Voir notre volume sur la Décoration^ prop. XII
4** Que les indications qu'il porte soient clairement distribuées et facilement lisibles ;
5*» Enfin que toute la partie ornementale et décorative découle de la forme même du cadran et lui soit sagement subordonnée.
Il semble, au premier abord, que toutes ces exigences soient si conformes aux prescriptions de la raison, que jamais aucun horloger, aucun architecte, aucun décorateur, ne puisse songer sérieusement à s'en affranchir. Malheureusement il n'en est rien, et nous allons voir, en prenant ces questions une aune, que, soit négligence, soit manque de raisonnement, il arrive souvent qu'architectes, horlogers ou décorateurs, ne tiennent pas un compte suffisant de Ces prescriptions si raisonnables.
Nous avons dit que la première condition à remplir pour une horloge publique, c'est de présenter un cadran facilement accessible aux regards. Et en effet son but et sa raison d'être étant d'apprendre l'heure au passant, l'horloge manque au premier de ses devoirs si sa contemplation exige un effort pénible et oblige celui qui la consulte à des mou-^ vements fatigants ou à des contorsions ridicules.
Pour satisfaire ce premier desideratum, il est indispensable que l'horloge soit établie à une hauteur convenable. Un exemple fera bien comprendre la nécessité de cette condition primordiale, et nous choisirons pour notre démonstration une des horloges publiques les plus anciennes qui nous aient été conservées à peu près intactes : celle dont Philippe le Hardi s'empara à Courtrai, et dont il gratifia la ville de Dijon.
Les Dijonnais, très fiers de ce trophée, le placèrent au sommet de la façade de l'église Notre-Dame, et en cela ils firent bien, car cette façade extraordinaire, unique en son genre, que M. Viollet-le-Duc n'hésite pas à ranger parmi les types les plus élégants du style bourguignon, n'aurait
pu, sans mutilations, recevoir à une autre place le présent du bon duc. Mais il résulte de cette situation élevée, qu'il est matériellement impossible pour les personnes suivant la rue Notre-Dame de voir distinctement le cadran de l'horloge. Pour pouvoir contempler ce cadran et les jacquemarts qui le surmontent, il faut s'engager dans la rue de la Musette, perpendiculaire à la façade de l'église, et
s'éloigner à une certaine distance, c'est-à-dire prendre un recul assez grand.
Cette constatation nous apprend que l'arcliitecte, l'horloger ou le décorateur chargé d'établir un cadran d'horloge sur la façade d'un monument, doit, avant toutes choses, se préoccuper de la distance à laquelle il est possible de le contempler, et qu'il lui faut en régler la hauteur d'après le recul normal que peut prendre la personne désireuse de connaître l'heure.
Possède-t-on quelques règles établissant la proportion qui doit exister entre ces deux distances : la hauteur du cadran et le recul du spectateur? Jusqu'à présent il ne paraît pas qu'on ait pris soin d'en fixer qui soient certaines. Cependant l'observation fournit des indications qui semblent ne devoir point être négligées. Elle nous enseigne que la contemplation d'un objet élevé ne présente pas de difficultés sérieuses quand le recul que peut prendre l'observateur est égal à la hauteur même de l'objet au-dessus de la ligne d'horizon; en
Fig. 40.
un mot, quand le triangle idéal constitué par le point C, où se trouve Toeil de Tobservateur, le point de rencontre B, qui marque l'intersection de la ligne d'horizon avec la verticale de l'édifice, et le point A, surface à contempler, est isocèle.
Il demeure bien entendu que cette hauteur constitue un maximum, car dès qu'elle est dépassée, la fatigue commence pour le spectateur. Par conséquent, en aucun cas ■elle ne doit être supérieure, mais au contraire, dans la pratique, il faut la tenir sensiblement plus réduite.
Prenons comme exemple une rue, une avenue, un boulevard mesurant 30 mètres de large. Eh bien! ce serait commettre une grave erreur que de placer notre cadran à 30 mètres de haut, puisque alors on ne pourrait lire facilement ses indications, qu'à la condition d'aller se plaquer le long de la façade opposée. Dans une avenue ou sur un boulevard de cette largeur, le trottoir qui règne de chaque côté mesure généralement de 5 à 7 mètres ; c'est donc la bordure du trottoir opposé qu'il faut prendre comme point maximum de recul, et le cadran, dans ce cas, ne doit jamais être placé à plus de 20 mètres de haut. Mieux vaudrait même qu'il pût être facilement contemplé du milieu de la chaussée, et qu'il ne fût pas situé, par conséquent, à plus de 13 à 14 mètres du sol.
La seconde règle à observer, c'est que rien dans l'ornementation qui enveloppe notre cadran ne vienne en masquer la vue. — Voilà encore une de ces précautions tellement naturelles, qu'il semble oiseux d'insister sur son opportunité ; et cependant trop souvent les architectes ou les décorateurs, sacrifiant l'utile à ce qu'ils considèrent comme l'agréable, rendent leurs cadrans à peu près invisibles en les entourant de saillies intempestives.
L'horloge de l'hôtel de ville de Lyon, établie au xvii® siècle, est dans ce cas. Le fronton dont elle occupe le centre se trouvant légèrement en retraite , dès qu'on s'avance
sur la place des Terreaux, pour mieux lire l'heure , une fâcheuse corniche qui déborde au-dessus de ce fronton vient mordre sur le cadran, et à mesure qu'on s'approche de la façade cette corniche cache progressivement les aiguilles et les heures .
A Paris, la magnifique horloge dont est ornée la façade^ du Crédit lyonnais se trouve presque dans le même cas.
Les cariatides qui l'accompagnent à droite et à gauche, faisant une saillie exagérée , empê chent toute vue latérale. Il en est presque de même à l'Hôtel de ville de Paris ; et si le défaut est ici moins sensible, c'est que, la place étant beaucoup plus vaste, le cadran est généralement contemplé de plus loin- On fera donc bien de ne jamais oublier que les horloges monumentales sont toujours vues de bas en haut, et plus généralement de côté que de face. Par conséquent, c'est commettre une faute lourde, que de les encadrer d'ornements trop saillants, qui viennent s'interposer entre le cadran et le regard. Ces recommandations sont d'autant plus opportunes que
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Fig. 41.
Tamour exagéré des contrefaçons archaïques, dont notre époque est affectée, porte trop souvent nos décorateurs à recourir à des complications qui, pour être fort pittoresques, n'en sont pas moins fâcheuses. Nos figures 42 et 43 montrent comment, sous prétexte de protéger une horloge en abritant son cadran, on arrive à rendre, aussi bien de face que de côté, la lecture des heures à peu près impossible. Une cariatide, une guirlande, un tore même (no- tre ûg. 43 le prouve), peuvent quelquefois produire le même effet.
Pour parer à cet inconvénient et pour éviter que le cadre n'empêche de voir le tableau, on devra, autant que possible, faire affleurer le cadran au nu de la construction, de manière qu'aucune saillie inférieure ou latérale n'en dissimule la vue.
C'est, au surplus, Fig.42.
ce qu'avaient parfaitement compris les horlogers, les architectes et les décorateurs du xvi® siècle. Le Gros Horloge de Rouen, le beau cadran extérieur de la cathédrale de Chartres, et celui plus magnifique encore de la tour du Palais à Paris (voirfig. 33), en fournissent la preuve. C'est seulement au XVII® siècle que l'on commença de commettre le contresens que nous signalons, et le xvii® siècle, on le sait, s'il brille par la redondance et la somptuosité de la décoration, ne se distingue pas toujours par une logique très rigoureuse.
Enfin, ajoutons encore que Ton fera bien, dans les horloges monumentales, de n'employer jamais que des cadrans plats et d'éviter avec soin les cadrans bombés, qui, s'ils font un effet agréable à l'œil dans les horloges d'appartement et dans les pendules de cheminée, par contre, dissimulent en
partie l'heure, quand ; on les considère en raccourci (voir fig. 44) et présentent, exposés au grand air, des inconvénients d'un autre ordre. Le nettoyage des cadrans extérieurs est, en effet, forcément assez irrégulier. Or, la . poussière et la pluie ayant plus de prise sur une surface courbe que sur une surface plane, la salissure, seprodui- • sant d'une façon inégale, devient plus visible, sans compter que la partie supérieure du ^^s- *^* cadran, exposée davan-
tage aux rayons du soleil, a plus de chances de se détériorer et de se craqueler que la partie inférieure.
La troisième condition que doit remplir une horloge monumentale, c'est d'offrir des dimensions rigoureusement proportionnées à sa hauteur et à la distance maximum à laquelle peut se trouver le passant qui la consulte.
Il est clair, en effet, que plus une horloge est appelée à être considérée de loin, et plus — pour que l'heure reste lisible — son cadran doit être vaste. Cette condition, au
reste, nous tenons à le constater, a de tout temps préoccupé les horlogers aussi bien que les architectes, et beaucoup de nos monuments montrent assez que ce délicat problème a été résolu souvent avec succès .
C'est ainsi, par exemple, qu'en entrant dans la cour du Louvre parle guichet ouvert sous la colonnade de Perrault, on aperçoit assez clairement l'heure au cadran du pavillon qui fait face. De même, dès l'extrémité du pont des Arts on peut, avec de bons yeux, lire les indications du cadran de rinstitut. Enfin il nous souvient qu'au temps où le Champ de Mars était libre, des hauteurs du Trocadéro, et malgré l'énorme distance, les personnes presbytes distinguaient l'heure au cadran de l'Ecole militaire.
On pourrait facilement citer d'autres exemples d'horloges dont la taille a été heureu- Fig. 44.
sèment proportionnée aux exigences du point de vue.
Pour obtenir régulièrement des résultats aussi satisfaisants, les horlogers prudents procèdent, chaque fois que cela leur est permis, d'une façon empirique : c'est-à-dire qu'ils présentent à la place destinée à recevoir leur cadran des modèles de dimensions différentes, et, après expérience, s'arrêtent à celui dont l'effet leur paraît devoir être le meilleur. Mais il arrive assez souvent que la grandeur de la baie appelée à recevoir le cadran se trouve arrêtée à priori, c'est-à-dire sur plans et avant qu'aucun essai de mise en place ne soit possible. Dans ce cas l'expérience nous apprend que pour conserver aux indications la net-
teté indispensable, il suffit généralement de donner au diamètre du cadran le dixième de la hauteur à laquelle il est placé, c'est-à-dire que le diamètre d'un cadran situé à 10 mètres du sol doit être au moins de 1 mètre ; qu'à 20 mètres il doit en compter au moins 2, et 3 si l'horloge est à 30 mètres du sol, etc. On a également constaté que, en observant ces proportions, les indications demeuraient lisibles avec un recul quadruple de la hauteur, c'est-à-dire qu'un cadran d'un mètre situé à 10 mètres de haut présente des indications suffisamment nettes pour être distinguées par une personne, ayant une vue moyenne, placée à 40 mètres du pied de l'édifice ; qu'à 80 mètres on perçoit assez bien l'heure à un cadran de 2 mètres placé à 20 mètres du sol, et à 120 mètres celle indiquée par un cadran de 3 mètres comportant une élévation de 30 mètres environ.
Il doit être bien entendu — ne craignons pas d'insister sur ce point — que ces proportions constituent un minimum , et que les horlogers prudents ont toujours soin de se tenir plutôt au-dessus qu'au-dessous des chiffres que nous indiquons. C'est ainsi, par exemple, que les horloges de la gare Saint-Lazare, placées à 23 mètres de haut, et qui devraient dès lors mesurer 2™,30, présentent un développement de 2™,40 de diamètre, et que l'horloge qui décore la tour d'angle du Ministère de la Guerre, bien que située seulement à 25 mètres du sol, mesure plus de 3™,50.
Mais pour qu'une horloge monumentale remplisse convenablement son rôle, il ne suffit pas que le cadran soit de dimensions convenables ; les chiffres d'heures, les points de minutes, l'épaisseur des aiguilles, doivent être de taille suffisante et disposés de telle sorte que le regard en saisisse de suite les indications. C'est là, au reste, la quatrième des conditions que doit remplir une horloge bien construite, et non la moins importante. Il est indispensable, en effet, que l'œil puisse cueillir au passage — qu'on nous
permette ce mot — le renseignement dont il a besoin. Toute horloge en présence de laquelle le regard hésite et l'esprit se voit obligé à des calculs, doit être tenue pour défectueuse
Fig. 45. — Horloge extérieure de la cathédrale de Chartres.
Depuis deux cents ans, la solution de cette quatrième difficulté est devenue relativement facile. Jusqu'au xvii® siècle, en effet, les horloges publiques et privées ne possédaient qu'une aiguille et leur cadran était divisé en 24 par-
ties égales, représentant les heures du jour et celles de la nuit. On peut voir encore la curieuse répartition de ces- 24 heures sur les cadrans des deux horloges de la cathédrale de Chartres, des horloges de la cathédrale de Strasbourg; de Saint-Jean, à Lyon; de Saint-Marc, à Venise,, etc.*, et l'on comprend, sans qu'il soit besoin d'insister,* combien cette profusion de chiffres augmente la confusion et rend la lecture des heures moins facile. Aussi, malgré le développement énorme qu'on était obligé de donner au cercle horaire, pour éviter un entassement excessif, éprouvait-on une certaine peine, pour peu qu'on fût à quelque distance, à distinguer les indications fournies par ces cadrans surchargés. A la fin du xvi® siècle, on renonça, en France, à la division en 24 heures, et, pensant que le public était assez avisé pour reconnaître s'il faisait jour ou nuit, on se borna à figurer 12 chiffres seulement, ce qui constitua un progrès sensible. Le Gros Horloge de Rouen est un des plus anciens spécimens, et le plus remarquable peutêtre, qui marquent cette disposition nouvelle.
Néanmoins, si, de cette façon, il devenait plus facile de distinguer l'heure, l'écartement entre les chiffres demeurait assez restreint pour qu'avec une seule aiguille on éprouvât, à première vue et à quelque distance, une réelle difficulté à distinguer la demie et les quarts ; car pour les minutes il n'en pouvait être question^. C'est alors qu'un horloger illustre, G. Martinot, eut l'idée de distribuer les chiffres des heures sur deux cercles concentriques, de façon à laisser entre eux un espace plus grand, et permettant par con-
1. En Italie, la division des cadrans en 24 parties persista jusqu'au milieu du siècle dernier, et c'est seulement en 1755 que dans l'État de Parme on commença de faire usage de cadrans divisés en 12 heures (Voir Annonces^ Affiches et At^is divers du 19 février 1755). L'exemple des Parmesans fut peu à peu suivi par le reste de la péninsule.
2. C'est cette difficulté de connaître les fractions de l'heure, nous l'avons vu au chapitre V (première partie), qui fit persister l'usage des. s«* mps après l'invention des horloges mécaniques.
séquent de rendre les divisions horaires plus visibles. Cette innovation assurément ingénieuse (voir fig. 46) n'eut pas toutefois le temps de prendre pied dans Thorlogerie monumentale. L'adaptation de la grande aiguille indépendante marquant les minutes, vint rendre ces palliatifs inutiles. • Aujourd'hui, avec les deux aiguilles évoluant séparément et la division du cercle des heures en 12 fractions, et celle
Fig. 46.
du cercle des minutes en 60 parties, il semble qu'il soit devenu très facile de construire des cadrans présentant des indications bien lisibles. Malgré cela, l'expérience a établi certaines règles, auxquelles les horlogers prudents ont grand soin de se conformer, et dont les principes, consacrés par l'usage, les délivrent de tout tâtonnement et préviennent les erreurs qu'ils pourraient commettre.
Ces règles disent que dans un cadran dont le diamètre D (voir fig. 47) est égal à 100, la distance entre le centre du cadran et la base des heures doit être de 30 ; que la hau-
teur des chiffres figurant ces dernières (H) doit être de 14, et l'épaisseur de leurs jambages de 2, et que le diamètre des points de minute (M) doit être égal à l'épaisseur des jambages des chiffres. Quant aux aiguilles, dont la forme et la décoration peuvent varier à l'infini, elles doivent demeurer toujours très visibles , puisque c'est elles qui indiquent l'heure. Aussi leur donne-t-on généralement dans leurs parties les plus grasses une largeur double de celle des jambages des heures. Enfin, il est encore de règle, pour les horloges en plein air, de prévenir TefiTet des coups de vent, en tenant les aiguilles à un centimètre l'une de l'autre et à deux centimètres en avant du cadran.
Nous venons de dire que les aiguilles comportent des formes variées. Elles peuvent même dans certains cas concourir, par leur ornementation plus ou moins gracieuse, à la décoration du cadran. Tout le monde a vu des montres et même des horloges de cabinet, dont les aiguilles découpées avec beaucoup de goût, repercées et ciselées avec soin, constituent de petites œuvres d'art.
Dans les horloges monumentales, appelées à être considérées à grande distance, ces recherches et cette finesse peuvent être regardées comme superflues. Elles ne sauraient, en effet, être perçues à longue distance. Ce serait donc là du travail et de l'argent dépensés en pure perte. 11 n'en est pas de même toutefois de leur galbe général, qui doit rester gracieux et présenter, autant que possible, ce double caractère en apparence contradictoire : une certaine sveltesse s'accordant avec la course perpétuelle qu'elles sont obligées de fournir, et un corps assez robuste cependant pour que l'œil ne les perde jamais de vue et les distingue sans effort.
C'est pour cette dernière raison que, dans la construction des horloges de pure utilité, on donne aux aiguilles noires une juste préférence. Ainsi colorées, leur obscure silhouette se détache mieux sur le fond du cadran que
lorsqu'elles sont dorées*. Les aiguilles dorées, cependant, conviennent mieux pour les horloges de luxe et de décoration ; et comme ces dernières sont généralement de taille considérable, et que leur cadran ne saurait, par conséquent, être obtenu d'un seul morceau, il arrive souvent qu'on relie les diverses pièces dont il est composé à l'aide de sertissures apparentes, également dorées, qui, combi-
Fig. 47.
nées avec goût, deviennent à leur tour un élément de décoration, atténuant la froideur de ces grandes surfaces unies. L'horloge du Crédit lyonnais, exécutée par M. Paul Garnier, et celle du Palais de justice, œuvre de M. Lepaute, montrent l'heureux parti que l'on peut tirer de ces sertissures, auxquelles toutefois il faut se garder de donner trop d'importance, dans la crainte de provoquer des confusions qui rendraient la marche des aiguilles moins facile à saisir.
1. Nous ne parlons ici que des cadrans blancs. Il reste bien entendu que si le cadran est noir, comme, par exemple, celui dont l'horloger Borrel a décoré la façade de l'Institut, les aiguilles doivent être dorées.
Enfin, quelques horlogers, dans le but d'enlever toute monotonie à leurs cadrans, ont eu l'idée d'en varier le fond. Différents moyens ont été employés pour atteindre ce but. Les uns ont greffé douze petits écussons renfermant des heures émaillées en blanc et en noir, sur un cadran en métal doré, ainsi que cela peut se voir dans la cour du Louvre ; d'autres ont simplement pris pour fond de leur cadran la pierre même de Tédifice, sur laquelle ils ont appliqué des lettres dorées, comme cela a eu lieu pour l'horloge du Ministère de la Guerre ; d'autres enfin ont tenu la partie centrale du cadran d'une autre couleur que le cercle des heures. L'horloge de l'Hôtel de ville de Paris fournit un exemple de ces essais de polychromie.
Règle générale, ces innovations donnent rarement de très bons résultats. Le temps, qui patine également les métaux et la pierre, finit à la longue par rendre les aiguilles moins visibles quand elles évoluent sur un fond de pierre ou de métal. Ce même inconvénient se produit lorsque l'on teinte , même légèrement , la partie centrale du cadran. Le mieux est donc de s'en tenir au blanc.
Avant de terminer avec cette partie si importante de notre sujet, il nous reste à dire un dernier mot concernant la longueur des aiguilles. Celles-ci, on le sait, sont au nombre de deux, une grande et une petite, et leur taille doit être assez différente pour qu'elles ne puissent être confondues. Toutes deux doivent cependant être assez longues pour que leurs indications demeurent nettement visibles.
On peut atteindre ce double but, l'expérience le démontre, en donnant à la grande aiguille une taille suffisante pour que sa pointe couvre la moitié des points de minutes, alors que l'extrémité de la petite aiguille doit mordre seulement sur la base des lettres d'heures. Dans un cadran normalement construit d'après les données que nous avons indiquées plus haut, cette différeuce de taille se traduit par le rapport de 2 à 3, c'est-à-dire que sur un cadran dont
le diamètre est de 100, et dont par conséquent la hauteur des heures est de 14 et le diamètre des points de minutes de 2, la longueur de la grande aiguille doit mesurer 45, et la petite 30 seulement.
Depuis quelques années les horlogers ont supprimé,
Fig. 48. — Cadran de la Cour de Cassation.
surtout dans les horloges de pure utilité, la queue ou contrepoids qui formait un prolongement aux aiguilles. Certains d'entre eux estiment que, grâce à cette suppression, les indications apparaissent d'une façon plus claire. D'autres, au contraire, et nous sommes de leur avis, pensent que ce prolongement donne plus d'aplomb, plus d'assiette à l'aiguille, et ne saurait créer aucune confusion, surtout si les contrepoids sont de taille assez réduite pour ne pouvoir
être confondus avec la petite aiguille. Ce résultat s'obtient en attribuant comme longueur à chacun de ces contrepoids le tiers des dimensions de Taiguille qu'il prolonge; c'est-àdire que dans notre cadran normal le prolongement de la grande aiguille devra être de 15, et celui de la petite de 10. Nos deux contrepoids réduits à ces dimensions et tenus un peu plus trapus que le corps même des aiguilles pourront fournir au dessinateur un motif intéressant de décoration.
Bien d'accord sur ces divers points, il ne nous reste plus à aborder que la cinquième condition, celle relative à l'encadrement et à la décoration générale des horloges monumentales. Ce n'est pas, il" est vrai, la moins importante.
Nous avons expliqué autre part * que « lorsqu'un objet comporte une destination précise, lorsqu'il a été conçu et exé^ cuté dans un but d'utilité, surtout lorsque sa principale raison d'être résulte de l'usage qu'on en fait, le désir de V embellir ne doit jamais contrarier ce but ni déguiser cette raison d'é^ tre ». Ce principe trouve son application dans la décoration des horloges, car il est peu de meubles dont le but soit plus nettement défini, et dont l'usage soit plus foncièrement utile. Mais le cadran, partie essentielle du meuble qui nous occupe, est, par la nécessité même de sa construction, d'une forme assez peu plastique. Le cercle horaire appartient à ces figures, dont les dimensions absolument concordantes se rachètent, et qui par conséquent ne présentent aucun caractère ^. C'est pourquoi à maintes reprises les artistes, contrariés par cette fatale monotonie d'aspect, se sont ingéniés à modifier la courbe décrite par la ligne des heures, et ont essayé de substituer une ellipse à la circonférence. On possède un certain nombre de cadrans ovales, qui s'ils attestent l'habileté de nos mécaniciens, montrent le peu de succès de leurs tentatives. Le plus artistique peut-être