‹ L'horlogerieChapitre 49 sur 50 · CABINET GROLLIER DE SERVIERE · texte numérisé non relu

CABINET GROLLIER DE SERVIERE

hélie et retardé dans Taphélie. On découvre aussi la lune, qui croît et décroît. Le globe, qui représente la terre et qui est de bronze, a quatorze pouces de diamètre et il tourne

sur lui-même. Tous les païs du monde y sont représentés. Un rayon de soleil tombe sur ce globe. Tandis que le soleil se lève pour les villes qui touchent le bord oriental du cercle, par lequel la partie éclairée de la terre est séparée de la partie obscure, il se couche pour les villes qui touchent le bord occidental. Les lieux qui passent sous le rayon solaire ont midi. Les pôles du globe s'élèvent et s'abaissent alternativement de vingt-trois degrés et demi pendant l'année, tantôt au-dessus, tantôt au-dessous de la partie éclairée. Par ce moyen, on voit les jours croître et décroître régulièrement. Cette pièce est toute de bronze doré. Elle est de quatre pieds et demi de hauteur, et sa largeur est de trois pieds. »

Ce nouveau chef-d'œuvre de mécanisme, -qui, paraît-il, avait été conçu et exécuté pour le roi de Golconde, ne fuir pas expédié à son destinataire, et les personnes, que ces tours de force intéressent, peuvent le voir également à Ver- ^ sailles, dans les anciens appartements du roi.

De ces ouvrages considérables on peut rapprocher les curieuses combinaisons qui faisaient, au xvii* et au xviii* siècle, le principal attrait du cabinet de Grollier de Servière, si fameux en son temps, que Louis XIV par deux fois, en passant à Lyon, lui fit de longues et fréquentes visites. De ce cabinet aujourd'hui disparu il nous est resté une description intéressante, enrichie de planches nombreuses, dont quelques-unes sont reproduites ici, où le petit-fils de Grollier de Servière explique, d'une façon souvent incomplète et volontairement obscure, les curieuses inventions de son aïeul.

Ce qui caractérise ces inventions, c'est qu'elles n'ont pas pour but, comme les belles créations des Thuret, des Passement, des Berthoud, des Le Roy, des Lepaute, de produire des monuments parfaits d'horlogerie expliquant le cours des astres et contrôlant avec une exactitude absolue la marche du temps. Le savant lyonnais a concentré toute

son ingéniosité à créer un certain nombre d*horloges très différentes, de tous les modèles employés ou connus, et, par la solution de petits problèmes de mécanique ou de physique, donnant l'heure d'une façon très approximative.

C'est ainsi que dans certaines d'entre elles la connaissance de l'heure s'obtient par la constatation du temps qu'une bille met à parcourir un plan incliné (voir fîg. 79). Son parcours accompli, cette bille est relancée par un ressort dans le dôme qui surmonte l'appareil et recommence sa course. Mais ce que Grollier de Servière ne nous révèle pas, c'est le mécanisme qui faisait mouvoir ce ressort.

Ce même genre d'horloges se représente sous cinq ou six formes différentes dans ce fameux cabinet, et la même obscurité voulue règne sur la seule partie du problème dont la solution comporte un intérêt réel.

Un second système d'horloges dont le cabinet de M. de * Servière renfermait également un certain nombre de spécimens (voir fig. 80), consiste en une série de boîtes cylindriques munies de cadrans et qui, placées sur un plan incliné, fournissent elles-mêmes, par l'effet des lois de la pesanteur, le poids moteur qui actionne leur mouvement intérieur. Ce système, qui comportait des applications variées, éveillait encore au xviii® siècle la curiosité des riches amateurs , car le Catalogue de la collection du duc Charles de Lorraine (Bruxelles, 1781) décrit « une pendule composée pour marcher par son propre poids sur une surface placée obliquement ». Son principe paraît, en outre, être entré à cette époque dans la production courante, cap on possède quelques horloges substituant la pesanteur même du mouvement à celle des poids moteurs, mais où l'on a remplacé par une crémaillère verticale le plan incliné des horloges de M. de Servière (voir fîg. 81).

Enfin nous relevons encore dans cette dern ière collection, parmi les horloges extraordinaires, deux appareils assez curieux qui consistent : 1° en un sablier qui se vide

en une heure et, dès qu'il est vide, se retourne automatiquement, provoquant dans son évolution un décrochement qui fait avancer d'un cran les chiffres d'un cadran horaire; 2*» en une petite tortue de liège qui, placée au milieu d'un plat plein d'eau, dont les bords sont gradués, se dirige toujours vers le chiffre qui marque l'heure.

Un horloger contemporain, M. Planchon, auquel on doit la reconstitution d'un certain nombre d'horloges anciennes,

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Fig. 80. — Horloge actionnée par son propre poids. (cabinet de m. orollier de servière.)

s'est appliqué à restituer ces deux derniers modèles, et il n'a pu y parvenir qu'en complétant le mécanisme apparent par un mécanisme relativement compliqué, dissimulé dans l'intérieur de l'appareil.

C'est ainsi que la petite tortue ne se dirige d'une façon régulière vers le chiffre de l'heure, que parce que sous ce chiffre se trouve un aimant qui, progressivement déplacé par un mécanisme renfermé dans l'épiaisseur du plat, décrit en douze heures une circonférence complète.

Il en est de même pour le sablier , dont l'évolution horaire a besoin, pour s'accomplir, d'être actionnée par un mé-

canisme spécial qui constitue à lui seul un véritable chronomètre. De cette double constatation, on peut conclure que les explications très sommaires et volontairement écourtées, fournies par le colonel de Servière, manquent quelque peu de sincérité, et que les curieux appareils dont le cabinet de son grand-père tirait gloire, avaient été combinés bien plus en vue de causer Tétonnement et Tadmiration des gens du monde, que de poursuivre la solution de problèmes de mécanique présentant un sérieux intérêt.

Ce reproche ne saurait être adressé par contre aux montres et aux horloges à V Ivrogne que décrit VAlmanach sous verre de 1792 * , ainsi nommées, dit ce recueil, « parce qu'elles se montent indifféremment à droite et à gauche el qu'elles évitent à une personne distraite le désagrément d'en casser le ressort ». Hâtons-nous de constater pour l'honneur de nos ancêtres que ces montres singulières inventées par l'horloger Sacré jeune, natif d'Alost en Flandre, n'ont jamais été d'une vente très courante. Leur utilité, du reste, a cessé d'être aussi grande depuis l'adoption des remontoirs.

On en peut dire autant des horloges se remontant par le vent, dont un spécimen figurait en 1781 à la Vente du duc Charles de Lorraine, Bien que la construction de ces appareils parût alors « avantageuse, puisqu'un seul jour dans un mois qu'il y a un peu de vent suffit pour en entretenir la marche et que l'excédent n'y sauroit nuire » , il ne semble pas qu'ils aient été beaucoup employés.

En notre siècle, où les connaissances mathématiques ont fait tant de progrès, le public, qui devine plus facilement les supercheries de ce genre , se laisse moins volontiers émouvoir par ces tours de force d'une utilité problématique. Aussi nos mécaniciens ont-ils d'autant mieux renoncé à dépenser leur argent et leur temps dans la création de

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