Architecture, lib. IX
pler (1625) et Galilée (1633) eurent démontré scientifiquement le mouvement de la terre, la gnomonique parvint, pendant une longue suite de siècles, non seulement à résoudre les multiples problèmes que soulevait la construction des gnomons, mais à doter le vieux monde d'un nombre considérable de cadrans solaires de modèles différents.
C'est ainsi que le Ghaldéen Bérose passe pour avoir le premier établi le cadran semi-circulaire creusé dans un cube de pierre et construit sur un plan incliné. Le scaphé ou cadran hémisphérique, ainsi que le disque horizontal, sont Tœuvre d'Aristarque de Samos. Uarachné fut imaginée suivant les uns par l'astronome Eudoxe, suivant d'autres par Apollonius. Scopinas de Syracuse inventa l'espèce de cadran qu'on baptisa plinthlum ou lacunar et dont un modèle fut placé dans le cirque de Flaminius à Rome. Enfin on doit à Parménion la sorte de cadrans appelée -rcpo; xà lc7Topo'j(jLeva ; à Théodosius et à Andréas celle connue sous le nom de itpo; itàv xX{[xa ; à Patrocle le pélécinon; à Dionysiodorusle cône ; à Apollonius le carquois, etc., variétés de cadrans sur la forme, la disposition et le fonctionnement desquels nous ne sommes pas aussi exactement fixés qu'on pourrait le souhaiter, mais dont le nombre, à défaut d'autres indications, atteste que, dès cette lointaine époque, la gnomonique savait résoudre les plus délicats problèmes. Et ce n'est point tout : Vitruve, en effet, rapporte que plusieurs des mathématiciens dont nous venons de tracer les noms s'étaient préoccupés de rendre les cadrans portatifs, de façon qu'on pût s'en servir en voyage.
Au Moyen Age, un grand nombre de savants arabes écrivirent des traités de gnomonique qui, malheureusement, sont demeurés manuscrits. Enfin, en Europe, Jean Schoner (1520), Élie Vinet (1525), Munster (1531), Oronce Fine (1532), Vico Mercati (1550), Gommandin (1560), Maurolicus de Massim (1575), Ghavius (1581), Salomon de Gaus (1624), le P. Kircher (1646), Maignan (1648), J. Gollins
(1658), et plus récemment le P. Alexandre^ La Hire, dom Bédos de Celles, Ozanam, Lalande, etc., ont publié sur cette science des livres d'un haut intérêt, des études ou des mémoires d'une indiscutable valeur, ou encore .
ont fourni les indications les plus précises pour la construction de ces appareils, et contribué ainsi à les amener à leur point de perfection.
On a défini les cadrans solaires « la description de certaines lignes sur un plan ou sur la surface d'un corps donné, faite de telle manière que l'ombre d'un style ou les
rayons du soleil passant à '
travers un trou pratiqué au style, tombent sur certains points à certaines heures* ».
On peut diviser ces cadrans appelés à fournir l'heure au public en deux classes : les cadrans isolés, ou indépendants, dont la bonne orientation est toujours possible, et
ceux qui sont établis sur des Fig. 9. — Cadran solaire de la X - ^ ^ ^ . cathédrale de Chartres.
murs préexistants et exposés
au soleil d'une façon qui n'est pas toujours aussi favorable qu'on pourrait le souhaiter. Pour ces derniers , il peut se faire que la surface destinée à les recevoir ait été au préalable et intentionnellement orientée d'une façon normale. Dans ce cas le problème demeure relativement simple. De
\. Encyclopédie, t. Il, p. 517, à l'article Cadran, signé d'Alembert.
tous les édifices de ce genre, le plus curieux, le plus complet et aussi le^ plus célèbre est assurément la fameuse Tour des vents à Athènes*. Mais ordinairement il n*en est pas ainsi, et la diversité, au point de vue de la construction, provient le plus souvent de la situation particulière du plan sur lequel ils sont tracés, et de l'irrégularité des surfaces appelées à les recevoir. De là ces nombreuses variétés de cadrans verticaux, horizontaux, élevés, inclinants, déclinants, cylindriques, etc., dont les ouvrages spéciaux expliquent la construction, et pour l'établissement desquels les érudits dont nous venons d'indiquer les noms ont établi des formules aussi remarquables qu'ingénieuses.
Pour ceux de ces cadrans qui sont appelés à prendre place sur la façade d'un édifice public ou sur la muraille d'un palais, une décoration d'une certaine richesse s'impose ; mais soit qu'ils comportent un simple encadrement, comme le fameux cadran du Palais-Royal, sur lequel le Tout Paris élégant du xviii® siècle venait régler sa montre, soit qu'ils se compliquent de figures, d'attributs et d'allégories, comme le cadran qu'on admirait jadis à Fontainebleau dans le jardin de l'Orangerie ; encore doit-on laisser toujours la table où sont tracées les lignes indicatrices absolument dépourvue d'ornements, de peur de rendre la lecture des indications moins facile.
La connaissance de l'heure est, en effet, le but essentiel du cadran. C'est — il ne faut jamais l'oublier — son unique raison d'être. Rien ne doit gêner le spectateur ou le contrarier dans son inspection. Rien ne doit distraire ou troubler son regard. Gela est si vrai que, à maintes reprises, les savants les plus autorisés ont protesté avec énergie non seulement contre certaines décorations malencontreuses
1. Ce petit édifice de marbre blanc, extrêmement intéressant, est de forme octogonale. Il porte sur chacune de ses faces un bas-relief représentant un des vents principaux, et au-dessous de chacun de ces bas-reliefs un cadran solaire.
qui manquaient de la discrétion nécessaire, mais même contre la complication d'indications scientifiques, contre la multiplication plus curieuse qu'utile des lignes et des points
Fig. 10. — Cadran solaire de la Sorbonne.
qui , sous prétexte de fournir au public des renseignements précieux, l'empêchent de distinguer exactement la ligne d'ombre projetée par l'aiguille, ou le chiffre vers lequel elle se dirige. « Les conditions les plus essentielles
pour un bon cadran solaire, écrit à ce propos d'Alembert, c'est que les lignes horaires et surtout la méridienne y soient bien tracées et le style bien posé, et toutes les autres lignes qu'on y peut décrire pour marquer autre chose que les heures du lieu où Ton est, peuvent être quelquefois nuisibles par trop de confusion. » Enfin il ne faut jamais perdre de vue la distance moyenne à laquelle l'appareil doit être considéré, et calculer l'épaisseur des traits indicateurs, la grosseur des lettres et des caractères, l'importance du style, de façon qu'ils demeurent toujours faciles à distinguer.
Par suite d'impéritie ou de négligence, la plupart des cadrans solaires anciens — même de ceux qui jouissaient d'une grande réputation auprès du public — ont été détruits. Ceux qui ont survécu, ainsi que le remarque fort sagement M. Gh.-Ed. Guillaume*, « nous paraissent aujourd'hui des débris d'un autre âge... Lorsque dans un hameau reculé le voyageur aperçoit peint au mur d'une vieille église un cadran indiquant les heures par l'ombre d'une tringle de fer, il l'examine comme une antiquité. » La destruction de ces vénérables appareils n'a point été cependant assez méthodique pour qu'il ne nous en reste encore quelquesuns qui peuvent servir de modèles par leurs proportions satisfaisantes ou par la façon heureuse dont ils sont disposés. Nous citerons notamment le cadran de la cathédrale de Chartres, qui, datant du xii® siècle, mais restauré en 1578, représente un ange tenant entre ses bras un demi-cercle armé d'un style et portant les divisions horaires. Tous nos lecteurs comprendront à quelles gracieuses combinaisons — en variant le sexe, Tâge, la qualité, la pose du personnage formant support — cette ingénieuse disposition peut donner naissance (voir ûg, 9).
Dans un ordre d'idées moins hautement artistique, le