‹ L'horlogerieChapitre 5 sur 50 · Commentaire de la règle de saint Benoit, t. I*', p · texte numérisé non relu

Commentaire de la règle de saint Benoit, t. I*', p

les positions successives occupées par son ombre, ou encore par la longueur de cette ombre. Ce nom dérive du grec -^va>|jL7), qui signifie proprement connaissance, et peut s'appliquer par conséquent à toute chose qui en fait connaître une autre. Une règle droite, un style, une aiguille dressée verticalement, dont Fombre indique la marche du soleil, rentrent dans cette catégorie. C'est pourquoi les Grecs désignèrent d'une façon générale ces styles, ces règles droites, ces aiguilles, sous le nom de ^^^[jlwv.

Il nous faut remarquer encore que, par une sorte de réciprocité, toute construction verticale, tige, obélisque, pyramide, pan de muraille, portant ombre sur une surface plane, peut, à la rigueur, se transformer en gnomon, à condition que le plan recevant l'ombre soit pourvu de divisions convenables. C'est, au surplus, la forme de pyramide et d'obélisque que revêtirent la plupart des appareils de ce genre.

Plutarque, dans la Vie de Dion, rapporte qu'il y avait à Syracuse « au dessoubz du chasteau une horologe à cognoistre les heures au soleil que Dionysius avoit fait faire, lequel estoit hault, élevé et en lieu éminent. Dion, ajoutet-il, monta dessus et de là feit sa harengue au peuple, qui estoit espandu tout à l'entour de luy * ». Ce récit a donné à penser aux archéologues que l'horloge solaire dont Plutarque attribue la construction à Denys le Tyran avait la forme d'une pyramide.

Si l'on en croit Diogène Laërce, le premier gnomon établi en Grèce, et qui aurait été construite Sparte par Anaximandre, aurait également consisté en une pyramide dont l'ombre indiquait le milieu de la journée. Plus tard Anaximène compléta cet appareil primitif en ajoutant d'autres points de repère correspondant aux principales heures du

1. Plutarque, Vies des hommes illustres j traduites par Amyot, t. IX, p. 52.

jour*. Leroy, dans son ouvrage intitulé les Ruines des plus beaux monuments de la Grèce, dit avoir vu sur le rocher qui borde la façade méridionale de l'Acropole un cadran semi-circulaire, dont les indications devaient correspondre à Tombre d'une aiguille ou d'un obélisque depuis longtemps disparu. Ces sortes de monuments furent assurément très nombreux en Attîque.

De Grèce, l'usage du gnomon passa à Rome. Toutefois il est curieux de constater que le peuple romain, dont la précision en toutes choses et l'admirable exactitude nous étonnent, ne connut ces appareils que tardivement, et que la société romaine, déjà fortement organisée, vécut pendant près de cinq siècles sans avoir aucune notion précise de l'heure.

« La seule horloge publique qui existât à Rome, écrit M. Franklin^, était représentée par l'huissier des consuls. Quand du sénat il apercevait le soleil entre les rostres et la graecostaxis , il annonçait la naissance du jour ; il en signalait le déclin quand l'astre était descendu entre la colonne Maenia et la prison. » C'est encore ce qui se passe de nos jours, nous l'avons vu au chapitre précédent, dans les villages musulmans de la côte africaine. Mais les indications de l'huissier consulaire étaient plus discrètes que les appels du muezzin. Aussi les nobles romains apostaient-ils à la porte du sénat des esclaves spéciaux, auxquels ils déléguaient le soin de venir en courant les avertir du lever et du coucher officiels du soleil. Dans l'intervalle, ils n'avaient pour se guider sur la marche du temps que les

1 . Cette attribution à Anaximandre du premier gnomon construit en Grèce, attribution qui est devenue en quelque sorte classique, à ce point que les auteurs modernes regardent ce savant comme Vinvenleur du gnomon (voir Salomon Reinacfa, Manuel de philologie classique, p. 204), cette attribution est contredite par Hérodote, qui affirme que l'art de construire ces appareils fut importé en Grèce par le Ghaldéen Bérose environ trente ans avant l'époque où Hérodote écrivait.

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