SONNERIE^ ET LUMINAIRES
Si les cadrans parlent aux yeux, les cloches parlent aux oreilles, et leur langage est d'autant plus appréciable en matière d'horlogerie, qu'elles peuvent faire entendre l'heure dans un même temps à un nombre considérable de personnes qui, dispersées sur une grande étendue de terrain, seraient dans l'impossibilité de contempler un cadran unique. Il ne faut donc pas s'étonner que, dès une époque très lointaine, les sonneries des églises tintant de façons différentes, ou battant à pleine volée, aient été largement utilisées pour la connaissance de l'heure.
Au Moyen Age, les cloches des couvents, monastères et paroisses, qu'on appelait proprement des « saints*, » faisaient entendre chaque jour huit sonneries principales, régulièrement espacées de trois heures en trois heures. C'était Matines, qu'on sonnait à minuit ; Laudes, à trois heures; Prime, à six heures ; Tierce, à neuf heures ; Sexte, à midi ; None, à trois heures ; Vêpres, à six heures, et Compiles, à neuf heures du soir. Indépendamment de ces sonneries principales, qu'on nommait les heures canoniales, et qui étaient exactement observées dans toutes les paroisses, chaque couvent, chaque église, avait la coutume ou la spécialité de certains services, de certaines oraisons qui étaient annoncées aux fidèles par un tintement particulier. Cette sonnerie, bien connue des gens du quartier, leur servait de point de repère et leur permettait d'introduire des subdivisions dans ces huit divisions principales qui marquaient les grandes étapes du jour.
1. y OIT Dictionnaire de V Ameublement et de la Décoration, t. IV, 819.
L'habitude de faire coïncider les principaux actes de la vie publique et privée avec les sonneries des églises était si générale auxii® siècle, que le prévôt des marchands Etienne Boileau, ayant reçu, de saint-Louis, l'ordre de codifier les statuts des différentes corporations qui, de son temps, existaient dans la capitale, nota ces sonneries comme heures indicatrices de la réglementation du travail. C'est ainsi que dans les statuts des Talmellers (boulangers), il est dit qu'ils peuvent commencer à cuire leur pain le lundi « si tost come matines de Nostre-Dame sonnent* ». Dans ceux des Bottiers faiseurs de serrures, il est stipulé que maîtres et valets doivent abandonner tout labeur le samedi a au darrenier coup de vespres, en la paroisse où ils demourent^ ». De même les Patenôtriers, faiseurs de boucles à souliers, devaient laisser l'ouvrage a à l'eure de vespres sonnant en la paroiche où ils demourent, et en quaresme au premier cop de compile sonnant à Nostre-Dame^ ». Enfin, il était interdit sous peine d'amende aux charpentiers de travailler le samedi après « nonne sonnée » au « gros saint» de Nostre-Dame*. On pourrait multiplier ces exemples, car un grand nombre de règlements corporatifs, ceux. des lanterniers, des cordonniers, des tapissiers, etc., entre autres, portent de semblables prescriptions.
En outre, à cette époque, la plupart des professions se trouvant groupées et localisées dans certains quartiers de Paris, prenaient pour heures indicatrices de leurs travaux, les sonneries spéciales de la paroisse voisine. C'est ainsi que les Crépiniers contractaient l'engagement de ne pas travailler ni faire travailler, en aucune saison, une fois le Couvre^feu sonné à Saint-Merry. De même les meuniers arrêtaient leurs moulins le dimanche, depuis le moment où