Héroard, Journal, 1. 1", p
Fig. 37. — Cadriin de l'horloge du Palais de Justice à Paris.
firent aussi beaucoup plus simples. Au lieu de constituer des monuments exceptionnels, des objets de luxe en quelque sorte, qu'on désignait à l'attention publique par une ornementation d'une richesse souvent un peu prolixe, elles commencèrent d'être surtout des appareils de renseignement dont la mission désormais fut bien moins d'étonner le spectateur par une somptuosité débordante ou des complications inattendues, que de lui permettre de connaître aussi facilement que possible l'heure exacte.
Même dans les horloges qui, dépourvues d'automates et de figurations accessoires, se bornaient à un cadran unique, ce cadran, au xvi® siècle, était demeuré très orné. Il offrait le plus souvent, comme le montrent encore l'horloge extérieure de la cathédrale de Chartres, le Gros Horloge de Rouen et le merveilleux cadran si parfaitement décoré de la tour du Palais de justice de Paris, une disposition rayonnante peu faite pour permettre de distinguer clairement la marche de l'aiguille. A partir du règne de Louis XIII, cette ornementation disparut progressivement. On en trouve encore des traces sur le cadran des Tuileries ; mais l'horloge de l'église de la Sorbonne, qui remonte à 1642; celle de l'hôtel de ville de Lyon, commencée par Faure en 1647 et achevée par Daniel Gouin en 1650 ; celle du Val-de-Grâce, exécutée par Gossoin en 1667; celle du Pont-Neuf, que l'horloger Coignet termina en cette même année et devenue si célèbre sous le nom d'horloge de la Samaritaine, font montre d'une simplicité plus favorable à la lecture de l'heure. Il n'est pas inutile de remarquer que cette simplification coïncide avec un grand progrès réalisé dans la confection des appareils chronométriques.
En 1647 un savant mathématicien hollandais avait eu l'heurense inspiration d'appliquer le pendule * à la régula-
1. Nous adoptons ici, relativement à l'invention du pendule, l'opinion la plus généralement admise, bien qu'une lettre de Carcavy à Huygens, publiée il y a quelques années par M. Charles Henry, bi-
risation de leur mouvement, et dès 1651 une transformation radicale s'était opérée dans l'art qui nous occupe. « Jusques
Fig. 38. — Horloge do la Samaritaine, d'après une estampe de Perellc.
à Huyghens, écrit Diderot, l'horlogerie pouvoit être consi-
bliothccaire de l'Université à la Sorbonnc, soit venue donner la priorité à un horloger allemand établi à Angoulêmo, qui ne serait autre, si l'on en croit M. de Fleury, archiviste de la Charente, qu'un certain Georgius Kloss, installé dans cette ville dès l'année 1603. IL est pro-
dérée comme un art méchanique, qui n*exigeoit que de la main d'œuvre; mais l'application qu'il fit de la géométrie et de la méchanique ont fait de cet art une science, où la main d'œuvre n'est plus que l'accessoire, et dont la partie principale est la théorie du mouvement des corps, qui comprend ce que la géométrie, le calcul, la mécanique et la physique ont de plus sublime. »
Les limites de ce travail et le but tout spécial que nous poursuivons ne nous permettent pas d'entrer dans de longs développements techniques sur les merveilleuses découvertes de Huygens, sur la révolution féconde qu'elles produisirent dans l'horlogerie, non plus que sur l'essor extraordinaire qu'elles imprimèrent à ce bel art. En moins d'un siècle, la construction des appareils chronométriques fît plus de progrès qu'elle n'en avait réalisé en cinq cents années. Dès lors on put tabler en toute confiance sur les indications fournies par ces appareils, et, au lieu d'être obligé de rectifier continuellement leurs renseignements par des calculs astronomiques, ce fut l'horlogerie, au contraire, qui permit de contrôler dans une certaine mesure la marche des astres.
Les beaux travaux du savant hollandais servirent, en outre, de point de départ à une foule de découvertes précieuses. Les horlogers, possesseurs.de procédés scientifiques, se divisèrent dès lors en deux grandes classes.
A côté des artisans fabriquant avec une habileté consommée les instruments qui composent ce qu'on est convenu d'appeler l'horlogerie civile, on vit apparaître des
bable que, comme il arrive souvent, plusieurs spécialistes et quelques mathématiciens eurent presque simultanément la même idée, et cherchèrent à rendre isochrones les mouvements du balancier. Ce fut assurément Huygens qui eut la meilleure inspiration. En tout cas , il ne faut pas oublier que l'horlogerie lui est aussi redevable de ce merveilleux modérateur et régulateur que l'on nomme le ressort spiral ; quoique deux hommes illustres lui disputent également cette invention : un Anglais, le docteur Hook; un Français, l'abbé de Hautefeuille d'Orléans.
savants véritables qui, par le calcul, arrivèrent à résoudre
Fig. 39. — Cadran do l'horloge du Ministère de la guerre.
les problèmes les plus difficiles et à rendre pratiques les innovations les plus heureuses. Les perfectionnements les
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plus décisifs se succédèrent rapidement. Non seulement les horloges marquant les minutes et même les secondes se firent presque communes, mais les mécanismes à répétition, les -pendules polt/camératiques^, les pendules à équation, etc., devinrent d'un usage en quelque sorte général.
Presque partout les appareils anciens furent remplacés par d'autres plus parfaits. Les horloges monumentales furent remaniées, perfectionnées, transformées. Dès 1665, l'horloger du roi, Martinot, adjoignit un pendule à l'horloge du château de Saint-Germain. En 1667 il refit celle de Fontainebleau; en 1670, celles de Versailles, des Gobelins et des Tuileries. Ajoutons que les émules de Martinot, Thuret et Goignet, rivalisaient avec lui d'ingéniosité et de zèle. Au siècle suivant, Roussel exécutait les horloges de l'église Saint-Paul, de l'Hôtel-Dieu et de l'Hôtel des postes; Pépin, celles de l'église Saint -Sauveur et de Saint-Sulj)ice. Enfin Jean-André Lepaute construisait celles du Luxembourg, du château de Bellevue, et remplaçait celle du Palais-Royal,.
On sait que ce dernier artiste compte, avec les Le Roy, les Berthoud, les Lépine, les Thiout, les Gaudron, les Rivaz, les Dutesta, les Wagner, etc., parmi les horlogers les plus fameux que l'Europe ait produits. Nous avons expliqué autre part les amères vicissitudes qu'il éprouva, à propos de l'horloge exécutée par ses soins pour la Ville de Paris ^. Plus heureux dans sa famille que dans ses afi*aires, Jean-André Lepaute fut la souche d'une famille d'horlogers extrêmement distingués, où les femmes elles-mêmes se piquaient d'être des mathématiciennes de mérite ; et lors
1. On donne ce nom savant à des horloges dont le mécanisme communique l'heure à plusieurs cadrans placés dans divers lieux, tels que cours, jardins, salles, etc. « En sorte que le maître de la maison, dit V Almanach Dauphin de 1772, peut d'un même tour de clef fixer l'heure au dedans et au dehors, et donner l'ordre à la maison, sans être exposé à la multiplicité des pendules qui rarement s'accordent. »
2. Dictionnaire de Vameublcment et de la décoration, t. Il, col. 1120.
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de la reconstruction de l'Hôtel de ville en 1876, un de ses descendants eut Thonneur d'exécuter l'horloge qui remplaçait celle que son illustre aïeul avait livrée, il y a plus d'un siècle, et qui avait été détruite en 1871 par l'incendie.
Cette succession d'horlogers célèbres dans une même famille n'est pas, au surplus, un fait unique. Dans cette artistique profession, les dynasties d'hommes distingués ne sont point rares. Il y a vingt ans à^eine, les noms des Gaudron, des Bréguet, des Lépine, des Wagner, étaient représentés par des descendants dignes de la haute réputation de leurs ancêtres, et qui, avec les Janvier, les Garnier, les Robert Houdin, les Vérité, soutenaient glorieusement les héroïques traditions de l'horlogerie française. C'est à eux, au surplus, que nous devons toutes ces horloges monumentales, régulateurs attitrés de nos actions, qui, nous rendant journellement de signalés services, ont donné naissance à cette vertu toute moderne qu'on appelle l'Exactitude.
Ajoutons que dans les questions décoratives, tout en revenant, nous l'avons dit, à une simplicité plus grande, qui permet à l'œil du spectateur de suivre plus facilement la marche des aiguilles, nos horlogers ne sont pas demeurés inférieurs à leurs glorieux prédécesseurs. Nous parlions à l'instant de l'horloge de l'Hôtel de ville. Les cadrans du Crédit lyonnais et du ministère de la Guerre attestent des recherches et un goût également indiscutables. Mais bien que de nombreux et très savants ouvrages aient été publiés depuis deux siècles sur l'horlogerie; bien que les travaux de Thiout et de Berthoud, au siècle dernier, en aient fixé la théorie; bien que les articles de Pierre Dubois et de Claudius Saunier, en notre siècle, aient jeté un jour décisif sur l'histoire de ce bel art et sur ses admirables progrès; il ne paraît pas qu'on se soit jamais sérieusement préoccupé de déterminer les règles qui doivent présider à la disposition extérieure et à la décoration des horloges monumentales.
C'est là cette lacune que nous allons essayer de combler.
D£ QUELQUES REGLES A OBSERVER DANS LA DISPOSITION ET LA DÉCORATION DES HORLOGES MONUMENTALES
Nous avons expliqué autre part* que les Arts de la Décoration se distinguaient des Beaux-Arts proprement dits, en ce que ces 'derniers n'ont à relever que de certaines règles générales, alors que les premiers se trouvent par leur nature même soumis à une foule de conditions contingentes dépendant des dimensions de Tobjet à décorer, de sa forme,, de la fonction qu'il doit remplir, de la position qu'il doit occuper et de son usage. Ces conditions contingentes, dont le décorateur a le devoir de tenir compte, et qu'il ne lui est permis en aucun cas de négliger, prennent d'une façon générale, dans le langage des arts, le nom de Convenances, Il importe donc, avant toute chose, de bien établir quelles sont les convenances spéciales auxquelles la construction et la décoration des horloges monumentales se trouvent assujetties.
Ces conditions particulières sont au nombre de cinq. Lorsqu'une horloge monumentale est mise en place, il est indispensable :
1** Que son cadran soit facilement accessible aux regards, et puisse être considéré sans effort pénible ;
2° Que rien, dans sa décoration propre ou dans son en-^ cadrement, ne vienne masquer sa vue ;
3° Que ses dimensions soient proportionnées à sa hauteur et au recul obligatoire, de façon à conserver une importance suffisante;