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CHAPITRE IV

Bons Pauvres. Épidémies. Infirmeries.

Les mendiants enfermés. — Affluence des pauvres en hiver. — Les Bons Pauvres. — Nourriture des pensionnaires. — Travaux des pauvres valides. — Paralytiques, èpileptiques, teigneux, galeux, aveu(]les. — Pauvres valides envoyés aux colonies. — Epidémies fréquentes de scorbut. — Malades envoyés à VHôtel-Dieu, à St- Louis et à Ste-Anne. — Infirmeries de Bicêire.

Par le règlement d'avril 1656. les mendiants de l'un et l'autre sexes, incapables de travailler et de gagner leur vie, nés ou domiciles à Paris depuis deux ans, valides ou invalides jeunes ou vieux étaient enfermés dans les différentes maisons de l'Hûpital-Général, où on les occupait aux manufactures et aux ateliers tant que du moins le permettaient leurs forces. Primitivement on n'admettait point les pauvres mariés, seulement on leur distribuait tous les jours à la Pitié de la soupe et du pain (plus tard on les recevra). Les femmes indigentes, abandonnées de leurs maris, y trouvaient aussi un asile, ainsi que les aveugles et les incurables, jusqu'il ce qu'il y eût place pour ces derniers aux Quinze-Vingts et aux Incurables.

L'aumône de passade se donnait aux mendiants de ])assage, qui durant leur séjour logeaient, les hommes ù l'hôpital St-Athanase et St-Gervais et les femmes à Ste-Catlierine trois nuits consécutives, ce temps écoulé, ils devaient quitter Paris sous les i)einesles i)lus sévères Les pauvres atteints d'écrouelles, venus dans la capitale pour les fêles solennelles où le roi touchait leur mal, étaient nourris et acceptés à l'Hôpital-Général, les étrangers pendant un mois et les Kranç.ais pendant quinze jours. On refusait les lépreux et les vénériens et tous les iïidividus atteints de maladies contagieuses. Les prêtres mendiants et les vagabonds, non orij;inairos de Paris. avai-Mit oniredese

retirer, les premiers dans leurs diocèses et les seconds dans la ville de leur province où existait un hôpital général (1).

La maison de Bicêtre était réservée exclusivement aux hommes et aux entants du sexe masculin. Au début on y mettait pêle-mêle des vieillards, des estropiés, des cancéreux, des ulcérés, des boiteux, des enfants d'école, des invalides, des faibles d'esprit, des écrouellés, des mal-taillés, des paralytiques, des scorbutiques, des vagabonds et des convalescents (2). Entre 1701 et 1722 (nous ne pouvons préciser l'époque) les conditions d'admission furent réglées sur des bases plus fixes : les enfants n'y entrèrent plus qu'à quinze ans; plus jeunes on les plaçait à la Pitié. Les pauvres mendiants devaient avoir soixante ans, être parisiens, et présenter un certificat d'indigence, signé du curé de la paroisse et leur extrait de baptême.

Mais on n'observait pas cette règle inflexiblement. Quantité de pauvres jeunes et valides passaient à Bicêtre les mois d'hiver, alors que les travaux étaient suspendus et ils s'en allaient au printemps. Les administrateurs, animés du désir de secourir le plus possible de malheureux, ouvraient les portes de l'hôpital à tous les individus sans argent et sans domicile. Ce qui souvent n'était point sans avoir de graves conséquences. En effet les places se trouvaient être insuffisantes devant une telle affluence : dix à douze entrarUs n'avaient parfois qu'un seul grand (3) lit à leur disi)osition, les ujis se. couchaient de six heures du soir à minui,tj..Xes auties les remplaçaient de minuit à six heures du matin. Les salles St-Mayeul et St-Médard étaient si encombrées que chaque année le scorbut y sévissait. Des dortoirs de cent cinquante places contenaient trois ou quatre cents personnes. Dans celui des paralytiques les moins malades devaient chaque soir faire dresser leurs lits dans le corridor voisin (4).

En 1667 il fallut acheter des terrains pour agrandir l'hôpital et en même temps faire élever des murs de clôture pour empêcher l'évasion des mendiants enfermés, dans moins d'un an six cent soixantedix-sept s'étaient enfuis (5).

(1) C'>de (le l'IIôpltal-Gcnéral. lîèçjlemvnt deV Hôjntal-Général, -p. 27J .

(2) Appendice IX. tyf /

(3) Dans les grands lits, hauts et longs de six pieds et larges de quatre et demi, couchaient habituellement quatre malades, deux à la tête et deux au pied.

(4) CdlrctuinJoly de Flcury, n" 123.").

(5) Maïuiscrits Bib! . nat.^ n" 111501.

Mais cette répulsion ne dura pas longtemps: les malheureux fi nient par se rendre compte des in!eniioi;s cliarilables dont les administrateurs de l'ilôpital-Général étaient animés à leur égard, ils ne considérèrent plus comme une cruelle j)unition « renfermement » àBicètreet ils apprécièrent à sa juste valeur la précieuse faveur (lu'on leur accordait en leur donnant un asile pour leur vieillesse. Aussi les demandes d'admission aflluaient au bureau de la Pitié. Le nom de Pauvres enfermés, qu'on leur avait donné au début, n'avait plus raison d'être, on lui substitua celui de Oona pauvres ou de bonne volonté.

Pendant de longues années personne ne payait à Bicêtre, tout y était gratuit. Sur les demandes réitérées d'une certaine classe d'intéressés on fmit par y ^prendre des pensionnaires, qui se recrutaient parmi les petits renti.ej:s7ël les vie domestiques, entretenus par leurs maîtres. Parmi eux il y avait diverses catégories et on les traitait suivant le prix payé à l'iiùpital.

Aux bons pauvres sans pension, âgés de moins de soixante ans, on donnait quotidiennement cinq (luarteruns de pain bis de farine de froment; les dimanches, mardi et jeudi une livre de viande pour quatre, et une chopine de bouillon gras; les autres jours delà semaine une chopine de bouillon maigre, fait avec du beurre et des pois; le lundi et le mercredi un quart de litron de pois à chaque repas; le \endredi et le samedi une once de fromage de gruyère ou une once de beurre salé de Normandie, au diner et au souper. La distribution des vivres ne se faisait ([u'une lois par vingt-quatre heures, le matin au lever du soleil, toutefois on leur servait la soupe à huit heures. Ils n'avaient point de vin (1).

Les sexagénaires et les septuagénaires étaient soumis au même régime, les premiers avaient en plus un poisson de vin et les seconds un demi-septier. Par suite de i)énurie dans la caisse les adnnnistrateurs durent souvent le leur supprimer.

Les pensionnaires âgés de moins de soixante ans et payant cent livres avaient (juotidiennement cin(i ((uartei'ons de pain l)lanc, les jours gras une demi-livre de viande, les jours maigres à Ci) diner un

(1) Collection Jvly de Fleury, n'^ 1220 et 1246.

(2) Autrefois les deux grands repas do la journée avaient lieu, le dîner i^ midi, le Bouper à six heures .

tiers de litron de fèves et à souper deux onces de fromage de gruyère. Aux sexagénaires on accordait trois poissons de vin.

A cent cinquante livres ils avaient droit à ; les jours gras trois qiiaVterons de viande, les jours maigres une portion de morue à diner et une portion de légumes ou deux onces de fromage à souper et une chopine de vin (1).

A deux cents livres, une chopine de vin, trois quarterons de viande; les jours maigres deux portions, à dîner une de morue et l'autre de légumes, à souper une portion de légumes et trois onces de fromage.

A deux cent cinquant(- livres, trois demi-septiers de vin, une livre de viande, doiit la trioitié bouillie et l'autre rôtie; les jours maigres même régime ([ue le précédent.

A trois cents livres une pinte de vin de meilleure qualité, une livre de viande; les jours maigres à diner une portion de poisson et une autre de légumes ou trois œufs, à souper trois œufs et une portion de légumes.

A trois cent cinquante et quatre cents livres, même table (lu'au premier réfectoire.

Au-dessus de cette somme ils avaient droit à cinq demi-septiers de vin, tandis que le personnel de la maison, qui mangait au premier réfectoire, n'en avait que trctis depuis l'augmentation.

Les pensionnaires au nombre de soixante à quatre-vingts rapportaient habituellement une quinzaine de mille livres à l'Hôpital. .JLes pauvres de 6oiij/.e to/o/iZi payants ou g^rajuits, pouvaient s'en i l aller-d«Bicêtre, quand il leur plaisait, aucun règlement ni aucun H^ '^^ engagement ne les contraignait à y rester contre leur gré. S'ils vou- ^'

laient descendre à Paris, ils n'avaient qu'à demander l'autorisation à l'économe, jamais elle ne leur était refusée (2); les seules formalités à remplir consistaient à se faire inscrire en sortant chez le concierge et à rentrer le soir avant quatre heures en hiver et sept heures en été (3).

Au commencement on ne recevait à Bicêtre que des vieillards, des enfants et des jeunes gens infirmes, incapables de travailler; mais

(1) Le poisson vaut 0,116, le demi-septier, 0^233^ la cliopine, 0,4GG, la pinte, 0,931. Le litron équivaut preaqu'au litre. L'once vaut 32 grammes.

(2) Alletz. Tableau de Vhumanité.

(3) Père Richard. Manuscrit de la Bihliothèque Carnavalet.

peu à pou (le grandes niodifications furent apportées au règlement. On admit des pauvres valides; outre la (jnestion d'humanité, qui voulait (|u'on ne laissât point sans secours des malheureux, réduits à la plus grande misère, l'hôpital retirait un grand avantage de cette combinaison, car ils servaient les infirmes, et pour tout gage ils se contentaient d'un supplément de nourriture et de minimes aj>pointements, variant de quinze sols à trois livres par mois ; sans eux on eût été obligé de payer des domesti(iues qui auraient coûté plus cher à eux seuls que tous les pauvres. Tout en faisant le bien, l'administration y trouvait son bénéfice ; sur sept cent soixante employés quatre cent trente-cinq étaient des Ouns pauvres (1).

L'entrée à Bicètre ne donnait droit qu'à un grand lit : les plus anciens et les protégés avaient seuls le privilège de coucher séparément. Pour éviter toute discussion à ce sujet, on prit une mesure radicale, et vers 1774 on commença à vendre les petits lits cinquante écus; à la mort des acheteurs ils revenaient à l'hôpital, qui les revendait. C'était encore un produit annuel d'une dizaine de mille livres. A la suite de la visite de M. et de M"'" Necker, les grands lits furent divisés en deux par une planclie. La sœur Supérieure, ayant fait observer que c'était une combinaison peu pratique, fut révoquée.

On ne laissait point les ])auvres, capables de travailler, dans l'oisiveté : les uns étaient occupés à la manutacture de serge, les autres faisaient marcher les quarante métiers battants avec lesquels se fabriquaient la toile nécessaire à la consommation de la maison et le treillis pour les sacs de la boulangerie Scipion; (pieUiues-uns tissaient des lacets; d'autres réunis dans les ouvroirs tilaient la laine pour les couvertures; les artisans retirés exerçaient leurs anciens métiers; les jardins, la buanderie, la lingerie, les lavoirs et la cuisine en employaient encore beaucoup (2).

Les pauvres valides et invalides (douze cents en moyenne) formaient le groupe le plus important; ils étaient réjiartis dans les salles St-Joseph, St-Mayeul, rAn;^;e-Gardien, St-André, St-Kené, St Philippe, St-Charles, St-Guillaume, Ste-Marie, Ste-Marguerite, St-Marcel, Sl- Médard, St-Étienne et le dortoir au-dessus du Grand-Puits.

(1) La Rochefoucauld, liuj'povt du Comité de tnoidicltc à V Assemblée Nationtdc.

(2) Lknoik. lictdils xhi' (piclqutx élahU.i)i,'mcat.< df Parts, 1780.

Les articles du rôglement de 1636, qui prescrivaient d^ ne recevoir ^. ) que des mendiants valides et invalides, incapables de gagner leur vie, ne furent jamais strictement observés. Les aveugles et les incurables, qu'on devait renvoyer aux Quinze-Vingts et aux Incurables, aussitôt qu'il y aurait des places vacantes dans ces deux hôpitaux, restèrent dans les maisons de l'Hôpital-Général. Dès la première année on comptait vingt-deux aveugles à Bicêtre (1). En 1701 la liste jointe à l'affiche de la loterie de l'Hôpital-Général et des Enfants-Trouvés mentionne dans cette maison quatre-vingt-seize aveugles et écrouellés, sans faire de distinction entre ces deux sortes de malades (2). En 1726 ils sont trente-six (3) et ils ont un quartier spécial : la salle St-Pierre (4).

A la suite de conventions faites avec le Grand-Bureau, l'Hôpital- Général se contenta de douze lits aux Incurables (5).

On trouvait à Bicêtre des spécimens de diverses maladies (6) : J^

Des épileptiques 61 à St-Iean.

Des grands et petits paralytiques 100 à St-Joseph.

Des imbéciles 72 à St-François.

Des teigneux et des scrofuleux. . 41 à St-Fiacre.

Des galeux 78 à St-Louis.

Des fous 187 à St-Prix.

Des vénériens 15o à St-Eustache.

Des vénériennes 264 à la Miséricorde.

Des enfants 114 à la Visitation.

Des aveugles 36 à St-Pierre.

Ces différents malades atteignaient le chiffre de onze cents. ""

Leur costuuie ainsi que celui des Bons pauvres se composait de bas, d'une culotte, d'un gilet, d'un habit ou d'un frac de bure pour les valides et d'une robe de même étoffe pour les gâteux (7).

Enfin des prisonniers, enfermés au fort Mahon, à la Force et à St- ^ }

Léger et des correctionnaires à la salle St-Martin, divisée en petite Correction pour les enfants au dessous de seize ans et en grande Correction pour les autres, dépassaient cinq cents.

Les prisonniers, les vénériens et les fous formaient à Bicêtre des

(1,2, 3 et 4). Appendices. VIII, XII, XV, XVII.

(5) Collection Joly de Fleur y.

(6) Appendices XV et XIX.

(7) ViEL DE Î^t-MAUX. Notice sur les hêpitavx.

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groupes si importants que nous avons cru devoir consacrer un chapitre spécial à chacun d'eux.

Pauvres valides, envoyés aux colonies.

Bien souvent les pauvres valides de Bicêtre furent victimes d'abus de pouvoir incroyables.

Avait-on besoin do soldats pour remplir les cadres des régiments, les serments recruteurs obtenaient du ministre de la guerre l'autorisation de choisir dans cet Hôpital les sujets qui leur paraissaient capables de supporter les fatigues du métier militaire (1).

Pour peupler les colonies on n'avait pas trouvé de moyens plus expéditifs que de ijrt-ndre de force les jeunes filles et les garçons élevés par l'Hôpilal Général. En 1669CoIbert fit transporter au Canada une centaine d'orphelines, tirées de la SalpcHrière. Comme elles ne furent point assez robustes pour résister au climat et aux travaux, pénibles auxquels on les astreignait, une fois arrivées, on cessa momentanément de les expatrier, et on préféra y envoyer de grosses et plantureuses Normandes lâi Néanmoins en 1682 on revient aux premiers errements et cinquante femmes furent expédiées de la Salpètrière à Québec.

En 1719 la Compagine d'Occident, fondée pour exploiter les terres de Mississipi et surtout dépouiller de leurs économies l'innombrable et incorrigible famille des gobeurs. employa pour peupler ce pays lointain les mêmes procédés. Le 8 octobre et le S novembre douze cents personnes des deux sexes furent obligées d'aller coloniser l'xVmériiiue. Le 18 septembre de la même année quatre vingts filles, arrachées des prisons du Prieuré St-Martin et mariées à des détenus avaient été également embarquées,

Des agents de police eu bourgeois, ayant pour tout insigne une fleur de lys en bandoulière à la boutonnière et appelés pour cela Baad ulicrs, arrêtaient tous les mendiants valides et les conduisaient, avant leur départ pour ces rivages encore presque inconnus, à Bicêtre et à la Salpètrière. Comme ils touchaient une prime de dix écus par indi-

(1) JOBEY : Hixtolre de Louis XV.

(2) Lettres, CorresjJimdaners et Mémoires de Colhert.t. III. Lettre de Colbert i\ l'Archevêque de liuuen, ILiilay Je ('liaïupvallon, p. 4t>7. Lettre de Colbort A Deyen, intendant des îles d'Aiuéri<iu»,'.

vidii, ils appréhendaient toutes sortes de gens, ouvriers, bourgeois, fils et filles de famille et même des enfants, sous prétexte de vagabondage. Les plaintes du public devinrent tellement vives que le Régent donna ordre, par crainte d'une révolte à Paris, à ces policiers, peu scrupuleux, de modérer leur zèle.

Mais comme il fallait toujours à Law des émigrants, on se rabattit alors sur l'Hôpital-Général, cinq cents jeunes filles et six cents pauvres valides, choisis à la Salpêtrière et à Bicêtre, furent dirigés vers a Rochelle, les femmes en charrettes et les hommes à pieds sous l'escorte de trente-deux archers et embarqués peu après pour le golfe du Mexique. Cette colonisation forcée donna des résultats déplorables, ces malheureux vinrent mourir de faim sur les bords du Mississipi, sacrifiés par le Régent à la cupidité des agioteurs dé la rue Quincamp »ix. Par une aberration d'esprit incompréhensible, le ministre d'Argenson, en octobre 17'i9,el en mai 1730, voulut revenir aux procédés de Law et débarrasser Paris des mendiants, et diminuer le nombre des pauvres enfermés à l'Hôpital-Général, en les expédiant par delà les mers. Mais le peuple se montra de moins bonne composition que précédemment, des révoltes sérieuses éclatèrent et le ministre dut rapporter son arrêt (1).

Les commissaires de Bicêtre avaient vainement protesté contre ces mesures; mais ils avaient été contraints de laisser prendre les pauvres valides, et même de recevoir dans leur maison les individus arrêtés dans Paris, et de les nourrir avant leur départ pour le port d'embarquement ; et en 1723, ils n'étaient point encore remboursés des dépenses que leur avait causées ce surcroît de pensionnaires (2)

Épidémies. — Infirmeries.

Par le règlement d'ovril 1636, tous les pauvres, sans exception, malades à Bicêtre, devaient être soignés à l'Hôtel-Dieu ; mais par une convention, datée de janvier 1639, il fut décidé qu'on n'y recevrait point ceux, atteints d(; peste, d'écrouelles, de grosse vérole et d'afiections contagieuses. Chaque matin, on les conduisait en carrioles,

(1) JOBEY. Histoire de Lcmis XV, t. 11, p. 116 et 514.

f2) Maxime du Camp. Pav's, st-s organes, ses fonctions et sa vie, t. IV et Collection Joly de Flevry.

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place Notre-Dame ; ceux trop soullraiits pour être voitures impunément dans ces véhicules mal suspendus y étaient portés en brancards. Au début, on ne les admettait qu'un jour par semaine, le vendredi, et même pendant le carême, les portes leur en étaient fermées (1).

Bien souvent Bicêtre fut le théâtre de terribles épidémies; quoique l'IIôtel-Dieu ne fût point obligé dans ce cas d'ouvrir ses salles aux contaminés, les gouverneurs les acceptaient par humanité.

Ainsi en mars 1670, pour remédier au scorbut qui régnait dans cette maison avec une telle violence qu'à peine s'échappait-il un individu sur quarante, on lit préparer à l'hôpital St-Louis (une des succursales de l'Hûtel-Dieu) de vastes dortoirs. Comme on craignait que le passage de ces pestiférés à travers Paris ne fût dangereux pour les habitants, on leur lit suivre le cliemin de ronde, traverser la Seine sur le bac, placé au-dessus de la Salpêtrière, puis prendre la route de Pincourt (Popincourt) (2). Quelques années auparavant (novembre 1661 à mars 1662), par suite d'une affection de même nature, soixante et onze personnes étaient mortes dans les infirmeries de Bicêtre, et dix-neuf cent dix avaient été portées à l'Hôtel-Dieu

En avril 1729 les scorbutiques se trouvèrent en si grande quantité à l'Hôtel-Dieu que les maisons de l'Hôpital-Général durent cesser d'y envoyer leurs malades jusqu'à ce que des logements fussent organisés pour eux à St-Louis (cet hôpilal ne servait qu'en cas d'épidémie). A titre d'indemnité, les administrateurs payèrent une somme de trois mille livres à l'Hôtel-Dieu, où ils avaient envoyé plus de cinq cents de leurs pauvres.

Une épidémie encore plus meurtrière que les précédentes apparut inopinément en mai 17o3. Les scorbutiques, mêlés aux prisonniers de Force dans les salles St-Landry et Ste-Martine, atteignirent à l'hôpital de la place Notre-Dame, le chiffre fabuleux de douze cent dixneuf; faute de places dans les dortoirs, on dressa des lits dans trois greniers pour les bons pauvres, qui ne tarièrent pas à être transportés à St-Louis. Neuf cents détenus n'en demeurèrent pas moins à l'Hôtel- Dieu.

Fatigués d'être ainsi encombrés, les gouverneurs de l'Hôtel-Dieu

(1) Documents pour servii' à l'TIidoire àesi Hôpitaux de Paria, t. 1, p. 134.

(2) Documetits jiour servir à l'Histoire des Hôpitaur de Paris, 1. 1, p. 189.

refusèrent en 1760 de recevoir les personnes atteintes de maladies contagieuses. Aussi la mortalité fut-elle énorme à Bicètre, où aucun local n'était disposé pour les mettre.

Boyer, doyen de la Faculté, appelé en consultation par Lalier, médecin de l'Hôpital-Général, accourt aussitôt. L'un et l'autre constatent que les malades sont couverts d ecchymoses, de pustules rougeâtres, et de taches noires et livides. Ils visitent l'infirmerie St- Antoine, destinée aux gens de service et aux bons pauvres, pensionnaires; l'air y est chargé de vapeurs putrides en raison du grand nombre d'individus, enfermés dans un espace trop étroit, six couchent dans le même lit et d'autres restent sans secours dans les dortoirs. De là ils passent à St-Léger et à la Grande- Force, où ils trouvent vingt malades. Dans l'infirmerie St-Roch cpjatre-vingt-dix prisonniers sont dans un état de santé assez bon, car cette salle est aérée. Ils remarquent que les détenus des cabanons, grâce à leur isolement, sont les mieux portants, sauf ceux qui sont enfouis dans les cabanons souterrains. Ces lieux, disent-ils dans leur rapport, nécessairement humides en vertu de leur situation, sont après les cachots le réceptacle le plus douloureux de la misère humaine.

Latier, qui quelques jours plus tard succombait victime de son noble dévouement, écrivait le 10 mars aux commissaires de la maison, pour se plaindre du trop grand nombre d'admissions à Bicêtre.

« A Dieu ne plaise, disait-il, que la médecine, établie pour le sou- « lagement et la consolation des malheureux, prépare des arguments « contre la Charité, mais en désirant de tout son cœur que Bicètre « agrandi soit pour tous les indigents un asile commode et salu- « taire, la médecine se trouve obligée de faire envisager les iruits « amers qu'on s'expose à recueillir de l'hosiiitalité, exercée en faveur « d'un plus grand nombre que l'espace peut en recevoir » (1).

Malgré leur premier refus les gouverneurs de l'Hôtel-Dieu consentirent en 1767 à recevoir les scorbutiques de Bicêtre. Pour triompher de leur résistance les administrateurs de rHôpitai-Général s'étaient fait appuyer par le premier président et le procureur général du Parlement, chefs directeurs des deux établissements, à qui ils avaient démontré que les gens de Force étaient affligés de scorbut, que cette

(1) Collection Joly de Fleitrij, n" 1235.

maladie faisait des progrès rapides et pouvait se communiquer à tout l'hôpital, dégénérer en épidémie et envahir la ville. Du reste ils s'engageaient à ne laisser leurs malades rpie le temps nécessaire pour laire réparer les sailes de Force, les Ijlanchir, les recrépir et les aérer. L'hôpital Ste-Anne (autre dépendance de l'Hôtel-Dieul, fut rapidement aménagé et le 27 avril les carrioles de Ricètre y amenèrent quarantecinq malades. Le 15 juillet suivant lout danger était conjuré, alors l'on referma l'Hôpital Ste-A!me(l).

Grand nombre de personnes étaient soignées pourtant à Bicêtre; lors de la visite de Tenon (1788) il y avait dans les infirmeries sept cent quatre-vingt-huit malades. Il est vrai que dans ce chill're il fal lait compter les vénériens (quatre cents environ), les galeux et les teigneux (cent ciîîquante), à qui on faisait suivre un traitement, et les prisonniers, ([ni depuis 1767 n'étaientplus acceptésàrHùlel-Dleu et enfin les gens de service et les bons pauvres, pensionnaires, pour qui on avait toujours eu des intirnieries spéciales.

En cas d'extrême urgence l'Hôpital-Général savait trouver de la place. Ainsi en 1773 aprèslincendie de l'Hôtel-Dieu (nuit du 31 décembre 1772) il fit proposer aux gouverneurs de cet hôpital, par l'Archevêque de Paris, de ne plus y envovin* de malade^ pendant trois ans, moyennant une indemnité de quarante mille livres pour acheter des lits. L'Hôtel-Dieu s'en; pressa ;raccéder à cette offre.

Ces déplacements et ces transports avaient de graves inconvénients. Aussi le roi par Lettres Patentes du 22 juillet 1780 en proro géant pour trois ans les droits d'octroi, accordés antérieurement ù l'Hôpital-Général, mit comme condition que les administrateurs feraient préparer incessamment dans chacune de leurs maisons des infirmeries, proportionnées au nombre de leurs habitants, et où chaque pauvre coucherait séparément (2).

Quelque temps auparavant Louis XVI avait fait organiser à ses frais de vastes salles pour les paralytiques, les épileptiques et les cancéreux, car il ne voulait pas ([ue des gens de tous âges et affligés de maux différents fussent confondus dans les mêmes dortoirs et souvent mis dans les mêmes lits.

On commença aussitôt les travaux. A Bicêtre on construisit une

(1) JDflcnmmts povr tenir à Vhintoire des hôpitana" de Paris, t. T, p. 3y."i, etc.

(2) Code do l'JIôpitul-Uénèral, p. lG(j,

infirmerie pour trois cents personnes; mais elle était à peine terminée que les murs se lézardèrent. On avait voulu expérimenter une nouvelle façon économique de bâtir, prônée par certains architectes. Viel (le Saint-Maux, chargé de réparer leur maladresse, fut obligé d'étayer partout pour rendre ce bâtiment habitable. En 1782 les malades purent y être soignés (1); mais le plus grand nombre continua comme par le passé à être envoyé à rH(3tel Dieu.

Cette infirmerie ain>i restaurée était encore considérée comme insuffisante, puisque chaque année les administrateurs plaçaient à la caisse du Mont-d-.' Piété l'excédent de leurs revenus pour en construire de nouvelles à la Pitié, à la Salpêtrière et à Bicêtre. Celle de la Salpêtrière fut ouverte en 1786.

Neuf cent quarante mille livres, déposées au Mont de-Piété, allaient permettre de bâtir celles des deux autres hôpitaux, lorsque la Révolution de 1789, qui changea entièrement l'organisation de l'Hôpital-Généra!, lit repousser à une époque ultérieure l'exécution de ces beaux projets. Six mois suffirent pour faire disparaître et engloutir toutes les économies (2).

(1) Viel de St-MAux.

(2) Mémoires poxir V Hôpital- Général de Paris et iwur celn'i des Enfants- Trouvés, 1790.

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