‹ L'horlogerieChapitre 2 sur 50 · Littéralement le gardien de l'eau · texte numérisé non relu

Littéralement le gardien de l'eau

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comme répondant à des besoins différents et comportant des exigences spéciales, que M. Paul Garnier, dans son lumineux Rapport sur PExposition de 1889, établit une démarcation entre elles, et que le jury dont il était l'organe statua séparément sur leurs produits.

Ainsi que nous l'avons dit en commençant, notre but n*est point de traiter ici de la construction même des instruments chronométriques. Nous étudions uniquement l'horlogerie, ne craignons pas de le répéter, dans ses rapports avec l'ameublement et la décoration. Il semble donc que nous n'ayons pas à nous occuper des divers mécanismes qui permettent aux horloges de remplir leur mission, c'est-à-dire de nous révéler par la marche des aiguilles l'évolution de l'heure.

Mais comme la forme extérieure des instruments horaires et même leur décoration doivent s'accorder avec les exigences de ce mécanisme, et surtout ne jamais le contrarier; comme la boîte, le cabinet, la gaine, qui abritent et renferment les ressorts moteurs des aiguilles indicatrices, ne sont en quelque sorte qu'un vêtement qui, pour rentrer dans la logique, doit se modeler sur le corps de l'appareil principal, il importe de connaître les dispositions essentielles que présente chaque sorte d'instruments chronométriques, pour créer entre l'organisme de l'horloge et sa parure extérieure cette harmonie, cette dépendance, cette cohésion, qui constituent une des conditions essentielles des arts industriels.

Ainsi que le remarquait fort bien M. G. Saunier dans son Rapport sur l'Exposition de 1878, l'instruction toute spéciale donnée aux apprentis horlogers laisse généralement de côté la confection de ces boîtes, cabinets, gaines, etc., dont la fabrication alimente une industrie à part. « Ge sont, ajoutait M. Saunier, les bronziers, le plus souvent, qui créent les motifs d'ornementation et la forme des cabinets de pendules. Il en résulte parfois des dispositions

que condamnent les principes de la mécanique. Une belle enveloppe peut charmer les yeux au début, mais elle ne compensera pas longtemps les désagréments de la mauvaise marche de la machine qui y est enfermée. »

Comme conclusion, le rapporteur de 1878 était amené à souhaiter la création d'un centre d'instruction où les jeunes gens qui se destinent à l'horlogerie pussent acquérir des notions suffisantes de dessin d'ornement, pour que, leurs connaissances techniques aidant, il leur fût possible de donne» aux enveloppes de pendules de bonnes dispositions capables de concilier les exigences de l'heure avec les nécessités de la décoration et les caprices de la mode.

C'est ce même but que nous poursuivons par la publication de ce manuel, mais en suivant un chemin différent. La création d'une forme heureuse, et même la bonne disposition d'une ornementation bien comprise constituent des opérations infiniment moins aisées que M. Saunier ne semblait le croire. Ces sortes d'ouvrages réclament un goût particulier, une longue préparation, des études spéciales. C'est pourquoi, au lieu de chercher à initier nos futurs horlogers aux multiples exigences de l'art décoratif, nous croyons plus pratique d'initier nos jeunes décorateurs aux exigences de l'horlogerie.

Nous allons donc nous efforcer de leur indiquer, aussi clairement et aussi exactement que possible, les conditions essentielles et caractéristiques de chaque sorte d'appareils chronométriques qui furent ou qui se trouvent encore en usage, et les exigences auxquelles doivent se conformer leurs enveloppes respectives, pour leur permettre de rendre logiquement tous les services dont ils sont susceptibles et pour ne pas gêner leur fonctionnement.

Comme ces appareils sont extrêmement variés de système, de formes et de construction, et comme les transformations subies par eux ont été progressives, et se trouvent souvent espacées par toute une suite de siècles, nous

allons, pour le bon ordre de notre travail, être forcé de renoncer à la division que nous avons adoptée pour nos précédents volumes.

Au lieu de commencer par expliquer la technique essentiellement variable d*un art qui répond, suivant les cas, à des besoins extrêmement variés , nous étudierons successivement, et en nous conformant autant que possible à Tordre chronologique, les diverses sortes d'horloges usitées aux différentes époques de la civilisation.

De cette façon, Thistoire de cet art curieux se trouvera retracée avec une précision suffisante, pour que le lecteur suive sans effort les principales étapes qu'il a parcourues. Puis, à propos de chacune de ces adaptations, nous indiquerons les précautions à prendre et les règles à observer pour atteindre le but auquel doit tendre tout appareil d'horlogerie, but qui consiste dans la lecture facile de l'heure, sans que pour cela cet appareil cesse de satisfaire aux prescriptions raisonnées de l'art décoratif.

LES GNOMONS

« Il faut, dit sir G. Lewis, un vigoureux effort de Timagination pour se figurer une époque où c'était une difficulté sérieuse de connaître l'heure, de savoir où en était la journée. » Cependant ce temps n'est pas très loin de nous. Il y a deux cents ans à peine, les instruments d'horlogerie, aujourd'hui si répandus, si communs, qui se rencontrent dans les habitations les plus modestes et jusque dans le gousset de nos plus humbles paysané, les horloges, les pendules, les montres, étaient radicalement inconnus dans certaines de nos provinces. En Auvergne, notamment, dans le Morvan, en Bretagne, on ignorait la forme et l'usage de ces appareils.

« M. Boucherat me contoit l'autre jour, écrit M™® de Sévigné à la date du 24 juillet 1675, qu'un curé avoit reçu devant ses paroissiens une pendule qu'on lui envoyoit de France, car c'est ainsi qu'ils disent; ils se mirent tous à crier en leur langage que c'étoit la Gabelle et qu'ils le voyoient fort bien. Le curé habile leur dit sur le même ton : « Point du tout, mes enfants, ce n'est point la Gabelle, « vous ne vous y connoissez pas ; c'est le Jubilé. » En même temps les voilà à genoux; que dites-vous du bon esprit de ces gens-là* ? »

Si de pareilles méprises étaient possibles en France, au XVII® siècle, on devine dans quelle ignorance devaient être plongés certains pays beaucoup moins civilisés ; et cependant, comme le dit fort bien sir G. Lewis, il nous faut un

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