‹ L'horlogerieChapitre 3 sur 50 · Recueil de lettres, Rouen, 1790; tome III, p · texte numérisé non relu

Recueil de lettres, Rouen, 1790; tome III, p

effort de Timagination pour nous figurer un temps où la connaissance de l'heure présentait des difficultés sérieuses.

Ajoutons qu'il en faut un encore plus grand pour se représenter un temps où la division du jour en heures, qui nous paraît si simple, si naturelle, n'existait même pas; et si nous rapprochons l'époque de cette féconde innovation — époque qui nous semble assurément fort lointaine — de la chronologie générale du monde, nous verrons qu'en réalité elle est relativement récente, et que l'homme organisé en société a vécu pendant des milliers et des milliers d'années sans qu'il lui vînt à l'esprit de procéder à cette répartition si logique du temps, et peut-être même sans qu'il en sentît le besoin.

On n'est point fixé sur l'époque exacte où, pour la première fois, on recourut à la distribution rationnelle du jour en fractions à peu près régulières. Les deux plus anciens livres que l'humanité possède, V Iliade et la Genèse, n'en font pas mention. Racontant la création du monde. Moïse écrit : « Et Dieu dit : « Qu'il y ait des luminaires dans « l'étendue des cieux pour séparer la nuit d'avec le jour, et « qui servent de signes, et pour les saisons, et pour les « jours, et pour les années. »

On peut conclure de cette phrase que chez les Hébreux, et surtout chez les Egyptiens, de qui Moïse avait appris ce qu'il savait en fait de science, les observations astronomiques étaient depuis longtemps pratiquées et que certaines des règles générales auxquelles obéit la marche des astres étaient connues. Mais les commentateurs les plus soigneux ont vainement passé au crible le texte du prophète, ils n'y ont pas découvert la moindre mention, la plus rapide indication d'une heure exacte.

Ses récits, qui sur ce point restent toujours vagues, lorsqu'ils ont à spécifier le moment où s'accomplit une action, parlent fréquemment du matin, du soir, et même de l'instant où le soleil est le plus haut. Ils ne disent rien de plus, ne

précisent pas davantage, et Ton a été amené à en conclure que Moïse — de même qu'Homère, chez lequel on relève la même lacune — n'avait pas connu le fractionnement régulier du jour et sa division en un nombre d'heures régulier.

Cependant, ces peuples d'Orient, auxquels les étoiles et le soleil tiennent si fidèle compagnie, ne se contentèrent pas toujours de fixer leurs regards sur le ciel. Ils les reportèrent aussi sur la ^^ terre et remarquèrent jyp que l'ombre des hommes, / i des animaux, des arbres, / \ des édifices, varie de . ' 1 grandeur et de position suivant la hauteur apparente du soleil. Il y avait là un champ naturel d'observations ingénieuses,

et ces observations re- ::^.^rr 1

cueillies avec soin, no- \

tées, transcrites de gé- \

nération en génération, Fig. 7.

codifiées en quelque

sorte, servirent de point de repère pour opérer un premier

classement.

Les hommes eurent l'idée de mesurer les principales divisions du jour d'après la grandeur de leur ombre. On disait communément: L'ombreacinqpieds, trois pieds, deux pieds. Cette manière de compter, qui nous paraît enfantine, persista même longtemps après que les cadrans solaires eurent été inventés, et M. Salomon Reinach constate que — puissance de l'habitude ! — elle était encore en usage en Grèce au temps d'Aristophane*.

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