‹ L'horlogerieChapitre 37 sur 50 · Comptes des dépenses de Henri III · texte numérisé non relu

Comptes des dépenses de Henri III

relevons dans plusieurs de ces documents, fut donné tout d'abord aux cadrans, souvent multiples, qui ornaient ces petits joyaux, parce que ces cadrans montraient l'heure. Puis par une de ces synecdoques dont on rencontre un grand nombre d'exemples dans l'histoire du mobilier, le nom de montre passa à l'horloge elle-même, et finit par s'appliquer spécialement aux petits appareils de poche qui devaient, au xvii® siècle, se substituer à ces délicieuses horloges de table dont la Renaissance nous a laissé tant de spécimens charmants.

Avant de disparaître de nos habitations, ces jolis bijoux, vraies pièces d'orfèvrerie, avaient toutefois revêtu les formes les plus diverses et les plus gracieuses : tantôt affectant l'aspect d'édicules ornés de colonnes ou de pilastres et le plus souvent se terminant en dôme, elles montraient leurs cadrans disposés verticalement sur leurs faces latérales ; tantôt couronnées à leur sommet par une terrasse plate, elles offraient aux regards un cadran horizontal ;. enfin, on en faisait également qui, montées sur un pied» rappelaient la forme qu'on donnait alors aux miroirs de toilette (voirfîg. 60). Mais en tous cas ces jolis meubles étaient architectures avec une science, un soin, et décorés avec une finesse et une élégance qui prouvent la participation d'artistes de premier mérite dans la composition de leur enveloppe et dans leur exécution.

Bases, entablements, arcades cintrées, petits frontons, tympans meublés de figurines, frises en bas-relief, cariatides, statuettes d'amortissement, lions héraldiques ou dauphins servant de supports, plaques ajourées, cartouches armoriés, chiffres, guirlandes et couronnes, sont distribués dans une proportion si juste et avec un art si parfait, que ces spécimens agrandis pourraient, encore aujourd'hui, fournir à nos horlogers des motifs de pendules d'une richesse et d'une grâce incomparables, et très supérieurs, aa point de vue artistique, aux exemplaires qu'on trouve généralement dans le commerce.

Fig. CO. — Horloge de table, montée sur pied ajouré, en bronxc ciselé et doré. (xvi« siècle.)

Enfin, comme la gaieté en France n'abdique jamais complètement ses droits, quelques-uns de ces joyaux constituaient de véritables petits automates, mêlant la drôlerie de combinaisons enfantines, à ce que l'art décoratif peut produire déplus distingué. Cet ensemble de qualités qu'on trouve si rarement réunies, nous a incité à reproduire dans ce livre un nombre relativement considérable de ces gracieux ouvrages. Nous ne pouvions mieux faire, en effets que de placer sous les yeux du public spécial auquel notre étude est destinée, les divers types de cette horlogerie dont les œuvres si délicates peuvent encore être considérées comme de parfaits modèles.

Ce fut l'abondance des montres, nous venons de le dire,, qui précipita la disparition de ces charmants objets. A quoi bon se charger en voyage d'une horloge qu'on était obligé de loger dans un étui (voir fig. 63, 64), quand on pouvait porter en son gousset un appareil qui donnait l'heure d'une façon plus exacte ?

Dès le milieu du xvi® siècle, au surplus, on avait exécuté de ces petites horloges en manière de boîtes rondes (voir fig. 65) dont la forme laissait prévoir l'évolution à la veille de se produire. Au siècle suivant, les montres, devenues un objet de parure, portées avec ostentation à la ceinture, firent passer d'autant plus rapidement la mode des horloges de table, que de l'absence de ces dernières naissait la présomption qu'on portait sur soi un de ces bijoux si fêtés. Elles continuèrent, cependant, de figurer sur quelques bureaux. La Grande Mademoiselle, en ses Mémoires^ ^ raconte qu'à l'entrevue de l'île des Faisans, « il y avoit deux horloges sur chaque table ». U Inventaire des meubles de la couronne dressé le 20 mars 1684 décrit « un horloge à poser sur table dans une boëte d'or à huit pans, en forme de dôme, au haut duquel est le cadran entouré de rubis et de diamans;

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