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HORLOGES MURALES, CARTELS, HORLOGES A GAINES

Si les horloges de table disparurent au xvii® siècle, il n'en fut pas de rtiême des grandes horloges d'appartement à ressort moteur, qui prirent, au contraire, un rapide et décisif essor. Appliquées contre la muraille, presque à la même hauteur que les horloges à poids, elles se trouvaient, elles aussi, placées assez loin du regard pour qu'on fût obligé de donner à leur cadran un développement relativement considérable; et par suite de cette importance accordée au cadran, toutes les autres parties se virent naturellement subordonnées à ce membre essentiel de l'horloge. De là dériva la structure qu'affectent les boîtes des horloges de ce temps, — structure essentiellement logique, architecturée un peu lourdement peut-être, surtout dans celles qui sont dites à la religieuse, mais qui conserva néanmoins, à travers les transformations imposées par la mode, son caractère normal d'enveloppe protectrice, se gardant bien, comme cela est arrivé depuis, de faire le principal de ce qui doit rester l'accessoire.

On ne se borna pas, toutefois, à concevoir avec intelligence la forme de ces boîtes, elles furent encore exécutées avec tout le luxe imaginable. Placées en belle lumière sur leurs robustes consoles en cul-de-lampe, elles devaient forcément concourir à la parure du logis ; et pour leur permettre de soutenir leur rôle décoratif, on fit appel à toutes les richesses dont disposait l'ébénisterie, alors à l'apogée de sa gloire.

La marqueterie la plus brillante, les bronzes ciselés et

dorés, l'écaillé, les laques orientaux, les vernis les plus délicats, furent prodigués pour leur embellissement. Aussi ces beaux meubles, qui, pendant plus d'un siècle, jouirent d'une vogue sans seconde, comptent-ils encore, à l'heure

actuelle, parmi les spécimens les plus décoratifs de notre horlogerie nationale , et leurs vaillants contours répondent si bien à leur destination, qu'on n'imagine pas qu'il soit possible de rien faire de beaucoup plus parfait en ce genre.

Ajoutons que l'uniformité du programme adopté par les artistes d'alors n'engendi'a pas la monotonie dans leurs productions. Il suffit, en effet, de feuilleter les précieux albums que nous ont laissés Bérain, D. Marot. Le Pautre, pour voir comment les dessinateurs savaient alors, sur un thème très borné, exécuter des variations sans nombre et souvent très heureuses. Il semble qu'en ce bel art, comme du reste dans les Fig. 66.- Horloge enrichie de bronzes autres arts de l'ameublement, ciselés et dorés, (xvip siècle.) igg difficultés toutes Spéciales avec lesquelles l'intelligence et le crayon des artistes se trouvaient aux prises, aient surexcité leur verve créatrice. En dépit des lourdeurs propres au style du temps, il n'est presque pas de ces belles horloges qui ne donnent encore toute satisfaction à l'œil le plus exigeant, et qui ne méritent d'être imitées.

C'est ce qu'on ne manque pas de faire, au surplus, mais

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en se bornant malheureusement à rééditer toujours à peu près les mêmes modèles, alors que, si l'on voulait remonter aux dessins de l'époque, on découvrirait une étonnante variété de types qui, tout en subissant de légères modifications, ne laisseraient pas que de produire, dans nos appartements, l'effet le plus richeetleplusdecoratif.il est impossible, en efTet, de rencontrer une succession plus curieuse de motifs différents, conçus et décorés avec un art à la fois plus ingénieux et plus maître de lui-même, et se contenant, cependant, dans les limites étroites d'un programme étonnamment restreint.

Au xviïi® siècle, ces formes logiques et rationnelles continuèrent, pendant longtemps encore, de rester en honneur. On se borna simplement à substituer aux lambrequins solennels les palmes contournées ; et les rocailles prirent la? place du décor rayonnant, caractéristique du Grand Règne. Les vernis, alors si fort à la mode, remplacèrent à leur tour les marqueteries de cuivre et d'écaillé. De cette façon, l'aspect de ces beaux meubles se trouva rajeuni sans qu'aucune de leurs qualités essentielles fût sensiblement altérée, et leur vogue dura jusqu'au moment où les cartels de bronze achevèrent de prendre la place que ces magnifiques pendules avaient si longtemps et si glorieusement occupée.

Hâtons-nous de constater que cette substitution eut moins pour cause la défaveur qui s'attachait alors si rapidement aux formes anciennes, que les conditions toutes nouvelles dans lesquelles s'exerçait la vie sociale. D'une part, les appartements subitement rétrécis ne comportaient plus de ces vastes horloges aux contours généreux. D'autre part, les réminiscences de l'Antiquité, qui, à partir de 1750, imprimèrent au mobilier et à la décoration intérieure son aspect rigide, cette sécheresse de profils si particulière qui caractérisent le style Louis XVI, s'accordaient mal avec ces formes assouplies, un peu redondantes, mais, au demeurant, si décoratives.

Beaucoup moins de raisons suffiraient à expliquer une transformation plus radicale encore. Nous dirons même que si l'on doit s'étonner de quelque choscj ce n'est pas que cette transformation se soit produite, — elle était fatale, — mais c'est que ce type si particulier ait, pendant près d'un siècle, satisfait une société frivole, avide de changements, et, en outre, que l'admiration ressentie pour ces meubles, restés si décoratifs alors même que leur esthétique avait cessé de plaire, ait permis à un nombre aussi grand d'entre eux de parvenir jusqu'à nous.

Les premiers cartels de bronze dessinés par Meissonnier et par Oppenorddans le style rocaille, méritent assurément toute notre admiration, et l'on peut juger par celui que nous publions (fîg. 1) de l'ampleur et, qu'on nous permette ce mot, de l'envolée de ces beaux ouvrages. Leurs formes s'assouplirent encore sous les- doigts de Philippe II Gaffiéri, et Ton a vu à la vente San-Donato un cartel composé par cet éminent artiste, poussé par les amateurs jusqu'à plus de 10,000 francs. Mais bientôt, entre des mains moins habiles, ces belles rocailles perdirent leur allure magistrale. Elles se compliquèrent d'Amours par trop joufflus, de bergères à paniers, et de personnages quelque peu ridicules.

De nos jours, des orfèvres et des bronziers de grand savoir se sont ingéniés à créer des modèles rappelant les œuvres si puissantes de Meissonnier et d'Oppenord, et nous reproduisons (fîg. 68) un cartel en argent exécuté par MM. Bapst et Falize, qui peut compter parmi les tentatives de ce genre les mieux réussies. Mais notre éducation artistique, nos idées méthodiques, nos facultés rassises, et surtout le besoin de pondération qui nous domine, nous éloignent trop du désordre génial, de la fantaisie exubérante et indisciplinée qui distinguent le style rocaille, pour que ces restitutions puissent aboutir à des résultats complètement satisfaisants.

Fig. 67. — Petite horloge de chambre, en bois sculpté et doré. (xviiF siècle.)

Les styles trop personnels, au reste, ne se prêtent pas aux copies plus ou moins fidèles. Aussi les dessinateurs chargés par nos horlogers de composer des projets de cartels, consulteront-ils avec plus de fruit et avec plus de chances de succès les compositions des petits maîtres appartenant à la seconde moitié du xviii® siècle ; et c'est dans les albums des La Londe et des de La Fosse qu'ils trouveront plutôt des modèles inspirateurs.

Mais cette rapide revue des cartels en bronze nous a entraînés bien loin. Il nous faut remonter dans le passé et jusqu'au milieu du xvii® siècle pour rapprocher de ces belles horloges, dont les larges profils dessinés par Marot et Le Pautre font un si bel effet sur leurs robustes et magnifiques consoles, ces autres horloges placées sur de longues gaines formant piédestal, dont le règne de Louis XIV fournit de si beaux spécimens, et qui, dans leur ensemble, constituent de véritables monuments.

La magnifique horloge que possède le Louvre (voir fig. 69) et qui d'une gaine superbe de marqueterie exécutée dans le genre de Boulle, fait jaillir Apollon sur son char, c'est-àdire le soleil régulateur des heures et dispensateur du jour, cette belle horloge doit être considérée comme le point culminant auquel doit atteindre l'art de la décoration appliqué à ce genre d'appareils. Déjà, dans ce modèle magnifique, d'une somptuosité un peu débordante, le motif principal se trouve relégué au second plan. Le cadran qui sert d'amortissement à cette composition magistrale est éclipsé, en quelque sorte, par le motif éblouissant qui le supporte, et il a fallu la verve incomparable du dessinateur auquel nous devons ces belles formes, pour que l'œil ne fût pas choqué, dès le principe, par cet illogisme. Encore ne manque-t-on pas d'en être contrarié dès qu'on a remarqué la subordination unpeu trop accentuée du principal àl'accessoire, et le plan secondaire auquel se trouve relégué le cadran.

Ajoutons que les reproches, ou pour mieux dire les ob-

Fig. 68. — Cartel en argent ciselé.

(Gravure tirée du volume de la Décoration.)

servations auxquelles prête ce beau meuble, ont, avant et après lui, été évitées par les auteurs d'autres spécimens d'époques très différentes, offrant assurément une somptuosité moins grande, mais un goût aussi noble et une disposition plus logique. On attribue à Holbein le dessin d'une horloge destinée à Henri VIII d'Angleterre (fig. 26), qui peut être regardée, malgré l'importance donnée à la partie décorative, comme un parfait modèle, et les amateurs vont admirer à la Bibliothèque de l'Arsenal une horloge de Julien Le Roy (voir fig. 49) .qui, dans son genre, ne laisse, elle non plus, que bien peu de chose à reprendre.

Si, dans le dessin d'Holbein, le cadran semble, en effet, manquer quelque peu d'ampleur, encore la façon dont il est isolé, dont il se détache, ainsi que la place qu'il occupe, lui assignent-elles, dans l'ensemble de la composition, une importance spéciale. En outre, il convient de remarquer que ce cadran ne portait qu'une seule aiguille marquant les heures, ce qui Fig. 69. — Pendule à gaine at- rendait bcaucoup plus facile, même tribuée à Bouiie.fxvii- siècle.) à. distance, la Iccturc de sesindica-

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