Voir t. II, fig
2. Ces premières sonneries n'étaient pas mues par un mécanisme intérieur. Elles étaient indépendantes et simplement munies d'un petit cordon de tirage qui permettait de sonner les heures à la main. Cette disposition rudimentairc apparaît avec sa naïve simplicité non seulement dans l'horloge que reproduit le Dictionnaire de l'ameublement, d'après le tableau du musée de Bruxelles, mais encore dans celle que tient la gracieuse allégorie empruntée aux emblèmes de Jean Cousin. (Voir fig. 3.)
Fig. 53. — Petite horloge à ressort moteur, à mécanisme apparent. (xv« siècle.)
édicule plus ou moins correctement architecture, dont les lignes, étudiées parfois avec recherche, enlevaient à la figure circulaire du cadran et au carré dans lequel le cercle horaire se trouve inscrit, la monotonie engendrée par leur régularité trop parfaite.
Constatons, au surplus, que, depuis lors, ce type primitif n*a pas cessé d'être reproduit. Les coucous, objet d'un commerce encore très important , et certaines petites horloges connues dans le monde de la curiosité sous le nom d'horloges frisonnes , le prouvent. Les quelques adjonctions que ces modèles d'une vente courante ont pu subir en trois ou quatre siècles n'ont pas sensiblement modifié leur caractère fondamental.
Certaines de ces adjonctions, toutefois, ne laissèrent pas que d'être importantes. Celle du support , est de ce nombre. Au lieu
d'accrocher directement Fig. 54. — Petite horloge à ressort moteur
l'horloge à la muraille, on ,p.^„, rJl1rt.„«w.)
la posa sur une sorte de
console dont la tablette percée de deux trous livrait passage aux cordons des poids, et permettait à ceux-ci de se mouvoir avec toute la liberté désirable. Puis on eut plus lard l'idée de protéger ces derniers. On les enferma dans une longue gaine descendant jusqu'au sol ; et, particularité curieuse qui montre combien les formes, une fois adop-
tées, persistent alors même qu'elles n'ont plus de raison d'être, cette disposition si caractéristique continua d'être usitée même lorsque les poids eurent depuis longtemps cessé d'être employés comme appareils moteurs.
Dès la fin du xv® siècle, en effet, une grande révolution s'était produite dans la construction des horloges. Nous avons parlé dans un précédent chapitre de Huygens et de la merveilleuse adaptation du pendule à l'horlogerie. Plus de deux cents ans avant que le savant hollandais n'eût fixé les lois de cet appareil régulateur, un mécanicien de premier mérite, dont le nom, malheureusement, n'est pas parvenu jusqu'à nous, avait réalisé dans la construction des horloges une réforme non moins féconde, et qui devait exercer une influence décisive sur la marche de l'art qui nous occupe. L'invention du ressort moteur, lame d'acier très mince, qui, s'enroulant en spirale sur elle-même dans une sorte de petit barillet, produit, en se détendant, un efl*et analogue à celui des poids sur les rouages, amena une transformation radicale dans le mécanisme de l'horlogerie.
A quel moment exact cet important progrès fut-il réalisé ? M. Paul Garnier, dans son savant jRa/?/?orr sur l'Exposition de 1889, indique approximativement l'année 1500. D'autres font remonter cette découverte au règne de Charles VII. C'est vraisemblablement entre ces deiix dates extrêmes qu'il faut placer l'apparition de: cette innovation. Notre figure 55, qui reproduit une petite horloge suspendue remontant à la fin du xv® siècle, et qui est copiée d'un tableau de Jean Gossaert, considéré comme une des perles du musée de Bruxelles ; la jolie horloge en fer forgé et ciselé que nous empruntons à notre volume de la Serrurerie (Voir fig. 54) et qui est antérieure d'une trentaine d'années ; celle également tout en fer qui date du même temps et qu'on peut voir au musée de Bourges, montrent à quelle perfection de forme, à quelle élégance de décoration, dès 1450, les artisans étaient parvenus dans la confection des horloges
à ressort moteur. Mais ces jolies pièces peuvent être considérées comme exceptionnelles, et il ne paraît pas que tout
Fig. 55. — Petite horloge en laiton à ressort moteur, d'après un tableau de Jean Gossaert, dit de Mabuse. (musée de Bruxelles.)
d'abord cette précieuse innovation ait été appliquée d'une façon générale aux grandes horloges d'appartement. On la
réserva plus particulièrement pour les horloges de table, meubles plus délicats, d'un volume très réduit, et dont on exécuta alors une infinité de modèles charmants.
C'est à ce genre de petits meubles qu'appartenait l'horloge « en façon de pomme ronde » que le roi René paya
Fig. 56. — Petite horloge de table, en forme de tour fortifiée. (Fin du xv« siècle.;
50 florins à Guilhem de Garpentras, ainsi que celle achetée par Louis XI en 1481 à l'orlogeur Jehan de Paris et que le roi emportait avec lui dans ses déplacements. Louis XI possédait, du reste, un certain nombre de ces petits appareils horaires , car l'on raconte qu'un jour un gentilhomme ruiné par le jeu pénétra dans sa chambre, déroba une de
ces menues horloges, la cacha dans sa manche et fut trahi par la sonnerie. L'objet de ce larcin devait être un meuble de prix, sans quoi on ne Peut point dérobé. Or, nous savons que l'horloge acquise de Jehan de Paris ne coûtait que 16 livres 10 sols. Elle était par conséquent assez ordinaire. Au XVI* siècle, les horloges de table se firent relative-
Fig. 57. — Petite horloge de table, à cadran horizontal, en cuivre ciselé et doré, (xvp siècle.)
ment assez nombreuses. Mais exécutées avec une délicatesse, une recherche et un art exceptionnels , elles continuèrent d'être regardées comme des objets particulièrement précieux. Une preuve de l'importance qu'on attachait à leur possession nous est fournie par ce fait qu'on les donnait alors en cadeaux diplomatiques. C'est ainsi qu'une lettre de l'ambassadeur d'Espagne, adressée à l'Empereur, porte qu'à l'occasion du baptême de François II (1545), le « com-
58. — Horloge de table à cadrans verticaux, en cuivre ciselé et doré. (xvi« siècle.)
mis d'Angleterre » présenta à la Dauphine Marie de Médicis a ung horloge avec la couverte de cristal » qui fut admirée de toute la Cour.
De ce joyau qui nous a été heureusement conservé, il convient de rapprocher « les deux monstres d'horloges sans contrepoix » que François I" acheta en 1528 à Jullien Couldroy, son « orlogeur » en titre* ; l'horloge de Jeanne d'Albret, qui était couverte de « petittes platines de cuyvre par les trois coustés, faictes à jour, avecq ung pied aussi de cuyvre et une petitte clochette*» ; celle en piramide assise sur ung rocher garny d'argent doré, esmaillé et enrichy de plusieurs pierres » que François II possédait à Fontainebleau^ ; la curieuse horloge à pied de Philippe II, que nous reproduisons ici, d'après un manuscrit de la Bibliothîèque royale de Bruxelles; la « monstre d'horloge »
toute ronde que Henri III commanda à Gilbert Martinot pour être placée dans sa chambre, et celle à pilastres dont il fit présent au bâtard d'Orléans*; et ' enfin 1' « orloge doré... faict à pantz où il y a- troys monstres avec son es- ^^s- s^- — Horloge de tuy » qui figure dans le Procès-çerbal d^lpagne! dt'^^^^^^ de la remise au duc d'Épernon des ï»s. de la Bibliothèque «, , , „ . ^ , royale de Bruxelles.
effets du comte de Fouc Candalle (1598).
Ce terme alors nouveau, « montre d'horloge », que nous
1. Voir Acquits au Comptant de François /«»* dans les Comptes des Bastimens publiés par M. de Laborde.