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LES CLEPSYDRES

Les cadrans solaires, s'ils étaient arrivés, grâce à de nombreux et savants perfectionnements, à donner l'heure <l'une façon suffisamment exacte, présentaient ce grand inconvénient de fournir seulement des indications diurnes, ■et encore pour que ces indications fussent lisibles fallait-il un ciel clair, limpide, dépourvu de nuages. Dans les pays où l'atmosphère est chargée de brumes, cet appareil, quelque perfectionné qu'il fût, ne laissait donc pas de présenter de regrettables lacunes, que, dès une époque fort ancienne, on dut s'occuper de combler. Un des premiers instruments d'horlogerie qu'on imagina dans ce but fut la clepsydre.

Dans le principe, comme la marmite en cuivre de Voukil el ma dont nous parlons dans notre premier chapitre, et qui est encore en usage dans les oasis sahariennes, la clepsydre paraît avoir constitué un appareil purement et uniquement chronométrique. Elle consistait en un vase d'une capacité soigneusement calculée, qu'on emplissait d'eau et qui se vidait en un temps déterminé. A Athènes, lorsque le tribunal prenait séance, pour mettre un frein à la trop compendieuse éloquence des avocats, il fixait à l'avance le temps que devait durer chaque plaidoyer, et ce temps était mesuré à l'aide de clepsydres. Si l'une des parties faisait entendre des témoins, ou donnait lecture d'actes importants, la marche de ces appareils était suspend pour être reprise quand l'avocat recommençait à parle

1. S. Reinach, Manuel de philologie, p. 221 ; P. Dubois, Histoirt l'horlogerie, p. 51.

C'était ce qu'on appelait aquam sustlnere. L'importance d'une affaire pouvait donc s'estimer d'après le nombre de clepsydres que les juges accordaient à chacune des parties. Mais comme la bonne foi n'était pas toujours le fait des plaideurs de ce temps, il arrivait souvent qu'uh des avocats accusait son adversaire d'avoir soudoyé l'esclave chargé de préparer les clepsydres, pour qu'il remplît moins exactement celles qui lui étaient réservées, et réduisît d'autant la durée de son discours. Platon, Cicéron, Pline, Quintilien, font allusion à Cette coutume gênante, qui donnait lieu, paraît-il, à des fraudes assez curieuses. On était arrivé, en effet, à activer ou à retarder le jeu des clepsydres, en employant de l'eau plus ou moins épaisse, ou en réduisant les dimensions du trou d'écoulement par l'adjonction d'un peu de cire, etc.

La clepsydre, à cette même époque, était en outre employée d'une façon courante pour la mesure du temps dans les calculs astronomiques. La célèbre Tour des vents dont nous parlons dans notre précédent chapitre avait été munie d'une clepsydre destinée à cet usage; ce qui faisait dire à Plutarque, dans le chapitre de ses Œuvres morales qu'il consacre aux Oracles qui ont cessé * : a Qui pourra souffrir que l'on mesure la grandeur du corps du soleil aux clepsydres et horloges à eau, avec une quarte ou une pinte de ce liquide ? »

Dans les habitations privées, où cet instrument était en. usage surtout pour compter les heures de la nuit, un esclave était spécialement préposé au soin de le remplir, et chaque fois qu'il était vide, il traçait à la craie une marque sur un tableau voisin, et, de la sorte, on pouvait savoir approximativement le nombre d'heures qui s'étaient écoulées depuis le coucher du soleil.

Plus tard, on perfectionna ces sortes d'appareils et on

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