, 1229.

(2) Code de l'Hôpital- Général, p. 98.

En 17:{4. Boffrand fut chargé de fairo un puits, qui fournirait et suftirait à la consommation. Cet habile architecte en eut rapidement creusé un de quinze pieds de diamètre et de vingt-huit toises et demie de profon leiw (57 mètres), malgré les difficultés du forage. L'eau en était versée dans un réservoir d'une contenance de quatre mille muids (1072 mètres cubes), d'où elle était portée par des tuyaux de plomb laminé dans toutes les parties de l'hôpital. La machine se composait d un arbre debout, auquel s'assemblaient huit bras en bois, mis en mouvement par des chevaux ou des hommes, et d'un tambour, sur lequel se roulaient et se déroulaient deux câbles. A leur extrémité étaient attachés deux seaux d'un volume de quatre muids chacun, dont l'un depcendait, tandis que l'autre montait; comme ils ne pouvaient i>oint se renverser dans le puits à cause de leur grosseur, ils étaient percés au fond et se remplissaient par un mécanisme ingé n ieux de quatre soupapes.

Au-dessus du grand puits, Boffrand avait installé un grenier à blé, qu'on transforma plus tard en dortoir {i\.

Boffrand avait fait à peu près à la même époque des aqueducs souterrains qui traversaient les cours et se réunissaient au dehors à ciel ouvert et portaient les vidanges dans un puisard, établi au couchant au revers de la côte de Gentilly. En 1775 ce puisard se trouva entièrement rempli ; alors des eaux infectes et corrompues pénétrèrent dans la Bièvre et les puits de Gentilly et se répandirent à la surface des champs.

Gomme il s'écoulait de Bicêtre environ deux cents muids d'eau et d'immondices par jour, il fallut chercher un prompt remède. M. de Bernière, un des administrateurs, proposa de construire un aqueduc souterrain, qui irait aboutir à la Seine; mais on y renonça à cause des nombreuses difficultés qu'il y avait à surmonter pour l'exécution d'un tel projet : une longueur de voûte de trois mille toises, le sol friable des carrières, les trois grandes routes de Fontainebleau, de Vitryetdlvry à traverser auraient entraîné une dépense de trois millions.

Viel, l'architecte de l'Hôpital-Général, présenta un plan i|ui fui accepté. On acheta six carrières voisines pour y faire écouler les immondices. Les dispositions de ces carrières, leur étendue, leur

(1) BoFFRAXD. Litre de l'aichitecture.

profondeur lui permirent d'ori^aniser un puisard, qui avec des travaux convenables put servir à perpétuité et sans inconvénient d'égout à cet hôpital. Commencé en mai 1784 il fut aclievé en 1789; il avait coûté quatre cent mille livres (1).

Pour terminer cette courte topographie, il nous reste à signaler la bergerie, les deux moulins à vent, le séchoir des peaux de Scipion les vastes jardins potagers qui se trouvaient compris dans l'enceinte ainsi que le cimetière, situé entre les loges des insensés et le chantier de bois. Les portes des Gobelins, des Champs, des Vinaigriers et porte Rouge donnaient entrée à Bicètre. Neuf chevaux faisaient le service de la maison (2).

Il n'y avait dans cet hôpital, d'après Barthélémy Maurice, qu'une seule direction administrative, qu'une seule comptabilité, qu'un seul livre d'entrées où l'on inscrivait pêle-mêle les pauvres, les prisonniers et les vénériens.

Ces registres qu'on appelait Ordres du i}o«/, existent encore; ils sont au nombre de soixante-six, dont soixante-cinq sont conservés au Greffe de la Roquette et aux archives de la Préfecture de police ; le plus ancien date de 1705 et le dernier du 18 octobre 1788.

(1) ViEL. Loc. cit.

(2) Père Richard. Lue. cit.

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